HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

Auteur : Histoire Engagée (Page 2 sur 4)

Proposition visant à améliorer les perspectives de carrière des diplômés en histoire au-delà du milieu universitaire

Par Robert Talbot, pour la Société historique du Canada

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Vu de l’extérieur, le lien entre un diplôme en histoire et un emploi non universitaire rattaché à l’histoire est loin d’être évident. À titre d’instructeurs en Histoire qui tirent profit financièrement et intellectuellement des milliers d’étudiants qui assistent et participent à nos cours chaque année, il nous incombe de rendre le lien entre un diplôme en histoire et les emplois connexes à l’histoire plus évident pour les étudiants, les employeurs et le public en général.

L’étude et la pratique de l’Histoire doivent s’appuyer sur leurs propres mérites. Développer une compréhension plus nuancée et critique du passé est fondamental pour cultiver une citoyenneté informée, encourager un engagement critique envers la société et pour exprimer la vérité à ceux qui sont au pouvoir. De plus en plus, notre métier se fait dans un contexte idéologique qui tend à privilégier les affaires et les résultats économiques avant tout. Les administrateurs, les étudiants et même les parents demandent maintenant aux historiens de répondre aux inquiétudes entourant les carrières de récents diplômés en histoire.

On peut aisément comprendre ces préoccupations. Par exemple, selon le plus récent sondage mené auprès de diplômés des universités de l’Ontario, quelque 46 pour cent des diplômés en sciences humaines de la province de 2012 ont réussi à trouver du travail à temps plein qui soit « quelque peu apparenté » ou « étroitement lié » aux compétences qu’ils avaient développées à l’université avant 2014-2015. Parmi les diplômés en sciences humaines qui travaillaient, seulement 0,2 pour cent avaient trouvé du travail à titre de professeurs ou chargés de cours dans une université[1]. De toute évidence, nos étudiants doivent regarder ailleurs que dans le milieu universitaire afin d’identifier les possibilités de carrière qui correspondent à leurs intérêts et compétences, mais encore là, les perspectives sont incertaines.

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Mélancolie et résistance

Par Christian Nadeau, professeur titulaire au département de philosophie de l’Université de Montréal

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Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans, 1849-1850. Source : Wikipedia Commons.

Les philosophes et les médecins tentèrent d’expliquer les maladies de l’âme, tristesse et désordres mentaux par des causes naturelles. Selon les physiologistes, la « bile noire » est ce fluide décrit par la théorie des humeurs comme étant la cause de la dépression. En 1621, l’écrivain anglais Robert Burton faisait paraitre L’anatomie de la mélancolie, où l’immense érudition de l’auteur se trouve déployée dans le but d’expliquer et de traiter la mélancolie. Au-delà du recueil de citations médicales des Hippocrate et Galien, Burton voit dans la culture une pharmacie où la mélancolie est à la fois poison et remède. Une tradition fascinante de la mélancolie a fait l’objet de livres importants, dont le célèbre Saturne et la mélancolie par Klibansky, Panofsky et Saxl[1].

S’agit-il d’un paradoxe, les sociétés marquées par l’expérience communiste, comme celles des pays de l’Est – mais on peut supposer qu’il en ira de même sous peu à Cuba – ont toutes voulu faire un grand bond en arrière, se projetant dans un passé idéalisé par le conformisme et le conservatisme. La mélancolie apparait alors comme la mémoire spectrale d’un espoir qui, trop replié sur le passé, peine à inspirer les émancipations du futur. Inversement, les pays du printemps arabe ont construit leurs propres révolutions sans modèles politiques. Chassant du pouvoir les dictatures, elles peinent aujourd’hui à bâtir des sociétés libres et égalitaires, faute d’une représentation claire de ce qu’elles voudraient devenir. Qu’elles se projettent avec nostalgie dans le passé ou de manière aveugle vers l’avenir, ce qui manque à chaque fois est la raison et la motivation de la liberté, lesquelles ne peuvent se définir uniquement par des idéaux abstraits. Elles nécessitent une tradition, des mythologies qui offrent les référents sans lesquels il est impossible de créer une société nouvelle.

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Aux origines du 8 mars

Par Camille Robert, étudiante au programme court de 2e cycle en pédagogie de l’enseignement supérieur de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), membre étudiante du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS) et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca[1]

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« Tu te plains, mon pauvre mari, de tes dix heures d’ouvrage; voici quatorze heures que je travaille, moi, et je n’ai pas encore fini ma journée ». Image tirée de L’Opinion publique, vol. 2, no 44 (2 novembre 1871), p. 532. BAnQ, PER O- 104, MIC A209.

Chaque année, la date du 8 mars vise à souligner la journée internationale des droits des femmes. Il faut dire qu’on perd un peu de vue l’origine de cette journée. D’année en année, ça devient un peu comme une deuxième fête des Mères ; on peut fréquemment voir des publicités qui visent à gâter les femmes en produits de beauté, en bouquets de fleurs, en forfaits au spa. Il n’est pas étonnant que dans ces publicités on parle souvent de la journée de la femme. En général, le fait d’utiliser la femme au singulier essentialise un peu l’identité des femmes et ne rend pas compte de la diversité des origines, des expériences et des points de vue des femmes.

L’origine de cette journée a longtemps été attribuée à un évènement fictif. Selon plusieurs sources, surtout françaises, ce serait une manifestation de couturières à New York, qui aurait eu lieu le 8 mars 1857, qui serait à l’origine du choix de cette date. Par contre, les travaux de l’historienne Françoise Picq révèlent que cet évènement n’a en fait jamais eu lieu. Ce mythe continue tout de même de circuler dans l’histoire des mouvements des femmes.

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La foule importe-t-elle ? L’économie morale au XIXe siècle

Par Tom Peace, assistant-professeur à Huron University college et membre du comité éditorial d’ActiveHistory.ca[1]

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« Hints to forestallers, or a sure way to reduce the price of grain!! » (1800), image conservée au British Museum, 1868,0808.6904, AN187537001.

Au courant des dernières semaines, des gens à travers le monde sont descendus dans les rues afin de faire connaitre leur message aux politiciens.nes, aux chefs d’entreprises et aux fonctionnaires. Bien que similaires, tous ces événements n’étaient pas identiques. La Marche des femmes, notamment, a été soigneusement préparée durant deux mois entre l’élection présidentielle américaine et l’investiture ; l’objectif était de dénoncer la misogynie ouvertement exprimée par le Parti républicain durant la campagne électorale. La semaine suivante, des dizaines de milliers de personnes ont afflué dans les aéroports des États-Unis afin de démontrer leur soutien aux voyageurs et voyageuses détenus.es en fonction du décret présidentiel, aussi idiosyncrasique qu’illégal, visant à interdire l’entrée au pays et le déplacement de musulmans et de musulmanes[2]. Deux jours plus tard, ici même au Canada, nous avons pleuré les assassinats d’Azzedine Soufiane, de Mamaou Tanou Barry, de Khaled Belkacemi, d’Aboubaker Thabti, d’Ibrahima Barry et d’Abdelkrim Hassane, survenues à la Mosquée de Québec. Encore une fois, des milliers de personnes ont pris les rues à travers le pays afin d’exprimer leur inquiétude face à la montée des discours haineux et à ce qui permet leur diffusion.

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Rosie the Riveter et Ronnie the Bren Gun Girl : les racines historiques d’un symbole visuel genré

Par Sarah Van Vugt[1]

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Histoire et actualité de « Rosie »

Lorsqu’il est question des symboles nord-américains du féminisme, peu d’entre eux surpassent « Rosie the Riveter » en termes d’omniprésence et de popularité. Bien que les représentations de Rosie remontent à la Deuxième Guerre mondiale, celles-ci demeurent des référents facilement reconnaissables et puissants. Lorsque Rosie est aujourd’hui mentionnée, la plupart des gens pensent à l’affiche « We Can Do It ! » crée par l’artiste J. Howard Miller et accrochée brièvement dans les usines de l’entreprise Westinghouse : une jolie femme en uniforme de travail y était représentée, les manches retroussées, le bras levé et le poing fermé. Il est évident que cette image spécifique de Rosie demeure familière et est constamment réinventée. Il suffit, à titre d’exemple, d’entrer le mot-clic #wecandoit n’importe quel jour sur Instagram, et il est garanti que vous trouverez bon nombre de photographies de personnes personnifiant Rosie, s’habillant comme elle, prenant sa pose emblématique ou portant des accessoires lui étant associés tels que son bandana rouge à pois blancs. Plusieurs produits dérivés ont aussi fait leur apparition au fil du temps, notamment ce baume à lèvre que j’ai récemment reçu en cadeau.

Pour bien comprendre le sens d’images historiques, il est particulièrement important de saisir le contexte dans lequel elles ont été produites : à qui s’adressaient-elles, qui les a réellement vues et qu’ont-elles représenté pour celles et ceux qui les ont consultées. De plus, il faut considérer ce que vous pensez percevoir, quand vous regardez l’image[2]. Dans ce texte, je souhaite analyser un certain nombre d’images historiques avec l’objectif de fournir un contexte valable pour une interprétation moderne de leur symbolique. Une version revisitée de l’affiche « We Can Do It ! », réalisée par Abigail Gray Swartz et intitulée « The March », a récemment servi de couverture à l’édition du 6 février 2017 du New Yorker[3]. On pouvait y voir une Rosie présentée sous les traits d’une femme noire portant un chapeau tricoté en laine rose. Le chapeau est devenu un symbole controversé des récentes marches pour les femmes du 21 janvier 2017. Évoquant le pouvoir collectif des femmes à organiser et à faire le changement de même que l’importance d’une approche intersectionnelle au féminisme, l’image reprenait, à bien des égards, le symbolisme déjà présent dans la version de Miller : expression confiante et déterminée, manches retroussées et poing levé[4]. L’image du New Yorker a également conservé d’autres éléments visuels originels tels que les couleurs, notamment le jaune vibrant et le marine du fond, le bleu de la chemise de Rosie et le rouge de son vernis à ongles.

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