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Auteur : Histoire Engagée

Coupures budgétaires de Bibliothèque et Archives nationales du Québec : lettre ouverte de l’Institut d’Histoire de l’Amérique Française au ministre Fortin

Par Martin Pâquet et Karine Hébert, président et vice-présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

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Montréal, 19 juin 2017
À l’attention de M. Luc Fortin,
Ministre de la Culture et des Communications,

M. le Ministre Fortin,

Nous vous écrivons aujourd’hui en réaction à un article paru le 9 juin dans les pages du quotidien Le Devoir, lequel détaille les nouvelles contraintes budgétaires auxquelles est soumis Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Il y est notamment fait mention d’une réduction des budgets alloués à BAnQ qui entraînera l’abolition de nombreux postes, en plus de compromettre des activités de numérisation déjà entamées. À ces mesures de réduction financières s’ajoute une augmentation des frais de système, notamment ceux associés à la location des espaces occupés par l’institution. Un manque à gagner de près de 9% en résulterait. Cette décision inattendue ne manque pas d’étonner. En effet, BAnQ jouit ces dernières années d’une popularité et d’une fréquentation croissante, ce qui justifie à tout le moins le maintien des budgets de fonctionnement, sinon leur bonification.

Pour répondre à ces nouvelles contraintes, la direction de BAnQ a privilégié trois avenues. La première est celle de la réorganisation de son organigramme de direction. Nous ne nous prononcerons pas sur celle-ci. Par contre, comme historiennes et historiens, nous sommes particulièrement préoccupés par les deux autres avenues retenues : abolir 29 postes permanents (dont 4 vacants qui ne seront pas comblés) et suspendre les activités de numérisation. Ces deux dernières mesures auront, il n’y a pas à en douter, un effet direct sur l’accessibilité aux archives québécoises. Il y a raison de s’attendre à ce que ces coupures, à terme, affectent également les autres services de BAnQ, tant les services des salles de consultation et de recherche que le traitement et la numérisation de la collection patrimoniale. Est-il besoin d’ajouter que BAnQ abrite des collections archivistiques et imprimées inestimables, et que leur accessibilité et leur conservation sont des conditions nécessaires à la poursuite de la recherche historique sur le Québec ?

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Race, racialisation et histoire : compte-rendu et réflexions sur la livraison d’automne 2016 des Cahiers d’histoire

Par Bernard Ducharme, titulaire d’un doctorat en histoire de l’Université de Montréal et en études romanes de l’Université Paul-Valéry-Montpellier III

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La livraison 33-2 de l’automne 2016 des Cahiers d’histoire de l’Université de Montréal fait le point sur l’histoire du racisme. La race, la racialisation et l’histoire est construit selon les procédés habituels des Cahiers : le numéro, bâti par une équipe d’étudiantes des cycles supérieurs du département d’histoire (mentionnons les rédactrices en chef Florence Prévost-Grégoire et Magalie Fournier-Plouffe et la responsable de publication Anaïs Hélie-Martel), est publié sous la direction d’un professeur du département, cette fois David Meren, un spécialiste de l’histoire des nationalismes au Canada. Au total, le dossier comporte 8 articles en plus de la présentation du directeur, écrits par des candidats à la maîtrise ou au doctorat de divers horizons. Les responsables de la publication ont eu la bonne idée de disposer les textes en ordre chronologique, du XVIIIe siècle à nos jours, ce qui facilite la tâche au lecteur soucieux d’envisager l’ampleur du phénomène dans la durée. Nous nous attacherons précisément ici à rendre compte des différentes contributions en nous efforçant de les restituer dans une vision d’ensemble de l’histoire du racisme. Nous tenterons par la suite d’indiquer, par une réflexion sur quelques absences, des directions que pourrait prendre la réflexion suite à la lecture de ce dossier fécond.

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Résurgences de la Révolution tranquille, ou la dramaturgie québécoise des années quatre-vingt comme lieu d’interrogation du Québec des années soixante

Par Céline Philippe, candidate au doctorat au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Montréal dans les années 1960. Archives de la ville de Montréal. Source : Vintage Canadian Supermarkets and Discount Stores (Flickr).

DÉCOR / Le salon d’un appartement du Plateau Mont-Royal, été 1965[1].

DÉCOR / La salle commune d’une maison de campagne. Une porte donne sur cette salle commune. Saint-Ludger de Milot, Lac-Saint-Jean, avril 1965[2].

Au moment où la pièce commence, le 5 juillet 1967 à 10h30, l’interrogatoire dure depuis le matin du 4 juillet à 1h, sans interruption[3].

Il y a dans ces trois extraits des exemples parmi tant d’autres d’un phénomène qu’il reste encore à éclairer, entourant une grande part de la dramaturgie québécoise des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Bien des choses ont été écrites au sujet de cette « date charnière[4] » que représenterait 1980, une époque marquée notamment par l’avènement d’une nouvelle génération d’auteurs (les René-Daniel Dubois, Michel Marc Bouchard et Normand Chaurette, entre autres), dont l’écriture se démarquerait du théâtre québécois des décennies précédentes à la fois au niveau formel et thématique. Comme le résument Jean Cléo Godin et Dominique Lafon au sujet de la dramaturgie surgie à cette époque :

En ce qui concerne les composantes textuelles de cette dramaturgie, la critique a été unanime à lui reconnaître deux traits caractéristiques : l’abandon quasi total de la langue parlée populaire au profit d’une écriture plus standard (sans être « parisienne ») et la fin d’un théâtre spéculaire et identitaire, auquel succèdent des récits à la fois plus éclatés et plus introspectifs […][5].

Or, ce que peu de travaux ont souligné, c’est que plusieurs œuvres parmi celles-ci interrogent le Québec des années soixante en le représentant par un ancrage spatiotemporel (dans une partie du texte ou sa totalité). N’ayant aucunement la prétention d’en éclairer l’ampleur, ni la complexité ou les causes dans les limites de cet article, je compte à tout le moins offrir un aperçu des manifestations de ce phénomène dans quelques productions des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix. Comme je le montrerai, si cet ancrage spatiotemporel est explicitement annoncé dans une œuvre sous forme de mise en abyme comme Le vrai monde? de Michel Tremblay, dans des pièces des années quatre-vingt-dix, comme Celle-là de Daniel Danis, The Dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay ou La face cachée de la lune de Robert Lepage, c’est sur un mode crypté, voire fantomatique, que cette époque du passé québécois fait retour.

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Chronique éditoriale 1. Les formes de l’histoire engagée

Par Bernard Ducharme, membre du comité éditorial

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HistoireEngagee.ca souhaite profiter de ce début d’année 2017 pour inaugurer une nouvelle rubrique éditoriale. L’éditorial a pour but d’offrir des repères aux lectrices et aux lecteurs; l’éditorialiste, quant à lui, informe sur l’état des publications, sur les liens de celles-ci avec l’actualité, puis en propose une synthèse. Afin d’adapter cette formule au format d’HistoireEngagee.ca, nous souhaitons offrir des éditoriaux récapitulatifs qui seront publiés à trois occasions durant l’année.

Ce n’est pas une mince tâche pour moi que de me commettre pour cette première. En effet, l’année 2016, en général, et l’automne en particulier, ont été des périodes fastes pour HistoireEngagee.ca : notre rythme de publication n’a jamais ralenti et c’est d’une vingtaine de publications qu’il me faut aujourd’hui rendre compte. Ce bon rythme de publication s’explique par plusieurs facteurs. En premier lieu, HistoireEngagee.ca a, au cours de la dernière année, partiellement renouvelé son comité de rédaction, combinant le sang neuf et l’expérience. Elle a également lancé, le 8 février 2016, une section dédiée à notre équipe de collaborateurs et de collaboratrices réguliers et régulières, qui a récemment connu une nouvelle addition en la personne d’Adèle Clapperton-Richard dont nous reparlerons bientôt. Cela a contribué à fournir de nombreux textes, tandis que nos membres les plus expérimentés ont pu faire en sorte que les procédures d’organisation se maintiennent. Un second motif du succès de cet automne est la formule des dossiers thématiques, qui existait auparavant, mais qui a été employée plus systématiquement au cours de l’année qui vient de s’écouler. Par le biais d’appels à contributions, nous sommes parvenus à obtenir une série de textes sur des thèmes communs. Ces dossiers sont souvent pilotés à la fois par des membres internes et externes à notre équipe régulière, ce qui contribue à diversifier nos compétences et à enrichir notre capacité à gérer les textes reçus. Les dossiers d’HistoireEngagee.ca demeurant toujours ouverts, il n’est pas exclu que nous ajoutions des textes à ces dossiers, et ce, même si l’appel à contributions d’origine est dépassé.

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