HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

Catégorie : Benoit Marsan (Page 2 sur 3)

Entrevue avec Sébastien Rioux

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

Version PDF
Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Sébastien Rioux est professeur au Département de géographie de l’Université de Montréal. Ses recherches gravitent autour des thèmes que sont l’économie politique de l’alimentation et du bien-être, la géographie du travail et de la santé, ainsi que la sociologie du développement. À l’heure actuelle, il travaille sur le rôle des politiques rizicoles sur la sécurité alimentaire, le développement économique et les réformes agraires en Asie du Sud-Est[1].


Benoit Marsan : Des phénomènes tels la faim et la famine ne sont pas propres au capitalisme. Comment alors ces enjeux se transforment-ils par rapport à la Grande-Bretagne du 17e et du 18e siècle ?

Sébastien Rioux : Certes, le capitalisme n’invente ni la faim ni la famine. À mon sens, une dimension essentielle pour comprendre l’évolution de ces phénomènes réside dans l’accroissement de la distance physique, institutionnelle et sociale entre le capitalisme « agraire » des 17e et 18e siècles et un capitalisme industriel qui émerge à partir de la fin du 18e siècle. Il ne s’agit donc pas simplement de rendre compte du processus historique par lequel les producteurs directs sont séparés de leurs moyens de production, mais aussi de comprendre la dissolution graduelle des normes, responsabilités, devoirs et relations de pouvoir qui jusque là unissaient les acteurs sociaux.

Lire la suite

Entrevue avec Cory Verbauwhede

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

Version PDF
Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Cory Verbauwhede est avocat et candidat au doctorat en histoire à l’UQÀM sous la direction de Martin Petitclerc (CHRS, UQAM) et Marie-Claude Prémont (ENAP). Ses principaux intérêts de recherche sont le droit social, l’histoire du droit et l’État providence. Dans le cadre du colloque Question sociale et citoyenneté, il propose une communication intitulée « Claude Castonguay, champion du social malgré lui : réflexions sur le “welfare state moment” québécois ». Dans cette présentation, il cherche à questionner les fondements de l’État providence en problématisant le mythe du héros fondateur de l’assurance maladie québécoise[1].


Benoit Marsan : Pourquoi étudier un personnage comme Claude Castonguay?

Cory Verbauwhede : Claude Castonguay, le mal-nommé « père » de l’assurance maladie qui a inspiré le nom, à une époque très répandu, de la carte donnant droit à des services médicaux et hospitaliers universels et gratuits, la « castonguette », est un acteur tout à fait fascinant pour qui veut comprendre les complexités et ambiguïtés de l’État providence, et ce pour plusieurs raisons. Étant un immigrant au Québec, je ne l’ai « rencontré » qu’au sortir de mes études de droit, alors que mon intérêt pour le droit social m’avait amené à voir le système public de santé comme le programme le plus abouti de l’État providence québécois et canadien. L’arrêt Chaoulli c. Québec de la Cour suprême du Canada, publié en 2005 pendant l’été de ma dernière année d’études, a remis en question ce programme en ouvrant l’assurance maladie à une concurrence potentiellement fatale de la part des assureurs privés, une décision que les trois juges dissidents (sur sept!) ont comparé aux décisions réactionnaires de la Cour suprême des États-Unis cent ans plus tôt qui avaient notamment invalidé des lois établissant un nombre quotidien maximal d’heures de travail au nom de la liberté contractuelle. C’est cet arrêt tout à fait absurde en termes de droits humains qui a lancé ma croisade pour tenter de sauver l’assurance maladie universelle des puissantes forces qui le menaçaient, et en premier plan… de Claude Castonguay lui-même.

Lire la suite

Entrevue avec Benoit Marsan

Par Cory Verbauwhede, doctorant en histoire à l’UQÀM

Version PDF
Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Benoit Marsan, candidat au doctorat en histoire du Centre d’histoire des régulations sociales et chargé de cours à l’UQAM et à l’UQO, vient de publier un ouvrage sur le Parti communiste du Canada et les sans-emploi pendant la crise des années 1930 à Montréal. Il propose d’analyser le rôle de leur mobilisation dans la construction du problème social qu’est le chômage.

Selon Benoit Marsan, c’est grâce à la mobilisation citoyenne des sans-emploi et à leurs demandes de droits et de justice sociale que le principe de l’assurance a acquis une véritable légitimité au Québec et au Canada dans les années 1930. Paradoxalement, le chômage est devenu constitutif de l’identité de classe des travailleurs, en tant que risque partagé dont il faut pouvoir se prémunir[1].

Cory Verbauwhede : Parlez-nous un peu du phénomène que certains décrivent comme « l’invention du chômage ».

Benoit Marsan : Pour schématiser, il y a deux principaux courants historiographiques. Le premier part du point de vue de l’État et des élites, et le deuxième adopte la perspective des sans-emploi. Ces deux courants ne portent pas le même regard sur le chômage en tant que phénomène.

Par exemple, Christian Topalov étudie comment le mouvement philanthropique et les réformateurs sociaux s’intéressaient au problème du chômage à la fin du XIXe siècle et comment l’État en est venu à intervenir sur le phénomène. C’est donc une histoire qui part du haut de la structure sociale et qui est très institutionnelle. Pour ces analystes, le chômage apparaît lorsqu’on commence à comptabiliser les statistiques en vue de la mise en place de programmes qui nécessitent de distinguer les sans-emploi des pauvres en général, notamment afin de réguler davantage le marché du travail.

L’autre courant, dont je fais partie, est d’inspiration plutôt marxiste. Ces penseurs comprennent le chômage comme l’envers de la médaille de la transformation du travail et plus particulièrement de la généralisation du salariat. Leurs études se focalisent plus sur les batailles des travailleuses et travailleurs afin de changer leurs conditions de vie. Le phénomène que l’État désignera « chômage » existait avant son intervention et ces travaux font une histoire vue « d’en bas » afin de comprendre comment ces nouvelles désignations sont imposées « d’en haut » et de relever les résistances qui y sont opposées, l’idée étant de partir de la perspective de la classe ouvrière. Ainsi, lors des premières manifestations de sans-travail en Angleterre en 1817, le terme « chômage » n’existait pas, mais la situation vécue n’en était pas moins réelle. Les élites voyaient les sans-emploi comme une menace et cherchaient à endiguer, à contrôler et à réguler leurs multiples mouvements de revendications, par des interventions souvent philanthropiques et parfois étatiques. Bref, dans cette perspective, le chômage précède en quelque sorte son « invention ».

Lire la suite

Entrevue avec Jean-Philippe Bernard

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

Version PDF
Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Jean-Philippe Bernard est candidat au doctorat en histoire à l’UQÀM sous la direction de Magda Fahrni et la codirection de Karine Hébert. Ses recherches portent sur les programmes de colonisation au Québec pendant la Grande Dépression. Plus spécifiquement, il cherche à retracer l’expérience et le vécu des colons à travers les questions de genre et de citoyenneté par l’entremise des relations avec l’État québécois. Dans le cadre du colloque Question sociale et citoyenneté, il propose une communication intitulée « De désirable à indésirable. Le choix des colons dans le mouvement de colonisation des années trente : le cas de l’Abitibi et du Bas-Saint-Laurent » qui aura lieu dans le cadre d’un panel sur la pauvreté, le chômage et la formation de la classe ouvrière[1].


Benoit Marsan : En quoi la colonisation des espaces québécois au cours de la Grande Dépression s’articule-t-elle avec la question sociale?

Jean-Philippe Bernard : Malheureusement, l’historiographie ne s’est pas vraiment penchée sur cet aspect de la colonisation. Pourtant, juste pour l’Abitibi, c’est plus de 10 000 personnes qui ont été déplacées sous les différents programmes de colonisation durant les années 1930. Beaucoup de gens qui ont donc vécu – ou subi, selon les interprétations – cette aventure et ont ainsi été confrontés à la « question sociale » à travers ce processus. Notamment, cet aspect est central pour les colons dans leurs relations avec l’État ou encore dans la foulée de leurs décisions individuelles ou familiales. Pour faire bref, comme on ne s’est pas encore intéressé outre mesure à cette dimension de la colonisation, il est donc possible de réinterpréter ce phénomène historique à l’aune de la question sociale.

Lire la suite

L’histoire ouvrière américaine vue d’en bas

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM, chargé de cours (UQÀM et UQO) et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

Version PDF

À voir l’importance qu’occupent dans l’actualité les courses démocrate et républicaine à l’investiture présidentielle, il est facile de perdre de vue que les dynamiques sociales et politiques américaines dépassent l’horizon des grandes figures et des principales institutions politiques du pays. Heureusement, deux récents documentaires, Howard Zinn, une histoire populaire américaine[1] et The Mine Wars[2], ont le mérite de nous montrer une histoire des États-Unis vue d’en bas et largement animée par les luttes de la classe ouvrière américaine. Jusqu’au Red scare[3], qui suit la Première Guerre mondiale, il est nécessaire de rappeler que le mouvement ouvrier américain est en partie influencé par des courants anarchistes, socialistes et religieux progressistes. Des années 1870 au début des années 1920, des millions d’hommes et de femmes, de diverses origines ethniques et nationales, anonymes ou non, ont imaginé une société américaine démocratique et égalitaire qui dépasse de loin le statu quo politique et social proposé à l’heure actuelle par l’élite politique du pays. Ces utopies se sont manifestées à travers une riche et fascinante tradition de radicalisme ouvrier. Cette dimension du passé américain est la plupart du temps occultée ou minimisée par l’histoire officielle[4]. C’est dire que les mouvements de contestation des dernières années, tels Occupy Wall Street ou encore Black Lives Matters, sont loin d’être des anomalies dans le contexte américain et peuvent plutôt s’appuyer sur un large répertoire de résistances populaires et de luttes qui peut être retracé jusqu’au tout début de l’histoire des colonies américaines[5]. Voici donc une brève recension de ces deux réalisations offertes en DVD. J’ai porté une attention particulière à The Mine Wars, car il s’agit d’une histoire encore moins connue que les principaux événements présentés dans Howard Zinn, une histoire populaire américaine.

Lire la suite

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén