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Là où le présent rencontre le passé

Catégorie : Martin Pâquet (Page 1 sur 2)

Pourquoi faire aujourd’hui de l’histoire?

Par Martin Pâquet, professeur au département des sciences historiques de l’Université Laval[1]

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Clio, la muse de l’histoire. Crédit : Carole Raddato (Flikr).

Depuis plusieurs années, j’ai l’immense privilège d’enseigner à de jeunes adultes de tous horizons et de toutes convictions les rudiments de la discipline historique. Discipline historique plutôt que métier d’historien : plusieurs ne pratiqueront pas ce métier par la suite, puisqu’ils bifurqueront vers l’enseignement, le journalisme, la fonction publique, les musées, les archives, l’organisation syndicale ou communautaire, les entreprises culturelles, le droit, l’armée ou d’autres emplois. En songeant à leur avenir, ces jeunes adultes me posent régulièrement une question : « pourquoi faire aujourd’hui de l’histoire? ». Ma réponse simplifiée est celle de Spinoza : ni rire, ni pleurer, ni haïr, mais comprendre.

Comprendre

Comprendre en histoire, ce n’est pas donner simplement des dates et des faits. Il importe d’abord de les mettre en relation, de se donner une perspective, de saisir le contexte. Comprendre – « prendre avec » – implique aussi la fidélité à des principes éthiques relevant de la responsabilité à l’endroit d’autrui. Notre objet d’étude est le temps, et particulièrement le temps passé, dans ses continuités et ses ruptures avec le présent. Pour saisir cet objet évanescent, il nous faut procéder avec méthode : les historiens rassemblent des corpus documentaires avec les traces issues du passé, puis les questionnent selon les ressources de l’analyse critique, pour reconstituer enfin ce qui fut avec le plus de certitude possible pour les fins de la compréhension. L’historien raconte certes, mais son récit s’adresse à la raison de son public plutôt que de susciter son émotion.

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Coupures budgétaires de Bibliothèque et Archives nationales du Québec : lettre ouverte de l’Institut d’Histoire de l’Amérique Française au ministre Fortin

Par Martin Pâquet et Karine Hébert, président et vice-présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

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Montréal, 19 juin 2017
À l’attention de M. Luc Fortin,
Ministre de la Culture et des Communications,

M. le Ministre Fortin,

Nous vous écrivons aujourd’hui en réaction à un article paru le 9 juin dans les pages du quotidien Le Devoir, lequel détaille les nouvelles contraintes budgétaires auxquelles est soumis Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Il y est notamment fait mention d’une réduction des budgets alloués à BAnQ qui entraînera l’abolition de nombreux postes, en plus de compromettre des activités de numérisation déjà entamées. À ces mesures de réduction financières s’ajoute une augmentation des frais de système, notamment ceux associés à la location des espaces occupés par l’institution. Un manque à gagner de près de 9% en résulterait. Cette décision inattendue ne manque pas d’étonner. En effet, BAnQ jouit ces dernières années d’une popularité et d’une fréquentation croissante, ce qui justifie à tout le moins le maintien des budgets de fonctionnement, sinon leur bonification.

Pour répondre à ces nouvelles contraintes, la direction de BAnQ a privilégié trois avenues. La première est celle de la réorganisation de son organigramme de direction. Nous ne nous prononcerons pas sur celle-ci. Par contre, comme historiennes et historiens, nous sommes particulièrement préoccupés par les deux autres avenues retenues : abolir 29 postes permanents (dont 4 vacants qui ne seront pas comblés) et suspendre les activités de numérisation. Ces deux dernières mesures auront, il n’y a pas à en douter, un effet direct sur l’accessibilité aux archives québécoises. Il y a raison de s’attendre à ce que ces coupures, à terme, affectent également les autres services de BAnQ, tant les services des salles de consultation et de recherche que le traitement et la numérisation de la collection patrimoniale. Est-il besoin d’ajouter que BAnQ abrite des collections archivistiques et imprimées inestimables, et que leur accessibilité et leur conservation sont des conditions nécessaires à la poursuite de la recherche historique sur le Québec ?

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Confusion des genres et méconnaissance

Par Martin Pâquet et Karine Hébert, président et vice-présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

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La série télévisée Canada: The Story of Us suscite son lot de commentaires dans l’espace public depuis son lancement. Réagissant aux critiques, Chuck Thompson, le directeur des affaires publiques de CBC, s’est excusé en mentionnant que, « [à] titre de diffuseur public du Canada, nous sommes résolus à faire découvrir aux Canadiens leur pays et leur histoire (« history ») et à les aider à tisser des liens. Lorsque nous racontons l’histoire (« history ») d’un pays, il y a inévitablement des citoyens, des historiens et des politiciens qui ont une autre façon de voir les choses, et c’est de toute évidence ce qui se passe avec Canada: The Story of Us ».

Comme historiens, nous aimerions attirer l’attention sur la perspective des concepteurs de cette série. Cette perspective repose à la fois sur une confusion des genres et sur la décision des concepteurs de se priver de l’expertise variée des historiens et de la qualité du rapport au passé qu’ils peuvent offrir. Dès lors, cette perspective ne peut déboucher sur un dialogue fructueux, malgré les souhaits de la CBC.

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Les Musées de la civilisation : une institution publique ou un entrepôt numérique?

Lettre publique rédigée par Martin Pâquet, président de l’Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF), Karine Hébert, professeure à l’UQAR et vice-présidente de l’IHAF, et Sophie Imbeault, historienne et membre de l’IHAF, puis appuyée par 645 signataires individuels et 21 organismes (en date du 10 juin 2016)

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Une institution muséale publique sans service de recherche et dont les archives sont inaccessibles aux chercheurs peut-elle encore se targuer d’être un musée? Ne devient-elle pas un simple entrepôt avec des collections qui, bien que remarquables, auront tôt fait de tomber dans l’oubli, ne trouvant plus personne pour les interpréter et les mettre en valeur?

Ces questions se posent alors que les Musées de la civilisation de Québec (MCQ) ont procédé, le 1er avril, au démantèlement complet de leur service de la recherche et s’apprêtent, le 23 juin prochain, à fermer la salle de consultation de leurs archives. Dans ce dernier cas, les MCQ affirment que cette fermeture est provisoire, sans indiquer de date de réouverture éventuelle.

Un mandat clair et explicite

La Loi sur les Musées nationaux (LQ, c. M-44) est claire : elle accorde aux MCQ trois fonctions principales: «faire connaître l’histoire et les diverses composantes de notre civilisation […]; assurer la conservation et la mise en valeur de la collection ethnographique et des autres collections représentatives de notre civilisation; assurer une présence du Québec dans le réseau international des manifestations muséologiques par des acquisitions, des expositions et d’autres activités d’animation».

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Le sergent d’armes, gardien de l’autorité parlementaire

Par Martin Pâquet, professeur au département des sciences historiques de l’Université Laval

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Kevin Vickers.

Certains s’étonnent du sang-froid de Kevin Vickers, sergent d’armes à la Chambre des communes, au moment de son entrée en Chambre des communes le 23 octobre dernier. En effet, le sergent d’armes n’a que très peu manifesté son émotion. En fait, en traduisant l’éthos de sa fonction, sa réaction est similaire à celle de René Jalbert à l’Assemblée nationale en mai 1984 : les officiers de police comme les militaires doivent se montrer impassibles en toutes situations. Sa réaction est aussi typique d’une tradition culturelle précise : celle des régimes parlementaires, dont le sergent d’armes est un gardien attitré.

Une fonction ancienne

Fonction qui se développe dans les parlements à partir du Moyen Âge, le sergent d’armes a entre autres comme responsabilité de maintenir l’ordre dans la Chambre ou dans l’Assemblée.

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