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Catégorie : Alain Saint-Victor

Les fondements historiques du racisme dominicain. Les origines de l’antihaitianismo

Par Alain Saint-Victor, enseignant et historien[1]

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Carte de Saint-Domingue (1858).

Carte de Saint-Domingue (1858).

« Si le racisme […] peut être globalement compris comme un essentialisme, s’il témoigne partout d’un comportement d’exclusion et d’objectivation d’un autrui collectif, ses manifestations sont si diverses qu’elles semblent relever d’un ordre particulier[2] (c’est nous qui soulignons).» Le racisme tel qu’il s’est développé dans la République Dominicaine illustre bien ces propos du sociologue Adam Michel. Il est, en effet, pour le moins surprenant qu’une société composée majoritairement de Mulâtres et de Noirs puisse développer au cours de son histoire un racisme que plusieurs chercheurs qualifient d’antihaïtianisme (antihaitianismo), racisme qui tend à trouver chez l’Haïtien l’essence même de la race noire, qui perçoit dans son attitude, sa manière d’être, sa culture, la «barbarie», le «primitivisme» et «l’archaïsme» africain.

On sait que le racisme se manifeste sous différentes formes, en particulier «le racisme colonial impliquant la division de l’humanité en races ‘supérieures’ et ‘inférieures’, ‘civilisées’ et ‘barbares’ [et] le préjugé de couleur lié à la ségrégation ou à l’institution de l’apartheid dans les sociétés postcoloniales qui assignent un statut inférieur aux descendants d’esclaves[3].» Néanmoins ce qui caractérise le racisme dominicain c’est le fait que ses principaux tenants qui reprennent les thèses du racisme européen de la fin du XIXe siècle (infériorité biologique du Noir, son incapacité à gouverner, etc.), sont eux-mêmes descendants de Noirs et d’esclaves. C’est là un paradoxe qui peut surprendre. Toutefois, lorsqu’on connait la fluidité de l’idéologie raciste, sa grande force de propagation, sa subtilité et son pouvoir de reproduction, on ne saurait s’étonner qu’elle ait imprégné l’imaginaire collectif d’un peuple, qu’elle le pousse à voir dans un autre peuple (qui pourtant lui ressemble à plusieurs points de vue) l’étranger absolu, l’ultime représentant d’une race barbare et rétrograde.

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Signification et impact de la Révolution haïtienne sur le monde atlantique

Par Alain Saint-Victor

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Toussaint Louverture.

Toussaint Louverture.

Depuis plus de vingt ans, l’historiographie étasunienne (en particulier) développe une nouvelle approche et une nouvelle compréhension de ce qu’on appelle le «monde atlantique.»  À la fin de la Première Guerre mondiale et durant la période qui suivit la Deuxième Guerre mondiale, des tentatives ont été faites pour définir ce monde comme une nouvelle réalité historique qui servirait de pont entre l’Amérique (États-Unis et Canada) et l’Europe. Ces approches, qui prirent différentes formes (articles de journaux, ouvrages importants), revêtaient une méthodologie imprégnée d’eurocentrisme, ce qui finalement servait d’outils idéologiques dans le contexte de la guerre froide : l’objectif était de souligner les particularités de l’Occident vis-à-vis de l’Est communiste, particularités qui seraient fondées sur des différences insurmontables liées aux traditions gréco-romaines et judéo-chrétiennes. Les historiens Robert Palmer et Jacques Godechot (1947) ont essayé de «théoriser» ces différences, et ont voulu expliquer du même coup l’évolution historique et politique de cette communauté atlantique et ses particularités sociopolitiques dans le monde contemporain.

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