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Catégorie : Pascal Scallon-Chouinard

Histoire générale de l’Afrique : un projet toujours d’actualité

Par Pascal Scallon-Chouinard, historien et membre de l’équipe éditoriale d’HistoireEngagee.ca

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L’arbre à palabres, lieu traditionnel de rassemblement, sur l’île de Gorée au Sénégal. Crédit : Pascal Scallon-Chouinard.

Au début du mois de décembre 2016, plus d’une quarantaine d’artistes maliens se sont réunis au siège social de l’UNESCO à Paris pour rejoindre la « Coalition internationale des artistes pour promouvoir l’Histoire générale de l’Afrique », une initiative « visant à promouvoir le travail effectué depuis 1964 par l’UNESCO pour réécrire une histoire de l’Afrique débarrassée des préjugés[1]. » Créée en octobre 2015, cette coalition a également comme objectif de « faire descendre l’immense savoir contenu dans les volumes de [l’Histoire générale de l’Afrique] dans l’esprit du peuple » et de sensibiliser la jeunesse aux messages transmis par ces publications[2].

Cette nouvelle, si elle a eu relativement peu d’éclat à travers la couverture médiatique internationale de la fin de l’année 2016, illustre pourtant la pertinence et l’actualité d’une initiative historiographique amorcée il y a plus de cinquante ans. En 1964, dans le contexte des décolonisations récentes (et parfois encore à faire) en Afrique, l’UNESCO a lancé un appel aux chercheurs et aux chercheuses africains.es et de la scène internationale pour les inviter à collaborer à la rédaction et à la mise sur pied d’une Histoire générale de l’Afrique. Éventuellement constituée de huit volumes, cette publication souhaitait « reconstruire une histoire de l’Afrique libérée des préjugés raciaux hérités de la traite négrière et de la colonisation » et « favoriser une perspective africaine[3]. »  Pendant longtemps, écrivait en préface le directeur général de l’UNESCO (1974-1987) Amadou-Mahtar M’Bow, les « mythes et préjugés de toutes sortes ont caché au monde l’histoire réelle de l’Afrique. Les sociétés africaines passaient pour des sociétés qui ne pouvaient avoir d’histoire. Malgré d’importants travaux effectués, dès les premières décennies de ce siècle, […] bon nombre de spécialistes non africains, attachés à certains postulats soutenaient que ces sociétés ne pouvaient faire l’objet d’une étude scientifique, faute notamment de sources et de documents écrits[4]. » Le retour de ce projet collectif dans l’actualité permet de revenir, brièvement, sur les représentations de l’histoire africaines et sur les grandes lignes de la production historiographique portant sur ce continent.

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Sur les épaules d’un géant : entretien avec Hugo Girard autour de Louis Cyr et de la tradition de la force au Québec*

Par Pascal Scallon-Chouinard, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke, et Mathieu St-Hilaire, historien et journaliste pigiste[1]

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Hugo Girard et son fils, Tyler Girard

Hugo Girard est sans contredit une figure marquante de l’espace sportif et culturel du Québec. Reconnu comme l’un des hommes les plus forts de la planète, il a une force et un caractère qui lui ont permis de s’illustrer dans des compétitions nationales et internationales. Son parcours est d’ailleurs impressionnant : finaliste, de 1998 à 2003, à la compétition du World Strongest Man; homme le plus fort du Canada de 1999 à 2004; homme le plus fort de l’Amérique du Nord de 2000 à 2001; champion du Wolrd Muscle Power de 1999 à 2000 (Écosse) et de 2001 à 2004 (Canada); champion du monde IFSA lors des Supers-Séries de 2002; détenteur de plusieurs records canadiens de dynamophilie, etc[2]. Dans la foulée de la sortie du film Louis Cyr (2013), il nous semblait intéressant et pertinent de nous entretenir avec celui qui a souvent été surnommé le « Louis Cyr des temps modernes ». Cette rencontre avait pour objectifs, d’une part, d’en apprendre un peu plus sur Hugo Girard lui-même, sur ses réalisations et sur son parcours sportif; d’autre part de voir les traces qui peuvent subsister, aujourd’hui, de Louis Cyr et de sa « légende ». L’histoire et la tradition ont-elles une place dans la pratique contemporaine des sports de la force ?


Girard, tout d’abord bonjour, et merci d’avoir accepté notre proposition d’entrevue. Vous avez commencé à vous entrainer très tôt dans votre jeunesse. Qu’est-ce qui a déclenché cette passion pour l’entrainement et pour la force? Aviez-vous des motivations précises dès votre jeune âge, et quel support avez-vous reçu de votre entourage familial et sportif?

Les Héros du samedi était une émission de Radio-Canada qui s’intéressait aux jeunes athlètes du pays et qui en présentait les exploits.

Moi, ce n’est pas compliqué, mon père s’entrainait. À l’âge de 5 ans, j’ai eu mes premiers haltères et je faisais les mouvements que lui faisait. Mon père, à mes yeux, c’était le plus fort. Il était costaud, c’était mon idole. Un peu plus tard, je lisais des bandes dessinées, et les personnages étaient musclés et très forts. Dans ma tête d’enfant, je m’imaginais être un superhéros; je m’imaginais être doté d’une force surhumaine et d’un physique impressionnant. Puis, à l’âge de douze ans, j’ai vu une compétition d’hommes forts à la télévision, c’était aux Héros du samedi, et à partir de ce moment-là, c’était ça… Je suis allé voir ma mère et je lui ai dit qu’un jour j’allais être l’homme le plus fort du monde.

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Du « Mai 68 » dakarois au « Printemps érable » québécois. Quand l’engagement étudiant marque l’histoire

Par Pascal Scallon-Chouinard, doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke et chargé de cours universitaire

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Dans plusieurs pays du monde, les étudiants, surtout universitaires, occupent l’avant-scène de la vie politique, économique et sociale, soit par leurs écrits ou leurs manifestations parfois violentes. Si l’on s’interroge sur les mobiles de ces mouvements d’étudiants aussi bien dans un sens que dans un autre, il se dégage une caractéristique essentielle et universelle : c’est que les étudiants d’où qu’ils soient, commencent, dès leurs études à se sentir concernés par la vie politique, économique et sociale de la communauté nationale à laquelle ils appartiennent. Les études ont cessé d’être un vase clos, un milieu fermé, les étudiants ont cessé de former une caste dont les membres n’éprouvent le besoin de se regrouper et de manifester que pour défendre leurs privilèges. Ils témoignent une volonté ferme d’être intégrés dans la société des travailleurs, dès avant la fin de leurs études[1]

Expression murale à Dakar. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Expression murale à Dakar. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Cette assertion, au regard des événements qui ont marqué le Québec depuis le printemps 2012, semble d’actualité. Il n’aurait pas été surprenant, en effet, qu’elle soit tirée d’un communiqué de porte-paroles étudiants ou encore d’une analyse historique sur l’identité estudiantine et les mouvements sociaux. Elle rend compte d’une certaine volonté d’engagement, ou du moins d’un désir affirmé de participer à une réflexion collective et à la transformation de la société. Pourtant, ces propos ne sont ni d’ici ni de notre époque. Ils ont plutôt été prononcés par le président de l’Union nationale des étudiants du Burundi (U.N.E.B.A.) à l’occasion du troisième congrès de l’association tenu au mois d’août 1962. Le Burundi, ancienne colonie africaine de la Belgique, venait alors tout juste d’obtenir son indépendance, cause pour laquelle les membres de l’U.N.E.B.A. avaient milité avec ferveur depuis la création de l’association en 1959[2].

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