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Catégorie : Sean Carleton

Confronter « Canada150 » : l’exposition Shame and Prejudice de Kent Monkman

Par Sean Carleton, activiste, artiste et professeur adjoint à la Mount Royal University de Calgary (Traité 7)[1]

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Kent Monkman At Glenbow (Calgary). Crédit : Sean Carleton.

L’exposition Shame and Prejudice : A Story of Resilience de l’artiste Kent Monkman n’est peut-être pas l’exposition que les Canadiens souhaitaient pour les célébrations du « Canada150 », mais c’est sans contredit celle qu’ils méritaient. L’installation artistique fait front aux célébrations du cent cinquantième anniversaire du pays en offrant une perspective autochtone à cet événement. L’intention de l’artiste est d’« activer le dialogue » sur les effets continus et contemporains de la colonisation pour les Premières Nations au Canada et au Québec. Dans ses pièces, Monkman utilise « Miss Chief Eagle Testickle », son alter ego androgyne et anticolonial, pour aborder les thèmes de la dépossession, de la famine, de l’incarcération et du génocide des Autochtones. L’artiste parvient à aborder de front ces problématiques en usant d’une démarche artistique interdisciplinaire et évocatrice. Ce faisant, Monkman place les Canadiens dans une position inconfortable face à leur passé. Il les oblige aussi à réfléchir à leur rapport complice avec la colonisation et avec les injustices auxquelles les peuples autochtones sont toujours confrontés. Il en résulte une exposition dure, hargneuse et pourtant chargée d’espoir dont la visite devrait être obligatoire dans le cadre de « Canada150 » et au-delà.

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Confronter « Secret Path » et l’héritage des pensionnats autochtones

Par Sean Carleton, boursier postdoctoral (CRSH et Honorary Grant Notley Memorial Postdoctoral Fellow) au département d’histoire et d’études classiques de l’Université de l’Alberta[1]

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Le projet Secret Path (2016), de Gord Downie.

Bien qu’ayant grandi à proximité du pensionnat autochtone de St. Paul à Vancouver-Nord, je n’avais jamais entendu parler des pensionnats autochtones. Je ne savais rien de Chanie Wenjack – nommé à tort « Charlie » par ses professeurs –, un jeune Anishinaabe de 12 ans qui s’est enfui du pensionnat Cecilia Jeffrey de Kenora, en Ontario, au mois d’octobre 1966. Ce n’est qu’après avoir déménagé en Ontario et après avoir commencé à préparer un cours dédié à la mémoire de Wenjack à l’Université Trent que j’ai pour la première fois entendu, en tant que « colonisateur », son histoire tragique : il est mort de froid alors qu’il tentait de marcher les 600 km qui séparaient son école de sa communauté à Ogoki Post au nord de l’Ontario. C’est pourquoi il m’a semblé à propos, le 23 octobre dernier – date du 50e anniversaire de son décès – d’assister à un évènement bondé au Théâtre Wenjack de Trent pour la diffusion en direct par la chaîne CBC, de Secret Path, le nouveau projet multimédia de l’artiste Gord Downie traitant de l’histoire de Chanie Wenjack.

Comme beaucoup de gens, j’avais de grandes attentes envers l’album solo, le roman graphique et le court film d’animation que comprend ce projet. En tant qu’historien de l’éducation, dont certains membres de la famille doivent composer avec une mémoire encore bien vivante de leurs expériences des pensionnats, j’étais excité à l’idée que Downie utilise son statut et sa popularité afin d’attirer l’attention du public sur l’héritage des pensionnats autochtones du Canada. Après avoir pris connaissance du projet toutefois, je dois avouer partager les inquiétudes de l’écrivain Hayden King à propos de l’utilisation que fait Downie de Wenjack et de l’histoire des pensionnats autochtones afin d’offrir une vision étroite et colonialiste du processus de réconciliation. Dans ce compte-rendu, j’offre une analyse critique des forces et des limites du projet Secret Path afin de promouvoir un dialogue plus large autour des représentations populaires de l’histoire des pensionnats autochtones et de leur rôle dans la réconciliation.

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