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Catégorie : Christine Chevalier-Caron

« La guerre du Cameroun : l’invention de la Françafrique (1948-1971) » : recension

Par Christine Chevalier-Caron, doctorante en histoire à l’UQÀM

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À l’occasion d’une tournée africaine amorcée le 1er juillet 2015, le Président français François Hollande prononçait, au côté de son homologue camerounais Paul Biya, un discours dans lequel il affirmait que : « la France regarde toujours avec lucidité son passé pour mieux préparer l’avenir, et c’est ce que nous avons fait »[1]. Suite à une telle déclaration, il aurait été légitime de croire que François Hollande allait jeter un regard franc sur l’histoire coloniale française au Cameroun en admettant qu’elle et ses troupes africaines avaient mené une guerre à l’endroit des populations camerounaises au courant des décennies 1950 et 1960. Pourtant, lorsque le journaliste Séverin Tchounkeu a initié la période de questions en lui demandant si la France allait procéder à une démarche semblable à celle faite quant à l’histoire coloniale de l’Algérie, c’est-à-dire reconnaitre qu’il ne s’agit pas simplement d’évènements, mais d’une véritable guerre, et procéder à un déclassement de documents, François Hollande s’est contenté de répondre :

Sur la question de l’histoire, c’est vrai […[ qu’il y a eu des épisodes extrêmement tourmentés et tragiques même, puisqu’après l’indépendance il y a eu une répression en Sanaga-Maritime, en pays Bamiléké. Et nous sommes, comme je l’ai fait partout, ouverts pour que les livres d’histoire puissent être ouverts et les archives aussi[2].

L’historiographie de la décolonisation du Cameroun sous tutelle française fournit une tout autre image de ce que serait une histoire – pour reprendre les mots du Président Hollande – « lucide ». Dans l’ouvrage La guerre du Cameroun : l’invention de la Françafrique paru en 2016, Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa s’appuient sur des témoignages recueillis lors d’enquêtes de terrain, de mémoires d’anciens administrateurs et militaires, de recherches en archives et de monographies pour démontrer qu’au Cameroun a eu lieu une terrible guerre contre-subversive marquée par d’innombrables violences commises par la France, avant comme après l’indépendance, afin de conserver un contrôle total sur les populations, le territoire, ainsi que sur les appareils étatique et militaire.

Nous vous proposons une recension de ce riche ouvrage qui participe au renouvellement de l’historiographie, en plus de faire la lumière sur une période historique dont l’héritage est toujours bien palpable au Cameroun et dans les relations franco-camerounaises. Dans un premier temps, nous nous intéresserons au contexte de publication, ce qui nous permettra ensuite de voir comment les auteurs démontrent que le Cameroun a été le terrain d’une importante guerre comparable à celle qui s’est déroulée en Algérie de 1954 à 1962. Nous rendrons compte, dans un second temps, d’une partie des propos des auteurs quant à la répression politique qui a contribué à l’intensification de la guerre et à la mise en place de la Françafrique.

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De l’histoire au rap : entrevue avec Webster

Par Christine Chevalier-Caron, candidate au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec l’inspirant Aly Ndiaye, plus connu sous le nom de Webster. Artiste hip-hop originaire du quartier Limoilou à Québec et se qualifiant de Sénéqueb métis pure laine[1], il a commencé à faire du rap en 1995. Passionné par l’histoire, il contribue au renouvellement historiographique du Québec en incluant à ses créations l’histoire des minorités, et plus particulièrement l’histoire des Noirs.es et de l’esclavage. À l’occasion du mois de l’histoire des Noirs.es, nous vous proposons la lecture de cet entretien lors duquel nous avons abordé des questions liées à son militantisme, au rap, à l’histoire et aux inégalités.


Christine Chevalier-Caron : Qu’est-ce qui t’a amené à militer?

Webster : Eh bien déjà, je viens d’une famille militante. Ma mère était beaucoup impliquée dans les syndicats, mon père aussi, et du côté de l’immigration, même dans notre jeunesse. Je me rappelle dans le temps de l’Apartheid, on ne pouvait pas manger de nourriture venant de l’Afrique du Sud. Mes parents nous amenaient beaucoup dans les manifestations, donc il y a cet aspect-là, aussi : j’ai grandi en ayant des modèles, des Malcolm X et des Martin Luther King, les Black Panthers, tout ça, c’est des choses qui m’ont beaucoup intéressé et qui ont joué un rôle assez formatif pour moi. Eh puis après ça, en vieillissant, j’ai décidé de toucher à tout ça, de m’investir un peu, de dénoncer les inégalités, de dénoncer ce qui se passait autour de moi, les inexactitudes aussi par rapport à l’histoire. Je m’inscris beaucoup dans un filon, disons, historique, et donc c’est, je trouve, vraiment dans le militantisme.

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