Luc Nicole-Labrie

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Source: «J.-Gilles Lamontagne, maire de Québec» (1971), Archives de la ville de Québec,consultation en ligne, 10 août 2010.

Aujourd’hui, le site de Cyberpresseprésentait un article parlant de deux géants construits par le Festival International de Musique Militaire de Québec (FIMMQ) qui seront présentés dans leur prochain défilé à Québec, le 28 août, lors de l’édition 2010 du festival présentée du 24 au 29 août. Les géants représentent d’une part le lieutenant-colonel Charles Forbes et d’autre part, le capitaine Gilles Lamontagne de l’Aviation Royale du Canada. Lieutenant-gouverneur, ministre de la Défense, des Postes et des Affaires des Anciens combattants, Gilles Lamontagne est mieux connu chez les plus vieux comme un des maires récents de la Ville de Québec. Survolons donc les années de M. Lamontagne à la mairie. Le présent article ne cherchera pas à présenter les autres «carrières» du maire Lamontagne, mais mettra plutôt l’accent sur ses années passées à la mairie de Québec.

Né Joseph Gilles Lamontagne à Montréal le 17 avril 1919,  M. Lamontagne s’installe à Québec après la Deuxième Guerre mondiale en 1946. Il s’implique alors largement sur la scène commerciale de Québec (membre de la chambre de commerce, propriétaire de Korker Shop (1945-1966), copropriétaire de F&L Électrique, Président du Club Rotary en 1962-63). Et commence également sa carrière politique dans ces années. En 1962, Gilles Lamontagne aide à fonder le parti Progrès Civique de Québec et sera alors élu échevin du quartier Montcalm, poste qu’il occupe jusqu’en 1965.

Source: «Wilfrid Hamel» (1940), Bibliothèque et archives nationales du Québec, consultation en ligne, 10 août 2010.

Il faut dire que l’administration Lamontagne arrive à la suite de l’administration fatiguée du maire Wilfrid Hamel (maire de 1953 à 1965, ci-haut) et du rapport de la commission Sylvestre (décembre 1964) sur la corruption et le copinage dans les administrations municipales (trafic d’influences et favoritisme). Lamontagne bénéficie donc des changements apportés par cette commission et profitera des nouveaux pouvoirs accordés aux maires et aux conseils exécutifs pour essayer de redonner de l’énergie à la Vieille Capitale qui est essoufflée.

Source: «Avant» (avant ou vers 1996?), Ville de Québec, consultation en ligne, 10 août 2010.

Lamontagne sera au coeur de grands projets pour Québec. Parmi les plus connus l’administration Lamontagne est la première à réellement s’intéresser à l’assainissement des berges de la rivière Saint-Charles (cela est cependant fait en bétonnant une grand partie de la rivière, quelque chose qui a aujourd’hui été défait parce que la pollution était devenue encore pire qu’auparavant…), elle commencera le prolongement et élargissement de la rue St-Cyrille (aujourd’hui boulevard René-Lévesque — notons la réussite partielle ici parce que St-Cyrille réussissait à amener les banlieusards facilement vers Québec, mais était séparé par le «mur de la honte», un grand mur du béton qui coupait le boulevard en deux).

Source: inconnue, vue de l’entrée ouest du mail dans ces dernières années, Clément Allard, Le Devoir, consultation en ligne, 10 août 2010.

On peut aussi penser au mail Saint-Roch (l’opération de recouvrement de la rue Saint-Joseph; aujourd’hui démoli, ci-haut), l’autoroute Dufferin-Montmorency (début des travaux en 1972, qui passait d’ailleurs sur le quartier chinois, aujourd’hui largement démoli), Place Québec (d’abord Place St-Cyrille, annoncé en 1965, encore mal occupé). L’arrivée de Lamontagne et de son administration coïncide aussi avec le réaménagement de la colline parlementaire et du Vieux-Québec, deux projets largement provinciaux, mais qui se sont faits avec l’étroite collaboration de l’administration municipale (sans compter dans la région la construction du pont Pierre-Laporte et de plusieurs autoroutes sur la rive-nord). Le paysage de la ville de Québec a donc été radicalement changé pendant les 12 années de règne du maire Lamontagne.

Source: bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, vers 2006?, d’après un billet de Jean Cazes sur le blogue Québec Urbain, consultation en ligne, 10 août 2010.

La tâche de prendre la ville de Québec des années 1950 et ses nombreux problèmes de développement urbain de milieu de siècle pour l’amener à la modernité ne s’est donc pas fait sans heurts et les plus importants progrès ont parfois été réalisés se façon chaotique, à un point tel que ces réalisations sont déjà désuètes ou complètement détruites. On détruit plus de 2000 bâtiments à Québec entre 1960 et 1976 pour faciliter son accès à la modernité, mais on construit des blocs de bétons qui ne plaisent pas à tous les citoyens… La ville devient aussi le joueur central de la Communauté urbaine de Québec (que présidera le maire Lamontagne) et Québec incorporera les villes voisines de Les Saules, Duberger, Neufchâtel et Charlesbourg-Ouest. L’administration Lamontagne laissera une profonde marque dans le paysage urbain que l’on peut encore largement observé aujourd’hui.

Source: «Jean Pelletier s’est vu remettre la Médaille de la Ville de Québec par le maire Régis Labeaume, l’été dernier.», Les Archives du Journal de Québec, consultation en ligne, 10 août 2010.

Pendant ses trois dernières années à la mairie, Gilles Lamontagne occupa également le poste de président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). En 1977, il se présente sous la bannière libérale lors de l’élection partielle dans Langelier et remporte son siège. Il laisse le Progrès civique et la Ville de Québec entre les mains de Jean Pelletier (ci-haut) qui restera en poste jusqu’en 1989. La ville a donc été dirigée par le Progrès civique pendant près d’un quart de siècle (1965-1989), très marquant dans l’histoire récente de la Vieille capitale.

*Publié sur Histoire et Société.