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Aux origines du 8 mars

Par Camille Robert, étudiante au programme court de 2e cycle en pédagogie de l’enseignement supérieur de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM), membre étudiante du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS) et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca[1]

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« Tu te plains, mon pauvre mari, de tes dix heures d’ouvrage; voici quatorze heures que je travaille, moi, et je n’ai pas encore fini ma journée ». Image tirée de L’Opinion publique, vol. 2, no 44 (2 novembre 1871), p. 532. BAnQ, PER O- 104, MIC A209.

Chaque année, la date du 8 mars vise à souligner la journée internationale des droits des femmes. Il faut dire qu’on perd un peu de vue l’origine de cette journée. D’année en année, ça devient un peu comme une deuxième fête des Mères ; on peut fréquemment voir des publicités qui visent à gâter les femmes en produits de beauté, en bouquets de fleurs, en forfaits au spa. Il n’est pas étonnant que dans ces publicités on parle souvent de la journée de la femme. En général, le fait d’utiliser la femme au singulier essentialise un peu l’identité des femmes et ne rend pas compte de la diversité des origines, des expériences et des points de vue des femmes.

L’origine de cette journée a longtemps été attribuée à un évènement fictif. Selon plusieurs sources, surtout françaises, ce serait une manifestation de couturières à New York, qui aurait eu lieu le 8 mars 1857, qui serait à l’origine du choix de cette date. Par contre, les travaux de l’historienne Françoise Picq révèlent que cet évènement n’a en fait jamais eu lieu. Ce mythe continue tout de même de circuler dans l’histoire des mouvements des femmes.

Il faut plutôt regarder du côté du mouvement socialiste européen pour en retracer l’origine. En 1910, à la IIe conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, Clara Zetkin, qui est une enseignante, journaliste et femme politique allemande, propose la célébration d’une journée des femmes. À partir de l’année suivante, en 1911, il y aura des manifestations monstres dans plusieurs villes d’Europe et d’Amérique du Nord.

Les revendications, lors de ces manifestations, sont variées. Comme on le sait, les femmes n’ont pas encore le droit de vote, dans plusieurs pays, au début du XXe siècle et profitent donc de ces mobilisations pour l’exiger. Mais elles demandent également la journée de travail de 8 heures maximum, le droit d’adhérer à un syndicat et des congés le samedi. Puis, alors que la Première Guerre mondiale se prépare, plusieurs femmes se mobilisent également contre la guerre.

En Russie, il y aura une Journée internationale des ouvrières, en 1913 et 1914, mais c’est vraiment à partir du 8 mars 1917 que la date est consacrée. Cette journée-là, il y a des manifestations d’ouvrières à Petrograd qui vont marquer la première journée de la révolution russe. Cette journée gagne en importance au fil des ans et, à partir de 1945, la Journée des femmes est officiellement célébrée dans tous les pays socialistes. À l’échelle mondiale, c’est l’Organisation des Nations Unies qui va officialiser cette journée à partir de 1977 en la désignant comme Journée internationale de la femme.

Tout au long du 20e siècle, cette journée a été importante pour mettre de l’avant les revendications des femmes, et particulièrement des travailleuses, face à l’État et aux patrons. Aujourd’hui, la journée internationale des femmes demeure célébrée à travers le monde et permet de donner une visibilité aux luttes féministes, tout en les réactualisant. Au fil des victoires, de nouveaux combats s’ajoutent et de nouvelles actrices font entendre leur voix.

Manifestation inter-centrale lors de la Journée des femmes, Parc Préfontaine, sortie du métro Préfontaine, Montréal / Henri Rémillard – 1979 . BAnQ Vieux-Montréal COTE : E6,S7,SS1,D790277 À 790278 .

Tant que les femmes seront ciblées par les politiques d’austérité;
tant que les femmes gagneront moins en en faisant toujours plus;
tant que les soi-disant mesures pro-laïcité s’attaqueront aux droits des femmes musulmanes;
tant que l’accès à une interruption de grossesse gratuite et sécuritaire sera menacé;
tant que les vies des femmes autochtones seront jugées comme moins importantes;
tant qu’on apprendra encore aux filles à ne pas être agressées;
tant que les femmes transgenres ne seront pas reconnues;
tant que les inégalités existeront entre les femmes;
le 8 mars ne sera pas jour de fête, mais jour de lutte.

Pour en savoir plus

DUMONT, Micheline. « C’est le 8 mars, mais trop tôt pour chanter victoire ». Sisyphe.org (5 mars 2012). [En ligne]https://sisyphe.org/spip.php?article333.


[1] Article inspiré d’une chronique présentée le 2 mars 2017 à la radio CIBL.

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