Luc Nicole-Labrie

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2011 commence par un départ dans la communauté historienne du Québec. En effet, l’historien Marcel Trudel est décédé le 11 janvier dernier (2011). Pour moi, 2011 commence comme 2010 alors que c’était l’historien états-unien Howard Zinn qui nous quittait le 27 janvier 2010 (loin de moi ici de comparer leurs œuvres, méthodes ou combats, mais dans mon jeune cheminement, ce sont deux historiens qui ont eu un certain impact). Loin de moi l’idée de présenter ici son parcours de vie ou de représenter la genèse du débat entre l’« École de Québec/Laval » et l’« École de Montréal » sur la Conquête que Trudel a certainement alimenté. Il me semble plutôt intéressant de présenter une brève sélection commentée de textes de Trudel pour permettre à ceux qui connaissent moins ses recherches de mieux comprendre son impact en histoire de la Nouvelle-France et de l’Ancien régime au sens large. L’organisation des textes est chronologique, selon la première année d’édition.

L’image représente non pas la jaquette, mais une page intérieure. Source : le blogue du Grand méchant livre, consulté le 15 janvier 2011.

Marcel Trudel. L’esclavage au Canada français; histoire et conditions de l’esclavage. Québec, Presses universitaires Laval, 1960. 432 pages.

Alors que l’histoire était encore largement glorieuse et que les héros nationaux (sic) comme Dollard des Ormeaux occupaient encore une importante place dans la mémoire collective alimentée par les travaux des historiens, Trudel publie un livre sur les esclaves et l’esclavage. Il replace l’esclavage dans le quotidien d’une élite coloniale à la réputation presque encore irréprochable. Ce livre a eu l’effet d’une petite bombe au tournant des années 1960, comme il abordait un sujet assez nouveau dans l’étude de l’histoire de la Nouvelle-France notamment. Ce livre se complète bien par l’ouvrage de Trudel de 1994 (2e édition corrigée de l’original de 1990), Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires, paru aux éditions Hurtubise HMH. Ces deux livres se trouvent réunis dans l’ouvrage Deux siècles d’esclavage au Québec, un ouvrage de 2004 qui a connu une nouvelle édition en 2009.

Source : site officiel de Marcel Trudel, consulté le 15 janvier 2011.

Marcel Trudel. Le terrier du Saint-Laurent en 1663. Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1973. 618 pages.

D’abord une simple annexe à l’histoire de la Compagnie des Cent-Associés (paru dans le troisième tome de l’Histoire de la Nouvelle-France), cette œuvre s’est rendue nécessaire. La quantité d’information qui se trouve dans cet ouvrage est remarquable et situe très bien la situation de la vallée du Saint-Laurent dans la deuxième moitié du 17e siècle. Ce livre a remporté le prix Montcalm du syndicat des journalistes et écrivains de Paris en 1976.

Source : site officiel de Marcel Trudel, consulté le 15 janvier 2011.

Marcel Trudel. La Révolution américaine, 1775-1783 : Pourquoi la France refuse le Canada. Sillery, éditions du Boréal-Express, 1976. 292 pages. Collection 1760.

Jetant un regard intéressant sur la relation France-Canada pendant la révolution américaine, ce livre de Trudel est captivant. Il donne une perspective très « canadienne » (dans le sens de ce Canada historique qu’était la vallée du Saint-Laurent, bien entendu) à la révolution américaine et aux raisons des différentes implications ou absences d’implications d’autorités politiques pour tenter d’influencer ou non le cours de cette guerre. Très intéressant.

Source : site Internet des éditions du Boréal, consulté le 15 janvier 2011.

Marcel Trudel. Mémoires d’un autre siècle. Montréal, Éditions du Boréal, 1987. 312 pages.

Bien que son travail d’historien doive rester à l’avant-plan, l’autobiographie de Trudel est toutefois fort intéressante. Son parcours de vie, les débuts de la discipline historique à l’Université Laval à travers son poste de « premier professeur d’histoire », son engagement laïc, son départ forcé vers l’Université d’Ottawa, les débats suscités par ses œuvres, beaucoup de choses y passent. Certainement l’ouvrage idéal pour saisir sa carrière.

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Source : Toutes les images sont disponibles en ligne et tirées du site de l’éditeur Hurtubise, consulté le 15 janvier 2011.

Marcel Trudel. Mythes et réalités dans l’histoire du Québec (5 tomes parus, 2001, 2004, 2006, 2009, 2010). Montréal, Éditions Hurtubise HMH. Collection : Cahiers du Québec : Histoire.

Le grand projet de fin de vie de Trudel. Il semble que l’auteur ait essayé d’écrire une histoire « définitive » et de corriger certaines prises de position tranchées ou convenues sur l’histoire de la Nouvelle-France en particulier. Est-ce que son écriture devenait alors celle de l’historien moralisateur, conforté par une carrière remplie et nouvellement conscient de détenir une compréhension unique de phénomènes larges? Pas vraiment. C’est une écriture dynamique et plaisante que Trudel nous offrait ici sur différentes conceptions de notre passé et le plus grand défaut de cette série est certainement qu’elle demeurera inachevée. Peut-être pas aussi « anecdotique » ou accessible pour le grand public que l’Histoire populaire de Lacoursière, mais combien intéressante.

J’ai volontairement exclu de la liste la grande Histoire de la Nouvelle-France que Trudel avait partiellement rédigée avec l’historien Guy Frégault pour le caractère incomplet de celle-ci. Quoique fort intéressante dans sa forme partielle, cette Histoire était probablement un des rêves les plus ambitieux de la vie de Trudel. J’ai aussi exclu la thèse de doctorat de Trudel sur l’influence de Voltaire au Canada qui avait suscité de chauds débats lors de sa publication, mais qui est une lecture intéressante.

Je tiens finalement (et malgré tout) à souhaiter une très belle et bonne année 2011 à tous nos lecteurs. C’est un vrai plaisir que de partager l’histoire de la ville de Québec et la profession d’historien avec vous.

*Publié sur Histoire et Société.