Pour une HistoireEngagée

Le Comité de rédaction, septembre 2010.

HistoireEngagee.ca publie de courts essais abordant des enjeux propres au Canada, au Québec et à la scène internationale. Il s’agit d’un nouveau lieu de diffusion de l’histoire qui cherche à harmoniser la méthode historienne avec la quête de sens de la société.

Le mandat que se donne la revue est de proposer/diffuser des réflexions sur le passé qui s’arriment aux enjeux actuels de nos sociétés, sans qu’elles soient tributaires d’une quelconque idéologie. Comme elle se positionne dans ce paradigme interprétatif, l’HistoireEngagée se veut ni de gauche ni de droite, non plus que fédéraliste ou souverainiste. Nous aspirons à donner libre cours à l’expression de la diversité des points de vue.

L’objectif fondamental de l’HistoireEngagée est de publier des essais inspirés par une démarche historienne rigoureuse dans un style accessible. Nous vous proposons donc des essais appuyés par des sources et des études qui font autorité et dont la pertinence est assurée/vérifiée par un processus d’évaluation par les pairs. Il appartient par ailleurs aux auteurs d’admettre la subjectivité intrinsèque de leurs écrits, si tel est le cas, et d’assumer les déterminismes et les influences sociales qui les ont amenés à offrir leurs interprétations.

L’HistoireEngagée est surtout à l’écoute des besoins et des attentes des communautés, sans être utilitariste. Certes, la discipline historique s’est constituée, au fil du XXe siècle, en une discipline autonome et professionnelle lui permettant de se rapprocher d’un certain idéal de vérité historique. Il est maintenant temps, croyons-nous, que la discipline historique fasse étalage de la pertinence sociale de son savoir, savoir utile autant dans la formation de l’autonomie critique des citoyens que dans la compréhension qu’a une société d’elle-même.

Plusieurs éléments contextuels appellent la mise en place d’un site Internet soucieux de commenter l’actualité dans une perspective historique, de redonner à la société sa profondeur historique constitutive et aux citoyens, la possibilité de développer une conscience critique/historique leur permettant de mieux comprendre la condition actuelle de la société :

- Notre société vit à l’heure de l’instantanéité des médias de masse et des réseaux sociaux, qui submergent le citoyen de sources d’information surabondantes, souvent de qualité inégale.

- Notre société vit son passé essentiellement par les lieux de mémoire et les mythes qui les entourent. S’ils favorisent une certaine cohésion sociale, ces lieux de mémoire contribuent à diffuser une histoire faite d’interprétations approximatives et d’idées reçues qui ne contribuent pas à une meilleure compréhension du passé. Sans nier l’importance de la mémoire collective, il est important d’en cerner les limites et les fondements.

- Les usages politiques du passé, prenant la forme de commémorations ou de références mémorielles, sont largement répandus dans notre société. Ils donnent parfois lieu à des débats publics où différents camps s’affrontent dans un dialogue de sourds dans le but de maintenir ou de modifier le sens profond des événements, des symboles institutionnels, des lieux de mémoire. À l’opposé, lorsqu’ils sont plutôt consensuels, il est clair que ces usages politiques du passé n’ont pas pour fonction d’éclairer les enjeux actuels à l’aune d’une perspective historique rigoureuse, de rendre compte de la complexité inhérente au passé. Au contraire, ils visent à alimenter une mémoire collective qui souvent simplifie, aplanit ou instrumentalise le passé au profit d’intérêts particuliers – dans le cas de groupes sociaux ou de groupes de pression – ou encore afin de satisfaire le plus grand nombre de citoyens possible – dans le cas des responsables politiques, par exemple.

À la lumière de ces éléments contextuels, nous croyons que le retranchement exclusif de l’historien dans la sphère universitaire n’est plus une solution envisageable ni souhaitable. Ainsi, à la suite de ses recherches soumises aux normes scientifiques de la discipline historique, l’historien aurait intérêt à réoccuper la sphère publique et médiatique : d’une part, dans le but de placer son savoir au service d’une critique constructive et, d’autre part, de mieux diffuser les résultats de ses travaux et réflexions qui, parfois, ont une résonance contemporaine. Après tout, la place de l’histoire n’est pas que dans les salles de classe, les bibliothèques ou les centres d’archives : elle est aussi dans l’agora. Sous la bannière de l’HistoireEngagée, les historiens pourraient alors contribuer, tout comme le font certains autres groupements sociaux ou universitaires, à critiquer le discours d’acteurs moins scrupuleux véhiculant des idéologies racistes, sexistes ou autres qui menacent le bien commun. Ce faisant, leur engagement scientifique au sein de la société participerait au renforcement de valeurs égalitaires et démocratiques ainsi qu’à la liberté d’expression de tous les citoyens.

À cette enseigne, l’HistoireEngagée est une histoire appliquée à transformer les perceptions des praticiens de l’histoire dans leur relation avec la société, mais aussi celle de la société avec les historiens. Elle favorise la pratique collégiale de l’histoire, l’enrichissement de la vie communautaire et la reconnaissance des responsabilités publiques de l’historien. Elle cherche à rapprocher les historiens du public, des décideurs politiques et des médias pour qu’une polyphonie de dialogues sur le passé de notre société, sains et rationnels, s’amorcent véritablement sur des bases plus solides.