HistoireEngagée

Là où le présent rencontre le passé

Entrevue avec Caroline Durand

Par Martin Robert

 Version PDF
Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Grâce à son ouvrage récent, Nourrir la machine humaine (2015), Caroline Durand est reconnue comme la spécialiste de l’histoire politique de la construction des normes associées à la bonne alimentation au Canada. Sa présentation s’inscrira dans une séance sur les politiques du corps dans les années 1960 à 1970. L’historienne abordera la question sociale du point de vue de l’alimentation et de la santé et explorera, plus particulièrement, l’évolution des pratiques de consommation à la lumière de nouvelles exigences normatives associées à la compétence citoyenne. Derrière la panoplie de discours normatifs ciblant avec une intensité nouvelle « le consommateur » de denrées alimentaires et l’enjoignant à cultiver sa santé, on peut lire un projet politique et comprendre comment se réorganise le lien entre l’État et le corps de ses citoyens[1].


Martin Robert : Comment cette idée de communication s’inscrit-elle dans vos recherches??

Caroline Durand : Le point de départ de mon idée de communication, c’est l’instauration par le gouvernement fédéral en 1973 d’une commission d’enquête, la Commission de surveillance du prix des produits alimentaires pour répondre à une pression sociale qui se plaignait de la hausse du coût de la vie. On sort du front commun de 1972, les mouvements sociaux ont des discours extrêmement militants, très radicaux. Le gouvernement fédéral tente de calmer les ardeurs et cette commission d’enquête est une des manières par lesquelles il tente de montrer qu’il se préoccupe de la hausse du coût de la vie. Cette commission a publié une soixantaine de rapports, dont certains s’adressent directement à la population et formulent une série de discours normatifs sur les manières d’être un bon consommateur dans la société de consommation moderne.

Lire la suite

Partager/Marquer

Histoire et mémoire acadiennes au Parc national Kouchibouguac

Par Ronald Rudin, Université Concordia[1]

Version PDF
Maison d'Adolphe et Emma Comeau (dernière maison existante datant de l'époque de l'expropriation).

Maison d’Adolphe et Emma Comeau (dernière maison existante datant de l’époque de l’expropriation).

Le moment décisif de l’histoire acadienne survient au milieu du XVIIIe siècle avec la déportation de la majorité des habitants de langue française de la région maintenant désignée comme le Canada atlantique; une série événements que les Acadiens appellent avec euphémisme « le Grand Dérangement ». La colonie française de l’Acadie a été conquise par les Britanniques en 1710, mais ses habitants ont réussi à vivre assez confortablement sous leur gouverne durant plus de quarante ans, demandant seulement qu’ils puissent demeurer neutres dans les conflits impériaux. Au cours des années 1750, l’accumulation des tensions précédant la guerre de Sept Ans a toutefois rendu la neutralité acadienne inacceptable aux yeux des Britanniques qui amorcent leur expulsion à partir de 1755 afin d’empêcher la formation d’une cinquième colonne dans leurs lignes. Nombre de déportés ont péri en mer, alors que d’autres ont été dispersés à travers le monde atlantique. Certains Acadiens ont cependant réussi à fuir dans les bois pour s’établir sur le territoire actuel du Nouveau-Brunswick où ils représentent aujourd’hui environ un tiers de la population. Grand traumatisme de l’histoire acadienne, cette déportation est décrite par l’historien John Mack Faragher comme « the first episode of state-sponsored ethnic cleansing in North American history[2]. »

Lire la suite

Entrevue avec Sébastien Rioux

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM

Version PDF
Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Sébastien Rioux est professeur au Département de géographie de l’Université de Montréal. Ses recherches gravitent autour des thèmes que sont l’économie politique de l’alimentation et du bien-être, la géographie du travail et de la santé, ainsi que la sociologie du développement. À l’heure actuelle, il travaille sur le rôle des politiques rizicoles sur la sécurité alimentaire, le développement économique et les réformes agraires en Asie du Sud-Est[1].


Benoit Marsan : Des phénomènes tels la faim et la famine ne sont pas propres au capitalisme. Comment alors ces enjeux se transforment-ils par rapport à la Grande-Bretagne du 17e et du 18e siècle ?

Sébastien Rioux : Certes, le capitalisme n’invente ni la faim ni la famine. À mon sens, une dimension essentielle pour comprendre l’évolution de ces phénomènes réside dans l’accroissement de la distance physique, institutionnelle et sociale entre le capitalisme « agraire » des 17e et 18e siècles et un capitalisme industriel qui émerge à partir de la fin du 18e siècle. Il ne s’agit donc pas simplement de rendre compte du processus historique par lequel les producteurs directs sont séparés de leurs moyens de production, mais aussi de comprendre la dissolution graduelle des normes, responsabilités, devoirs et relations de pouvoir qui jusque là unissaient les acteurs sociaux.

Lire la suite

Entrevue avec Julien Prud’homme

Par Noémie Charest-Bourdon

Version PDF
Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Julien Prud’homme est historien et se préoccupe des mutations de l’expertise et de ses usages, notamment dans les domaines de la santé et de l’éducation. Chercheur associé au Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie (CIRST), il travaille actuellement sur l’histoire des difficultés d’apprentissage, de l’autisme et de la déficience intellectuelle dans le Québec des XXe et XXIe siècles[1].


Noémie Charest-Bourdon : Parlez-nous d’abord un peu de votre parcours et de vos intérêts de recherche.

Julien Prud’homme : Je suis fondamentalement un historien des professions?; des professions de santé, de l’éducation et d’autres domaines, à partir desquels je me veux un historien de l’expertise au Québec entre les années 1940 et aujourd’hui. J’essaie de voir comment la figure de l’expert et la nature des expertises qui sont employées, particulièrement sur les gens et auprès des gens, évoluent dans le temps, d’où la communication que je présenterai au colloque. Dans celle-ci, je vais mettre en scène des experts qui agissent sur des personnes en difficultés, qui, par exemple, ont des difficultés d’ordre cognitives et comportementales, pour voir dans quelle mesure les personnes qui dérogent de la norme sont vues comme des objets d’expertise.

Lire la suite

Hommage à l’historien : Ramsay Cook (1931-2016)

Par Serge Miville, professeur adjoint et titulaire de la Chaire de recherche en histoire de l’Ontario français au département d’histoire de l’Université Laurentienne

Version PDF
L'historien Ramsay Cook (1931-2016).

L’historien Ramsay Cook (1931-2016).

Le décès de Ramsay Cook, le 14 juillet, a créé une onde de choc chez ses anciens étudiants et l’ensemble de la communauté des historiens du pays. En effet, le pays a perdu un des ambassadeurs de l’histoire canadienne à l’âge de 84 ans. Originaire d’Alameda en Saskatchewan, Cook a exercé son métier d’historien pendant trente-six ans dans la Ville-Reine après avoir obtenu son doctorat de l’Université de Toronto sous la supervision d’un autre géant de l’histoire canadienne : Donald Creighton. Ce dernier a souvent indiqué qu’il admirait le travail de son protégé, bien qu’ils étaient souvent en désaccord.

Cook est connu au Canada anglais notamment en raison de sa conception des « limited identities », soulignant l’importance de la classe sociale, du genre et de l’ethnicité non seulement comme facteurs fondamentaux dans la construction des identités canadiennes, mais comme des cadres d’analyse en histoire. Il est un des pionniers de la Nouvelle histoire sociale au pays. Il a également dirigé 39 doctorants – tant canadiens que québécois – dont plusieurs ont mené de longues carrières dans les universités du pays. Il était un des artisans du Dictionnaire biographique du Canada, une entreprise massive entre les universités de Toronto et Laval, a été directeur de la Canadian Historical Review en plus d’assurer la présidence de la Société historique du Canada pour l’année 1983-84.

Lire la suite

Page 1 sur 47

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén