HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

Auteur : Histoire Engagée Page 1 of 7

D’autres narrations : les arts comme moyen de représenter l’histoire

Dans le cadre de l’exposition «Remember | Resist | Redraw : une histoire radicale du « Canada » en images» présentée à l’Université de Montréal, Tiohtiá:ke / Montréal jusqu’en avril prochain, s’est tenue la table-ronde «D’autres narrations : les arts comme moyen de représenter l’histoire».

La discussion visait à explorer les possibilités qu’offrent les médiums artistiques et les arts visuels pour revisiter les récits dominants et pour visibiliser les groupes qui ont été marginalisés par le récit historique dans ce qui est aujourd’hui connu comme le Québec et le Canada.

Ce panel a permis d’ouvrir une réflexion sur les moyens à mettre en œuvre pour que ces groupes se réapproprient la narration de l’histoire dans leurs propres termes, et aussi, de réfléchir à la manière dont les arts graphiques peuvent être des espaces d’affirmation et de résistance.

La table-ronde animée par Adèle Clapperton-Richard a réuni quatre panélistes, qui ont présenté leur travail artistique et d’éducation : Lateef Martin, Fanny Aïshaa, Emanuelle Dufour et Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo. La participation de Chris Robertson, qui ne pouvait être présent en personne, s’est faite par le biais d’une vidéo personnelle.

Les présentations et les échanges ont notamment soulevé l’importance des représentations et de l’inclusivité, la nécessité de montrer la véritable histoire coloniale de ce qui est aujourd’hui connu comme le Canada et le Québec et surtout le besoin de partager les histoires de résilience, de résurgence et d’autodétermination de ceux et celles qui luttent contre l’effacement, l’oubli et la marginalisation. Les arts graphiques peuvent ainsi devenir les moyens de transmettre ces autres récits, qui devraient être enseignés et valorisés dans les espaces éducatifs, médiatiques et artistiques.

Bon visionnement!

 

 

L’affaire Sir George Williams dans la presse étudiante universitaire*

Par Marie-Laurence Rho, UQAM

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Lendemain d’émeute, février 1969. Source : Archives de l’Université Concordia.

À l’hiver 1969, des étudiants antillais de passage à Montréal dans le cadre de leurs études ont occupé, avec leurs alliés blancs, le centre informatique de l’Université Sir George Williams à Montréal. Cette occupation a été orchestrée afin de protester contre des manifestations de racisme s’étant produites au sein même de l’université. Le présent article propose de questionner la façon dont a été reçue cette mobilisation anti-raciste par les étudiants universitaires des campus de la métropole dans le contexte des «années 68» où le militantisme étudiant est exacerbé, non seulement au Québec, mais à l’échelle globale également.

Mots clés : Montréal; les «années 1968»; militantisme; militantisme noir; Black Power; presse étudiante; mouvement étudiant; université

Les «années 68», période d’activisme politique ayant touché les campus universitaires de plusieurs villes du monde entre 1967 et 1969, incarnent un mouvement global dont les expressions locales s’inscrivent dans des contextes nationaux singuliers. Cet article vise justement à étudier l’un des épisodes du militantisme propre au mouvement soixante-huitard montréalais: l’affaire Sir George Williams. Nous tâcherons de montrer comment ce mouvement d’activisme s’inscrit dans le contexte militant québécois et montréalais des années soixante et comment son étude permet de complexifier le portrait du militantisme des «années 68» à Montréal.

Soulignons d’abord que les rares travaux en histoire qui se sont intéressés au phénomène des «années 1968» à Montréal intègrent, sans grande surprise, la dimension du militantisme pour les droits linguistiques[1]. Effectivement, dans le contexte montréalais des années 1960, un discours engagé, largement axé sur les droits linguistiques de la majorité francophone, se consolide. Avec l’émergence des mouvements sociaux de la décennie et l’affirmation d’un néo-nationalisme à l’échelle du Québec, la protection de la langue française mobilise plus que jamais une quantité significative de militants. À cet effet, selon Marc V. Levine, ce sont les institutions scolaires qui, dans le contexte montréalais de la fin des années soixante, deviennent la pierre angulaire du mouvement pour les droits linguistiques. En ce qui concerne les écoles primaires et secondaires, le libre choix des parents à envoyer leurs enfants à l’école en français ou en anglais commence à poser problème à la population francophone lorsque, dans la période d’après-Deuxième Guerre mondiale, l’arrivée d’un nombre croissant d’immigrants qui envoient majoritairement leurs enfants à l’école anglophone laisse présager la mise en minorité des francophones à Montréal[2]. À cet effet, pensons ici à l’épisode de la crise linguistique de Saint-Léonard, qui a mené à un affrontement autour de la question de la langue d’enseignement dans les écoles primaires de Saint-Léonard entre les parents francophones et les parents d’origine italienne de cette municipalité de l’île de Montréal. D’un autre côté, dans le cas des universités de la métropole ; le déséquilibre entre le nombre d’institutions anglophones (Sir George Williams et McGill) et francophone (Université de Montréal) pose la question de l’égalité des chances d’accès aux études supérieurs pour les francophones qui réclament la création d’une seconde université de langue française. C’est justement dans ce contexte que l’opération McGill français a mobilisé différents groupes d’étudiants et de travailleurs sur le campus de l’Université McGill, à l’hiver 1969, pour réclamer la conversion de cette institution anglophone et bourgeoise en une université populaire de langue française. Dans une moindre mesure, le mouvement d’occupation des cégeps de la région métropolitaine d’octobre 1968, bien qu’ayant été porteur de revendications allant au-delà du facteur linguistique, était lui aussi ancré dans une rhétorique nationaliste et anti-impérialiste assez critique des structures de pouvoir, fréquemment associées à l’élite anglo-saxonne.  Dans ce contexte, il apparaît essentiel de ne pas négliger le poids du militantisme pour les droits linguistiques à Montréal dans la consolidation du mouvement soixante-huitard, dont les action politiques sont principalement centrées autour des institutions scolaires de la métropole .

De son côté, l’affaire Sir George Williams, dont il sera question ici, s’inscrit dans le militantisme pour les droits civiques à Montréal plutôt que dans la foulée des revendications pour les droits linguistiques. Or, à notre avis, ce mouvement d’occupation peut et doit faire également partie des événements pris en compte dans le chantier historiographique du mouvement soixante-huitard montréalais. C’est en ce sens que cet article, en incluant les militants de Sir George Williams à une étude de cette période de l’histoire de la métropole, permet de faire la lumière sur des dimensions encore inexplorées par l’histoire des «années 68» à Montréal.

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Atamit anite ka ishpitenitakuak shipu

Utakunikana kie ka tshitshipanitat Fanny “Aïshaa” (Ipet Muanan ka innushtat umenu)

Ute nukushu Menissa Muanan-Dupuis, ishkueu an ka ishinakuannit tshetshi nishtuapamakanit kie ka ashinet, innushkueu, ukaumau, utshimashkueu mak ka pimutatat innu-aitunnu.  Menissa, uin ka uitshiaushit ka tshitshipanitat atusseunnu eshinikatenit Idle no More ute « Uepishtikueiau-assit ». Ume akunikan ka tutuakanit, utshipanu anite peikuau e tshishkutamashut, ka ishinikatenit ‘Projet Rioux’, nete uinuat shipit Saint-Laurent, Bic ka ishinikatakanit assi, anite enukuak nipi e mamunikuiat. Ui nukutakanu eshinakuak assi anite shipu uinuat kie ne shipeku ka ishinikatet Saint-Laurent. Unashinatauakanipan ne Menissa miam ashuapamaushupan, nenua ushkat utauassima. Ui uapatiniuenannipan eshpish minuashinit kie tekuannit utipenitamunuau ishkueuat ka takunahk nipinu, ka patshitinahk inniunnu kie ka nakatuapatahk nipinu.

Nipi e nakatuapatakanit, kassinu nenu ishkueuat utatusseunuau ka mishta-ishpitenitakuannit. E ashuapamaushunanut issishuemakan shaputuepanu inniun mak ishinakuan tshetshi nakatuapatakanit, tshetshi kau itishinakanit anite shipit, ne ka mishat shipu ka tapishimikuiaku, e ukaumauiaku nuash anitshenat tshitanishinanat. Eukuan an ashit tshekuan ka nakatamakauiaku, ka inniuimakak tshekuan, ka nukuak ka tapuenanut, nipi e inniuimakak ka takuak neme ushkat ka tshitshipanit innuat e taht, ka ishinakuak tshitatusseunnu tshetshi nakatuapatamak tshetshi shaputuepanit e nashatak meshkananu nete nikan tshetshi aianishkat auenitshenat tshe taht takuannit nipinu.

Neme ka nukuak shipeku anite unashinataikanit, eukuan ua tshissitutamunikauiaku e tapitiki neni assia kie ne nipi. Anite akuashkuaikanit, ui uapatiniuenanu tan ka ishinakuak assi ka utinakanit ka pikunakanit mak ashit tan eshinakuak eshpish takuaki tshekuana, ne e uinakutakaniti nipia, ka katshitaukuht mishta-mitshet auenitshenat mak aueshishat. Ka utinakanniti utassiuaua innuat ka pikunakanniti nenua utipenitamunuaua, ne nanimissiu-ishkuteu e tutakanit, atamit ua itashkamutakaniti kutashkueua tshetshi pimikaut pimi mak e pimishkaht ishkuteu-utat, ne eshpish ui shuniatshenanut ute Kanata-assit katshitaikanu ne assi, aituna, e nishtuapamitishut auen, aimuna kie kutaka tshekuana. E nukutakanit inniun ka takuak anite atamit shipekut, anite ut innushkueu utatusseun ui nukutakannu eshi-tapishiniht ishkueuat mak nipinu kie assinu.  Mak e ui uapatiniuenanut ka ishpish manenitakaniti assia mak ne nipi tapitin anite etashiht innushkueuat e matshi-tutuakaniht.  E tshishtakanit, ne unashinataikanit ui nukuiakanu Menissa mak anitshenat ka ushkuiht ka nakatuapatahk nipia ka shaputuepaniht e natukuitaht nipinu mak ka tutahk inniunnu tshetshi shaputue takuak, shaputuepanit.

Nimishta-ashinen katshi peshauak Menissa Muanan-Dupuis. Nete Ekuanitshit utshipanu. Nitishpitenimau etenitakushit: pimutatau aitunnu, apashtau kamatau-pikutakannit, ka aiminanunit, akunikana, aiatshimuna mak tipatshimuna uetshipaniti nete Nitassinan (innuat unatau-assiuaua). Nenu ka nashatak tshekuannu mak utatusseun eshakumitshishikua e uitshi-atussemat mitshet innu-assi, innu-utshimaua, mashinaikanitshuapa mak atusseuna e tutakaniti tshetshi ait apishish ishinakuak neme ua itsheuenakannit anitshenat ushkat ka utinamuaht innua utipenitamunnua.

Ume anutshish ne assi Kanata ka tshissinuatshitat peikumitashumitannuepipuna ashu patetat-tatunnu eshpish takushiniht anitshenat ka tshimutiht assinu, nui patshitineti ume aimun tshetshi nashkumikau anitshenat ka tshishpeuatahk, ka nakatuapatahk inniunnu mak ka ishinniunnanunit kie tshetshi minuinniuniti aianishkat tshe petuteniti. Ne akunikan eukuannu ashit tshe ut tshi nashkumikau auenitshenat nikan ka taht eshamitshishikua ka mashikak nenua atusseuna eka ka minuaniti mak ka tutahk tshetshi mishkutshipaniti aituna kie tshe uitshikuht e nakatuapakahk inniunnu nete nikan, aianishkat innuat, nishuasht-tatuau nete nikan tshe takushiniht aianishkat auenitshenat.

Biographie

Fanny “Aïshaa” ka matau-pikutasht an, e peikussit ka tshishkutamatishut, ka peshaitshet anite ashtamitat kie ka mishta-minuatak etatusset. Kassinu anite eshi-pikutat ui tutamu tshetshi tshikanakuannit kie tshishkutamatishunanunit mitshet eshinniunanunnit, tshissenitamuna, atusseuna mak tan tshe itatussenanut tshetshi nikan ashtakanit inniun, kuishku ishinakutakanit innu utatusseun mak tshetshi ishpitenitakanit eshinakuak assi.

Aimun : Ume peshaikan utshipannu anite utakunikana Menissa ka tutat MADOC.

Les lectures suggérées

The Kino-nda-niimi Collective, eds. The Winter We Danced: Voices from the Past, the Future, and the Idle No More Movement. Winnipeg, MB: ARP Books, 2014.

LaDuke, Winona. The Winona LaDuke Chronicles: Stories from the Front Lines in the Battle for Environmental Justice. Black Point, NS: Fernwood Publishing, 2017.

Lambert, Vincent, and Isabelle Miron, eds. J’écris fleuve. Montréal: Leméac, 2015.

Manuel, Arthur, and Grand Chief Ronald M. Derrickson. Unsettling Canada: A National Wake-Up Call. Toronto: Between the Lines, 2015.

Nametau Innu. “Territory : Nitassian.” Nametau Innu. http://www.nametauinnu.ca/fr/culture/territoire.

Pour plus de suggestions de lectures, voyez le site du Graphic History Collective.

 

Chercher les origines de la crise chilienne dans La Bataille du Chili

Par Geneviève Dorais, professeure au département d’histoire et co-directrice du Laboratoire interdisciplinaire d’études latino-américaines (LIELA) à l’Université du Québec à Montréal

*Une version courte de cet article est parue dans la page Idées du Devoir en décembre dernier. Geneviève Dorais, « Soulèvements populaires ou crise sociale au Chili », Le Devoir, 19 décembre 2019.

Rien ne va plus au Chili[1]. Depuis la mi-octobre 2019, les tensions sociales qui s’étaient accumulées au cours de la dernière décennie, notamment face à une paupérisation galopante des classes moyennes et populaires, éclatent de toute part, et dans tous les sens. Difficile d’incorporer au sein d’un récit linéaire l’ampleur des revendications actuelles, et encore plus d’en définir précisément les paramètres.

S’il est possible de situer le point d’origine de la crise actuelle, ou à tout le moins une amorce importante, au coup d’État militaire du 11 septembre 1973 et du capitalisme radical qui s’ensuivit au Chili, il ne faudrait pas que l’attention accordée à l’héritage désastreux des quarante dernières années du règne néolibéral occulte tout autre façon d’inscrire dans la durée les soulèvements actuels.

Car les moments d’éclatement dans l’histoire, ceux qui, le temps d’une parenthèse, bouleversent le monde des possibles, ont ceci de particulier qu’ils libèrent les imaginaires utopiques des peuples sans qu’ils ne passent nécessairement à l’histoire. « Des actions et des idées de toutes sortes, foisonnantes, » écrit à ce propos l’historienne française Michèle Riot-Sarcey, « ont surgi au cours de l’histoire puis ont disparu, non seulement de la connaissance du passé mais également des mémoires »[2].

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Ce qu’il faut savoir au sujet des communautés francophones du Canada…

Par Rebecca Lazarenko, York University

En octobre 2018, Denise Bombardier était invitée à l’émission, Tout le monde en parle, pour promouvoir son livre. Lors d’un échange avec Jean Chrétien, elle a déclaré qu’« à travers le Canada, toutes les communautés francophones ont à peu près disparu[1]. » Selon elle, s’il y a encore quelques communautés francophones en Ontario  et au Manitoba, et chez les Métis, « on ne parle plus le français là ». Sincèrement blessés par ces paroles, indignés et sous le choc, les francophones du reste du Canada ont réagi fortement. Cette entrevue a donc inspiré le documentaire, Denise au pays des Francos, et une tournée au Nouveau-Brunswick, en Ontario et au Manitoba en 2019. Lors d’une seconde entrevue à Tout le monde en parle en octobre 2019, elle a révélé qu’elle n’avait pas changé d’avis et a fait plusieurs commentaires dénigrants sur les francophones du Canada[2].

En écoutant les propos de Bombardier, on peut se demander si elle a bien compris les communautés francophones du Canada ou l’esprit de leurs membres. Étant membre de la communauté francophone de l’Alberta, je peux confirmer que ceci nous dérange parce que nous voulons que nos identités soient comprises et acceptées, mais cela ne peut pas être accompli si les individus qui parlent de nous ne nous comprennent pas et s’ils n’ont aucune intention d’essayer de nous comprendre.

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