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Là où le présent rencontre le passé

Auteur : Histoire Engagée (Page 1 of 2)

History: Why It Matters? Recension du dernier ouvrage de Lynn Hunt

Florence Prévost-Grégoire, candidate au doctorat à University College Dublin

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En mars dernier était publié le plus récent ouvrage de Lynn Hunt, History: Why It Matters?. Grande spécialiste de la période révolutionnaire française[1], Hunt a publié, tout au long de sa carrière, plusieurs textes de réflexion sur la discipline. Sensible aux transformations du champ, elle s’est intéressée à l’histoire culturelle, à l’histoire globale et, plus récemment, à la possible collaboration entre historiens.nes et neuropsychologues[2]. Elle était donc la personne tout indiquée pour rédiger le volume « histoire » de la série Why It Matters, lancée par la maison d’édition Polity.  Ayant pour but d’inspirer une « nouvelle génération d’étudiants », la série fait appel à des chercheur.se.s éminent.e.s et les invite à convaincre de la pertinence des disciplines en sciences sociales (il existe à ce jour quatre autres volumes qui traitent de géographie, de linguistique, d’anthropologie et d’études classiques). Le livre est somme toute assez court (115 pages). Il comprend quatre chapitres qui abordent respectivement la crise de la vérité historique, le rôle de l’historien.ne et de la discipline dans la résolution de cette crise, l’évolution de la discipline depuis sa professionnalisation au début du XXe siècle, puis les perspectives d’avenir et le rôle éthique de l’histoire. Cet ouvrage n’apprendra possiblement rien de nouveau à l’historien.ne averti.e. Cela dit, il inspirera fort probablement les professeur.e.s qui doivent enseigner les tenants et aboutissants de la discipline aux étudiant.e.s qui entament des études en histoire. Il inspirera également les étudiant.e.s un peu plus avancé.e.s qui s’intéressent à l’historiographie et à la méthodologie et qui désirent acquérir une compréhension approfondie de leur domaine d’études.

History: Why It Matters?, c’est d’abord un ouvrage qui aborde de front plusieurs concepts complexes fondamentaux de l’histoire. Hunt traite de la notion de vérité historique, qui est centrale à l’ouvrage, mais aussi du rapport entre faits et interprétations, de l’évolution de la conception du temps des historiens ou encore de l’eurocentrisme qui a eu un impact considérable sur la construction et la professionnalisation de la discipline. Hunt explique par exemple que si les faits sont par définition objectifs, le processus qui permet à certains d’entre eux de se rendre jusqu’à nous alors que d’autres non est, lui, loin d’être objectif et est lié de près à la politique et au contexte social et culturel. Ils n’ont aussi que très peu de sens en eux-mêmes et doivent être interprétés. Pour l’autrice, l’interprétation constitue une des forces de la discipline alors qu’elle pousse les historiens.nes à construire des arguments solides qui passeront le test des contre-arguments. L’interprétation encourage également la critique et les remises en question et entraîne du même coup un renouvellement constant de la discipline. Hunt illustre cela en montrant comment le concept même de vérité historique et les standards qui permettent de la déterminer sont aujourd’hui remis en question parce qu’ils ont été établis selon des biais eurocentrés. Elle l’exemplifie aussi avec la transformation du rapport que l’historien entretient avec le temps : alors que le passé a d’abord été perçu comme un modèle à suivre, puis comme quelque chose dont on devait s’affranchir afin que la société puisse évoluer et progresser, Hunt parle aujourd’hui d’une subtile et lente transformation du rapport de l’historien au temps. Liée à l’intérêt récent pour les approches globales et environnementale qui ont remis en question la place centrale de l’homme comme objet d’histoire, cette conception plus profonde du temps ne se limite plus à l’histoire humaine, mais englobe aussi la nature et replace l’être humain dans son environnement. Son analyse rappelle que les systèmes de conception du temps sont eux aussi des construits qui répondent aux enjeux de l’époque et qui peuvent être remis en cause.

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Affiche du GHC – Librairies radicales à Montréal dans les années 1930

Affiche par Adèle Clapperton-Richard
Introduction par Andrée Lévesque

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué et est encore en marche pour l’année 2018.

Au mois de juillet dernier, le collectif a fait paraître la seizième affiche, réalisée par Adèle Clapperton-Richard en collaboration avec Andrée Lévesque, qui s’intéresse aux librairies radicales communistes à Montréal dans les années 1930 comme des espaces d’éducation et d’organisation militantes.


Durant la Crise économique des années 1930, le Parti communiste du Canada occupe une place prééminente dans l’organisation des mouvements de protestations, en particulier dans l’organisation des sans-travail. Parmi leurs outils de mobilisation, la presse, les tracts, les livres, souvent venus de Moscou, jouent un rôle important alors que les librairies qui les distribuent s’exposent à la répression des forces de l’ordre.

Depuis des siècles les écrits contribuent à la conscientisation des travailleuses et des travailleurs, et les librairies de gauche forment un lieu privilégié de politisation et de réseautage. Ce qui a souvent poussé les autorités, soucieuses de protéger l’ordre social, à tenter de contrôler la parole écrite et les endroits qui la disséminent. Au Canada, entre 1919 et 1935, l’article 98 du Code criminel est invoqué contre la sédition ainsi que la littérature et les paroles séditieuses.

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Au revoir et merci Pascal

Le comité éditorial en collaboration avec Camille Robert

Crédits : Steven Darby, Musée canadien de l’histoire

L’équipe d’HistoireEngagée tient à souligner le départ de Pascal Scallon-Chouinard, membre du comité de rédaction depuis 2012. Au cours des six dernières années, Pascal a réalisé un travail essentiel pour la revue. Infatigable, il a participé à la création et à la coordination de dossiers thématiques, notamment celui sur l’histoire des Afro-Amériques (désormais nommé Imaginations, existences et spatialités noires en (ré)émergence, pour lequel Pascal demeure dans le comité de coordination), Où sont les femmes?, ainsi que Le sport et ses pratiques de l’Antiquité à nos jours : dimensions socioculturelles et usages politiques. Il a grandement aidé à la recherche de nouvelles collaboratrices et de nouveaux collaborateurs, toujours motivé et prêt à tendre des perches pour recruter des chercheuses et chercheurs engagé.e.s ayant des champs de spécialisation variés. Tout au long de son implication à HistoireEngagée, Pascal a su amener un vent de dynamisme : il a mis de l’avant l’importance de diversifier les approches et les projets et, surtout, il a su être le socle de l’équipe pendant plusieurs années. Son intelligence, son dynamisme et sa générosité font de lui un partenaire de travail précieux avec qui il est toujours motivant et agréable d’initier de nouveaux projets. Enseignant dans l’âme, il transmettait avec bonheur à chacun.e de nous ses connaissances de la revue et de son fonctionnement pour qu’elle garde le cap et même qu’elle prenne de l’ampleur. 

Pascal Scallon-Chouinard est employé au Musée canadien de l’histoire depuis plus d’un an, où il occupe désormais les fonctions de Coordonnateur francophone pour l’équipe de l’édition et des publications. Sans Pascal, HistoireEngagée ne serait pas la revue qu’elle est aujourd’hui. Toute l’équipe éditoriale tient à le remercier et à souligner que c’était un véritable plaisir de collaborer avec lui. Il restera un modèle d’engagement et de rigueur… et les nouvelles recrues entendront assurément parler de lui!

Où sont les femmes?

Christine Chevalier-Caron, Stéphanie Lanthier, Camille Robert, Adèle Clapperton-Richard, Camille Gauvin, Catherine Larochelle et Marilou Tanguay responsables du dossier thématique[1]

Appel à contributions

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Depuis la fin des années 1960 et le début des années 1970, moment où des historiennes ont commencé à montrer que « les femmes sont dans l’histoire, les femmes ont une histoire et les femmes font l’histoire » (Dumont, 2001), le champ de l’histoire des femmes et du genre a grandement évolué. Après avoir publié un premier dossier visant à contrer l’occultation des femmes des récits historiques, nous souhaitons aujourd’hui poursuivre la discussion sur l’histoire des femmes, du genre et des féminismes, en abordant les défis et enjeux – épistémologiques, méthodologiques, archivistiques, institutionnels, etc. – propres à ces champs d’étude.

Malgré l’effort de nombreuses chercheuses qui ont montré l’importance de questionner à nouveau les postulats historiques au prisme de nouvelles grilles méthodologiques et conceptuelles, des défis restent à surmonter. En effet, l’occultation des femmes des récits historiques, particulièrement éloquente en ce qui a trait aux femmes non-blanches, qui en plus d’être invisibilisées et silenciées, sont souvent instrumentalisées au profit de l’histoire des femmes blanches (Éwanjé-Épée et Magliani-Belkacem, 2012; Vergès, 2017), le manque de visibilité des travaux des historiennes[2] ainsi que les obstacles que l’on peut rencontrer dans la recherche en histoire des femmes (rareté des sources, manque d’outils et de soutien institutionnels), sont toujours omniprésents au sein de la discipline.

L’histoire des femmes et du genre et l’histoire des féminismes ne sont pas que des manières d’étudier le passé, ce sont des outils qui permettent de poser un regard critique sur le présent et des avenues pour imaginer l’avenir autrement. Nous croyons que ces histoires doivent être problématisées à l’aune d’enjeux divers liés aux rapports de pouvoir, rapports genrés, évidemment, mais aussi raciaux et économiques. Les pistes de réflexion que nous souhaitons investir sont larges et diversifiées et elles s’inscrivent dans des champs spatio-temporels variés. Voici une liste non-exhaustive de thématiques pouvant être envisagées :

  • Nouvelles perspectives en histoire des femmes/histoire du genre/histoire genrée;
  • Histoire des féminismes;
  • Femmes et éducation(s);
  • Femmes et mouvements sociaux;
  • Femmes et immigration(s);
  • Femmes autochtones;
  • Femmes et sports;
  • Femmes et médias;
  • Dialogues entre plusieurs générations d’historiennes féministes;
  • Représentations de figures féminines et/ou féministes historiques dans la culture populaire (télévision québécoise, télé-séries, films, jeux-vidéos, musique, littérature…);
  • Mémoire(s) de l’histoire des femmes;
  • Vulgarisation de l’histoire des femmes;
  • Féminisme et université;
  • Enjeux méthodologiques et épistémologiques de l’histoire des femmes et/ou de l’histoire des féminismes

HistoireEngagee.ca vous invite à proposer une contribution concernant l’histoire des femmes et du genre et/ou l’histoire des féminismes. Ces contributions peuvent prendre plusieurs formes : des articles de fond (évalués par les pairs, à l’aveugle), de courts textes, des prises de position, des recensions ou des entrevues.

Nous attendons vos propositions de textes (200-350 mots) avant le 15 septembre 2018 à l’adresse suivante : contributions@histoireengagee.ca. La mise en ligne des contributions est prévue pour l’automne 2018 et l’hiver et le printemps 2019. Le dossier demeurera toutefois ouvert aux propositions de contributions. Vous trouverez de l’information sur nos balises de rédaction et directives de soumission en cliquant ici.


[1] Ont aussi participé à la coordination de ce dossier : Pascal Scallon-Chouinard et Margot Blanchard.

[2] À ce sujet, voir une critique parue à l’automne 2017 « Chercher l’absence des femmes » (en ligne) http://histoireengagee.ca/chercher-labsence-des-femmes/  et la récente initiative Women Also Know History (en ligne) https://womenalsoknowhistory.com/, dédiée à la promotion du travail et des recherches des historiennes spécifiquement.

 

Discuter de réconciliation en classe : les #150actions, un outil utile

Catherine Larochelle, professeure au département d’histoire de l’Université de Montréal et membre du comité éditorial de la revue HistoireEngagée

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Les autrices de la liste, Crystal Fraser (droite) et Sara Komarnisky (gauche)

À l’hiver 2018, j’ai eu la chance d’enseigner le cours HST2444, Autochtones, État et société au Canada à l’Université de Montréal. Tout au long de la session, j’ai intégré aux lectures et aux discussions hebdomadaires différents médias, par exemple les affiches de la série Remember/Resist/Redraw et les courts métrages du Wapikoni mobile. Ces publications multimédias se sont avérées des outils pédagogiques stimulants – et nécessaires j’oserais dire – pour alimenter les conversations avec les étudiant.e.s sur les différents récits possibles de l’histoire canadienne. Vers la fin de la session, les étudiant.e.s devaient lire la liste des 150 actions de réconciliation de Crystal Fraser et Sara Komarnisky. Publiée dans sa version originale sur la plateforme ActiveHistory (et dans sa traduction française sur HistoireEngagée.ca) à l’été 2017, la liste des #150actions proposait aux Canadiens et Canadiennes 150 actions de réconciliation à effectuer pour les 150 derniers jours de l’année du 150e anniversaire du Canada. Ayant remarqué que les appels à l’action issus des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation ciblaient surtout les institutions et que les citoyen.ne.s ne se sentaient pas nécessairement concerné.e.s, Crystal Fraser et Sara Komarnisky ont voulu montrer que la réconciliation se pratiquait de multiples façons et à différentes échelles.

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur l’expérience pédagogique que j’ai vécue lorsque nous avons parlé de cette liste en classe et expliquer en quoi elle est un outil extrêmement utile pour discuter de la réconciliation avec les étudiant.e.s – et ce, pas uniquement dans les cours d’histoire(s) autochtone(s).

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