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Là où le présent rencontre le passé

Auteur : Histoire Engagée (Page 2 of 5)

Aux armes Mesdames : prendre la parole pour s’armer

Par Mickaël Lepage, candidat à la maîtrise, Université Laval

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Françaises devenues libres : … et nous aussi, nous savons combattre et vaincre… : [estampe] / [Villeneuve?]

La Révolution française entraîne une redéfinition du statut des Français et des Françaises, qui passent de sujets à citoyens. Ce statut est caractérisé par des droits et un certain nombre de devoirs. Toutefois, pour y avoir pleinement accès, une personne doit satisfaire plusieurs conditions que les législateurs s’efforcent de déterminer. Dans le cadre de ces discussions conduites essentiellement par des hommes, les femmes ne sont pas considérées[1]. Elles sont de fait écartées de la citoyenneté, celle-ci devenant un attribut masculin. Bien qu’elles soient exclues sur le plan politique[2], certaines femmes réclament néanmoins le statut de citoyenne et souhaitent détenir les mêmes droits et devoirs que les hommes. Pour ce faire, elles s’expriment à travers l’écriture et participent activement aux évènements marquants de la période révolutionnaire. Que ce soit par la voie individuelle ou collective, certaines s’adressent aux législateurs sur un sujet qui est, de loin, hors de leur sphère traditionnelle, soit celui de la possession d’armes. Ainsi, elles revendiquent le droit de s’armer pour défendre la Patrie en danger. Cette demande se situe à l’opposé de la volonté des législateurs de la période qui, d’une part, n’ont jamais voulu armer les femmes et qui, d’autre part, ne veulent pas les voir s’approprier un symbole de la masculinité. De plus, ces requêtes en faveur du port d’arme sont généralement accompagnées d’une volonté de reconnaissance du statut de citoyenne. Comme Dominique Godineau l’a défendu à plusieurs reprises, les voies vers la citoyenneté ont souvent été multiples sous la Révolution[3].

Dans ce bref article, je présenterai comment, pour certaines femmes, l’accès à la citoyenneté est corollaire du droit de porter les armes. Je m’intéresserai plus particulièrement aux revendications écrites par ces femmes à l’intention des législateurs. J’analyserai la manière dont celles-ci sont élaborées autour de termes centraux et les motivations et aspirations de leurs autrices. Je terminerai en exposant certaines réactions masculines face à ces requêtes.

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Les historiennes et historiens dans l’espace public

Par Adele Perry, professeure, University of Manitoba et présidente de la Canadian Historical Association (CHA)/Société historique du Canada (SHC)[1]

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Le SHC | SHC est l’une des organisations associées au réseau The | La Collaborative, un réseau financé par le Conseil de recherches en sciences humaines [CRSH] du Canada, qui se consacre à la promotion des connaissances et des compétences en sciences humaines dans la société. [2] Il s’agit en partie de discuter et de promouvoir les différentes options de carrière pour un chercheur en sciences sociales ou en sciences humaines à l’extérieur du milieu universitaire : à l’école primaire et secondaire, dans les médias, les anciens comme les nouveaux et partout où nous pourrions avoir l’occasion de démontrer la compétence d’une formation de chercheurs mise en pratique.

Les historiens peuvent contribuer à ce projet par le biais de cette longue et remarquable histoire qui consiste à diffuser notre recherche auprès du public. En 2010, Joy Parr a expliqué que la pratique historique « attentive aux préoccupations contemporaines, engagée dans la politique avec des citoyens engagés existe depuis aussi longtemps que la recherche historique existe au Canada ». [3] Les causes, les communautés et les enjeux qui intéressent les historiens ont changé tout comme les outils et les technologies dont il se servent pour s’impliquer et communiquer. Mais la volonté des historiens d’ancrer leurs recherches dans le présent et de s’adresser à des communautés autres que les archives et la salle de classe existe depuis longtemps.

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Memories of Absence: How Muslims Remember Jews in Morocco: recension

Par Övgü Ülgen, doctorante en sociologie à l’Université de Montréal

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Issu de dix années de recherche ethnographique et archivistique, le livre Memories of Absence : How Muslims Remember Jews in Morocco, paru en 2013, se concentre sur les perceptions générationnelles des Musulmans, comprenant des Arabes et des Berbères, à l’endroit des Juifs dans une région rurale du sud du Maroc appelée Akka. L’altérité éprouvée par les deux communautés religieuses, induite par l’intrusion du pouvoir étatique marocain et colonial français divisant les communautés, les peuples, détruisant les solidarités existantes, est le cœur de l’ouvrage de Aomar Boum. C’est pourquoi il demeure un sujet d’actualité depuis sa parution en 2013.Professeur agrégé en anthropologie à l’Université de Californie à Los Angeles, il est spécialiste de l’étude des minorités religieuses et ethniques en Afrique du Nord, des relations judéo-musulmanes et de l’antisémitisme. Boum, dans son ouvrage, souligne que l’historiographie marocaine s’est principalement intéressée aux questions de nationalisme et de panislamisme et aux perspectives islamiques des sociétés nord-africaines et remarque que, à l’inverse, la position des Juifs vis-à-vis des Musulmans en tant que minorité religieuse dans la société marocaine a été négligée la plupart du temps[1]. Par conséquent, l’objectif principal de ce livre est de mettre en évidence les histoires censurées, dépréciées et dévalorisées des Juifs ruraux construits par les perceptions des Musulmans et leurs relations complexes avec les Musulmans dans l’arrière-pays marocain méridional[2]. La thèse de l’auteur est la suivante: alors que les membres plus âgés de la communauté musulmane expriment avec nostalgie leurs sentiments d’amitié et de relations intimes avec les Juifs, les plus jeunes, âgés de 20 à 30 ans, les considèrent comme leurs ennemis politiques et sociaux[3]. Ayant publié des articles sur l’histoire et l’anthropologie des relations judéo-musulmanes du 19e siècle à nos jours, sur l’historiographie judéo-marocaine, la Shoah et les migrations de même que sur sa position de chercheur autochtone d’Akka (où il est né et a grandi), tout porte à croire qu’il a les connaissances et l’autorité nécessaires pour écrire ce livre[4].

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Cachez cette nuance que je ne saurais voir !*

Par Isabelle Picard, ethnologue

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Le 3 mai 1536, Jacques Cartier attira en donnant un prétexte le chef Donnacona et neuf autres autochtones près de ses caravelles pour ensuite les enlever et les amener en France. Ils y moururent tous. Vous ne le saviez pas ?

Il y a au minimum quatre théories qui pourraient expliquer la présence autochtone en Amérique dont une qui dit que les autochtones vivraient sur cette terre depuis des temps immémoriaux. Vous ne le saviez pas non plus ?

Je ne vous le reproche pas. C’est plutôt normal. Les anciens programmes d’histoire du Québec et du Canada n’en parlent pas.

En 2015, la Commission de vérité et de réconciliation, mise en place par le gouvernement fédéral pour faciliter la réconciliation entre autochtones et Canadiens dans la foulée des révélations entourant la période des pensionnats autochtones, a formulé 94 appels à l’action. L’un d’eux se décrit ainsi : « … en consultation et collaboration avec les survivants, les peuples autochtones et les éducateurs, rendre obligatoire, pour les élèves de la maternelle à la douzième année, l’établissement d’un programme adapté à l’âge des élèves portant sur les pensionnats, les traités de même que les contributions passées et contemporaines des peuples autochtones à l’histoire du Canada ». En consultation et collaboration.

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Appel à participation à la journée d’étude : « Les exils, le Québec et la formation de la gauche »

Par Stasis – Groupe d’enquête sur le contemporain

22 mars 2019, Lieu à déterminer.

Exil

  1. Expulsé
  2. Chercher refuge dans un territoire étranger
  3. Avoir perdu sa maison ; mais aussi, chercher un chez-soi
  4. « L’état ou la situation dans lequel tu ne peux vivre dans ton pays d’origine, pour des raisons politiques ou comme punition. »
  5. D’une tradition yiddish montréalaise : Golis / Gulis « La vie qui n’est pas comme elle le devrait. »

La figure de l’exil existe dans la littérature, la poésie, les arts et les milieux académiques comme symbole de l’expérience fondamentalement humaine du mouvement et de la mobilité. L’exil évoque des images de départ et d’arrivée, d’évasion et de recherche d’un nouveau foyer, de changement et de nostalgie. Elle unit ainsi les expériences plurielles des immigrant.e.s, réfugié.e.s et communautés ethniques du Québec – qui partagent dans leurs différences cette expérience de venir de quelque part, de chercher ailleurs un nouveau chez-soi, avant d’accoster finalement sur les rives du soi-disant Canada. Tout au long de l’histoire de ce territoire, l’afflux de nouveaux arrivant.e.s a entrainé la renégociation des frontières, de l’appartenance et de l’adhésion à la société québécoise. Par conséquent, l’exil est attaché à plusieurs autres notions, souvent politiquement chargées : le pays, la langue, la religion, la culture et l’identité nationale. L’exil est une expérience perturbante qui altère le sens de ces concepts pour toutes les personnes impliquées. Toutefois, si l’on parle régulièrement de l’expérience de l’exil tel que vécu de l’extérieur, on néglige souvent les histoires de ceux et celles qui vivent l’exil de l’intérieur en raison des processus de génocide, d’assimilation, de migration forcée, de réinstallation et de mouvement qui ont fait d’elles et eux des étrangers dans leur propre pays. Le cas le plus notoire est celui des communautés autochtones et de leur rencontre avec les premiers colons français ou avec les vagues plus tardives d’immigrant.e.s en provenance d’un peu partout sur la planète.

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