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Auteur : Histoire Engagée (Page 1 of 2)

Quelle université pour quelle société? Petite histoire du débat intellectuel entourant la question universitaire franco-ontarienne*

Michel Bock, professeur d’histoire, Université d’Ottawa

François-Olivier Dorais, professeur d’histoire, Université du Québec à Chicoutimi

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Crédit : RÉFO (Regroupement des étudiants franco-ontariens)

À la suite des décisions récentes du gouvernement Ford, la question universitaire franco-ontarienne a fait un retour en force dans l’actualité. Rappelons que le premier ministre ontarien a décidé, dans sa mise à jour budgétaire du 15 novembre dernier, de mettre un terme au projet de l’Université de l’Ontario français, en plus d’intégrer le Commissariat aux services en français au bureau de l’ombudsman de l’Ontario et d’annuler une aide financière promise au théâtre La Nouvelle Scène d’Ottawa. Depuis, plusieurs représentants de la communauté franco-ontarienne ont manifesté leur désaccord et leur colère en demandant au gouvernement de revenir sur sa décision, d’autant que ce projet d’université, adopté sous forme de projet de loi en 2015, était sur le point de voir le jour à Toronto et en voie d’accueillir sa première cohorte d’étudiants en 2020. Les Franco-Ontariens ont même pu compter sur l’appui récent de l’Institut d’histoire de l’Amérique française qui, dans les pages du Devoir du 21 novembre dernier, a dénoncé l’abolition de cette université au motif qu’elle portait « entrave à la constitution du lien social et le maintien du bien commun[1] » pour la minorité franco-ontarienne. Depuis, cette lettre a recueilli plus de deux cent signatures de la part de professeurs du Québec et de l’Ontario.

            Si la question universitaire occupe une telle place dans l’espace public franco-ontarien ces dernières années, c’est parce que l’université n’est pas tout à fait une institution comme les autres et qu’elle joue un rôle de structuration sociétale particulier. Elle est un lieu qui contribue à l’édification et à la permanence des cultures et des sociétés, un lieu dont la mission première est d’engendrer la réflexion et le débat sur leur finalité au-delà des contingences, des besoins, voire des tendances intellectuelles du moment. Cette réflexivité propre à l’institution universitaire lui confère une mission existentielle qui la conduit à transcender les impératifs purement stratégiques et circonstanciels auxquels certains voudraient l’astreindre. Cette fonction normative de l’université en fait une institution vitale au projet de société franco-ontarien, si tant est que, comme l’indiquait Joseph Yvon Thériault à propos de l’Acadie et de l’Université de Moncton, « [i]l faut se croire une société pour avoir la prétention de pouvoir s’offrir une université[2] ».

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Pour l’Université de l’Ontario français

Avec deux lignes de son énoncé budgétaire, le gouvernement de Doug Ford a annoncé le 15 novembre dernier l’abolition de l’Université de l’Ontario français. Joint à la fermeture du Commissariat aux services en français, ce geste atteint les droits acquis des francophones de l’Ontario à l’éducation postsecondaire exclusivement dans leur langue, des droits qu’ils ont obtenus de haute lutte avec la création de l’Université le 1er juillet dernier. À notre connaissance, il s’agit d’un précédent dans le monde contemporain : pour la première fois, un État abolit une université pour des considérations budgétaires. Ce précédent remet en cause le rôle accordé au haut savoir et le maintien d’une communauté, principes au cœur même de notre vie en société

Au-delà de la simple préparation à l’emploi, une université est une institution cruciale dans toute communauté. C’est encore plus le cas si celle-ci est minoritaire. L’université, est un lieu d’émancipation et de responsabilisation. Grâce à la formation des personnes et au développement des connaissances, elle habilite les citoyens et les citoyennes à l’exercice de leurs droits. En étant en contact avec le haut savoir, il est possible de faire des choix éclairés et de contribuer pleinement à son épanouissement individuel comme collectif.

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À l’aube d’une identité acadienne transnationale : le premier Congrès mondial acadien

Par Alyson Blaquière, candidate à la maîtrise en histoire à l’Université Laval
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Rassemblement lors du Congrès mondial acadien de 2009, tenu dans la péninsule acadienne au nord-est du Nouveau-Brunswick. Source : Archives Acadie-Nouvelle

Dès leur première édition en 1994, les Congrès mondiaux acadiens (CMA)[1] transforment en enjeu majeur la définition même de la communauté acadienne. Ils questionnent l’image traditionnelle d’une Acadie ancrée dans un espace essentiellement limité aux Maritimes pour tenir compte du fait que les Acadiens ont essaimé un peu partout après la Déportation de 1755, du Canada à la France, en passant par les États-Unis, l’Angleterre et les Antilles. Au fil du temps, différentes communautés se sont alors développées, se forgeant des identités spécifiques tout en empruntant aux cultures environnantes. Lors du premier CMA de 1994, plusieurs questions sont donc lancées. Tous ces foyers participent-ils au projet identitaire acadien ? Existe-t-il une « Grande Acadie » qui s’étend par-delà les frontières nationales ou la véritable Acadie se limite-t-elle à son berceau des Maritimes ? À travers l’étude du Congrès de 1994, nous analyserons les débats qui opposent les partisans d’une Acadie « transnationale » disséminée dans l’espace à ceux d’une Acadie « nationale » bien ancrée dans un territoire homogène.

Nous définirons d’abord les notions « identité », « national » et « transnational », puis nous montrerons de quelle manière la communauté acadienne en vient à placer le transnational au cœur de sa définition identitaire. Finalement, nous exposerons le discours de la « Grande Acadie » mis de l’avant par le CMA avant de présenter les critiques de ses détracteurs. Pour tenter de cerner au mieux l’importance de la perspective transnationale dans ces débats, nous baserons notre analyse sur les actes des conférences et des tables rondes du Congrès de 1994 qui ont abordé divers thèmes, par exemple : communications, culture, patrimoine, économie et éducation[2]. Ces documents se révèlent pertinents, car ils reflètent une redéfinition de l’identité acadienne qui traduit le désir d’inclusion de la diaspora.

L’identité, le national et le transnational : trois concepts clés

En ce qui concerne le concept d’identité, nous nous inspirerons surtout de l’approche du sociologue Fernand Dumont. Selon lui, ce sont notamment les idéologies, l’histoire et la littérature d’une nation qui participent à construire son identité. En ce sens, l’identité acadienne ne peut être pensée en tant que telle qu’à partir du milieu du XIXe siècle. Sa première manifestation prend la forme de la publication, en 1847, du poème Evangeline d’Henry Longfellow (traduit en français par Pamphile Le May en 1865)[3]. D’autres référents identitaires nationaux sont ensuite adoptés pendant les Conventions nationales des années 1880 : la fête nationale, le drapeau, l’hymne, l’insigne et la devise[4]. Puis, dans un autre ordre d’idée, considérant l’apport des influences et des affinités intercommunautaires dans la construction identitaire acadienne, rappelons que le sociologue Michel Castra précise que les interactions sociales façonnent les identités collectives. Celles-ci, selon lui, « trouvent leur origine dans les formes identitaires communautaires où les sentiments d’appartenance sont particulièrement forts (culture, nation, ethnies…)?»[5]. Cette thèse de Castra nous sera utile pour comprendre comment la diaspora acadienne développe parallèlement des sentiments d’appartenance envers l’Acadie ainsi qu’envers d’autres communautés ethnoculturelles. Les Acadiens de la diaspora se perçoivent des affinités avec différents groupes, ce qui influence leur processus de construction identitaire[6].

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Coupures budgétaires de Bibliothèque et Archives nationales du Québec : lettre ouverte de l’Institut d’Histoire de l’Amérique Française au ministre Fortin

Par Martin Pâquet et Karine Hébert, président et vice-présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

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Montréal, 19 juin 2017
À l’attention de M. Luc Fortin,
Ministre de la Culture et des Communications,

M. le Ministre Fortin,

Nous vous écrivons aujourd’hui en réaction à un article paru le 9 juin dans les pages du quotidien Le Devoir, lequel détaille les nouvelles contraintes budgétaires auxquelles est soumis Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Il y est notamment fait mention d’une réduction des budgets alloués à BAnQ qui entraînera l’abolition de nombreux postes, en plus de compromettre des activités de numérisation déjà entamées. À ces mesures de réduction financières s’ajoute une augmentation des frais de système, notamment ceux associés à la location des espaces occupés par l’institution. Un manque à gagner de près de 9% en résulterait. Cette décision inattendue ne manque pas d’étonner. En effet, BAnQ jouit ces dernières années d’une popularité et d’une fréquentation croissante, ce qui justifie à tout le moins le maintien des budgets de fonctionnement, sinon leur bonification.

Pour répondre à ces nouvelles contraintes, la direction de BAnQ a privilégié trois avenues. La première est celle de la réorganisation de son organigramme de direction. Nous ne nous prononcerons pas sur celle-ci. Par contre, comme historiennes et historiens, nous sommes particulièrement préoccupés par les deux autres avenues retenues : abolir 29 postes permanents (dont 4 vacants qui ne seront pas comblés) et suspendre les activités de numérisation. Ces deux dernières mesures auront, il n’y a pas à en douter, un effet direct sur l’accessibilité aux archives québécoises. Il y a raison de s’attendre à ce que ces coupures, à terme, affectent également les autres services de BAnQ, tant les services des salles de consultation et de recherche que le traitement et la numérisation de la collection patrimoniale. Est-il besoin d’ajouter que BAnQ abrite des collections archivistiques et imprimées inestimables, et que leur accessibilité et leur conservation sont des conditions nécessaires à la poursuite de la recherche historique sur le Québec ?

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Race, racialisation et histoire : compte-rendu et réflexions sur la livraison d’automne 2016 des Cahiers d’histoire

Par Bernard Ducharme, titulaire d’un doctorat en histoire de l’Université de Montréal et en études romanes de l’Université Paul-Valéry-Montpellier III

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La livraison 33-2 de l’automne 2016 des Cahiers d’histoire de l’Université de Montréal fait le point sur l’histoire du racisme. La race, la racialisation et l’histoire est construit selon les procédés habituels des Cahiers : le numéro, bâti par une équipe d’étudiantes des cycles supérieurs du département d’histoire (mentionnons les rédactrices en chef Florence Prévost-Grégoire et Magalie Fournier-Plouffe et la responsable de publication Anaïs Hélie-Martel), est publié sous la direction d’un professeur du département, cette fois David Meren, un spécialiste de l’histoire des nationalismes au Canada. Au total, le dossier comporte 8 articles en plus de la présentation du directeur, écrits par des candidats à la maîtrise ou au doctorat de divers horizons. Les responsables de la publication ont eu la bonne idée de disposer les textes en ordre chronologique, du XVIIIe siècle à nos jours, ce qui facilite la tâche au lecteur soucieux d’envisager l’ampleur du phénomène dans la durée. Nous nous attacherons précisément ici à rendre compte des différentes contributions en nous efforçant de les restituer dans une vision d’ensemble de l’histoire du racisme. Nous tenterons par la suite d’indiquer, par une réflexion sur quelques absences, des directions que pourrait prendre la réflexion suite à la lecture de ce dossier fécond.

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