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Là où le présent rencontre le passé

Auteur : Histoire Engagée (Page 1 of 4)

Entrevue avec Louise Toupin

Par Camille Robert, doctorante en histoire à l’Université du Québec à Montréal et membre du Centre d’histoire des régulations sociales

Louise Toupin au lancement de Luttes XXX photo: Carol Leigh Scarlot Harlot

Louise Toupin est politologue, enseignante retraitée de l’UQAM et chercheuse indépendante. Elle s’est engagée dans le Front de libération des femmes du Québec (1969-1971) et a cofondé les Éditions du remue-ménage en 1976. Son ouvrage Le salaire au travail ménager : chronique d’une lutte féministe internationale, 1972-1977 (Remue-ménage, 2014) a récemment été traduit en anglais chez UBC Press et Pluto Press. Elle est en outre coauteure de trois anthologies de textes de militantes féministes : Québécoises Deboutte! (1982-1983, avec Véronique O’Leary), La pensée féministe au Québec. Anthologie 1900-1985 (2003, avec Micheline Dumont), et de Luttes XXX (2011, avec Maria Nengeh Mensah et Claire Thiboutot). En octobre dernier, elle a publié Travail invisible. Portraits d’une lutte féministe inachevée (2018), ouvrage qu’elle a codirigé avec Camille Robert.

Louise Toupin et Camille Robert au lancement de l’ouvrage Travail invisible photo: Chloé Charbo

Camille Robert : J’aimerais tout d’abord que vous nous parliez un peu de votre engagement dans le mouvement féministe des années 1970. Comment avez-vous rejoint le Front de libération des femmes, et quel était le contexte politique de l’époque? Quelles actions ont été les plus marquantes pour vous?

Louise Toupin : Tout d’abord, il faut dire que le mouvement portant l’épithète « féministe » n’existait pas en 1969-1970 au Québec. D’ailleurs, personne ne se disait féministe. Il y avait des associations de femmes, mais aucune ne se qualifiait de « féministe » (ni la Fédération des femmes du Québec, ni l’Association féminine d’éducation et d’action sociale, l’Afeas, fondées en 1966). C’était un mot-repoussoir. C’est le FLF, le Front de libération des femmes, qui a le premier je crois inversé le sens de ce mot, et l’a revendiqué haut et fort.

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Appel à candidature

Par le Comité éditorial

HistoireEngagée.ca (histoireengagee.ca) est une plate-forme de diffusion des savoirs et des connaissances historiques qui vise à rejoindre les milieux académiques et la communauté civique. Ses publications sont orientées par sa triple mission qui se résume à l’analyse de l’actualité dans une perspective historique, la participation active aux débats historiographiques, et la valorisation des récits historiques mettant de l’avant les oubliés.es de l’histoire.

Ayant fortement augmenté son rythme de publication, multipliant les projets et recevant un nombre accru de propositions, le comité éditorial d’histoireengagée.ca est à la recherche d’une nouvelle ou d’un nouveau membre pour se joindre à son équipe. Cette fonction consiste à prendre part aux processus d’évaluation interne, assurer des suivis avec les auteurs.es et les évaluateurs.rices externes, participer à la codirection de dossiers thématiques, prendre en charge des tâches de mises en ligne et de diffusion des publications, participer régulièrement à des discussions avec les autres membres du comité, et assurer une implication d’au minimum cinq heures hebdomadairement.

Nous privilégions les candidatures d’étudiants.es avancés.es dans leur parcours de maitrise, candidats.es au doctorat, ou diplômés.es. Nous sommes ouverts.es aux candidatures de sociologues, de littéraires et d’anthropologues (en formation ou diplômés.es) avec une expérience connexe à la discipline historique. Les personnes intéressées sont invités.es à nous faire parvenir une lettre de motivation et un CV à  contributions@histoireengagee.ca d’ici le 10 février 2019.

Entretien avec Arnaud Esquerre*

Par Martin Robert

Arnaud Esquerre est sociologue, chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris. Nous l’avons rencontré à l’occasion de la parution de son ouvrage Enrichissement. Une critique de la marchandise (Gallimard, 2017), cosigné avec Luc Boltanski.

Martin Robert : Comment décririez-vous le parcours qui vous a conduit vers la sociologie ?

Arnaud Esquerre : En sortant du lycée, j’ai reçu une première formation à l’Institut d’études politiques de Paris, avec une spécialisation en économie et en finances. J’étais donc à Science Po durant les importantes grèves de décembre 1995 en France. À ce moment, la figure de Pierre Bourdieu était extrêmement médiatisée et j’ai eu alors envie de me réorienter pour faire de la sociologie. J’ai donc écrit à Pierre Bourdieu, en lui demandant s’il prenait encore des étudiants, pour faire un diplôme d’études approfondies (DEA). Il m’a répondu par lettre en me disant qu’il ne prenait plus d’étudiants, mais qu’il me recommandait de m’adresser à un proche, Patrick Champagne, spécialiste des médias, étant donné que je me proposais de travailler sur l’affaire de la profanation du cimetière de Carpentras sous l’aspect de sa médiatisation et des controverses qui y étaient liées. Cette affaire concerne un cimetière juif à Carpentras, où en 1990 des sépultures ont été endommagées et un corps exhumé. Ces faits ont entraîné une réaction immédiate du ministre de l’Intérieur accusant, comme responsable de telles actions inspirées par la haine raciste, le Front national (FN). Ce dernier a réagi en dénonçant une manipulation contre lui. L’enquête a duré plusieurs années jusqu’à ce que les juges établissent de manière claire que cette profanation avait été réalisée par un petit groupe d’extrême-droite, confirmant son caractère antisémite. Je me suis donc inscrit en DEA à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) pour entreprendre une étude sociologique de cette affaire. Dans cette école, j’ai suivi des séminaires en sociologie, mais je me suis intéressé aussi à d’autres disciplines, dont la philosophie. J’ai suivi notamment les séminaires des philosophes Vincent Descombes et Jacques Derrida, dont les cours sur la peine de mort m’ont beaucoup marqué. La sociologie demeurait très dominée par Bourdieu, mais il y avait alors un autre pôle, assez fortement constitué à l’EHESS, autour de Luc Boltanski, et à l’École des Mines, autour de Bruno Latour, qui m’a attiré. Malgré la force intellectuelle de Pierre Bourdieu, je ne me sentais pas à l’aise en raison du cadre théorique devenu très figé, à la fois par lui et ses proches. Luc Boltanski, au contraire, donnait le sentiment de quelque chose d’extrêmement innovant et donnait à ses étudiants l’exemple d’une grande liberté conceptuelle. À la fin du DEA, j’ai décidé de m’inscrire en thèse avec lui. Quant à Bruno Latour, il a présidé mon jury de thèse.

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Entretien avec Lucie Dagenais — deuxième partie*

Par Cory Verbauwhede

Crédit : Le Travail, vol. XI, no. 6, Montréal, Qc, juin 1964

Cette deuxième partie d’entrevue (voir la première partie) porte sur le conflit de travail de 1964 entre l’Alliance des infirmières de Montréal (AIM-CSN) et une vingtaine d’hôpitaux francophones gérés par des communautés religieuses. Ce conflit, moins bien connu que la grève des infirmières de Sainte-Justine en 1963 et que la grève générale dans les hôpitaux du Québec en 1966, constitue pourtant un point tournant dans les relations du travail entre les personnels et les directions des établissements au sein du système de santé québécois : la démission choc du président du tribunal d’arbitrage, le juge Paul L’Heureux, au cours de ce conflit a aussi contribué à mettre fin au régime de relations du travail d’exception dans les services publics.

L’action des infirmières s’inscrit alors dans la démarche de la Fédération nationale des services FNS-CSN, résolument engagée depuis 1962 dans l’harmonisation des conditions de travail au sein de tous les hôpitaux du Québec, étape nécessaire pour instituer un service public vraiment universel, qui offre des services comparables à travers la province.

Lucie Dagenais a participé à ce conflit en tant que conseillère syndicale auprès de l’Alliance des infirmières de Montréal (AIM-CSN), poste qu’elle a occupé de 1962 à 1970.

Cory Verbauwhede : Nous avons discuté lors de notre premier entretien des conflits à l’Hôtel-Dieu de Montréal en 1962 et à Sainte-Justine en 1963. Pourquoi s’attarder plus particulièrement au conflit de travail des infirmières de 1964 ?

Lucie Dagenais : C’est principalement le conflit de 1964 qui a mis fin au déséquilibre des droits entre salariés publics et privés, qui existait depuis l’adoption, en 1944, de la Loi des relations ouvrières et de la Loi des différends entre les services publics et leurs salariés. Ce régime législatif octroyait un droit de grève – très encadré – aux syndiqués du secteur privé, mais l’enlevait à ceux des services publics. C’est en partie grâce à l’action audacieuse d’un petit nombre d’infirmières que le Code du travail, adopté le 22 juillet 1964, a étendu le droit de grève aux employés des hôpitaux et des autres « services publics », ce qui n’avait pas du tout été l’intention de départ du gouvernement. La possibilité de faire la grève a par la suite fait avancer les droits des syndiqués du secteur public d’une manière qui aurait été inconcevable sous l’ancien régime de relations du travail.

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Des rapports de pouvoir qui dérangent

Par Marie-Hélène Brunet, professeure, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire, UQAM, Widia Larivière, éducatrice aux droits humains et aux droits des peuples autochtones, cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle NoMore et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie, Université de Montréal

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Nous avons été consterné-e-s à la lecture de l’article « Des retouches qui dérangent », à la une du Devoir du 19 novembre dernier, présentant les réactions de deux historiens, Denys Delâge et Gilles Laporte, sur les corrections apportées aux manuels d’histoire concernant les représentations des Premières Nations.

Les voix mises de l’avant dans l’article

Nous avons aussi trouvé « aberrant » et « absurde » (pour reprendre leurs propres mots) que la parole soit donnée à ces deux seuls historiens, allochtones. Ceci nous semble révéler une dynamique issue de rapports inégaux de pouvoir, leur permettant de se retrouver à la une pour réagir et valoriser leur opinion. Car, outre la brève citation de la sous-ministre Barcelo, l’article ne relaie aucune autre voix. Si les journalistes indiquent d’abord que le Conseil en éducation des Premières Nations « n’a pu être joint » (sans préciser la teneur de ces tentatives), rien n’indique (ni dans l’article ni dans les quelques précisions publiées en complément le lendemain) qu’ils ont tenté d’obtenir l’avis d’historien-e-s ou enseignant-e-s issu-e-s d’une nation autochtone. Trois jours plus tard, le 22 novembre, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont d’ailleurs réagi en publiant leur propre communiqué dans lequel ils « déplor[ai]ent l’acharnement médiatique qui fait porter aux Premières Nations la responsabilité des changements apportés aux livres d’histoire du Québec » ainsi que « [l] e discours rétrograde et colonial qui [leur] a été servi dans les médias ».

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