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Là où le présent rencontre le passé

Auteur : Histoire Engagée (Page 1 of 2)

Appel de textes pour notre nouvelle rubrique “Chroniques d’archives : sources d’histoires et histoires de sources”

“Que veut dire exactement: disposer de sources innombrables, et comment tirer efficacement de l’oubli des existences qui n’ont jamais été retenues, pas même de leur vivant (si ce n’est éventuellement pour être punies ou admonestées)? Si l’histoire est résurrection intacte du passé, la tâche est impossible; pourtant ce peuplement insistant ressemble à une requête. Devant elle, il se peut qu’on soit seul à la manière de l’individu confronté à la foule; seul et quelque peu fasciné. Parce qu’on pressent à la fois la force du contenu et son impossible déchiffrement, son illusoire restitution.”

Arlette Farge, Le goût de l’archive

Livres rouges. Crédit : Betty B (Flickr).

Dans son célèbre ouvrage Le Goût de l’archive, l’historienne française Arlette Farge raconte les sensations et émotions qui vous saisissent au moment du contact avec les sources. L’histoire s’écrit à partir des archives : manuscrits poussiéreux des centres d’archives, témoignages et réminiscences transmis oralement, brochures et imprimés numérisés, photographies, cartes, registres, manuels, journaux, carnets intimes, cartes postales, etc. Les historien.ne.s passent de longues heures seul.e.s face à leurs sources. Ces moments solitaires sont ponctués de divers états émotionnels : ennui, monotonie, surprise, enthousiasme, parfois même colère ou effroi… Le contact avec les archives provoque aussi des rencontres, oblige des voyages, modifie des parcours de recherche; en somme, les archives sont sources d’histoires avant d’être sources de l’histoire.

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L’avortement en Pologne : (D)évolution d’une pratique aux XXe et XXIe siècles

Par Marie-Dominique Asselin, candidate au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa

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Crédit : Arslan (Flickr).

La Pologne a connu au cours de la dernière année de sévères critiques de la part de l’Union européenne concernant certaines des nouvelles politiques appliquées par le parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), depuis novembre 2015. L’évènement ayant le plus marqué les médias internationaux demeure sans aucun doute les nouvelles législations concernant le (non) droit à l’avortement qui a mené à la Protestation Noire (Czarny Protest), protestations des associations féministes et citoyennes contre les mesures antiféministes prises par le gouvernement, à l’automne 2016. Depuis ces importantes manifestations de femmes, le PiS a reculé devant un projet de loi qui interdisait l’avortement en Pologne. Pourtant, en janvier 2018, un nouvel amendement concernant le droit à l’avortement a été proposé. Ce dernier veut interdire l’avortement eugénique – normalement décidé après un examen prénatal démontrant une malformation du fœtus –, ce qui rendrait l’avortement légal uniquement si la vie des femmes est en danger ou lorsque la grossesse est issue d’un acte criminel (inceste ou viol). Si cet amendement à la loi se voit accepter, la Pologne ferait un immense pas en arrière et se retrouverait avec la loi anti-avortement la plus restrictive depuis l’indépendance du pays en 1919 et la création du premier code criminel en 1932 (nommé Kodeks Makarewicz).

À l’intérieur du pays, les politiciens.nes travaillent à changer les lois afin de redonner une place de choix au catholicisme, qui n’a pourtant jamais vraiment quitté le pays. La quête d’un retour à la famille traditionnelle polonaise catholique (où la femme-mère restait à la maison pour s’occuper des enfants et où seul l’homme travaillait) détermine les décisions du parti prises en lien avec le droit des femmes. Le PiS tente, depuis son élection en novembre 2015, de restreindre les femmes à l’espace domestique. Le gouvernement de Droit et Justice, en brimant les droits des femmes concernant le travail et l’avortement, a suivi une tangente opposée à celle prise par certains autres pays européens et tend à ramener la Pologne à une époque révolue où le catholicisme primait sur la constitution.

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À propos des relations entre infirmières, médecins et gouvernements. L’histoire de la commission Régnier (1962-1964)

Par Alexandre Klein, chercheur postdoctoral au département des sciences historiques de l’Université Laval et coordonnateur du réseau de recherche Historiens de la santé

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Membres du conseil d’administration et du bureau médical du Sanatorium Prévost, Lucien Desjardins, Avril 1948, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, BAnQ Vieux-Montréal, Fonds Charlotte Tassé, P307,S3,SS1,D8,P9

Voilà maintenant plusieurs semaines que la colère gronde parmi les infirmières du Québec. La tribune d’une infirmière de l’Abitibi, puis le cri du cœur d’Émilie Richard ont attiré l’attention de l’opinion publique sur la très grande difficulté de leurs conditions de travail. Des tribunes de soutien ou de combat, des sit-in, des états généraux, des prises de position syndicales, des enquêtes, des requêtes et des manifestations ont ensuite mis à jour une situation plus inacceptable encore qu’imaginée, et dénoncé la gestion d’un système de santé devenu proprement injuste et déshumanisant. Or, la seule réaction du gouvernement à cette prise de parole sans précédent fut le mépris, et une bonne dose de paternalisme. D’abord, le premier ministre Philippe Couillard – ancien médecin spécialiste – a affirmé qu’il était « admirable » que les gens qui travaillent en santé soient toujours poussés à leur maximum. Mépris. Ensuite, le ministre de la Santé, un autre médecin spécialiste, a pour sa part invité les infirmières « à se montrer plus positives ». Mépris doublé de paternalisme. Comme si des décennies de professionnalisation, d’autonomisation et de syndicalisation n’avaient rien changé au mythe de l’infirmière docile et douce (même lorsqu’elle est en colère[1]), on assistait ébahi au retour du vieux schéma d’un médecin – un homme – rappelant au silence et à ses obligations l’infirmière – toujours une femme – considérée comme une simple exécutante.

Pourtant, l’histoire des infirmières nous rappelle que, loin d’être de simples auxiliaires, ces soignantes à part entière ont été au cœur de la formation et de la gestion du système de santé au Québec et dans le reste du Canada. Depuis les premières sages-femmes de la Nouvelle-France, qui assuraient, au plus près des familles, la gestion quotidienne de la santé, jusqu’aux infirmières militaires, qui ont rejoint l’Europe et ses champs de bataille pendant la Première ou la Seconde Guerre mondiale, en passant par les religieuses hospitalières[2], les infirmières de colonie[3] ou du Victorian Order of Nurses[4], toutes ont œuvré de manière autonome et efficiente afin d’offrir des soins de qualité, ainsi qu’un système de prise en charge digne de ce nom, à la population canadienne[5]. Seulement, l’émergence, au cours du XIXe siècle, d’un corps médical organisé et puissant, obtenant de l’État le monopole de la pratique de soins et la possibilité de contrôler les autres professions de santé, a conduit à auxiliariser cette caste de femmes pourtant incontournable[6] et à minorer ses apports historiques. Depuis, les relations entre médecins, gouvernements et infirmières restent marquées par l’alliance historique des deux premiers (qui a fait l’objet d’un précédent billet) au détriment de ces dernières.

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La Grande Guerre de Blanche-Olive Lavallée : le travail des infirmières dans les hôpitaux militaires canadiens au temps de la grippe espagnole

Par Véronique Dupuis, Université du Québec à Rimouski

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Cet article est tiré d’une série de publications dirigées par Moments Déterminants Canada afin de commémorer les 100 ans de la pandémie de grippe espagnole au Canada.


France, printemps 1918. Les explosions, les batailles et l’horreur perdurent depuis maintenant quatre ans. Des milliers de soldats sont morts, mais encore plus en ressortent meurtris et garderont de sévères traumatismes de cette guerre interminable qui ne devait pourtant durer que quelques mois. Dans les tranchées, les conditions de vie exécrables minent le moral des hommes et rendent difficile l’atteinte de conditions d’hygiène acceptables. C’est dans ce contexte qu’arrive, au mois d’avril, un nouveau joueur au sein du grand champ de bataille qu’est devenue l’Europe. Cet intrus jette rapidement les bases d’un fléau appelé à transcender les frontières et décimer des communautés dans les mois à venir. Tant dans le camp des alliés que chez l’ennemi, la grippe espagnole fait des victimes; sans compter les ravages qu’elle crée dans la population civile. Si au front les troupes sont aux prises avec un nouvel adversaire, la zone arrière en subit inévitablement les contrecoups. Les hôpitaux militaires, déjà débordés par le nombre incessant de soldats blessés arrivant par convois, doivent maintenant accueillir des hommes souffrant d’une maladie virulente et agressive. Le corps médical, surchargé depuis des mois, doit une fois de plus s’ajuster et tenter de faire le maximum pour soigner une population déjà affaiblie, meurtrie et affectée par quatre années de combats. Inévitablement, certains de ces infirmières et médecins contractent eux aussi la maladie. Une centaine d’années plus tard, quelle place la mémoire collective réserve-t-elle au travail de ce personnel soignant qui a dû faire face à la grippe espagnole dans une Europe en guerre où à un certain moment, les échos de l’épidémie résonnent plus fort que ceux des canons?

La guerre est finie!

11 novembre 1918 : « The war is ended official announcement says armistice signed at 5 am and hostilities will cease at 11 am. »[1]

En novembre 1918, les derniers coups des canons se font entendre alors que l’on annonce l’Armistice. Pourtant, si l’heure est à la fête au lendemain de cette déclaration, le soulagement n’est pas complet. Depuis le printemps, la grippe espagnole a emporté dans son sillage 210 000 personnes sur le seul territoire de la France[2]. Civils et militaires sont en proie à cette maladie qui se propage à une vitesse fulgurante. Entre avril et la fin juin, une première vague de cas est signalée. Le mal semble avoir pris racine entre le 10 et le 20 avril dans les tranchées de Villers-sur-Coudun[3], où les soldats vivent dans des conditions extrêmement pénibles. La promiscuité favorisant la propagation du virus, il est facile d’imaginer le terreau fertile qui s’offre alors à lui. La maladie établit ainsi des foyers de tranchée en tranchée, se faufilant dans les zones dites « de l’arrière », pour terminer sa course dans les hôpitaux, les édifices publics et les chaumières. Les alliés ne sont pas épargnés, pas plus que les camps ennemis. Affecté par le climat plus chaud de la période estivale, le virus perd de son élan. Malgré tout, la fulgurante propagation connue au cours des derniers mois n’est qu’un épisode prémonitoire de la seconde vague qui demeure latente.

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Une place au soleil : recension

Par Lyns-Virginie Belony, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Montréal (UdeM)

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L’ouvrage Une place au soleil : Haïti, les Haïtiens et le Québec, publié en français aux éditions Mémoire d’encrier, et écrit par l’historien canadien et professeur adjoint à l’Université de Toronto Sean Mills, constitue un travail conséquent tant il coïncide avec la récente crise politique autour des demandeurs d’asile haïtiens. Historien des mouvements sociaux au Québec, Mills renverse en partie la tendance qui vise à appréhender comment les immigrants.es ont été changés.es par l’expérience de la dispersion et se prête à l’exercice de comprendre l’apport plus spécifique des immigrants.es haïtiens.nes à la société québécoise. S’il existe très peu de doutes quant à la sympathie de l’auteur pour son sujet, Mills réussit tout de même à offrir une analyse convaincante qui ne se limite pas à quelques énumérations décontextualisées sur la présence haïtienne au Québec. Il s’agit, au contraire, d’une histoire croisée entre le Québec et Haïti que nous propose l’auteur, dans laquelle une relation privilégiée entre les deux entités est explorée pour mettre en évidence comment divers débats concernant la langue, la race et la place du Québec dans le monde ont été influencés par cette rencontre.

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