HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

Auteur : Histoire Engagée Page 1 of 14

La communauté francophone de l’Alberta réagit à la crise de conscription

Par Rebecca Lazarenko, Université York

Le souvenir de la crise de la conscription (1917-1918) évoque souvent les tensions et le clivage entre les anglophones et les Canadien.ne.s français.es au Québec, mais aussi dans le reste du pays. Comme l’historienne américaine Elizabeth Armstrong le mentionne, cette période est marquée par une profonde hystérie raciale[1]. En bref, en raison d’une différence de pensée au sujet du « devoir » des Canadien.ne.s français.es[2] du Québec pendant la Guerre, les journaux anglophones ont accusé ces derniers d’être de « mauvais Canadiens », des « ennemis intérieurs[3] », des « traitres[4] » et des « déloyaux[5] ». De nombreux journaux ont aussi intensifié leurs attaques contre sir Wilfrid Laurier et, subséquemment, les francophones qui l’appuyaient, clamant qu’« un vote pour Laurier [était] un vote pour le Kaiser[6] »,ou que« […] la doctrine de Laurier recueillait sans aucun doute la faveur du Kaiser[7]. » Cependant, comme il est bien décrit dans l’historiographie, les francophones du Québec ne croyaient pas « devoir » participer à la guerre, jugeant plutôt que l’effort militaire relevait d’un choix et de valeurs individuelles et familiales. Il y avait, par contre, deux responsabilités qui leur tenaient à cœur : la défense du territoire du Canada[8] et la préservation de la culture et de la langue française[9]. Puisque la guerre se déroulait en Europe — et non pas au Canada —, la volonté de protéger la culture canadienne-française de ce qui était perçu comme des assauts d’assimilation des milieux anglophones[10] primait, même si la guerre faisait rage outre-mer. En ce sens, il est normal que les appels à la conscription aient eu peu d’écho chez les Canadien.ne.s français.es du Québec qui, généralement, s’y opposaient.

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Compte rendu de : Denyse Baillargeon, Repenser la nation. L’histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, Éditions du Remue-ménage, 2019, 235 p.

Par Johanne Daigle, professeure au Département des sciences historiques de l’Université Laval

Illustration de Marie-Claude Lepiez.
Couverture: Les éditions du remue-ménage

Remarquablement documenté, cet ouvrage de petit format doté d’une belle teinte mauve en couverture représente une étude substantielle d’un segment phare de l’histoire des femmes au Québec : la difficile « conquête » du suffrage obtenu en 1940 pour la majorité des femmes au palier provincial et dans cette foulée, de l’éligibilité. Cette publication relève le défi d’offrir « la synthèse la plus complète à ce jour sur cette question », tel qu’annoncé en quatrième de couverture.

L’étude québécoise se greffe au projet plus vaste de Veronica Strong-Boag, pionnière dans le champ de l’histoire des femmes, de produire une série d’ouvrages sur l’histoire du suffrage féminin au Canada. Dans cette foulée, l’ouvrage de Denyse Baillargeon, connue principalement pour ses travaux sur l’histoire des ménagères et celle de la maternité, présente bien davantage que le parcours d’une lutte tumultueuse qui se déroule à plus de vingt ans d’écart de celles des autres provinces et territoires. Racontée à partir d’une division chronologique en cinq chapitres, cette histoire nous plonge au temps de l’Acte constitutionnel de 1791, marquant les débuts du parlementarisme et la possibilité pour certaines femmes de voter. Il nous amène jusqu’en 2018, aux portes de l’actualité, en soulignant la parité de représentation des femmes dans le cabinet du premier ministre François Legault.

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Étude de la CDPDJ sur les actes haineux : une dénonciation inquiétante

Par Mathieu Marion, professeur au département de philosophie de l’Université du Québec à Montréal et Siegfried L. Mathelet, docteur en philosophie de l’Université du Québec à Montréal et de l’Université catholique de Louvain

La dernière étude de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) sur Les actes haineux à caractère xénophobe, notamment islamophobe[1] est vivement remise en cause dans une lettre publiée le 5 octobre dernier sous le titre CDPDJ : une étude « scientifique »?[2]. Plus d’une trentaine de signataires y remettent directement en cause la crédibilité même de l’organisme :

« En publiant une étude aussi biaisée, s’appuyant sur une méthodologie déficiente, un échantillonnage non représentatif et des généralisations abusives, la Commission soulève de sérieux doutes sur son objectivité, son impartialité politique et sa crédibilité en tant qu’instance conseil du gouvernement. »[3]

L’étude de la CDPDJ ferait donc appel à une méthodologie « déficiente », un échantillonnage « non représentatif » et des « généralisations abusives ». Bien que ces critiques puissent être légitimes, elles nous semblent non fondées dans le cas présent et, toujours selon nous, la lettre fait aussi usage de procédés rhétoriques illégitimes, dans le but de ternir la qualité et la probité de l’équipe de recherche de la CDPDJ. Cette rhétorique est d’autant plus pernicieuse qu’elle vise à travers l’étude la réputation de l’organisme veillant au respect de la Charte québécoise des droits et libertés.

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La rébellion des Patriotes (1837-1838) : le renforcement du colonialisme de peuplement au Canada

Affiche par Orion Keresztesi, artiste et un militant, texte par Jarett Henderson, professeur agrégé au Département d’histoire de l’Université Mount Royal à Calgary, et Traduction par Laure Henri

Dans les années 1830 s’organise une lutte contre le régime colonial en place dans le Haut et dans le Bas-Canada, une lutte qui vise à instaurer un gouvernement contrôlé par les colons plutôt que par le pouvoir impérial et ses représentants, et qui donne lieu à d’importants débats, protestations publiques, menaces de violences et actes de rébellion. Bien qu’elles soient très souvent célébrées et considérées comme certains des événements les plus décisifs de l’histoire du Canada, pendant lesquels les colons opprimés se sont battus pour le droit d’intervenir dans leur propre gouvernement, il ne faut pas oublier que les rébellions de 1837 et de 1838 ont également entraîné l’instauration du cadre politique qui était nécessaire à la mise en œuvre radicale de la colonisation de peuplement en Amérique du Nord.

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Algérie, une histoire de révolutions : discussion avec trois jeunes engagés

Discussion avec Islam Amine Derradji, Hiba Zerrougui et Amel Gherbi du Collectif des jeunes Algériens, et animée par Christine Chevalier-Caron

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de m’entretenir avec trois doctorants impliqués au sein du Collectif des jeunes engagées dans le but de discuter des importantes mobilisations qui ont actuellement cours en Algérie et dans la diaspora algérienne. La première de ces trois personnes est Islam Amine Derradji, candidat au doctorat en sciences politiques à l’Université de Montréal. Ses travaux de recherche actuels portent sur les luttes et mouvements sociaux  en Algérie. La deuxième personne présente est Hiba Zerrougui, candidate au doctorat en sciences politiques à l’Université McGill. Ses recherches portent sur les mouvements de contestations, tant les émeutes que les mouvements de manifestation, et leurs effets sur les dynamiques internes d’un régime autoritaire. Elle a choisi d’étudier ces questions en Algérie, puisqu’il s’avère d’un cas complexe et où il y a eu historiquement beaucoup de mouvements de contestation. La troisième participante à la discussion est Amel Gherbi, doctorante en études urbaines au centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-UCS). Formée en sciences humaines et sociales, ses travaux portent sur les enjeux de mobilité internationale ainsi que d’hospitalité  urbaine et régionale. Depuis quelques mois, elle milite aussi au sein du Collectif des jeunes engagés et participe activement au Forum citoyen d’Algérien.ne.s à Montréal. Vu cette implication militante commune, nous avons d’abord décidé de discuter du Collectif et des mobilisations dans la diaspora. Ensuite, il a surtout été question des luttes qui ont marqué l’histoire de l’Algérie depuis les années 1950 afin de réfléchir au mouvement actuel à la lumière de celles-ci.

Christine : D’abord, ce collectif, Islam, en es-tu à l’initiative?

Islam : Je ne suis pas à l’initiative, mais je fais partie des premiers signataires d’un appel diffusé dans les médias, dans lequel nous voulions interpeller les Algériennes et les Algériens sur la nécessité d’un changement de système.  Nous n’avions pas d’emblée l’idée de nous organiser ou de nous structurer en collectif. Nous avions le sentiment que la situation politique et économique était inquiétante et qu’il fallait que des actions soient entreprises pour sortir du statu quo. On appelait la jeunesse à s’engager, à s’impliquer davantage dans la chose publique et on invitait les algérien.nes à écrire une nouvelle page de l’histoire collective. En cela, on joignait nos voix à celles de militant.e.s et d’intellectuelles qui avaient multiplié ce genre d’appels par le passé. Les premières mobilisations nous ont toutefois surpris par leur ampleur. Elles nous ont confortés dans la justesse de nos lectures. Elles nous ont encouragées à nous constituer en force de proposition, pour tenter de peser dans les débats qui engageaient l’avenir du pays.  La réaction des personnes qui nous ont écrit, comme Amel par exemple, nous a également incités à nous structurer et envisager des actions. C’est vraiment comme ça que nous avons  commencé. Amel milite d’ailleurs dans plusieurs collectifs.

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