Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Auteur : Histoire Engagée Page 2 of 16

La Fierté a toujours été politique

Affiche : Kara Sievewright

Présentation : Gary Kinsman

Traduction : Laure Henri

Il me fait grand plaisir de vous présenter « La Fierté a toujours été politique », une magnifique affiche de Kara Sievewright qui retrace de manière saisissante nos divers mouvements à travers l’histoire. Pour ceux et celles à qui la Fierté serait moins familière, celle-ci s’est amorcée sous la forme d’une célébration des débuts révolutionnaires des mouvements de libération queer et trans qui, à la fin des années 1960, ont résisté à de nombreuses manifestations de répression policière – que ce soit en 1966, pendant les émeutes de la cafétéria de Compton à San Francisco, ou encore en juin 1969, pendant les plus célèbres émeutes de Stonewall. La police a en effet été un des vecteurs les plus importants du maintien et de l’imposition de l’hégémonie hétérosexuelle et du système binaire de genres.

Depuis, on a presque complètement oublié les mouvements à l’origine des marches pour la Fierté, ce qui s’explique notamment par la transformation des marches en parades-spectacles dans les grands centres urbains, par leur commercialisation, par la croissance de leur dépendance aux commanditaires corporatifs et gouvernementaux, ainsi que par ce que j’ai identifié comme l’émergence d’une identité queer, blanche et issue de la classe moyenne néo-libérale, généralement à l’aise de s’associer au capitalisme et au racisme. Tous ces éléments ont eu pour effet de neutraliser le caractère radical – « radical » dénotant un retour aux racines profondes du mouvement – et foncièrement politique qui était au cœur des premières célébrations de la Fierté. Pour Lisa Duggan, ce processus peut être décrit par l’usage du terme « homonormativité », tandis que Jasbir Puar utilise plutôt l’expression « homonationalisme ». En tous les cas, l’affiche de Sievewright s’emploie à combattre cette orchestration sociétale de l’oubli – fortement racialisée et marquée par des mécanismes liés aux classes sociales – en enclenchant une résistance qui découle de la remémoration des racines politiques de la Fierté.

Dans la partie inférieure de l’affiche, Sievewright a dépeint un contingent du mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent ») qui, en 2016, a interrompu la marche de la Fierté de Toronto par une manifestation assise, réclamant un meilleur financement et plus d’espace pour toutes les personnes queer noires, les personnes trans et les personnes queer racisées, ainsi que pour les Autochtones s’identifiant comme bispirituels. Les membres de la délégation considéraient également que, tant et aussi longtemps que les personnes noires, les personnes racisées et les Autochtones demeureront la cible des attaques de la police, cette institution devait être exclue de la marche. C’est là une action fort inspirante, qui nous a rappelé à tous le caractère radical du militantisme de la Fierté à ses débuts.

La partie supérieure gauche de l’affiche montre ensuite deux moments de résistances montréalaises, la première contre la répression policière qui a eu lieu lors des Olympiques de 1976 et la seconde, contre la rafle du bar Truxx, en 1977. Ces deux mouvements, qui ont envahi les rues de la ville, ont mené en décembre 1977 à l’adoption par le gouvernement provincial de mesures condamnant la discrimination basée sur l’orientation sexuelle. La résistance s’est poursuivie à Toronto, où d’importantes manifestations furent organisées en réponse aux arrestations massives qui ont suivi les descentes de bains publics de 1981; en nombres, ces arrestations furent les plus importantes depuis la loi sur les mesures de guerre de 1970. Ces manifestations ont par la suite servi de cadre, en juin 1981, aux célébrations de la Journée des Gais et des Lesbiennes qui se poursuivent encore aujourd’hui et qui rendaient alors également hommage aux émeutes de Stonewall. La marche était une célébration, certes, mais elle était aussi extrêmement politisée : nous nous sommes par exemple arrêtés devant le quartier général de la 52e Division de la police (celle qui avait orchestré les descentes dans les bains publics) pour scander « Fuck You 52! ».

La bannière « Nous sommes asiatiques, gai.e.s et fiers » fait pour sa part référence à l’intensification des mouvements d’organisation des personnes queer et trans racisées qui s’est déroulée à la fin des années 1970 et dans les années 1980. Les instigateurs et instigatrices de ces mouvements considéraient que leur communauté ne répondait pas à leurs besoins; ils étaient victimes de racisme de la part d’une communauté gaie majoritairement blanche, et devaient lutter contre l’hétérosexisme et la discrimination anti-trans de leurs propres communautés racisées. Le chapitre torontois de Black Lives Matter poursuit encore aujourd’hui cette tradition d’organisation au bénéfice de ses nombreux membres queer et trans.

On retrouve au bas de l’affiche la représentation d’une importante vague de militantisme liée au VIH/sida et coordonnée par l’organisme AIDS ACTION NOW! et par divers groupes associés à l’association militante ACT UP à la fin des années 1980 et dans les années 1990. Pour les gens atteints du VIH/sida, le silence menait littéralement à la mort, tandis que l’action directe signifiait la vie. L’image dépeint les arrestations policières qui ont eu lieu pendant l’événement Sex Garage (une fête queer se déroulant dans un entrepôt) en 1990 et qui ont servi de catalyseur aux mouvements queer à Montréal.

Finalement, l’affiche dépeint aussi le mouvement Queers contre l’apartheid israélien (Queers Against Israeli Apartheid ou QuAIA) à la marche de la Fierté de Toronto. QuAIA s’inspire de l’esprit antiapartheid des mouvements qui se sont opposés aux politiques de séparation et de subordination de l’ancien gouvernement raciste de l’Afrique du Sud, mais en s’opposant maintenant aux politiques similaires mises en place par l’état israélien contre les Palestinien.ne.s. En réponse à ces dénonciations du soutien officiel du Canada envers Israël et de ses politiques de
« pinkwashing », le groupe QuAIA fut expulsé de la marche de la Fierté et dû aussi faire face à des critiques de la part de forces homonationalistes oeuvrant à même la Fierté et de la part de politicien.ne.s de la ville de Toronto.

Tel que mentionné en début de texte, il est tout à fait approprié que le puissant mouvement de contestation orchestré par Black Lives Matter en 2016 soit placé en conclusion de cette affiche (du moins, lorsqu’elle est lue de haut en bas). Les illustrations de Sievewright nous encouragent à garder vivants nos récits tout en donnant espoir que dans un futur rapproché tous les mouvements queer et trans seront de véritables vecteurs de transformation sociale et de libération.

Biographies

Gary Kinsman est un militant anti-pauvreté et anti-capitaliste qui prône la libération queer et qui vit et milite en territoire autochtone. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles portant sur les règlementations liées aux genres et à la sexualité et est professeur émérite au Département de sociologie de l’Université Laurentienne à Sudbury.

Kara Sievewright est une artiste, une écrivaine et une designer ayant publié des bandes dessinées dans de nombreux magazines et anthologies. Elle est membre du collectif Graphic History depuis 2015 et travaille actuellement sur un roman graphique. Elle réside à Daajing giids (Haïda Gwaïi), sur les terres Haïdas. Ses œuvres peuvent être consultées à l’adresse suivante : www.makerofnets.ca.

Pour en savoir plus

Gentile, Patrizia, Gary Kinsman, and L. Pauline Rankin, eds. We Still Demand! Redefining Resistance in Sex and Gender Struggles. Vancouver: UBC Press, 2017.

Kinsman, Gary. The Regulation of Desire: Homo and Hetero Sexualities. Montréal: Black Rose, 1996.

Kinsman, Gary, and Patrizia Gentile. The Canadian War on Queers: National Security as Sexual Regulation. Vancouver: UBC Press, 2010.

McCaskell, Tim. Queer Progress: From Homophobia to Homonationalism. Toronto: Between the Lines, 2016.

Warner, Tom. Never Going Back: A History of Queer Activism in Canada. Toronto: University of Toronto Press, 2002.

La guerre des Tsilhqot’in de 1864

Affiche et texte : Gord Hill et Sean Carleton Traduction : Marie-Laurence Rho

La guerre des Tsilhqot’in de 1864 est l’un des conflits les plus importants de la période initiale de colonisation à s’être produit dans le territoire qui correspond aujourd’hui à la « Colombie-Britannique ». Elle illustre, à bien des égards, le processus de colonisation qui implique des maladies dévastatrices, des conflits pour le territoire et les ressources, ainsi que la trahison des peuples autochtones par les colons.

La guerre des Tsilhqot’in implique des membres de la nation Tsilhqot’in qui ont voulu s’opposer à la construction d’une route par des colons sur leur territoire ancestral, qui se situe à l’intérieur de la colonie de la Colombie-Britannique. La route a été initiée par Alfred Waddington, un fonctionnaire du gouvernement colonial et homme d’affaire qui a fait pression auprès du gouvernement et de ses compagnons d’affaire pour qu’une route soit construite entre Bute Inlet et Fort Alexandria. Cette route devait être reliée à la route Cariboo pour se poursuivre jusqu’aux champs aurifères de Bakerville. C’est sans consultation adéquate des Tsilhqot’in que le gouvernement a décidé d’approuver la construction de la route.

Les Tsilhqot’in avaient été frappé·e·s par une épidémie de variole amenée par les colons en 1862, ce qui a fait en sorte que certains chefs de guerre se soient chargés de prévenir tout autre intrusion indésirable sur leur territoire. Cela dit, lorsque la construction de la route a débuté dans la zone près de Bute Inlet, les guerriers Tsilhqot’in ont réagi au moyen d’une série d’attaques au cours des mois d’avril et de mai 1864, celles-ci ayant tué 19 colons.

Entrevue avec Jarrett Rudy*

L’équipe du Centre d’histoire des régulations sociales a été profondément bouleversée par la nouvelle du décès de notre ami et collègue Jarrett Rudy. Afin de lui rendre un premier hommage, dans l’attente de circonstances plus favorables à l’expression de notre grande reconnaissance, nous publions de nouveau cette entrevue qu’il a donnée à Cory Verbauwhede pour le compte du blogue du CHRS. Jarrett y présente son parcours intellectuel, en rappelant les principales étapes de sa formation et de sa carrière. Il rend compte de ses influences théoriques et de la démarche qui l’a mené à formuler des projets de recherche originaux sur la consommation d’alcool et de tabac et la régulation du temps.

Sa grande contribution à l’histoire de l’alcool et du tabac est évidemment bien connue des historiens et des historiennes du Québec et du Canada. Plus récente, sa réflexion très stimulante sur la normalisation de l’heure « à travers l’espace », et ses liens avec la transformation des relations de pouvoir et la formation de l’État, l’est peut-être moins. Cette entrevue permet d’en apprendre davantage sur ce projet de recherche qui était l’un des plus originaux et des plus importants à avoir été menés récemment en histoire du Québec.

Ceux et celles qui ont eu l’immense plaisir de le connaître entendront sa voix chaleureuse et verront se dessiner son visage lumineux au fil de l’entrevue. Ils et elles reconnaîtront aussi la grande générosité de Jarrett qui avait cette capacité de faire abstraction de lui-même pour voir le monde à travers les yeux des autres, et notamment des personnes marginalisées. Ils et elles se rappelleront à quel point sa personnalité était étroitement liée à son projet d’histoire culturelle qui visait à rendre compte des formes d’oppression fondées sur la classe, le genre ou la race du point de vue des personnes qui les ont subies et qui les ont combattues. 

Jarrett, la personne comme l’historien, est irremplaçable. Il nous manquera terriblement. 

Adieu cher ami,
Martin

Martin Petitclerc,
Pour l’équipe du Centre d’histoire de régulations sociales


Entretien par Cory Verbauwhede

Jarrett Rudy, professeur d’histoire du Québec et du Canada à l’Université McGill, est l’auteur de The Freedom to Smoke: Tobacco Consumption and Identity (McGill-Queen’s University Press, 2005). Il a été codirecteur de Quebec Questions: Quebec Studies for the Twentieth Century (Oxford University Press, 2011 et 2016) et co-responsable de la collection Études d’histoire du Québec, chez McGill-Queen’s University Press.

Cory Verbauwhede : Parlez-nous un peu de votre parcours universitaire.

Jarrett Rudy : Pour résumer, je m’intéresse à l’étude des grandes structures qui sous-tendent la vie quotidienne et à la manière dont les gens interagissent avec celles-ci. Au doctorat, j’ai été plongé dans la nouvelle histoire culturelle des années 1990, dont le projet était de porter une grande attention au sens que les gens du passé ont donné à leur propre existence. Souhaitant aller au-delà de l’étude des nombreuses traces laissées par les puissants, nous voulions mieux comprendre les objets, les rituels et les pratiques culturelles des moins nantis. Cette nouvelle sous-discipline était très à la mode lorsque j’ai commencé mes études doctorales en 1994.

J’avais auparavant réalisé un mémoire de maîtrise sur les brasseries Sleeman de Guelph, en Ontario. Dans cette étude, je m’étais grandement intéressé aux débats culturels sur la prohibition dans cette ville. D’un côté, la bière était considérée comme un breuvage du souper par les descendants d’immigrants allemands tandis qu’elle était perçue, de l’autre, comme un « vice » par les partisans de la prohibition. Au moment de mon arrivée à McGill en 1994, mon état d’esprit était donc d’aborder le tabagisme comme un rituel culturel. Je m’intéressais à la façon dont la production industrielle de la cigarette avait changé la signification culturelle du tabagisme à Montréal. Il a cependant fallu un certain temps pour bien définir mon approche. Je pensais d’abord naïvement faire une histoire des entreprises du tabac, mais c’était impossible puisque je n’avais pas accès à leurs archives!

Une épidémie du contrôle

Par Alexandre Klein, Université d’Ottawa

Depuis que l’épidémie de Covid-19 est devenue une pandémie, tout le monde cherche dans le passé des points de comparaison aptes à éclairer ce présent inédit. Les historiens et les historiennes de la médecine et de la santé, dont on semble actuellement (re)découvrir l’existence, connaissent leur quart d’heure de gloire. Et les parallèles vont alors bon train. On entend ainsi régulièrement parler de la peste[1] qui ravagea à plusieurs reprises au cours des deux derniers millénaires le monde connu, du choléra[2] qui en 1832 mit à mal Paris autant que Montréal, ou de la grippe espagnole qui, à la fin de la Première Guerre mondiale, emporta un nombre inédit de vies[3]. Il est également, mais malheureusement plus rarement, question de la grippe de Hong Kong de 1969[4], de l’épidémie de VIH/sida[5] ou du SRAS de 2003[6]. Pourtant, et malgré les similitudes qui peuvent être ainsi exhumées, il semble bien que cette pandémie qui nous garde actuellement confiné.e.s soit proprement inédite; non en tant que rencontre entre l’humanité et un nouveau pathogène (cela arrive plus souvent qu’on ne le pense), mais plutôt parce cette rencontre intervient dans une époque nouvelle, originale à bien des égards.   

C’est la médecin, philosophe et historienne des sciences Anne-Marie Moulin qui m’a mis sur la piste dans une entrevue pour France Inter diffusée le 26 mars dernier[7]. Elle notait que cette pandémie était certainement la première à faire l’objet d’un comptage mondial régulier et d’une précision horlogère. Chaque jour, nous savons en effet à la victime près le nombre de morts, mais aussi de contaminé.e.s, dans chaque pays (du moins ceux qui peuvent effectuer ce comptage avec précision et qui se veulent également transparents). Et cette réalité est définitivement singulière quand on sait que le nombre de morts pour la grippe espagnole fut estimé entre 20 et 100 millions, entre 1 et 4 millions pour la grippe de Hong Kong de 1968[8], et que le VIH/Sida a, lui, tué entre 26 et 43 millions de personnes depuis son apparition au début des années 1980[9]. Ce chiffrement précis du nombre de cas – il y a à l’heure où j’écris ces mots 932 605 personnes atteintes dans le monde et 46 809 morts[10] – est la partie émergée d’une réalité nouvelle, propre à cette épidémie, et dont les effets se font sentir bien au-delà des seuls enjeux épidémiologiques : elle est la première pandémie des sociétés de contrôle.

Les sociétés de contrôle

La notion de «sociétés de contrôle» a été introduite en mai 1987 par le philosophe français Gilles Deleuze lors d’une conférence à la fondation Fémis, à Paris. Il entendait ainsi caractériser les transformations sociales que les sociétés industrialisées étaient en train de vivre : «Nous entrons dans des sociétés de contrôle qui se définissent très différemment des disciplines, nous n’avons plus besoin, ou plutôt ceux qui veillent à notre bien n’ont plus besoin ou n’auront plus besoin de milieu d’enfermement[11].» Aux sociétés disciplinaires organisées autour des institutions d’enfermement (usines, hôpitaux, écoles, prisons), que Michel Foucault avait décrites une décennie auparavant, succédaient ainsi des sociétés plus fluides, ne passant «évidemment plus par des milieux d’enfermement», mais par une série de dispositifs, souvent technologiques, de contrôle. Deleuze donnait alors l’exemple (assez prémonitoire au vu de la généralisation du télétravail que nous autres enseignant.e.s vivons actuellement) de l’école et de l’enseignement à distance (avec les moyens de l’époque) : «l’identité de l’école et de la profession dans la formation permanente, qui est notre avenir, ça n’impliquera plus forcément le regroupement d’écoliers dans un milieu d’enfermement. Heu…, ha…, ça pourra se faire tout à fait autrement, cela se fera par Minitel.» Avant de poursuivre avec l’exemple, plus obscur, de l’autoroute : «je dirai, par exemple, d’une autoroute, que là vous n’enfermez pas les gens, mais en faisant des autoroutes, vous multipliez des moyens de contrôle. Je ne dis pas que cela soit ça le but unique de l’autoroute {rires}, mais des gens peuvent tourner à l’infini et sans être du tout enfermés, tout en étant parfaitement contrôlés. C’est ça notre avenir.» Plus de murs donc, mais des lignes ouvertes sous constante surveillance. Telle semblait être la nouvelle réalité que Deleuze entendait décrire. 

Science, opinion publique et résistance : de la variole à COVID-19

Par Patrick Lacroix, enseignant à Acadia University et Mount Saint Vincent University en Nouvelle-Écosse

En cette session qui se termine de manière étonnante et tout à fait historique, j’enseigne un cours d’introduction à l’histoire canadienne pour la première fois. J’appréciais, en février, que le volet sur les peuples autochtones put offrir à mes étudiant.e.s le contexte qui leur permettrait de saisir les démarches de la nation Wet’suwet’en. Nous cherchons toujours, en tant qu’historien.ne.s, à affirmer la pertinence du passé au moment présent et nous avions là l’incontournable preuve. Je ne pouvais prévoir qu’un cours sur l’épidémie de variole à Montréal en 1885 serait, hélas, tout aussi d’occasion.

Plusieurs chercheur.e.s et journalistes ont comparé l’épidémie de COVID-19 à la grippe espagnole qui fut responsable de la mort de millions de personnes en 1918-1919. Au Québec, des 400 000 personnes infectées, 14 000 périrent. Si les symptômes et la propagation de ces deux virus diffèrent, on a pu craindre, récemment, que la COVID-19 serait tout aussi dévastatrice. D’ailleurs, au-delà des avertissements et du pronostic des expert.e.s en santé publique, il est possible qu’en citant les événements de 1918, la communauté historienne ait motivé la classe politique à agir de façon plus proactive.

Or il est surprenant, d’un point de vue québécois, qu’on n’ait pas étendu ce rapport historique à l’épidémie de variole, ou de petite vérole, qui éclata à Montréal à la fin du dix-neuvième siècle. Maintenant éradiquée, la variole pouvait se manifester d’abord par une forte fièvre et certains symptômes laissant croire à une grippe. Dans sa phase aigüe, elle causait une éruption cutanée généralisée qui créait des pustules, causait de terribles maux et—si l’individu touché échappait à diverses complications—défigurait à jamais la victime. Ces complications étaient cependant communes et, en 1885-1886, l’épidémie de variole causa près de 6 000 morts au Québec, dont plus de la moitié à Montréal[1].

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