Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Auteur/autrice : Histoire Engagée

Annonce de la pause estivale

Les membres du comité éditorial d’HistoireEngagée.ca vous annoncent qu’ils et elles prendront une pause estivale jusqu’à la fin août. Pendant cette « relâche », nous préparons la rentrée et nous serons de retour pour une autre saison de regards historiques sur le monde qui nous entoure. D’ailleurs, nous vous rappelons que nous sommes constamment à la recherche de contributions spontanées et pour les dossiers suivants : « Où sont les femmes? », celui sur l’histoire(s) des Noirs.es « Imaginations, existences et spatialités noires en (ré)émergences » et celui sur les Premiers Peuples, « Présences et absences : historiciser les (dis) continuités et (in)interruptions des voix et expériences autochtones ». Consultez notre site web pour plus de détails.

Pour les prochaines semaines, vous pourrez surveiller nos pages Facebook et Twitter, sur lesquelles nous suggèrerons la (re)lecture de textes déjà parus.

Bon été à toutes et tous,

Le comité éditorial, HistoireEngagée.ca

La maison d’édition, une source d’histoire transnationale

Par Camille G. Jobin, étudiante à la maîtrise, Université Laval

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Page couverture, du livre «Môman travaille pas, a trop d’ouvrage!», Théâtre des cuisines (1976). Crédit: Les Éditions du Remue-ménage

Dans le cadre d’un travail de séminaire, j’ai cherché les traces d’employées domestiques dans les luttes internationales pour un salaire au travail ménager de 1970-1980 [1]. Bien que je n’aie pas trouvé les pistes espérées, j’ai effectué une découverte tout aussi intéressante. Au fil de mes recherches, j’ai constaté le poids qu’ont eu les publications féministes internationales sur les militantes du Québec. Je me suis ainsi questionnée sur la manière dont ces écrits sont parvenus et ont été diffusés ici. Les maisons d’édition féministes m’ont alors paru occuper une place centrale en tant qu’outil de circulation transnationale des idées. Cette observation a complètement réorienté ma recherche et m’a conduit à m’intéresser aux Éditions du Remue-ménage comme agent de circulation et de diffusion. Comme quoi, il arrive que les sources choisissent pour nous le sujet de la recherche qui les concerne. Cette chronique retrace la réflexion qui m’a mené à considérer le potentiel des archives des Éditions du Remue-ménage pour analyser la circulation transnationale des idées féministes au Québec. 

Histoire transnationale de l’avortement clandestin: récit d’un militantisme féministe d’hier à aujourd’hui

Par Marie-Laurence Raby, Université Laval

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Archives du CLALG (Crédit : Marie-Laurence Raby)

«[…] Je ne peux pas aborder le sujet de l’avortement autrement qu’en femme, c’est-à-dire avec toutes les émotions que ça comporte. Je ne suis peut-être là que pour vous empêcher d’oublier l’essentiel… les êtres humains concernés[1]». Ces paroles prononcées par Lise Payette lors d’un Teach-in sur l’avortement à l’Université de Montréal en mars 1969 trouvent un écho particulier chez l’historienne féministe en moi. Je ne peux à mon tour aborder l’histoire de l’avortement autrement que depuis ma posture de femme, et plus encore de féministe. Penser l’histoire de l’avortement est pour moi autant source d’indignation face aux lois injustes que d’enthousiasme devant la mobilisation des femmes pour cette cause, de colère intense et de joie immense. Cette panoplie d’émotions, parfois contradictoires, donne sens à mes recherches. Malgré les 50 ans qui me séparent du moment de ce discours, l’appel de Lise Payette résonne fort en moi, commandant un devoir de mémoire envers ces femmes qui ont vécu la réalité des avortements clandestins. C’est précisément l’objectif que je me suis donné pour rédiger mon mémoire de maitrise : continuer de faire vivre la mémoire de ces femmes en écrivant (au moins en partie) l’histoire des réseaux clandestins d’avortement québécois depuis 1969.

L’histoire que je veux raconter ici concerne plutôt les archives qui permettent d’appréhender la réalité clandestine de l’avortement. Il s’agit en fait du récit de ma rencontre avec un fonds d’archives en particulier : celui du Comité de lutte pour l’avortement libre et gratuit (CLALG). Le CLALG est un organisme populaire montréalais, d’abord affilié au Centre des Femmes, puis agissant de manière indépendante après la fermeture en 1973 de celui-ci. Il est reconnu pour avoir longtemps assuré un service de référence pour avortement. En 1978, les militantes du CLALG appelleront les autres groupes féministes à se rassembler et à unir leurs forces dans la lutte pour l’accès à l’avortement. Celles-ci fonderont alors la Coordination nationale pour l’avortement libre et gratuit (CNALG), en janvier 1978[2].

Regards et réflexions sur un féminisme à vocation internationale ; l’exemple de la tentative d’inclusion du monde non-occidental dans les pages de Jus Suffragii

Par Eliane Desruisseaux, candidate à la maîtrise à l’Université Laval

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En commençant mes études en histoire, j’avais en tête cette image pittoresque de la recherche en archives, image sûrement partagée par beaucoup d’apprenties historiennes, au centre de laquelle je me voyais parcourir des documents poussiéreux oubliés dans un endroit magnifique au passé riche. Rien de moins. Comble de l’auto-trahison, je travaille maintenant avec des journaux numérisés. Si les moments passés à consulter les sources sont moins émouvants que je l’avais jadis espéré, force est de constater que la numérisation d’archives ouvre la voie à de nouvelles recherches, par exemple centrées sur des cadres spatiaux plus larges ou éloignés du nôtre.

C’est ainsi que j’ai pu m’intéresser aux perceptions qu’ont les féministes blanches des femmes musulmanes au début du XXe siècle, question qui ne peut être approfondie qu’en adoptant une perspective transnationale. En effet, le féminisme est « difficile à saisir »[1] si on l’enferme dans un cadre national. Caractérisé par son internationalisme, celui de la première vague, en particulier, appelle à transcender les cadres des États-nations. Je vais ici me concentrer sur une conjoncture précise, alors qu’en 1911 et 1912, l’Américaine Carrie Chapman Catt voyage autour du monde pour inciter des femmes non-occidentales à devenir membres de l’Alliance internationale des Femmes (AIF). Maintenant numérisés et disponibles en ligne, les billets alors publiés par Chapman Catt dans le mensuel de l’AIF, Jus Suffragii, composent un corpus restreint mais riche, qui éclaire la construction complexe d’un discours sur des femmes Autres dans un contexte impérial.

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