Le premier carnaval « moderne » de Québec, 1955*

Luc Nicole-Labrie

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Source : Roger Bédard, L’Action catholique, 10 février 1955, p. 1. Cette photo représente Estelle 1re, première reine du Carnaval, pendant le tournage du documentaire de l’ONF que vous pouvez visionner plus bas. Le journal se trouve en consultation en ligne sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Ces jours-ci, Québec vit au rythme de son Carnaval. Bien que les premières manifestations de ce festival d’hiver remontent à la toute fin du XIXe siècle (vous pouvez lire, à ce sujet, un article rédigé l’an dernier sur Histoire et Société ou encore l’édition du 13 février 1955 de l’Action catholique qui y est largement consacrée), le premier carnaval « moderne » apparaît au milieu du XXe siècle, en 1955. Comment se déroule cette première édition?

Au départ, le Carnaval est une fête populaire, mais une fête qui a de forts ancrages dans différentes traditions d’antan. Mais ce n’est pas si simple à mettre sur les rails. On commence les discussions pour la tenue d’un grand festival dès le début des années 1950. Ne sachant pas quelle forme exacte, ni avec quel argent cette fête serait financée, on reporte le projet pour manque de fond en 1951-52; la mort du roi George VI, le 6 février 1952, suspend définitivement les pourparlers. Une initiative municipale met sur pied un petit festival d’hiver en 1953, ce qui ne fait que raviver le désir de certains décideurs pour la tenue d’un grand événement le plus tôt possible.

C’est à l’été 1954 que l’homme d’affaires Louis-Philippe Plamondon réunit un groupe d’intéressés incluant Louis Paré (de l’Office municipal de tourisme de Québec), Wilbrod Bherer (de la Gare centrale d’autobus), de même que des représentants du Canadien National, des principaux magasins de Québec (Paquet, Syndicat, Pollack entre autres), du quotidien Le Soleil, de la Chambre de commerce et de l’Association des détaillants. De ces réunions, on s’entendra sur la tenue d’un festival avec un représentant, Bonhomme Carnaval, des duchesses — parmi lesquelles se trouvera une reine — qui évolueront dans diverses manifestations festives hivernales qui feront la belle place aux sports et aux loisirs.

Photographie | George F. Pitt posant pour la photographie composite du Montreal Snowshoe Club, Montréal, QC, 1872 | I-71116.1

Source : Cliquez sur l’image pour plus d’information, Musée McCord, consultation en ligne, 5 février 2011. Il est important de rappeler que la ceinture fléchée est une invention typiquement française en Amérique. C’est une technique française (et non amérindienne) qui permet de fabriquer ces ceintures qui servent autant à soutenir le dos qu’à bien fermer le capot d’hiver ou encore à transporter certains articles. Pour les raquetteurs, elle est hautement symbolique (plus que pratique) et permet surtout d’afficher les couleurs de notre club!

Au cœur de la fête se trouve Bonhomme. On lui choisit un habit qui n’est pas sans rappeler les habits des raquetteurs du XIXe siècle (ci-haut) : bonnet (tuque) et ceinture fléchée sur un habit blanc. Ces groupes représentent tout à fait l’esprit du Carnaval : profiter de l’hiver, faire une activité et la faire en bonne compagnie. Au départ, Bonhomme est censé faire son apparition lors de la fête des Rois pour demander aux habitants de Québec de défaire leurs sapins de Noël et construire des bonshommes de neige à la place, en plus d’être le seul unique porte-parole de l’événement. Bonhomme pourra emprisonner, pendant le Carnaval, tous les habitants qui ne montrent pas assez d’enthousiasme ou qui ne portent pas l’effigie du bonhomme ou un costume approprié.

Roger Bédard, L’Action catholique, 2 février 1955, p. 5. Le journal se trouve en consultation en ligne sur le site de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

La première édition se met en branle dès la mi-janvier avec la première apparition de Bonhomme (le 9) qui est pour la première fois présenté en ville sur un char allégorique. Il se présente avec « sept reines », représentant divers organismes ou associations de Québec (les raquetteurs, les skieurs, les curleurs, les employés civils, les étudiants de l’Université Laval, le Junior Board of Trade, le Jeune commerce, soit une chambre d’affaires pour « jeunes »). Mais on ne fait qu’annoncer ce qui viendra alors que le maire en profite pour lui remettre les clés de la ville et lui faire signer le livre d’or. Mais le Carnaval débute officiellement le 1er février avec la soirée de couronnement de Estelle 1re, reine des curleurs, comme reine du Carnaval (ci-haut).

La première édition se déroule donc jusqu’au 22 février, soir du Mardi gras. Cette première édition verra une grande course de traîneau à chiens, une course de canot à glace très relevée (le 20 février, où les équipes des îles près de Québec remportent tout) et se termine surtout par un long défilé et une grande fête jusqu’à minuit. Les journaux de la ville sont unanimes quant au succès obtenu. On aura de la difficulté d’attendre la deuxième édition.

Documents audiovisuels

Voici un lien vers le dossier des archives de Radio-Canada sur le Carnaval de Québec et bonhomme. Cliquez ici!

Voici le documentaire de Jean Palardy de 1956 intitulé « Le Carnaval de Québec », produit par l’Office national du film. On y voit beaucoup de sports d’hiver du milieu du siècle dernier, incluant des raquetteurs de différents clubs de Québec, en uniforme, course de chiens, course de canots à glace et descente aux flambeaux. Le film dure un peu plus de 11 minutes et vaut vraiment la peine!

*Publié sur Histoire et société.

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Une réponse à Le premier carnaval « moderne » de Québec, 1955*

  1. Michèle Castonguay dit :

    Nous souhaitons de tout coeur le retour des duchesses et de la reine du carnaval de Québec. Elles sont les représentantes officielles du Carnaval de Québec avec Bonhomme. Espérons…
    Et quel beau film d’archives!

    Merci

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