HistoireEngagée

Là où le présent rencontre le passé

Entrevue avec Magda Fahrni

Par Cory Verbauwhede, doctorant en histoire à l’UQÀM

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Magda Fahrni est professeure régulière au département d’histoire de l’UQAM. Elle est l’une des principales spécialistes de l’histoire sociale des femmes au Canada[1].


Cory Verbauwhede : Parlez-nous de votre parcours académique et comment vous en êtes arrivée à étudier les premières inspectrices du travail du Québec.

Magda Fahrni : Mes études doctorales à l’Université York dans les années 1990 centraient autour du développement du sens de la citoyenneté sociale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale lors de l’implantation de l’État-providence, d’abord au niveau fédéral, puis au Québec. Mon approche était assez intimiste : je focalisais sur le vécu des familles dans les années 1940 à Montréal, ainsi que les liens et tensions entre la citoyenneté et le genre. Après le doctorat, je me suis intéressée à l’histoire de la santé publique. En particulier, je me suis demandée pourquoi et comment on s’est mis à calculer les risques de la vie quotidienne. J’ai voulu comprendre l’« infrastructure du risque » qui s’est construite autour des accidents, notamment des accidents du travail, même dans le domaine souvent non-rémunéré du travail des femmes et des enfants. Je me suis attardée à ses experts émergents – fonctionnaires, réformateurs, médecins, juristes, comptables, actuaires, assureurs, etc. – et c’est ce qui m’a menée aux inspectrices du travail sous la première loi de cette nouvelle ère du risque, l’Acte des manufactures de Québec de 1885, dont le titre long est Acte pour protéger la vie et la santé des personnes employées dans les manufactures.

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Entrevue avec Louise Bienvenue et Andréanne LeBrun

Par Noémie Charest-Bourdon

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Professeure titulaire au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et chercheure au Centre d’histoire des régulations sociales, Louise Bienvenue est spécialiste de l’histoire du Québec contemporain. Ses publications récentes abordent l’histoire du réseau de protection de la jeunesse aux XIXe et XXe siècles ainsi que l’histoire des collèges classiques. Elle complète présentement une enquête d’histoire orale auprès des anciens de Boscoville (1941-1997), un centre de rééducation pour mineurs. Depuis 2013, elle est aussi directrice de la Revue d’histoire de l’Amérique française.

Andréanne LeBrun est candidate au doctorat en histoire et chargée de cours à la Faculté d’Éducation de l’Université de Sherbrooke. Son mémoire de maîtrise analysait les différents modèles de citoyenneté et de participation politique enseignés dans les écoles du Québec entre 1943 et 1967. Avec le soutien du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada et de la Fondation Trudeau, ses recherches doctorales explorent les représentations collectives de la fonction sociale de la jeunesse, et plus particulièrement de l’adolescence, dans les discours psychopédagogiques, médiatiques et politiques entre 1943 et 1985 au Québec[1].


Noémie Charest-Bourdon : Avant 1963, quelles sont les transformations du droit de vote au XXe siècle?

Louise Bienvenue : L’accès au suffrage avait connu un certain nombre d’élargissements depuis les débuts du système parlementaire. L’un des plus remarquables concerne sans doute l’abolition progressive du cens électoral, qui limitait l’accès aux ouvriers et autres petits salariés n’ayant pas de propriété foncière suffisante pour prouver leur compétence économique. Et puis, bien sûr, il y a le vote féminin qui survient, au Québec, assez tardivement en 1940. À bien des égards d’ailleurs, le débat sur le vote à 18 ans rappelle celui sur le suffrage féminin : nos recherches font ressortir plusieurs arguments qui se recoupent.

Andréanne LeBrun : Cela dit, malgré cette tendance générale à agrandir le corps électoral au cours du 20e siècle, l’histoire du vote au Québec et au Canada n’est pas toujours, vous vous en doutez, celle d’une marche irréversible vers une plus grande démocratie… Nous n’avons qu’à penser à la Loi des élections en temps de guerre qui retire en 1917 le droit de vote aux « objecteurs de conscience » (Mennonites, Doukhobors et néo-Canadiens originaires de pays non anglophones). Dans un autre ordre d’idées, lorsque le critère de possession est aboli au Québec en 1936, on observe toujours une certaine opposition au droit de vote des chômeurs. Le bien-fondé du suffrage universel est d’ailleurs remis en question dans les programmes scolaires officiels dans la province jusqu’en 1956, quoiqu’il s’agisse d’un courant qui appartient surtout aux années d’avant-guerre. C’est en raison de ce caractère dynamique et multidirectionnel du processus de négociation de la capacité citoyenne qu’il importe à notre sens de nous intéresser aux débats de société derrière les législations électorales et de faire ressortir l’action des individus pour conquérir ou préserver ce droit.

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Entrevue avec Martin Petitclerc

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Martin Petitclerc est professeur au Département d’histoire de l’Université du Québec à Montréal et directeur du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS). Il est également chercheur au Centre de recherche sur les innovations sociales (CRISES) et au Centre interuniversitaire d’études québécoises (CIEQ). Depuis une quinzaine d’années, il mène avec ses collègues du CHRS des recherches sur l’histoire de la « question sociale », des mouvements sociaux et de la formation de l’État au Québec. Au-delà des objets de recherche spécifiques à chaque chercheur, l’équipe du CHRS aborde l’étude des problèmes sociaux comme un révélateur des fondements politiques de l’ordre social, en se concentrant principalement sur la société québécoise depuis le XIXe siècle. C’est ce lien entre les problèmes sociaux et une société donnée que révèle le concept de régulations sociales. En effet, ce qu’une société considère comme un problème social (ou pas) est étroitement lié à la façon dont, historiquement, les rapports sociaux (de classe, de sexe, de race, etc.) qui la constituent se sont institutionnalisés dans la société civile et au sein de l’État. Ses enseignements et son travail d’encadrement à la maîtrise et au doctorat portent sur ces thématiques, de même que sur la théorie de l’histoire, sur l’historiographie et sur l’épistémologie[1].


Benoit Marsan : D’où vient l’idée d’organiser un colloque portant sur la question sociale et la citoyenneté ?

Martin Petitclerc : Il y a un double constat qui frappe, je crois, tout historien ou historienne intéressé par la question sociale. D’abord, celui d’avoir vu une thématique fondatrice des sciences humaines, et cela dès la transition au capitalisme et au libéralisme au XIXe siècle, être progressivement délaissée par l’historiographie des vingt-cinq dernières années. Cela est évidemment lié aux bouleversements politiques associés à l’effondrement du marxisme et à la montée du néolibéralisme. Parallèlement, un grand nombre d’historiens se sont détournés de l’analyse du pouvoir et des conflits sociaux, de l’économie et de l’État. En témoigne la « crise de l’histoire sociale » qui a fait l’objet de nombreux diagnostics dans la plupart des pays occidentaux. Il est symptomatique, me semble-t-il, de voir le succès planétaire du livre de l’économiste Thomas Piketty sur les inégalités sociales qui a fait ce que les historiens et les historiennes ont de plus en plus refusé de faire. Le succès de ce livre illustre peut-être, à mon avis, l’échec de la discipline historique à analyser sérieusement les inégalités sociales au cours des deux ou trois dernières décennies. Notre colloque est une façon de réunir des chercheurs et des chercheuses qui ressentent cette nécessité de recentrer l’analyse historique sur ces problèmes, en ayant recours bien sûr à une variété de méthodes et de perspectives.

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« Sont-ils des pervers que le républicanisme doit flétrir? » : Louis-Joseph Papineau et l’épreuve de l’esclavage étatsunien au XIXe siècle

Par Olivier Guimond, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke

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"Refuge slaves", Harper's Weekly, 21 février 1863.

« Refuge slaves », Harper’s Weekly, 21 février 1863.

Résumé

Depuis le milieu des années 1990, le caractère républicain du discours des patriotes bas-canadiens a été mis en lumière par divers chercheurs. Nous nous inscrivons dans cette lignée historiographique, tout en abordant le cas plus précis de Louis-Joseph Papineau. À travers la correspondance numérisée de ce dernier, interrogée à l’aide des mots clés « esclaves », « esclavage » et « abolitionniste », nous tentons plus particulièrement de brosser le portrait de ses idées quant à l’esclavage des Noirs aux États-Unis. De même, nous souhaitons montrer que ces idées ont fortement été influencées par celles de l’ex-président américain Thomas Jefferson. Antiabolitionniste, l’argumentaire de Papineau, nous le verrons, se construit autour de trois axes : la nécessaire préservation de l’Union américaine; l’hypocrisie des États du Nord; l’impréparation des États-Unis face à l’abolition et l’intégration des Noirs. En outre, ce qui importe le plus pour Papineau, malgré l’inhumanité de l’esclavage, est l’intégrité de l’Union confédérale voisine appelée, croit-il, à répandre les bienfaits de la République sur toute la surface du continent américain.

Mots clés

Louis-Joseph Papineau; républicanisme; esclavage; abolition; Bas-Canada; États-Unis; Thomas Jefferson


Introduction

Cette déclaration, je le sais, va résonner étrangement aux oreilles des populations d’autres pays, mais ce n’en est pas moins vrai. Un citoyen américain fuyait un gouvernement chrétien, démocratique et républicain, pour recevoir la protection de la monarchie britannique. Alors que les habitants des États-Unis se vantent de leur liberté, ils maintiennent enchaînés trois millions de leurs propres citoyens; et pendant que je suis assis ici en vue du monument de Bunker Hill, et que j’écris ce récit, je suis un esclave, et aucune loi, pas même dans le Massachussetts, ne peut me protéger des mains du propriétaire d’esclaves!

 William Wells Brown, esclave fugitif (1847)

 

Malgré ces désolations sur toute la surface des États-Unis, ils sont, sous les rapports politiques, le meilleur pays au monde, celui de mes préférences, celui dont je puis espérer faire partie avant de finir, si la Providence me donne quelques années de vie.

Louis-Joseph Papineau, républicain bas-canadien (1856)

Depuis une vingtaine d’années, le caractère républicain du discours des chefs Patriotes, particulièrement de Louis-Joseph Papineau, a été mis en lumière par des universitaires québécois qui s’intéressent à l’histoire des idées au Québec[1]. Également depuis une vingtaine d’années, des intellectuels souverainistes au Québec s’intéressent au républicanisme, réfléchissent au destin politique du Québec ou critiquent le régime politique canadien à l’aune des idées républicaines[2]. Comme en témoigne le débat entre Danic Parenteau et Frédéric Bérard[3] organisé par les Publications universitaires[4], ce « renouveau républicain » a fait l’objet de nombreuses critiques. Ce qui est particulièrement visée est la question de la souveraineté populaire et des dangers de la déraison d’une « tyrannie de la majorité » pouvant entraîner des dérives violentes et, en fin de compte, contradictoires avec certains idéaux dits démocratiques telle que la liberté. Cette réserve bien contemporaine à l’endroit du républicanisme a des similitudes avec la question de l’esclavage dans le XIXe siècle bas-canadien. Nous pouvons l’illustrer par les deux citations mises en exergue. En effet, à une époque où le mouvement abolitionniste aux États-Unis abandonne le gradualisme pour prendre un tournant radical, qu’il est alimenté entre autres par des récits d’esclaves tel que celui de Brown[5], et qu’il trouve de la sympathie dans les Canadas[6]; certains irréductibles républicains, tel que le chef patriote bas-canadien Louis-Joseph Papineau, ne démordent pas de leur admiration envers la Grande République. Les contradictions de l’esclavage des Noirs en regard des principes de liberté et d’égalité aux fondements mêmes de la Déclaration d’Indépendance des États-Unis n’ont pourtant pas manqué d’être soulignées par les sympathisants de l’abolition[7]. Au Bas-Canada, la question de l’esclavage surgit dans l’espace public au moment même où une crise politique secoue la colonie. Au-devant de la scène se retrouve Papineau, chef du Parti patriote. Ses idées républicaines sont alors mises à l’épreuve par des critiques en lien avec le problème de l’esclavage aux États-Unis. Qu’en est-il, en fait, des idées de Papineau quant à l’esclavage?

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Entrevue avec Marie-Claude Thifault

Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Marie-Claude Thifault est historienne, professeure titulaire à l’École des sciences infirmières de la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Ottawa, directrice de l’Unité de recherche sur l’histoire du nursing et titulaire de la Chaire de recherche sur la francophonie canadienne en santé. Ses projets de recherche les plus récents s’intéressent à la déshospitalisation psychiatrique au sein des communautés linguistiques en situation minoritaire ainsi qu’à l’évolution du nursing psychiatrique[1].


Benoit Marsan : Vous êtes à la fois spécialiste de l’histoire de la santé mentale et de l’histoire des femmes. En quoi l’étude du genre permet d’enrichir notre compréhension de l’histoire de la santé et de la maladie au Canada ?

Marie-Claude Thifault : Mon projet « Des institutions et des femmes » sur le nursing psychiatrique propose d’analyser le rôle des infirmières dans l’histoire de la psychiatrie québécoise, afin de rendre compte de l’impact du genre dans le développement des stratégies gouvernementales et institutionnelles en matière de santé mentale au Québec. Aussi, cette étude participe à déconstruire ce qui a été trop largement repris à la suite du rapport Bédard sur la Commission d’études des hôpitaux psychiatriques en 1962, soit la disqualification de la contribution des religieuses et du dynamisme institutionnel de leur œuvre dans les pratiques sociales de l’assistance, de l’accompagnement, de l’éducation et du soin. L’étude du genre permet de repenser les rôles sociaux de sexes dans les vastes champs de la médecine et de la santé. L’historiographie est encore trop silencieuse sur ce propos. De là est née l’idée du projet d’ouvrage collectif L’incontournable caste des femmes. Histoire des services de santé au Québec et au Canada (2012).

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