Par Gabriel Monette, Université de Montréal

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Il peut être surprenant qu’un philosophe s’intéresse à un ouvrage d’histoire fiscale. On s’attendrait plutôt des philosophes qu’ils réagissent à des enjeux normatifs, comme la justification de l’impôt ou les enjeux entourant les paradis fiscaux. Dans son plus récent livre, l’historienne Elsbeth Heaman se garde bien d’une approche normative et privilégie plutôt l’analyse du discours politique sur la taxation au Canada. Cet aspect fait de son ouvrage une contribution historique utile pour les philosophes: elle y dissèque et discute ce qu’on a dit sur la fiscalité dans les décennies charnières de la construction du pays. L’auteure reconnaît d’entrée de jeu que son projet est ambitieux : présenter une histoire politique du Canada par le biais de la fiscalité.

Les questions discutées avec érudition et détail par Heaman résonnent avec l’actualité, car l’enjeu de la fiscalité canadienne n’est pas clos. Déjà le gouvernement canadien sous la gouverne de Justin Trudeau a récemment relancé les discussions sur l’impôt en proposant quelques changements de paliers d’imposition et de règles concernant l’incorporation des professionnels.les. Une proposition de cette nature était toute faite pour faire polémique et faire réagir les commentateurs.trices et l’opinion publique[1]. Heaman nous montre dans son ouvrage que ce genre de débat faisait réagir d’une manière semblable il y a plus d’un siècle. Cela témoigne de l’imminente actualité de cet ouvrage pour la mémoire militante de tous ceux et celles qui veulent une fiscalité plus juste. Les enjeux de fond sont toujours les mêmes : les enjeux distributifs, la variété des types de taxation, la question du libéralisme et le fédéralisme. La tension entre une redistribution juste et le contrôle oligarchique des institutions politiques demeure le point central de la problématique et Heaman présente avec perspicacité les tensions autour de la réforme de la taxation.

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