HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

Catégorie : Julien Massicotte

L’histoire politique d’hier et d’aujourd’hui

Par Julien Massicotte, Université de Moncton

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L’Assemblée nationale du Québec, dont la façade est couverte de personnages marquants de l’histoire du Québec. Crédit : OZinOH (Flickr).

Visiblement, la question de l’histoire nationale, que l’on assimile vite et automatiquement, mais à tort, à l’histoire politique, demeure une corde sensible suscitant facilement les émois. L’une des conséquences flagrantes du déclin de l’histoire politique/nationale (si l’on accepte provisoirement 1-l’amalgame rapide des deux, et 2- la conclusion de son déclin) est la réappropriation par des acteurs provenant d’autres champs, notamment du champ politique, d’enjeux historiens et mémoriels.

En parallèle, un autre débat se déroule où l’enjeu central est l’importance que l’on doit accorder à la date de 1812 : les acteurs politiques, menées par le gouvernement conservateur, cherchent à faire de la date un moment important de l’histoire canadienne. Ces démarches s’inscrivent dans des efforts politiques de renouvellement du nationalisme canadien. Plusieurs historiens ont décrié la manœuvre, mais il faut tout de même tirer certaines conclusions de ce débat : si les historiens cessent complètement de s’intéresser à l’histoire politique (ou nationale), d’autres le feront à leur place; ils le feront sans l’obligation de méthode, de rigueur et de distance qui vient avec la profession d’historien, avec d’autres intentions que celle de mieux comprendre le passé. Délaisser complètement l’histoire politique, ou s’y intéresser par la bande, un peu comme le clament les tenants de l’histoire sociale dans ce débat, n’est pas sans conséquence.

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La place de l’histoire nationale

Par Julien Massicotte, Université de Moncton

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Crédit : Caribb (Flickr).

Les débats sur les usages de l’histoire – son enseignement, sa présence dans le discours public –sont devenus choses courantes. À chaque deux ou trois ans un nouveau débat éclate sur la place publique et agite la communauté historienne. S’agit-il d’un retour des History wars, comme le suggérait récemment Thomas Peace sur le site d’ Active History ?

Histoire nationale, histoire sociale

Le débat a officiellement été lancé au début du mois d’octobre par Éric Bédard, un historien connu et reconnu pour sa réflexion sur le sort de l’histoire comme discipline au Québec, ainsi que pour ses prises de position sur la place publique. Cette fois, le débat tourne autour de la place qu’occupe l’histoire politique et nationale au sein des universités québécoises, tant au niveau du cursus universitaire que des intérêts de recherche des historiens. Bédard et Myriam D’Arcy lançaient le 3 octobre dernier une étude commandée par la Fondation Lionel-Groulx s’intitulant « L’histoire nationale négligée ».

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Histoire, engagement, idéologies

Par Julien Massicotte, Université de Moncton

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Introduction

Il y a fort à parier que quiconque ayant fait quelques études en sciences humaines soit tombé un jour ou l’autre sur les réflexions de Max Weber sur la place et le rôle du savant face à son objet d’étude et à ses propres jugements de valeur. L’historien et sociologue allemand, pionnier autant dans l’élaboration d’une théorie sociologique originale de la modernité que dans la réflexion méthodologique, s’est longtemps questionné, comme en témoigne le titre d’un de ses ouvrages (voir les suggestions de lecture à la fin de l’article) sur les liens entre «le savant et le politique». Ce n’est pas parce que Weber s’épanchait sur la question il y a pratiquement un siècle qu’elle a fini pour autant de hanter historiens, sociologues, et praticiens de sciences humaines de tout acabit.

Parler d’«histoire engagée» peut de prime abord détonner tant il est habituel au sein des représentations populaires, du moins suppose-t-on, de considérer comme allant de soi activité scientifique et détachement, objectivité, neutralité, apolitisme, et à la limite, indifférence et élitisme. À quoi pourrait bien s’«engager» l’historien si ce n’est qu’à son étude du passé et des visées compréhensives que le tout implique? Et que penser de l’historien qui privilégie un enjeu, un groupe, une thématique particulière dans son travail? Est-on neutre, est-on complètement dégagé de l’engrenage idéologique lorsque l’on se spécialise dans l’histoire ouvrière, ou encore dans l’histoire militaire, par exemple?

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Histoire, engagement et militantisme en Acadie. Entrevue avec Nicole Lang

Par Julien Massicotte, professeur d’histoire à Université de Moncton, campus d’Edmundston, et Philippe Volpé (transcription), étudiant de premier cycle en histoire à l’Université de Moncton

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Julien Massicotte : Nicole, quels sont tes principaux champs d’intérêt, en tant qu’historienne, et y a-t-il des points de rencontre entre ces champs?

Nicole Lang[1] : […] Comme universitaire, je te dirais qu’il y a eu trois grands champs d’intérêt tout au long de ma carrière. Il y a l’histoire du travail, il y a l’histoire des femmes et puis l’histoire acadienne qui est toujours aussi un domaine qui m’intéresse beaucoup. L’Acadie est mon laboratoire et va le demeurer. […] Je m’intéresse à l’histoire de l’Acadie en général, mais je me suis penchée sur des problématiques bien précises. Je dirais que le travail est un point de rencontre. Je me suis vraiment intéressée à l’analyse du travail en Acadie : l’expérience des hommes et des femmes, l’évolution du travail et des revendications, le syndicalisme, etc. Je pense qu’il s’agit d’un volet important. Je dirais qu’il y a la question nationale, qu’on ne peut évacuer, qui est omniprésente. Pensons à tous les efforts qui sont déployés par les Acadiens et les Acadiennes afin de pouvoir vivre en français, avoir des services et une éducation en français, de pouvoir travailler dans un milieu de travail francophone, en Acadie du Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’une question importante pour moi, ça constitue un point de rencontre. Dans tout ce que je fais, même dans le mouvement des femmes, la question nationale est toujours très présente. […] Quand on parle des revendications des femmes, il y a toujours le volet «service en français.» […] L’engagement m’a conduite à m’intéresser à l’histoire des femmes. Le fait de siéger au sein de différents comités et de s’engager dans différents dossiers m’a fait réaliser qu’il y a des militantes actives en Acadie depuis des années. Donc, je me suis intéressée à ces femmes-là, pourquoi elles se sont engagées et quel était le profil des militantes, quelles ont été leurs grandes revendications, pour mieux m’aider dans le fond à comprendre les grandes problématiques. […]

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