Cristiane Nascimento Rodrigues (UNASP) et Mélissa Thériault (UQTR)

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Le recueil L’anarcho-indigénisme[1], dirigé par Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet (qui se décrivent eux-mêmes comme de « sensibilité anarchiste[2] ») rassemble des entretiens réalisés avec six Autochtones ou Métis de provenance et d’orientations diverses. Ce livre-action publié en avril 2019 arrive à point nommé en tant qu’invitation à l’écoute et à la complicité, en pleine Année internationale des langues autochtones de l’UNESCO et quelques semaines avant que ne se profile à l’horizon le risque d’une seconde crise d’Oka. Il permet de découvrir des figures intellectuelles méconnues du grand public et d’initier un lectorat curieux, ce qui complémente la couverture médiatique sur les questions autochtones (couverture qui, malgré une amélioration notable ces dernières années, demeure encore souvent parcellaire). Ainsi, non seulement L’anarcho-indigénisme permet d’en apprendre davantage sur les défis liés aux luttes anticoloniales, mais il est prétexte à la création d’un espace de rencontre encourageant l’écoute et le dialogue[3]. C’est là une façon de contribuer à la suite du monde, à ce que les erreurs de l’histoire soient identifiées, débattues et corrigées lorsque possible : malgré les constats désolants, un énergique optimisme se dégage de l’ensemble de l’ouvrage qui invite tous et toutes à la réflexion, à la mobilisation, à la coopération.

Le recueil s’ouvre par une introduction qui situe les racines des problèmes évoqués dans les entretiens : au panorama historique depuis l’époque de la colonisation européenne s’ajoute une synthèse des divers mouvements sociaux des années 1960 jusqu’à nos jours, où les luttes autochtones ont croisé celles des anarchistes. En complément des entretiens, des notes explicatives succinctes permettent d’orienter un lectorat non familier avec les enjeux nord-américains afin de saisir ce qui est en jeu dans la « reconfiguration des luttes anticoloniales et [les] débats entourant les notions d’appropriation culturelle, de privilège, de colonialisme, d’alliance, de réciprocité et de complicité[4] ».

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