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Catégorie : Olivier Bérubé-Sasseville

Les droites extrêmes en Europe : recension

Par Olivier Bérubé-Sasseville, candidat au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, respectivement chercheurs à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques et au Centre d’études politiques de l’Europe latine (CNRS-Université de Montpellier), sont tous les deux liés à l’Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès et au programme European Fascism de l’université George Washington. Ils sont régulièrement invités à commenter l’actualité des droites radicales en France et en Europe. Dans leur plus récent livre, Les droites extrêmes en Europe, paru en novembre 2015, ils nous proposent un portrait exhaustif de la galaxie de tendances des droites radicales européennes.

La première section de l’ouvrage intitulée « Comment naissent les extrêmes droites », propose, par un détour obligatoire à l’histoire politique française, un retour à la fois historique et théorique sur l’avènement de l’extrême-droite et permet d’en exposer les diverses manifestations de la fin du XIXe siècle à 1945. Dans cette partie, les auteurs exposent notamment les dynamiques de réaction et de contreréaction, le basculement du nationalisme du camp républicain vers la droite et le développement d’un puissant antisémitisme qui cristallise la tendance. Il existerait, selon les auteurs, plusieurs degrés de radicalité au sein des courants d’extrême droite. Exposant la distinction entre « nationaux » et « nationalistes », ils expliquent que divers mouvements d’intensité idéologique variable se développent dans des dynamiques qui les poussent tantôt vers la collaboration, tantôt vers une logique de compétition.

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L’université comme lieu de recrutement pour l’extrême-droite : l’exemple du Groupe Union Défense à la Faculté Panthéon-Assas de Paris (1968-1988)

Olivier Bérubé-Sasseville, candidat au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Manifestation pour le 25e anniversaire de l’écrasement du soulèvement de Budapest par les soviétiques, 4 novembre 1981.

L’université, terreau fertile du débat, lieu de foisonnement et de bouillonnement d’idées, est certainement l’un des théâtres privilégiés de la formation politique de toute une jeunesse. Dans une France d’après Seconde Guerre mondiale, hantée par la blessure de la collaboration et par le souvenir d’un fascisme dorénavant honni par l’ensemble de la classe politique, se développe paradoxalement un mouvement d’extrême-droite étudiant. Associable au néofascisme par sa volonté révolutionnaire de régénérescence de la communauté nationale, cette tendance se démarque de l’extrême-droite conservatrice nostalgique du passé en se projetant dans le futur pour offrir une modernité alternative et résolument nationaliste. Fondé sous le nom de Groupe Union Droit et immédiatement rebaptisé Groupe Union Défense (GUD), le syndicat étudiant, né des cendres des tentatives néofascistes des années soixante telles qu’Occident et la Fédération des Étudiants Nationalistes (FEN), se fixe comme mission d’organiser une riposte nationaliste aux évènements de Mai 68 et d’en assurer la présence dans les facultés largement dominées par les mouvements étudiants de gauche et d’extrême-gauche. Apparaissant sur la scène politique au lendemain des soulèvements de Mai 68 et concentrant son action à la faculté Panthéon-Assas de l’université Paris II, le GUD survivra aux divisions, aux dissolutions et aux attaques de leurs ennemis politiques pendant plus de deux décennies.

Bien que très marginale par rapport à la présence de l’extrême-gauche dans les facultés parisiennes, la présence du GUD est significative pour deux raisons. D’une part, de par sa concentration en une seule faculté, le groupe réussit à s’affirmer comme force politique incontournable malgré ses maigres effectifs. Par ailleurs, de par l’impressionnant réseau d’alliances qu’il parvient à former avec la galaxie de formations et de partis d’extrême-droite adultes en dehors du contexte universitaire, le mouvement devient un incontournable de la mouvance d’extrême-droite de cette période.  Nous nous attarderons donc à l’importance de la branche jeunesse pour l’extrême-droite française, qui confère au GUD un rôle crucial dans son organisation, puis nous exposerons ce réseau d’alliances entre partis et mouvements dont le GUD constitue un élément central.

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