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Là où le présent rencontre le passé

Catégorie : Patrick Lacroix

Visions dystopiques d’un monde sans histoire

Par Patrick Lacroix, Université Bishop’s[1]

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Affiche pour le film Farhenheit 451 de François Truffaut, 1966.

Ce texte a précédemment paru en anglais sur ActiveHistory.ca.

« Je dois reprendre le fil du passé! »[2]

– Montag, Fahrenheit 451 (1966)

Au cours des deux dernières années, l’émergence des fake news et des « faits alternatifs » a soulevé la crainte d’une dérive autoritaire aux États-Unis et ailleurs. La manipulation de la vérité et certaines campagnes visant à discréditer le journalisme de profondeur sont effectivement troublantes, surtout lorsqu’elles se manifestent dans les plus hautes instances politiques. Ainsi, il semble que nous sommes engagés dans une lutte épistémologique où se joue l’avenir de nos principes démocratiques.

D’importants rappels historiques publiés sur le présent site (ici, par exemple) et ailleurs sur le web révèlent que les fausses nouvelles ne sont pas chose aussi récente qu’on pourrait croire. Mais, paradoxalement, c’est dans l’imaginaire de la fiction qu’on trouve les cas les plus éclairants de manipulation des faits et de la vérité.

De grandes figures littéraires ont saisi, il y a plusieurs décennies, l’essentiel de ces questions épistémologiques : la fiction dystopique du vingtième siècle permet de mieux comprendre la pertinence de l’histoire – et la préservation d’un terrain commun de vérité – à nos destinées politiques. Le Meilleur des mondes de Aldous Huxley, 1984 de George Orwell et Fahrenheit 451 de Ray Bradbury méritent une attention particulière en raison de leur traitement de l’histoire. Ces romans permettent de relier l’approche historique de nos dirigeants à la sauvegarde d’une société ouverte, délibérative et démocratique.

La fiction dystopique nous invite à une étude soutenue du passé et assigne aux historiens un rôle politique important. Dans les circonstances actuelles – dans lesquelles les coupures en arts et sciences humaines aux États-Unis semblent annoncer une situation semblable au nord de la frontière – nos compétences historiques semblent aussi utiles qu’elles sont rares.

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Ce que les années 1850 peuvent nous enseigner

Par Patrick Lacroix, candidat au doctorat à la University of New Hampshire

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Chemin de fer du Grand Tronc. Source : Wikimedia Commons.

Carte du chemin de fer du Grand Tronc, 1885. Source : Wikimedia Commons.

Lors d’une session spéciale du dernier congrès de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, un groupe de jeunes leaders québécois.es réuni.es par Gérard Bouchard ont exprimé de très différentes visions du passé et de l’avenir du Québec[1]. Or ces jeunes ont fait consensus en déplorant, ensemble, le triomphe de « l’économisme » dans les dernières décennies. Les historien.nes de l’auditoire auraient pu leur souffler les exemples nécessaires : une stricte politique budgétaire introduite au cours des années 1990, l’approche néolibérale sous-entendue dans la « réingénierie de l’État » de 2003, puis l’arrivée des « Lucides », dont les injonctions sont encore avec nous. À ceci, on pourrait ajouter, plus récemment, la collusion dans le secteur de la construction, indice d’une trop grande proximité des autorités civiles aux agents de développement économique.

Selon certain.es militant.es nationalistes et sociaux-démocrates, ce sont là les signes d’un nouveau conservatisme – né d’une apathie politique croissante – qui tend à réduire les grandes questions de société à leur aspect économique, voire fiscal. Il y a, déclarèrent les jeunes leaders réuni.es par l’IHAF, le déclin d’un militantisme politique qui mènerait de grands projets nationaux et sociaux à terme. Suite au plus récent moment-charnière du Québec, le référendum de 1995, il s’est produit une « repriorisation » des enjeux économiques.

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