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Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

Catégorie : Philippe Volpé

Noël nouveau : construction, déchristianisation et modulation de la symbolique d’une fête

Philippe Volpé, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université Laval

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Hé! Regarde-moi donc ça : une pomme, deux oranges, une poignée de Klondykes, deux dix cents puis 5 cents en cents. Non, mais ça se peut-y-ça? Juste pour moi? Hé pis le matin de Noël à part de ça! […] Ça, c’est d’être heureux! Merci mon Ti-Jésus. […]

Représentation de Santa Claus parue dans le Montreal Illustrated en 1894. (Les collections de BAnQ)

Représentation de Santa Claus parue dans le Montreal Illustrated en 1894. (Les collections de BAnQ)

Par ces paroles, Nestor, personnage créé par l’acteur et le chanteur québécois Claude Blanchard, exprime bien ce que nombre de nostalgiques envient à un soi-disant Noël d’antan. Un Noël qui, selon eux, était bien éloigné de la commercialisation que la société moderne a faite de cette fête. Une commercialisation qui, toujours selon leurs dires, aurait détourné Noël des «vraies» valeurs traditionnelles et l’aurait amené à devenir synonyme d’abondance. Cela dit, ces derniers devraient toutefois se détromper puisque, comme l’affirmait le sociologue et historien Julien Massicotte dans l’une de ses chroniques du journal Le Madawaska en 2011, il est faux de croire que cet encouragement à la consommation qui prend place autour de la fête de Noël est de création récente.

C’est en effet au cours du deuxième quart du 19e siècle que la création d’un Noël nouveau et qu’une réinvention de la tradition s’est opérée par le biais de la presse et des marchands du temps. Comme le soutient le sociologue Jean-Philippe Warren dans son ouvrage Hourra pour Santa Claus!, cette modulation qu’a subie la fête de Noël s’est forgée autour de deux batailles au Canada français. D’une part, Noël en est venu à supplanter le jour de l’An comme fête par excellence des Canadiens français. D’autre part, «Santa Claus» s’est substitué au «petit Jésus» comme pourvoyeur des étrennes et comme figure emblématique du temps des fêtes.

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La question de l’engagement de la jeunesse en Acadie du Nouveau-Brunswick

Par Philippe Volpé

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Marguerite à Occupy Edmundston (Crédit photo : Dominic Duval)

Le samedi le 10 mars dernier, un dossier paru dans le journal L’Acadie Nouvelle contenait un article qui posait la question à savoir si la jeunesse acadienne est « morne » aujourd’hui. Les mobilisations étudiantes qui ont actuellement lieu au Québec amènent certains individus à revoir avec un brin de nostalgie les évènements passés en Acadie, dont, entre autres, les mobilisations étudiantes de 1968-1969. Cela dit, en parcourant l’article et les commentaires rédigés par certains lecteurs sur la page web de L’Acadie Nouvelle, nous avons cru bon d’offrir une position dans le débat par l’intermédiaire d’une analyse historique de la question.

Afin de prendre position sur la question, nous tenterons d’une part de démontrer que les mobilisations étudiantes des années 1968-1969 en Acadie sont davantage marquées par les particularités d’un contexte d’époque que par une génération surmobilisée. Par la suite, nous procèderons à la présentation de quelques-unes des mobilisations étudiantes qui eurent lieu des années 1970 à aujourd’hui afin de démontrer qu’elles sont, elles aussi, marquées par les particularités du contexte de la période dans laquelle elles prennent place. Enfin, nous conclurons en tentant d’identifier les balises dans lesquelles semble s’inscrire la jeunesse acadienne d’aujourd’hui.

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Histoire, engagement et militantisme en Acadie. Entrevue avec Nicole Lang

Par Julien Massicotte, professeur d’histoire à Université de Moncton, campus d’Edmundston, et Philippe Volpé (transcription), étudiant de premier cycle en histoire à l’Université de Moncton

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Julien Massicotte : Nicole, quels sont tes principaux champs d’intérêt, en tant qu’historienne, et y a-t-il des points de rencontre entre ces champs?

Nicole Lang[1] : […] Comme universitaire, je te dirais qu’il y a eu trois grands champs d’intérêt tout au long de ma carrière. Il y a l’histoire du travail, il y a l’histoire des femmes et puis l’histoire acadienne qui est toujours aussi un domaine qui m’intéresse beaucoup. L’Acadie est mon laboratoire et va le demeurer. […] Je m’intéresse à l’histoire de l’Acadie en général, mais je me suis penchée sur des problématiques bien précises. Je dirais que le travail est un point de rencontre. Je me suis vraiment intéressée à l’analyse du travail en Acadie : l’expérience des hommes et des femmes, l’évolution du travail et des revendications, le syndicalisme, etc. Je pense qu’il s’agit d’un volet important. Je dirais qu’il y a la question nationale, qu’on ne peut évacuer, qui est omniprésente. Pensons à tous les efforts qui sont déployés par les Acadiens et les Acadiennes afin de pouvoir vivre en français, avoir des services et une éducation en français, de pouvoir travailler dans un milieu de travail francophone, en Acadie du Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’une question importante pour moi, ça constitue un point de rencontre. Dans tout ce que je fais, même dans le mouvement des femmes, la question nationale est toujours très présente. […] Quand on parle des revendications des femmes, il y a toujours le volet «service en français.» […] L’engagement m’a conduite à m’intéresser à l’histoire des femmes. Le fait de siéger au sein de différents comités et de s’engager dans différents dossiers m’a fait réaliser qu’il y a des militantes actives en Acadie depuis des années. Donc, je me suis intéressée à ces femmes-là, pourquoi elles se sont engagées et quel était le profil des militantes, quelles ont été leurs grandes revendications, pour mieux m’aider dans le fond à comprendre les grandes problématiques. […]

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