Par Siegfried L. Mathelet, chercheur associé à la Chaire UNESCO d’études des fondements philosophiques de la justice et de la démocratique de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Après leur Histoire du Front national (Talandier, 2014), Dominique Albertini et David Doucet nous proposent d’explorer la « fachosphère »[1].  Dans ce deuxième ouvrage écrit en commun, ils abordent ce phénomène récent dont ils prennent la peine de détailler la naissance et l’évolution dans le monde francophone depuis ses débuts, à la fin des années 1990. Ils relèvent d’entrée de jeu l’impact grandissant de certains sites militants sur l’actualité politique, de la controverse sur la pédophilie alléguée du ministre Frédéric Mitterrand vers 2008-09 à l’annulation du concert de Black M. en 2016. Si l’on ne recensait qu’un seul site internet dédié à la haine en 1995, il y en avait plus de 2000 en 1999. Dans ce livre, Domique Albertini et David Doucet entreprennent de raconter l’histoire de ces développements contemporains en s’appuyant sur une série d’entrevues avec les principaux acteurs de l’époque, ceux-là mêmes qui ont tissé ce réseau sur la Toile.

Les auteurs reconnaissent d’emblée que la définition de ce secteur d’activisme en ligne n’est pas aisée. Il recouvre toute la diversité des droites extrêmes, avec pour principale caractéristique, retenue par Nicolas Lebourg, d’entretenir une conception organiciste de la société, assortie d’un rejet de la modernité libérale et de son « idéal de société ouverte » ; un idéal déclaré en rupture avec un ordre naturel à restaurer et, de ce fait, tenu responsable de la décadence des sociétés européennes (p. 15). Ces droites se concentrent sur un ennemi commun, le « système » formé par des élites financières et politiques, ainsi que des médias jugés complices. Cette méfiance envers les médias traditionnels, voire leurs difficultés à les investir, expliquent probablement que ces droites extrêmes aient vu l’internet comme une possibilité de communiquer directement avec leur audience et une opportunité à exploiter. Très tôt, nous disent les auteurs, les activistes d’extrême droite voient le Web comme une arme.     

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