Par Angie Wong, doctorante en humanités à l’Université York, et Travis Hay, doctorant en histoire à l’Université York[1]

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Conor McGregor et Floyd Mayweather lors de leur conférence de presse à Toronto, le 12 juillet 2017. Crédit : Showtime.

Le 12 juillet 2017, le centre-ville de Toronto était envahi par un océan de drapeaux irlandais et d’hommes blancs bien animés[2]. Plus de 16 000 partisans s’étaient déplacés pour être témoins d’un arrêt de la tournée mondiale de conférences de presse organisée pour promouvoir le combat qui doit opposer le champion invaincu Floyd Mayweather Jr. (souvent considéré comme le meilleur boxeur de l’histoire), un Afro-Américain, et le pratiquant d’arts martiaux mixtes Conor McGregor, un Caucasien. Peu de temps après le début de la conférence de presse, la foule – majoritairement en faveur de McGregor – s’est mise à invectiver et à huer Mayweather, en le gratifiant d’insultes et autres provocations. Appréciant et encourageant même la scène, McGregor a fait de son mieux pour tenter d’humilier son opposant, allant jusqu’à crier « dance for me, boy », pendant que la foule chantait « Olé »[3]. Lorsqu’est venu le tour de Mayweather de s’adresser au public, sa parole a été submergée par le public qui scandait à répétition « Pay your taxes! » (une référence à ses potentiels troubles financiers)[4]. Malgré le fait qu’il n’ait pas semblé trop ébranlé par la foule de Toronto, Mayweather a visiblement échoué dans sa tentative de se rallier le support du public canadien, et ce, malgré le port d’une casquette et d’un chandail incorporant le drapeau canadien à son logo.

En tant que personnes féministes critiques intéressées par la question raciale; en tant qu’amateurs de boxe et d’arts martiaux mixtes également, nous n’avons pu nous empêcher de voir dans la conduite des partisans canadiens de Conor McGregor un parallèle frappant avec les manifestations de soutien à Donald Trump aux États-Unis. Nous avons aussi été troublés de constater comment la soudaine montée en popularité de McGregor s’est inscrite dans le développement d’une trame narrative du « Great White Hope » – un homme blanc, issu des classes ouvrières, qui transpose sa mentalité « boite à lunch » au ring et compense son manque d’athlétisme et de talent naturels par une éthique de travail irréprochable, lui permettant de battre un champion noir et d’ainsi restaurer une certaine fierté à une population blanche qui s’estime en état de crise. En intitulant cet article « The Great White Hype » (ce qui est également le titre d’un film de 1996 se moquant de la situation), nous voulons tenter de démontrer que le succès culturel de McGregor a plus à voir avec la renaissance d’une fierté blanche qu’avec ses prouesses pugilistiques. Pour faire court, cet enjeu s’inscrit dans une trame historique qui, comme en témoigne la conférence de presse de Toronto, demeure d’actualité.

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