HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

Catégorie : Marilou Tanguay

Où sont les femmes?

Christine Chevalier-Caron, Stéphanie Lanthier, Camille Robert, Adèle Clapperton-Richard, Camille Gauvin, Catherine Larochelle et Marilou Tanguay responsables du dossier thématique[1]

Appel à contributions

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Depuis la fin des années 1960 et le début des années 1970, moment où des historiennes ont commencé à montrer que « les femmes sont dans l’histoire, les femmes ont une histoire et les femmes font l’histoire » (Dumont, 2001), le champ de l’histoire des femmes et du genre a grandement évolué. Après avoir publié un premier dossier visant à contrer l’occultation des femmes des récits historiques, nous souhaitons aujourd’hui poursuivre la discussion sur l’histoire des femmes, du genre et des féminismes, en abordant les défis et enjeux – épistémologiques, méthodologiques, archivistiques, institutionnels, etc. – propres à ces champs d’étude.

Malgré l’effort de nombreuses chercheuses qui ont montré l’importance de questionner à nouveau les postulats historiques au prisme de nouvelles grilles méthodologiques et conceptuelles, des défis restent à surmonter. En effet, l’occultation des femmes des récits historiques, particulièrement éloquente en ce qui a trait aux femmes non-blanches, qui en plus d’être invisibilisées et silenciées, sont souvent instrumentalisées au profit de l’histoire des femmes blanches (Éwanjé-Épée et Magliani-Belkacem, 2012; Vergès, 2017), le manque de visibilité des travaux des historiennes[2] ainsi que les obstacles que l’on peut rencontrer dans la recherche en histoire des femmes (rareté des sources, manque d’outils et de soutien institutionnels), sont toujours omniprésents au sein de la discipline.

L’histoire des femmes et du genre et l’histoire des féminismes ne sont pas que des manières d’étudier le passé, ce sont des outils qui permettent de poser un regard critique sur le présent et des avenues pour imaginer l’avenir autrement. Nous croyons que ces histoires doivent être problématisées à l’aune d’enjeux divers liés aux rapports de pouvoir, rapports genrés, évidemment, mais aussi raciaux et économiques. Les pistes de réflexion que nous souhaitons investir sont larges et diversifiées et elles s’inscrivent dans des champs spatio-temporels variés. Voici une liste non-exhaustive de thématiques pouvant être envisagées :

  • Nouvelles perspectives en histoire des femmes/histoire du genre/histoire genrée;
  • Histoire des féminismes;
  • Femmes et éducation(s);
  • Femmes et mouvements sociaux;
  • Femmes et immigration(s);
  • Femmes autochtones;
  • Femmes et sports;
  • Femmes et médias;
  • Dialogues entre plusieurs générations d’historiennes féministes;
  • Représentations de figures féminines et/ou féministes historiques dans la culture populaire (télévision québécoise, télé-séries, films, jeux-vidéos, musique, littérature…);
  • Mémoire(s) de l’histoire des femmes;
  • Vulgarisation de l’histoire des femmes;
  • Féminisme et université;
  • Enjeux méthodologiques et épistémologiques de l’histoire des femmes et/ou de l’histoire des féminismes

HistoireEngagee.ca vous invite à proposer une contribution concernant l’histoire des femmes et du genre et/ou l’histoire des féminismes. Ces contributions peuvent prendre plusieurs formes : des articles de fond (évalués par les pairs, à l’aveugle), de courts textes, des prises de position, des recensions ou des entrevues.

Nous attendons vos propositions de textes (200-350 mots) avant le 15 septembre 2018 à l’adresse suivante : contributions@histoireengagee.ca. La mise en ligne des contributions est prévue pour l’automne 2018 et l’hiver et le printemps 2019. Le dossier demeurera toutefois ouvert aux propositions de contributions. Vous trouverez de l’information sur nos balises de rédaction et directives de soumission en cliquant ici.


[1] Ont aussi participé à la coordination de ce dossier : Pascal Scallon-Chouinard et Margot Blanchard.

[2] À ce sujet, voir une critique parue à l’automne 2017 « Chercher l’absence des femmes » (en ligne) http://histoireengagee.ca/chercher-labsence-des-femmes/  et la récente initiative Women Also Know History (en ligne) https://womenalsoknowhistory.com/, dédiée à la promotion du travail et des recherches des historiennes spécifiquement.

 

« Idola Saint-Jean, L’insoumise »: recension

Par Marilou Tanguay, étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal

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LAVIGNE, Marie et Michèle STANTON-JEAN. Idola Saint-Jean, l’insoumise. Montréal, Éditions Boréal, 2017.

L’usage de la biographie en histoire est complexe et comporte son lot d’apories comme le démontrent plusieurs articles parus dans un numéro de la Revue d’histoire de l’Amérique française consacré à celle-ci[1]. En histoire des femmes, son emploi invite à des réflexions particulières à ce champ disciplinaire puisque la biographie peut s’avérer à la fois un piège et un outil. En s’attardant au parcours singulier d’une femme iconoclaste, il est facile de sombrer dans la rhétorique de « l’exceptionnalisme ». Cet intérêt pour les « exceptions » et non pour les parcours de femmes ordinaires a pour effet pernicieux de ne pas représenter la réalité de l’ensemble des femmes[2]. À l’inverse, cependant, la biographie permet de rendre visibles les luttes menées par des femmes que les ouvrages généraux, souvent empreints d’un universalisme masculin, ont oblitérées.

C’est précisément en réaction au silence de l’historiographie sur le parcours pourtant impressionnant d’Idola Saint-Jean, notamment sur la question de la quête du suffrage des femmes, que les auteures Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean[3] ont décidé d’entreprendre la rédaction de sa biographie. En effet, si des ouvrages ont déjà été consacrés à Thérèse Casgrain ou Marie Gérin-Lajoie, deux suffragistes contemporaines d’Idola, cette dernière n’avait pas encore eu cette chance. Par conséquent, l’intention des auteures va beaucoup plus loin que de simplement présenter la vie de la féministe afin de mettre en lumière son rôle primordial dans l’histoire. La biographie est un moyen pour elles de réparer une histoire incomplète, « une injustice » comme elles le précisent.

Suite à la lecture des 384 pages qui composent l’ouvrage, il est manifeste que l’occultation de la figure d’Idola Saint-Jean dans l’histoire, occultation survenue après son décès et que les auteures qualifient du « mystère Idola Saint-Jean », ne peut s’expliquer par la faible importance de son implication dans les diverses revendications de son époque. Les auteures relèvent deux facteurs pour expliquer ce fait. L’une des raisons évidentes est qu’étant célibataire, sans enfants et fille unique, Idola n’a pas eu de proches pour préserver sa correspondance ou ses archives personnelles, rendant du coup la rédaction d’une biographie plus ardue. Outre ce manque de sources manifeste, les auteures émettent l’hypothèse que c’est dans le parcours singulier d’Idola que subsiste la principale cause de son invisibilité posthume. Idola n’a pas usé des stratégies « tout en douceur » dans sa militance comparativement aux féministes de l’époque au ton diplomatique et réservé qui employaient fréquemment des arguments maternalistes pour faire cheminer les questions relatives aux droits des femmes. Divergente, insoumise et rebelle, elle était redoutée.

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