Par Martin Robert

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Mireille Touzery est professeure d’histoire moderne à l’Université Paris-Est Créteil. Ses travaux portent sur l’histoire fiscale de la France au XVIIIe siècle. Elle est notamment récipiendaire du prix Eugène Colas pour son livre L’invention de l’impôt sur le revenu. La taille tarifée 1715-1789, tiré de sa thèse de doctorat[1].


TOUZERY, Mireille. L’invention de l’impôt sur le revenu. La taille tarifée, 1715-1789. Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France / IGPDE, 1994, coll. « Ancien Régime », 602 p.

Martin Robert : Comment en êtes-vous venue à consacrer votre thèse de doctorat à l’histoire de l’impôt, plus précisément à celle de la taille tarifée, au XVIIIe siècle français?

Mireille Touzery : Au départ, je voulais travailler sur les mutations de la propriété foncière au tournant de la Révolution française. C’était un sujet classique. Il consiste à mesurer le changement de société dans la possession du sol. Je me suis intéressée à la région parisienne, dans la zone d’Ancien Régime qu’on appelle l’intendance, ou généralité, de Paris. Dans cette zone, pour l’année 1789, comme dans l’ensemble du royaume, on a refait, commune par commune, des registres supplémentaires d’impôt pour les anciens privilégiés, ceux qui jusque-là ne payaient pas d’impôts, afin de savoir quels étaient leurs biens et combien on pouvait leur faire payer. Avec l’égalité devant l’impôt instaurée par la Révolution, c’est donc la première année où l’on voit tout le monde dans ces registres, y compris les riches, avec l’estimation de leurs biens. C’est une photographie de la France d’Ancien Régime. J’ai trouvé dans les archives ces rôles supplémentaires, mais j’ai remarqué qu’on n’y mesurait pas la propriété foncière partout de la même façon. Il existait une grande diversité d’unités de mesure dans le royaume. Fort heureusement, les intendants d’Ancien Régime, confrontés à cette diversité, demandaient dans leurs enquêtes des unités toutes converties en arpents du roi. C’est ainsi que j’en suis venue à m’intéresser au cadastre de Bertier de Sauvigny, l’intendant de Paris, qui servait à faire ces conversions. Ce cadastre s’intégrait dans une réforme de la fiscalité commencée en 1715. C’est en étudiant l’histoire de ce document, conservé dans les dépôts d’archives départementaux, que j’ai élaboré une thèse sur la fiscalité d’Ancien Régime. L’informatique m’a été très utile pour cette recherche, notamment pour préparer des cartes qui permettent de visualiser les transformations de l’impôt au cours du siècle. Quand je commence à travailler sur ma thèse, on est en 1982. Ce sont les balbutiements de l’informatique, les débuts de la micro-informatique avec le premier modèle d’Apple, le Lisa. Depuis les années 1970, il y avait eu d’abord la machine à calculer, qui était une innovation par rapport aux outils des historiens des années 1930, 1940, 1950. J’ai dû me mettre à l’informatique vers le milieu des années 1980. Word n’existe pas encore, ça s’appelait MacWrite. J’ai eu MacWrite 1.0! Après, les logiciels ont évolué très vite. J’allais travailler à l’École normale supérieure. Ils avaient une salle gérée par le département de mathématiques avec des ordinateurs en libre-service et surtout, avec des imprimantes en libre-service. Toute ma première vague de dépouillement, je l’ai faite à la main en remplissant des fiches papier, mais j’ai utilisé l’informatique ensuite.

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