Par Sophie Dubois

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Encart/Couverture de l'édition originale du Refus global (1948). Maquette de Jean-Paul Riopelle sur un texte de Claude Gauvreau. Source : Les classiques des sciences sociales.

Encart/Couverture de l’édition originale de Refus global (1948). Maquette de Jean-Paul Riopelle sur un texte de Claude Gauvreau. Source : Les classiques des sciences sociales.

Dans l’historiographie québécoise, deux grandes périodes organisent la conception que la collectivité se fait de son passé récent : celle de la Grande Noirceur, généralement associée au deuxième mandat de Maurice Duplessis, de 1944 à 1959, et celle de la Révolution tranquille qui s’amorce en 1960 et se termine, selon les historiens, en 1966 ou en 1976. Bien qu’ayant fait l’objet d’une révision historique dans les dernières années, ces deux catégories continuent néanmoins de structurer le récit commun – « l’interface métaphorique[1] », selon les termes de Jocelyn Létourneau – du passé québécois.

Entre ces deux périodes, une œuvre a incarné, plus que n’importe quelle autre, semble-t-il, à la fois la rupture d’avec la Grande Noirceur et l’amorce de la Révolution tranquille. Il s’agit du texte « Refus global » rédigé par Paul-Émile Borduas, cosigné par 15 membres du groupe automatiste et publié en 1948[2]. Or, le rapport de « Refus global » à ce « Grand récit[3] » entourant la Révolution tranquille est double puisque, si le texte est lu a posteriori en fonction de ce récit, il a également contribué à le fonder. Le présent article vise donc à étudier le lien étroit qu’entretiennent, dans l’imaginaire collectif québécois, « Refus global » et la Révolution tranquille.

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