Par Eliane Desruisseaux, candidate à la maîtrise à l’Université Laval

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En commençant mes études en histoire, j’avais en tête cette image pittoresque de la recherche en archives, image sûrement partagée par beaucoup d’apprenties historiennes, au centre de laquelle je me voyais parcourir des documents poussiéreux oubliés dans un endroit magnifique au passé riche. Rien de moins. Comble de l’auto-trahison, je travaille maintenant avec des journaux numérisés. Si les moments passés à consulter les sources sont moins émouvants que je l’avais jadis espéré, force est de constater que la numérisation d’archives ouvre la voie à de nouvelles recherches, par exemple centrées sur des cadres spatiaux plus larges ou éloignés du nôtre.

C’est ainsi que j’ai pu m’intéresser aux perceptions qu’ont les féministes blanches des femmes musulmanes au début du XXe siècle, question qui ne peut être approfondie qu’en adoptant une perspective transnationale. En effet, le féminisme est « difficile à saisir »[1] si on l’enferme dans un cadre national. Caractérisé par son internationalisme, celui de la première vague, en particulier, appelle à transcender les cadres des États-nations. Je vais ici me concentrer sur une conjoncture précise, alors qu’en 1911 et 1912, l’Américaine Carrie Chapman Catt voyage autour du monde pour inciter des femmes non-occidentales à devenir membres de l’Alliance internationale des Femmes (AIF). Maintenant numérisés et disponibles en ligne, les billets alors publiés par Chapman Catt dans le mensuel de l’AIF, Jus Suffragii, composent un corpus restreint mais riche, qui éclaire la construction complexe d’un discours sur des femmes Autres dans un contexte impérial.

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