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Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

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« Vaccinations – Le mythe du refus » : recension

Par Philippe Thompson-Leduc, pharmacoépidémiologiste dans le secteur privé

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Si la politique et la religion sont depuis toujours considérées comme des sujets à éviter en présence d’inconnu.e.s, la vaccination universelle semble doucement se frayer un chemin dans la liste de ces sujets polarisants, voire tabous. Des histoires d’horreur sur les effets secondaires des vaccins font fréquemment la première page des journaux et créent un sentiment de panique et de méfiance dans la population. Lorsqu’on ne parle pas de leur inefficacité[1] ou de leurs ratés logistiques[2], on y va d’histoires sensationnalistes destinées à remettre en cause les bienfaits de la vaccination.

Pensons notamment à l’histoire de David Salamone, décédé en 2018 au jeune âge de 28 ans de la polio qu’il avait contractée à la suite d’un vaccin oral reçu à l’âge de 4 mois et qui l’a incapacité toute sa vie[3]. Cette histoire tragique est d’autant plus scandaleuse lorsqu’on apprend qu’une alternative au vaccin oral était disponible et plus sécuritaire, mais qu’elle n’a pas été privilégiée pour des raisons de coûts[4]. Confrontée à plusieurs sources d’informations souvent contradictoires, la population (et, plus particulièrement, les jeunes parents) est forcée de considérer et d’évaluer les risques et les bénéfices liés la vaccination. Il serait « moral » ou « immoral » de faire vacciner son enfant… et les opinions sont plutôt campées.

Approchant cette question avec une perspective historienne, Laurence Monnais tente de décrire les facteurs scientifiques, historiques et sociaux qui contribuent à cet inconfort quant à la vaccination universelle dans son récent livre Vaccinations : Le mythe du refus. Afin d’y parvenir, Monnais se penche sur l’épidémie de rougeole qui a sévi au Québec en 1989 et en décline minutieusement l’histoire afin d’y voir plus clair.

Le choix de cette épidémie est bien réfléchi. D’abord, l’épidémie de rougeole de 1989 survient avant l’arrivée d’internet et de ses forums, blogues santé et autres sections de commentaires publiques. Ces tribunes accessibles à tous et à toutes sont un véhicule de choix pour la propagande anti-vaccination[5]. Ensuite, 1989 arrive avant l’article tragiquement célèbre d’Andrew Wakefield (en 1998) qui établissait (faussement) un lien entre le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (le « RRO ») ainsi que l’autisme[6].

Si l’internet n’avait pas encore influé sur les mécanismes décisionnels des parents et que la littérature scientifique n’avait pas été polluée par cette recherche frauduleuse, aurait-on dû s’attendre à un taux de vaccination de 100% chez les enfants d’âge scolaire en 1989? Et si tous les enfants étaient vaccinés, comment expliquer l’éclosion d’une épidémie de rougeole au Québec? Le taux sous-optimal de couverture vaccinale[7] est-il vraiment un phénomène récent?

Structuré en six chapitres, Vaccinations : Le mythe du refus répond à ces questions de manière multifactorielle.

Le premier chapitre traite de l’épidémie qui débute en décembre 1988, atteint un pic en mai et se résorbe en août 1989. Monnais décrit la tendance mondiale de la rougeole cette année-là, les différences observées dans l’incidence des cas selon les régions administratives et la distribution démographique des patient.e.s. Elle y traite aussi du phénomène des « échecs vaccinaux », c’est-à-dire la déclaration d’une maladie chez une personne préalablement vaccinée[8]. En effet, jusqu’à 80 % des cas de rougeole recensés lors de l’épidémie de 1989 l’auraient été auprès de patient.e.s préalablement vacciné.e.s.

C’est au deuxième chapitre qu’on en apprend plus sur la raison de ces insuccès vaccinaux. Dans le cas qui nous intéresse, il s’agirait, entre autres, d’un calendrier vaccinal inadéquat (des vaccins donnés trop tôt) et de variations dans le type de produits (et leur efficacité) disponibles et administrés par les autorités québécoises. L’auteure fait ici un excellent travail en différenciant les concepts de vaccination et d’immunisation, car ce n’est pas parce qu’on a reçu un vaccin qu’on est nécessairement protégé. Le deuxième chapitre relate aussi l’histoire des différents types et les marques de vaccins anti-rougeole, ce qui aide à comprendre les complexités et les enjeux liés à l’approvisionnement et à la technologie.

Le chapitre suivant met en lumière les failles d’un système de santé publique en pleine transformation dans les années 1970. Le désir pragmatique de centralisation des services (et, notamment, des achats de vaccins pour la province) va à l’encontre de l’idée des services de proximité à l’origine des CLSC. Les tâches et les responsabilités de chaque palier de services ne sont pas reflétées dans les ressources attribuées à chacun, créant ainsi un accès inégal de la population à la vaccination.

C’est au quatrième chapitre que le refus populationnel à la vaccination est étayé de façon plus soutenue. Monnais présente Paul-Émile Chèvrefils, médecin et défenseur de la chiropraxie et de la naturopathie. Chèvrefils, dont le discours est adopté et amplifié par la Ligue pour le vaccin libre, dénonce les vaccins qu’il juge inutiles, voire nocifs. Le propos anti-vaccinal s’inscrit ici dans une redéfinition du nouvel homme québécois (« sain, consommant des produits frais, évitant les médicaments, libre, en somme »), auquel se joint la pensée indépendantiste. La santé – ou, devrait-on dire, les choix de santé – est ainsi utilisée comme mécanisme d’affirmation personnelle et politique. Durant la même période, on assiste au Québec à l’effritement de la confiance de la population envers les vaccins, propulsé par une série d’accidents (incident Cutter en 1955, vaccin Sabin en 1963, vaccin DCT en 1974)[9].

La perspective féministe joue aussi un rôle. À cette époque, de nombreuses femmes québécoises s’identifient au mouvement naturiste de santé infantile. Le rejet du paternalisme médical s’inscrit ainsi dans une réappropriation et une affirmation de leur droit de contrôler les décisions de santé qui les concernent et qui concernent leurs enfants.

Les enjeux réactualisés de nos jours concernant la pertinence de la vaccination sont abordés dans le cinquième chapitre. Monnais commente et décrit la fin de la croyance aveugle, voire dogmatique, des Québécois.es envers les bienfaits des vaccins. Au-delà de leurs effets néfastes potentiels, leur pertinence est remise en question. Si le risque d’une maladie tombe en deçà des risques associés à sa prévention par le vaccin, devrait-on continuer de promouvoir la vaccination? Du côté pharmaceutique, on mise sur les conséquences délétères (rares, mais très sérieuses) d’une maladie évitable par la vaccination. Du côté naturiste, on insiste plutôt sur les conséquences néfastes de la vaccination (aussi très rares, aussi très sérieuses). Cette exacerbation des conséquences extrêmes (mais – encore une fois – très rares) de chacune de ces options crée un sentiment de confusion chez les Québécois.es.

Coupable de vacciner, et coupable de ne pas vacciner, l’État québécois (tout comme ses citoyen.ne.s) se voit devant un dilemme. L’épidémie de méningite de 1991 est citée en exemple des tensions qui accompagnent l’examen des campagnes de vaccination de masse (qu’elles soient scientifiques, épidémiologiques, sociales ou économiques). L’examen coûts-bénéfices, ou avantages-risques, est délicat. Finalement, le dernier chapitre parle de l’après-‘89 et du questionnement général de nombreuses personnes quant aux bénéfices nets réels de la vaccination de masse.

L’ouvrage de Laurence Monnais répond adéquatement à son objectif. C’est-à-dire, d’adopter une vision multifactorielle des évènements historiques et scientifiques qui contribuent au scepticisme de certain.e.s quant aux bienfaits de la vaccination. Le cas de la rougeole de 1989 est d’autant plus intéressant qu’il est arrivé il y a 30 ans, à une époque à l’abri de la désinformation véhiculée sur internet et du scandale Wakefield. Le livre est ainsi efficace dans sa présentation des raisons individuelles qui mènent à la réticence aux vaccins.

Si le livre est fort intéressant d’un point de vue historique, il ne faudrait pas qu’il suscite une inquiétude généralisée du lectorat quant aux bénéfices individuels et collectifs de la vaccination de masse. L’auteure est claire dès l’introduction de son appréciation (de la plupart) des vaccins. Elle l’est aussi quant à son désir de nuancer le discours unidirectionnel en faveur de la vaccination. Or, cette nuance peut facilement servir à entacher la réputation des programmes de vaccination. Nuancer les bienfaits vient aussi remettre en question les motifs ouvertement pécuniaires de la vaccination chez plusieurs compagnies pharmaceutiques. 

Chez certaines personnes, les vaccins sont associés à des risques de réactions allergiques graves, des crises de convulsions, des pneumonies et des méningites[10]. Ces risques, bien réels, doivent toutefois être mesurés à leurs bénéfices. L’histoire accablante de David Salamone, par exemple, résulte d’une mutation d’un virus affaibli vers sa version plus forte – ce qui arrive une fois sur 2,4 millions[11]. Avant de clamer que les vaccins causent la polio, une dose de relativité s’impose – c’est là la difficulté de devoir prendre des décisions sociétales basées sur des données probabilistes.

Il aurait été intéressant que l’auteure traite du « refus vaccinal » contemporain. Le lectorat comprend bien, à la suite de leur lecture, que le scepticisme vaccinal n’est pas le fruit unique de l’ère ultra-connectée d’internet. Par contre, le mouvement anti-vaccinal est toujours d’actualité, et les différences et similitudes contextuelles avec 1989 auraient ajouté au contenu du livre[12].

En conclusion, Vaccinations – Le mythe du refus traite avec efficacité des multiples facettes qui ont contribué à un taux d’immunisation sous-optimal au Québec dans les années 70 et 80, ce qui a très certainement contribué à l’épidémie de rougeole de 1989. Si le mouvement anti-vaccinal était présent à l’époque, il l’est certainement encore aujourd’hui. L’approche historienne employée par Monnais pourra sans doute convaincre de sa complexité.


[1] A. Lacoursière, « Vaccination contre la grippe : un taux d’efficacité de 0 % », La Presse (2015); G. Rail, L. Molino, L. et A. Lippman, « Appel urgent à un moratoire sur la vaccination contre les VPH ». Le Devoir (2015).

[2] M. Perreault, « Les ratés d’un vaccin causent une épidémie aux Philippines ». La Presse (2019); C. Plante, « Cafouillage autour de la vaccination gratuite ». La Presse (2018); A. Caillou, « Un vaccin contre la coqueluche gratuit, mais d’accès limité ». Le Devoir (2019); A. Daoust-Boisvert, « Grippe : accès réduit au vaccin gratuit ». Le Devoir (2018).

[3] M. Schudel, « David Salamone, who contracted polio from vaccine and helped spur changes in U.S. immunization policy, dies at 28 ». The Washington Post (2018).

[4] Ibid.; Voir C. J. Howe et R. B. Johnston, dir., Options for Poliomyelitis Vaccination in the United States: Workshop Summary, 1996.

[5] Z. Meleo-Erwin, C. Basch, S. A. MacLean, C. Scheibner et V. Cadorett, « « To each his own »: Discussions of vaccine decision-making in top parenting blogs », Hum Vaccin Immunother, 13, 1895-1901, doi:10.1080/21645515.2017.1321182, 2017.

[6] A. J. Wakefield et al, « Ileal-lymphoid-nodular hyperplasia, non-specific colitis, and pervasive developmental disorder in children », Lancet, 351, 637-641, doi:10.1016/s0140-6736(97)11096-0, 1998.

[7] C’est-à-dire, un taux de vaccination en deçà du seuil nécessaire à la prévention d’une épidémie.

[8] U. Heininger et al, « The concept of vaccination failure », Vaccine, 30, 1265-1268, doi:10.1016/j.vaccine.2011.12.048, 2012.

[9] L’incident Cutter est ainsi nommé du nom d’un laboratoire qui, en 1955, a distribué 200 000 doses d’un vaccin contre la polio contenant une souche vivante du virus, qui a causé 40 000 infections et plusieurs décès. En 1963, le vaccin Sabin fut associé à quatre cas de paralysie. En 1974, la composante « coqueluche » du vaccin DCT fut la cause de dizaines de cas problèmes neurologiques graves. (p 157)

[10] M. A. Maglione, et al, « Safety of vaccines used for routine immunization of U.S. children: a systematic review », Pediatrics, 134, 325-337, doi:10.1542/peds.2014-1079, 2014.

[11]Z. Canestra, Infected with Polio from the Polio Vaccine: How Could This Happen?, 2018, en ligne : https://blogs.unimelb.edu.au/sciencecommunication/2018/10/13/infected-with-polio-from-the-polio-vaccine-how-could-this-happen/.

[12] F. Pandolfi et al, « The Importance of Complying with Vaccination Protocols in Developed Countries: « Anti-Vax » Hysteria and the Spread of Severe Preventable Diseases », Curr Med Chem, 25, 6070-6081, doi:10.2174/0929867325666180518072730, 2018; J. Hoffman, « How Anti-Vaccine Sentiment Took Hold in the United States », The New York Times, 2019; A. Hussain, S. Ali, M. Ahmed et S. Hussain, « The Anti-vaccination Movement: A Regression in Modern Medicine », Cureus, 10, e2919, doi:10.7759/cureus.2919, 2018.

Appel à candidature

Par le Comité éditorial

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La « Grande noirceur » catholique et duplessiste au Québec : entre mémoire et histoire.Note critique sur l’ouvrage L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis d’Alexandre Dumas

Par Jean-Philippe Bernard, étudiant au doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis est le second ouvrage publié par l’historien Alexandre Dumas. Tiré de sa thèse de doctorat soutenue en 2016 à l’Université McGill, il paraît dans la prestigieuse série des Études d’histoire du Québec (Studies on the history of Quebec) chez McGill-Queen’s University Press. Soulignons, par ailleurs, que sa publication, en offrant de nouvelles perspectives sur les relations entre la religion et la partisanerie politique dans l’histoire du Québec, s’insère à merveille dans les houleux débats entourant la loi 21 et la question de la laïcité de l’État.

Le titre de l’ouvrage est à cet effet fort bien choisi : ce sont bien les rapports de l’Église à « la » politique dont on parle, et non des rapports de l’Église à l’État ou «au» politique, pris plus largement. L’Église et la politique québécoise explore donc les liens qu’entretiennent l’épiscopat et le clergé avec les députés, les candidats électoraux, les partis politiques, etc., des libéraux de Taschereau aux unionistes de Duplessis. La présence, pourtant importante, des institutions religieuses au sein des différents organes de l’État québécois (santé et services sociaux, éducation, colonisation, agriculture, etc.), de même que leur influence sur l’orientation des politiques, est un aspect qui est peu abordé par l’auteur[1].

Cela étant dit, on s’abstiendra d’insister sur les absences de l’ouvrage pour s’intéresser à ce qu’il contient. À cette fin, plutôt qu’un résumé chapitre par chapitre, j’ai privilégié une recension qui présente et analyse trois des nombreuses thèses soutenues tout au long des dix chapitres du livre. Deux d’entre elles concernent l’Église et ses représentations au sein d’une certaine mémoire collective, alors que la troisième s’intéresse à Maurice Duplessis et à ses relations avec l’institution religieuse.

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Recension de l’exposition «Déjouer la fatalité : Familles, pauvreté et institutions »

Milan Busic, candidat à la maîtrise en histoire (UQÀM) et auxiliaire de recherche au Centre d’histoire des régulations sociales

Depuis le 11 septembre dernier se tient à l’Écomusée du Fier-Monde l’exposition « Déjouer la fatalité. Familles, pauvreté et institutions[1] ». Née d’une collaboration entre le Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS), le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal (LHPM) et l’équipe de l’Écomusée, cette exposition propose une analyse du développement d’un réseau institutionnel visant la prise en charge de diverses formes de marginalités et d’inégalités sociales au sein du quartier Centre-Sud de la mi-XIXe siècle aux années 1930[2]. S’intéressant aux fondements idéologiques de ce « moment institutionnel », de même qu’à ses retombées concrètes sur le patrimoine culturel et architectural de l’ancien quartier ouvrier, le projet offre une analyse historique de la société québécoise faite « à partir de ses marges[3] », et offre ainsi une contribution pertinente « aux débats actuels sur les inégalités sociales, sur le sort que la société réserve aux personnes vulnérables et marginales[4] ».

Survol de l’exposition : développement, critiques et crise d’un système d’« assistance charitable »

L’exposition s’articule autour des institutions mises sur pieds au sein du quartier ouvrier au cours de la période à l’étude : les prisons, les tribunaux et les institutions correctionnelles pour mineurs, l’asile, les hôpitaux charitables, les hospices pour vieillards nécessiteux, les orphelinats ainsi que les refuges pour chômeurs.

À travers les différentes sections de l’exposition, on apprend que la création de ces institutions, qu’elles soient religieuses ou laïques, visaient à maintenir un ordre social que plusieurs contemporains croyaient menacé par les effets pervers de l’urbanisation (densité démographique accrue, criminalité, prostitution, alcoolisme, oisiveté, etc.). Selon plusieurs réformateurs influents du XIXe siècle, la solution au maintien de cet ordre social en péril, garant de la moralité des masses populaires urbaines et nécessaire à l’atteinte des finalités de la société libérale industrielle, résidait en l’institutionnalisation des membres les plus nécessiteux et « déviants » de la société. Or, l’exposition montre que cette « assistance charitable » assurée par diverses congrégations religieuses et, dans une moindre mesure, par l’État, ne peut être considérée comme une véritable tentative d’enrayer la pauvreté et la vulnérabilité sociale. Celle-ci se voulait avant tout une aide de dernier recours fondée sur la notion de mérite de l’indigent, et ne pouvait être accordée qu’en cas de défaillance de l’ancestral système « naturel » d’assistance : la famille. On craignait en effet qu’une aide trop « généreuse » ne cause la paresse et dislocation des cadres familiaux au sein de la population.

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La communauté francophone de l’Alberta réagit à la crise de conscription

Par Rebecca Lazarenko, Université York

Le souvenir de la crise de la conscription (1917-1918) évoque souvent les tensions et le clivage entre les anglophones et les Canadien.ne.s français.es au Québec, mais aussi dans le reste du pays. Comme l’historienne américaine Elizabeth Armstrong le mentionne, cette période est marquée par une profonde hystérie raciale[1]. En bref, en raison d’une différence de pensée au sujet du « devoir » des Canadien.ne.s français.es[2] du Québec pendant la Guerre, les journaux anglophones ont accusé ces derniers d’être de « mauvais Canadiens », des « ennemis intérieurs[3] », des « traitres[4] » et des « déloyaux[5] ». De nombreux journaux ont aussi intensifié leurs attaques contre sir Wilfrid Laurier et, subséquemment, les francophones qui l’appuyaient, clamant qu’« un vote pour Laurier [était] un vote pour le Kaiser[6] »,ou que« […] la doctrine de Laurier recueillait sans aucun doute la faveur du Kaiser[7]. » Cependant, comme il est bien décrit dans l’historiographie, les francophones du Québec ne croyaient pas « devoir » participer à la guerre, jugeant plutôt que l’effort militaire relevait d’un choix et de valeurs individuelles et familiales. Il y avait, par contre, deux responsabilités qui leur tenaient à cœur : la défense du territoire du Canada[8] et la préservation de la culture et de la langue française[9]. Puisque la guerre se déroulait en Europe — et non pas au Canada —, la volonté de protéger la culture canadienne-française de ce qui était perçu comme des assauts d’assimilation des milieux anglophones[10] primait, même si la guerre faisait rage outre-mer. En ce sens, il est normal que les appels à la conscription aient eu peu d’écho chez les Canadien.ne.s français.es du Québec qui, généralement, s’y opposaient.

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