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Là où le présent rencontre le passé

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Pour l’Université de l’Ontario français

Avec deux lignes de son énoncé budgétaire, le gouvernement de Doug Ford a annoncé le 15 novembre dernier l’abolition de l’Université de l’Ontario français. Joint à la fermeture du Commissariat aux services en français, ce geste atteint les droits acquis des francophones de l’Ontario à l’éducation postsecondaire exclusivement dans leur langue, des droits qu’ils ont obtenus de haute lutte avec la création de l’Université le 1er juillet dernier. À notre connaissance, il s’agit d’un précédent dans le monde contemporain : pour la première fois, un État abolit une université pour des considérations budgétaires. Ce précédent remet en cause le rôle accordé au haut savoir et le maintien d’une communauté, principes au cœur même de notre vie en société

Au-delà de la simple préparation à l’emploi, une université est une institution cruciale dans toute communauté. C’est encore plus le cas si celle-ci est minoritaire. L’université, est un lieu d’émancipation et de responsabilisation. Grâce à la formation des personnes et au développement des connaissances, elle habilite les citoyens et les citoyennes à l’exercice de leurs droits. En étant en contact avec le haut savoir, il est possible de faire des choix éclairés et de contribuer pleinement à son épanouissement individuel comme collectif.

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Prendre le voile: survivance, piété ou féminisme?

Par Mathilde Michaud, Doctorante à l’Université de Glasgow

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Cour du pensionnat de la Congrégation de Notre-Dame, Montréal, Canada-est (Québec), 18??.
Archives Congrégation de Notre-Dame, Montréal.

Dans le monde Atlantique Nord, les religieuses ont historiquement été perçues comme le bras auxiliaire d’une l’Église catholique en pleine modernisation. Au centre de l’essor de la religiosité, elles prospèrent et leur nombre croît malgré l’adversité, sans entraves, et leur importance aux yeux du Saint-Siège est telle qu’en 1852, l’Archevêque Paul Cullen en dit qu’elles sont « the best support to religion[1] ». Toutefois, tel que souligné par Micheline Dumont, il est facile de l’oublier lorsqu’on traite de cette institution androcentrique puisque les femmes ont plus souvent qu’autrement été reléguées à l’arrière-plan dans les recherches en histoire religieuse, demeurant dans l’ombre de leurs collègues masculins[2]. L’explosion du nombre de couvents au XIXe siècle rend cependant la tâche très difficile à ceux et celles qui souhaiteraient ignorer plus longtemps le nombre et l’importance des femmes parmi les religieux.ses. À cette époque, les femmes du Québec et de l’Irlande intègrent en effet les ordres catholiques à un rythme et à une échelle sans précédent[3]. La décennie  1840 marque le début de cette expansion fulgurante dans les deux pays. En effet, au Québec, les religieuses qui n’étaient que 650 en 1840 passent à 6600 à la fin du siècle, représentant près de 6% des femmes non mariées[4]. Durant la même période en Irlande, la taille des congrégations est multipliée par huit, alors même que, sous le coup de la famine, la population diminue de moitié[5].  Ce phénomène que certain.e.s ont qualifié de « révolution de la piété » soulève des questions incontournables pour les historien.ne.s des femmes et du genre : qu’est-ce qui a motivé tant de femmes à prendre le voile au XIXe siècle au Québec et en Irlande? S’agit-il réellement d’un élan collectif de dévotion religieuse tel que le suggère l’idée de révolution? S’agit-il plutôt d’une réaction à une nécessité économique? Ou encore, tel que suggéré par Marta Danylewycz, observons-nous l’éclosion d’une première mouvance féministe et le déplacement des corps féminins vers la sphère publique?

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S’anéantir comme sujet. Une autre histoire de la violence (recension)

Par Ollivier Hubert, professeur à l’Université de Montréal, membre du Centre interuniversitaire d’étude québécoise (CIEQ) et du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS)
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Recension de : Elsa Dorlin, Se défendre. Une philosophie de la violence, Paris, Zones, 2017, 254 p.

Voici un livre ambitieux, pénétrant, roboratif, exigeant, déstabilisant par endroit et, finalement, bouleversant. Car il plonge aux racines de la violence, présentant avec crudité les fondements de l’injustice et les mécanismes les plus pervers de la domination.

L’ouvrage s’ouvre sur la description d’un dispositif de supplice utilisé à la colonie de la Guadeloupe au début du XIXe siècle, du moins selon le militant antiesclavagiste Joseph-Elzear Morenas. Le condamné est publiquement exposé dans une cage de fer, l’entrejambe au-dessus d’une lame tranchante. Lorsqu’épuisé, le supplicié s’affaisse et s’inflige de cruelles blessures qui stimulent un sursaut. Ainsi sa lutte désespérée contre la douleur et la mort prolonge-t-elle sa souffrance sans pour autant le sauver. Cette entrée en matière inscrit le texte dans le sillage du Surveiller et punir de Michel Foucault et, en même temps, annonce qu’il s’en démarquera finalement assez radicalement. Car, si l’exécution du régicide Damiens mettait d’abord en scène la puissance répressive de l’État, ce sur quoi l’infâme cage de fer coloniale attire l’attention est au fond la puissance d’agir (humiliée donc reconnue comme une menace à étouffer) du sujet minoritaire qui « se défend ». Il reste que le livre prolonge une des propositions parmi les plus troublantes de Foucault : il ne faut pas penser la subjectivité comme quelque chose que le pouvoir se contenterait de soumettre, ou qui se constituerait nécessairement contre lui, mais aussi comme une production du pouvoir (la subjectivation). Ainsi le propos d’Elsa Dorlin est-il de penser le sujet dominé constitué, pour le meilleur et pour le pire, par l’acte de résistance, de défense ou même de réaction.

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L’antisémitisme et l’hospitalité canadienne et québécoise

 

Par Christine Chevalier-Caron, candidate au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal et Philippe Néméh-Nombré, candidat au doctorat en sociologie à l’Université de Montréal

Suite à l’attentat qui a eu lieu à la synagogue Tree of life de Pittsburgh samedi dernier, et alors que le premier ministre Justin Trudeau s’apprête à présenter les excuses officielles du gouvernement pour son refus d’admettre les réfugiés.es judéo-allemands.es se trouvant à bord du navire Saint-Louis en 1939, de nombreuses discussions sur l’antisémitisme ont émergé dans l’espace public. Exception faite des chroniques du Journal de Montréal où les sentiments antijuifs et l’antisémitisme sont couramment attribués à la gauche antiraciste, divers animateurs.rices, journalistes et commentateurs.rices ont soutenu que le Canada avait traditionnellement été une terre d’accueil pour les communautés juives. Et pour en rajouter, certains d’entre eux et elles ont même été jusqu’à exprimer leur surprise quant au soutien que les Musulmans et Musulmanes ont manifesté à l’égard des populations juives. Considérant nos recherches respectives sur l’histoire juive, l’antisémitisme et la multiplicité des formes d’oppression au Canada et au Québec, nous n’avons pas seulement été surpris.e par la tenue de ces propos inexacts, mais aussi profondément choqués.es par la déresponsabilisation qu’ils traduisent et par les assomptions qui sous-tendent l’étonnement quant à la solidarité exprimée par les communautés musulmanes. Il nous apparait donc essentiel de revenir sur la présentation du Canada comme une terre d’accueil, distorsion significative qui s’inscrit dans une falsification de l’histoire permettant aux Québécois.es et aux Canadiens.nes de banaliser l’antisémitisme propre à la société dans laquelle ils et elles vivent et de s’en déresponsabiliser.

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Sortons du Blois ! Un appel des historiennes françaises contre la domination masculine de la discipline historique

Le 3 octobre dernier, une lettre co-rédigée par 15 historiennes françaises était publiée sur le site du journal français Le Monde. Cosignée par 440 historiennes (qui étaient rendues 520 lors de la parution en version papier dans l’édition du 12 octobre), la tribune « Sortons du Blois! » met en lumière le manque de parité au sein de la discipline historique. HistoireEngagée.ca reproduit aujourd’hui cette lettre en soutien avec nos consoeurs françaises. Nous espérons aussi que cette diffusion outre-Atlantique suscitera un débat de la même nature dans le milieu historien québécois et canadien.

Par le collectif d’historiennes françaises « Les Faiseuses d’histoire »

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Comme chaque année, la communauté historienne inaugure son salon du livre. Les Rendez-vous de l’histoire de Blois sont d’abord, comme le dit le dépliant, une « gigantesque librairie » d’histoire où se pressent des centaines d’éditeurs et d’auteurs venus rencontrer leurs lecteurs. D’année en année, cette manifestation s’est imposée comme le moment de visibilité unique donné à la production et à la recherche historiques, avec ses stars, ses invités, ses évités, ses dîners, ses conférences à guichet fermé.

Blois n’est qu’un symptôme, celui de la persistance de la prédominance masculine dans un contexte de féminisation progressive, mais fragile, du corps académique. Si elle s’articule solidairement à d’autres luttes dont l’urgence s’impose aujourd’hui avec force, contre le harcèlement sexuel notamment et contre toutes les discriminations, la résistance à cette forme de domination répond à une même nécessité. Dans les sciences humaines, les femmes représentent près de la moitié du corps des maîtres de conférences mais ne sont plus que 29% dans le rang professoral et 25,5% au sein des directions de recherche au CNRS. En outre, les femmes deviennent professeures à un âge plus avancé, avec une différence de salaire constatée de près de 1000 euros en fin de carrière. Surtout, la domination masculine dans le champ historique est palpable dans les espaces de visibilité et de pouvoir académique : les directions de publication, de revues, de collections, les lieux de prestige (au Collège de France 3 historiennes pour 12 historiens, seulement 1/3 de directrices dans les établissements de recherche français à l’étranger, etc.). Enfin la prédominance des hommes est écrasante dans les grandes collections d’histoire qui offrent de la visibilité aux travaux de recherche : exemples parmi tant d’autres, sur les 219 livres publiés dans la collection la Bibliothèque des histoires de Gallimard, 16 sont signés par des femmes ; dans L’univers historique du Seuil, 28 livres publiés par des femmes pour 199 signés par des hommes.

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