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« Idola Saint-Jean, L’insoumise »: recension

Par Marilou Tanguay, étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université de Montréal

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LAVIGNE, Marie et Michèle STANTON-JEAN. Idola Saint-Jean, l’insoumise. Montréal, Éditions Boréal, 2017.

L’usage de la biographie en histoire est complexe et comporte son lot d’apories comme le démontrent plusieurs articles parus dans un numéro de la Revue d’histoire de l’Amérique française consacré à celle-ci[1]. En histoire des femmes, son emploi invite à des réflexions particulières à ce champ disciplinaire puisque la biographie peut s’avérer à la fois un piège et un outil. En s’attardant au parcours singulier d’une femme iconoclaste, il est facile de sombrer dans la rhétorique de « l’exceptionnalisme ». Cet intérêt pour les « exceptions » et non pour les parcours de femmes ordinaires a pour effet pernicieux de ne pas représenter la réalité de l’ensemble des femmes[2]. À l’inverse, cependant, la biographie permet de rendre visibles les luttes menées par des femmes que les ouvrages généraux, souvent empreints d’un universalisme masculin, ont oblitérées.

C’est précisément en réaction au silence de l’historiographie sur le parcours pourtant impressionnant d’Idola Saint-Jean, notamment sur la question de la quête du suffrage des femmes, que les auteures Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean[3] ont décidé d’entreprendre la rédaction de sa biographie. En effet, si des ouvrages ont déjà été consacrés à Thérèse Casgrain ou Marie Gérin-Lajoie, deux suffragistes contemporaines d’Idola, cette dernière n’avait pas encore eu cette chance. Par conséquent, l’intention des auteures va beaucoup plus loin que de simplement présenter la vie de la féministe afin de mettre en lumière son rôle primordial dans l’histoire. La biographie est un moyen pour elles de réparer une histoire incomplète, « une injustice » comme elles le précisent.

Suite à la lecture des 384 pages qui composent l’ouvrage, il est manifeste que l’occultation de la figure d’Idola Saint-Jean dans l’histoire, occultation survenue après son décès et que les auteures qualifient du « mystère Idola Saint-Jean », ne peut s’expliquer par la faible importance de son implication dans les diverses revendications de son époque. Les auteures relèvent deux facteurs pour expliquer ce fait. L’une des raisons évidentes est qu’étant célibataire, sans enfants et fille unique, Idola n’a pas eu de proches pour préserver sa correspondance ou ses archives personnelles, rendant du coup la rédaction d’une biographie plus ardue. Outre ce manque de sources manifeste, les auteures émettent l’hypothèse que c’est dans le parcours singulier d’Idola que subsiste la principale cause de son invisibilité posthume. Idola n’a pas usé des stratégies « tout en douceur » dans sa militance comparativement aux féministes de l’époque au ton diplomatique et réservé qui employaient fréquemment des arguments maternalistes pour faire cheminer les questions relatives aux droits des femmes. Divergente, insoumise et rebelle, elle était redoutée.

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Les héritages de la Révolution tranquille

Marie-Andrée Bergeron et Vincent Lambert, responsables du dossier

 

« C'est l'temps qu'ça change », le slogan du Parti libéral aux élections de 1960. Source : PLQ.

« C’est l’temps qu’ça change », le slogan du Parti libéral aux élections de 1960. Source : PLQ.

Le mercredi 14 septembre, HistoireEngagee.ca débutera la publication d’un dossier thématique, sous la direction de Marie-Andrée Bergeron et de Vincent Lambert, portant sur les héritages de la Révolution tranquille. Nous vous présentons ci-dessous une brève introduction du dossier rédigée par Vincent Lambert.


L’héritage de la Révolution tranquille n’a peut-être jamais été si problématique. D’un côté, le modèle social-démocrate et néo-nationaliste qui en est le socle est menacé par une vision économique à court terme, toute puissante; de l’autre, ses grandes images, ses grandes figures, paraissent un peu figées dans le temps, comme si elles n’étaient plus des sources d’inspirations aussi crédibles. Car la Révolution tranquille n’est pas seulement une période historique, elle est également un âge, certains diront même un âge d’or. Comme il semble parfois que les temps présents s’en distancient, ce dossier souhaite interroger son héritage culturel et littéraire, à travers ses représentations contemporaines.

Le dossier s’ouvre par deux exercices de recadrage, le premier sur l’origine de l’expression « Révolution tranquille » (Jean-Philippe Warren) et l’autre sur sa dimension mythique (Alexandre Turgeon), puis enchaîne avec des analyses portant sur deux repères incontournables associés à cette période, le legs de Refus global (Sophie Dubois) et l’évolution de la revue Liberté (Rachel Nadon). Les trois articles suivants examinent l’héritage de la Révolution tranquille dans des œuvres littéraires récentes, que ce soit dans le roman (Daniel Letendre), l’essai (Vincent Lambert) ou le théâtre (Céline Philippe). Enfin, un entretien avec Michel Biron propose un tour d’horizon de la question. »

Appel à contributions pour le dossier thématique « Afro-Amériques : résistances, histoires et mémoires »

Par Pascal Scallon-Chouinard, Christine Chevalier-Caron, Alexandre Aubé-Côté, Jacqueline Garriss et Thomas Garriss, responsables du dossier

Ce qui est à moi, ces quelques milliers de mortiférés qui tournent en rond dans la calebasse d’une île et ce qui est à moi aussi, l’archipel arqué comme le désir inquiet de se nier, on dirait une anxiété maternelle pour protéger la ténuité plus délicate qui sépare l’une de l’autre Amérique ; et ses flancs qui sécrètent pour l’Europe la bonne liqueur d’un Gulf Stream, et l’un des deux versants d’incandescence entre quoi l’Equateur funambule vers l’Afrique. Et mon île non-clôture, sa claire audace debout à l’arrière de cette polynésie, devant elle, la Guadeloupe fendue en deux de sa raie dorsale et de même misère que nous, Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité et la comique petite queue de la Floride où d’un nègre s’achève la strangulation, et l’Afrique gigantesquement chenillant jusqu’au pied hispanique de l’Europe, sa nudité où la Mort fauche à larges andains.

Et je me dis Bordeaux et Nantes et Liverpool et New York et San Francisco

pas un bout de ce monde qui ne porte mon empreinte digitale

et mon calcanéum sur le dos des gratte-ciel et ma crasse

dans le scintillement des gemmes !

Qui peut se vanter d’avoir mieux que moi ?

Virginie. Tennessee. Géorgie. Alabama

Putréfactions monstrueuses de révoltes

inopérantes,

marais de sang putrides trompettes absurdement bouchées

Terres rouges, terres sanguines, terres consanguines[1].

Frontispice en bois gravé de Franz Masereel pour la première édition du recueil de poésie Pigments de Léon-Gontran Damas (1937).

Frontispice en bois gravé de Franz Masereel pour la première édition du recueil de poésie Pigments de Léon-Gontran Damas (1937).

Ces mots du poète martiniquais et père du mouvement de la Négritude Aimé Césaire, illustrent à leur façon un ancrage historique et culturel commun aux populations noires des Amériques, d’Europe et d’Afrique. Ils sont, dans un certain sens, la résultante de « déchirements identitaires » qui s’inscrivent dans un passé traumatique fortement lié aux traites transatlantiques et à l’esclavage, pratiques qui ont considérablement marqué le destin des sociétés africaines, européennes et américaines à partir du 16e siècle. Cette histoire, comme l’explique l’historien Jean-Pierre LeGlaunec, est pourtant loin d’être terminée. L’esclavagisme, dans les faits, a certes été aboli entre la fin du 18e siècle et la fin du 19e siècle dans la plupart des zones touchées par cette pratique. Il demeure néanmoins bien ancré et perceptible « dans les mémoires, les paysages ou les tissus sociaux, […] les traces de l’ancien système qui a régi le monde moderne pendant près de quatre siècles sont nombreuses dans l’organisation des sociétés américaines », qu’il s’agisse des États-Unis, des Antilles ou de nations latino-américaines telles que le Brésil et Cuba[2]. En outre, bien que ce passé se soit caractérisé par une incroyable brutalité, il témoigne également d’une très grande capacité de résilience de la part des populations touchées, qui s’est illustrée dans des actions de résistance, mais également dans une créativité sans limites qui a marqué de façon durable les milieux culturels et artistiques à l’échelle mondiale.

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Appel à contributions pour le dossier thématique « Où sont les femmes ? »

Par Christine Chevalier-Caron, Stéphanie Lanthier, Camille Robert, Margot Blanchard, Camille Gauvin et Pascal Scallon-Chouinard, responsables du dossier thématique

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Marche pour la commémoration du 50ème anniversaire du droit de vote aux femmes, New York, 26 août 1970.

Appel à contributions

Bien que la volonté de mettre fin à l’invisibilisation des femmes et des féministes dans la discipline historique semble être une réalité tangible depuis quelques décennies, ces dernières y demeurent, toutefois, sous-représentées (M. Dumont, 2013; M-H. Brunet, 2013). Malgré l’effort de nombreuses historiennes, anthropologues, politologues et sociologues désirant mettre fin à cette problématique, un constat demeure : l’occultation des femmes des récits historiques. La prise en compte de celles-ci dans l’histoire et l’étude du féminisme, voire des féminismes, permettent de questionner autrement le passé, le présent et le futur sur une multitude d’aspects. Ainsi, HistoireEngagee.ca vous invite à proposer des articles de fond, de courts textes, des prises de position, des recensions ou des entrevues concernant l’histoire des femmes afin de rendre les femmes et les féministes sujets et actrices de l’histoire.

Les pistes de réflexion sont nombreuses; nous souhaitons qu’elles demeurent diversifiées et qu’elles s’inscrivent dans des champs spatio-temporels variés. Voici une liste non-exhaustive de thématiques pouvant être envisagées:

  • Nouvelles perspectives en histoire des femmes/histoire du genre/histoire genrée;
  • Histoire des féminismes;
  • Femmes et éducation(s);
  • Femmes et mouvements sociaux;
  • Femmes et immigration(s);
  • Femmes et sports;
  • Historiographies de l’histoire féministe;
  • Débats féministes et histoire(s)/l’histoire dans les études féministes;
  • Dialogues entre plusieurs générations d’historiennes féministes;
  • Représentations de figures féminines et féministes historiques dans la culture populaire (télévision québécoise, téléséries, films, jeux-vidéos, musique, littérature…);
  • Mémoire(s) de l’histoire des femmes;
  • Vulgarisation de l’histoire des femmes;
  • Etc.

Nous attendons vos propositions présentant un projet de contribution de 250 à 400 mots avant le 1er août 2016, à l’adresse suivante : contributions@histoireengagee.ca. La mise en ligne finale des contributions est prévue pour octobre 2016. Vous trouverez de l’information sur nos balises de rédaction et directives de soumission en cliquant ici.

HistoireEngagée recrute ! Appel à candidatures du comité de rédaction

Le comité de rédaction

Depuis quelques années déjà, la revue en-ligne HistoireEngagee.ca se présente comme un lieu de diffusion de l’histoire qui cherche à harmoniser la méthode historienne avec la quête de sens de nos sociétés. Son mandat est de proposer des contributions de natures diverses qui s’intéressent au passé en s’arrimant aux enjeux actuels, que ceux-ci soient locaux, nationaux ou internationaux. Le comité de rédaction est actuellement à la recherche de personnes intéressées à rejoindre son équipe afin de contribuer activement au développement du contenu et du lectorat de la revue, et ce dans le respect de sa démarche envers la promotion et la diffusion d’une histoire actuelle qui se veut accessible, rigoureuse, et engagée.

En tant que membre(s) du comité de rédaction, la ou les personnes choisies devra ou devront essentiellement participer aux réunions du comité, contribuer à l’élaboration et à la réalisation des différents dossiers et projets (numéros thématiques, nouvelles rubriques, collaborations, conférences, colloques, etc.), effectuer des tâches liées à la recherche, l’évaluation, la correction, l’édition et la diffusion de textes, puis participer à l’amélioration et au développement général du site HistoireEngagee.ca et des différentes plateformes de communication. En tant qu’historiennes et historiens engagés, les membres du comité de rédaction sont également appelés à participer au dialogue sur notre plateforme au moyen de publications pouvant prendre la forme d’articles, de billets de blogue, d’entrevues ou autres contributions jugées pertinentes.

La date de tombée pour les candidatures a été fixée au 9 octobre 2015. Vous pourrez toujours proposer votre dossier après cette date, nous pourrions ainsi conserver votre nom en banque pour d’éventuels besoins.

En ce qui concerne l’investissement de temps, nous parlons d’environ 5 heures par semaine. Cela peu varier selon les dossiers à développer, les contextes et les périodes de l’année. Cela dépend également du temps que le candidat ou la candidate retenu(e) souhaite consacrer au développement de la revue et des différents dossiers. Par ailleurs, les réunions et les discussions entre les membres du comité se font essentiellement en-ligne (notamment via skype).

Toute personne intéressée peut faire parvenir une lettre d’intention accompagnée de son curriculum vitae universitaire (formation, recherches universitaires, spécialisations, publications, expériences professionnelles pertinentes, etc.) à l’adresse courriel suivante : contributions@histoireengagee.ca.

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