Pierre Lavoie, chercheur postdoctoral en études américaines, Yale University

La pandémie actuelle doit d’abord et avant tout être analysée au regard des milliers de décès qu’elle provoque, des drames qu’elle engendre au sein des familles et des communautés durement touchées par la maladie et par ses conséquences socioéconomiques à travers le monde — le plus souvent parmi les groupes de populations les plus défavorisés et marginalisés[1]. Bien qu’il puisse sembler rassurant de se rallier autour de l’idée que nous soyons tous pris dans le même bateau, la présente situation nous rappelle au contraire les inégalités des conditions et des existences; elle les exacerbe.

Dans ce contexte, la formulation de quelconque instrumentalisation de la crise, même lorsque fondée sur les meilleures intentions — telle gratification de ses effets positifs pour l’environnement, tel appel à profiter de ce moment historique pour refonder nos sociétés, telle apologie du temps suspendu — exige beaucoup de doigté et de sensibilité; et souligne à grands traits le privilège de ceux et celles qui peuvent utiliser ce temps de retrait pour penser, pour se recentrer ou pour se divertir plutôt que pour soigner, pour craindre ou pour souffrir[2]. L’illustration paroxystique de cette dissonance des expériences et des perceptions se trouve peut-être dans les réactions décalées et dans la mise en scène du confinement de nombreuses célébrités issues du milieu du divertissement.