Pascal Scallon-Chouinard

Nous vous invitons à consulter le site ActiveHistory.ca où des questions d’histoire, de mémoire, de culture et d’identité ont été abordées dans le cadre de récents billets. Une série animée, un héros canadien et un livre de recettes ont notamment fait l’objet d’articles des plus intéressants.

Joindre l’utile à l’agréable : voilà ce qu’ont entrepris les chercheurs Daniel Macfarlane et Ryan O’Connor en choisissant une série télévisée animée comme objet d’étude. À leurs yeux, une analyse approfondie de The Raccoons (Les amis ratons, en français), série canadienne « culte » des années 1980, permettrait de comprendre et de mieux faire connaître le « discours environnemental » présent dans la culture populaire de l’époque. Mettant en scène des animaux du Canada et d’ailleurs, cette série animée se composerait de nombreux épisodes portant sur des enjeux liés à la nature (déforestation, préservation des lacs, construction de barrages, etc.) ou témoignant de valeurs qu’il serait possible de qualifier d’anticorporatistes, voir d’anticapitalistes. Destinée aux jeunes, il ne fait aucun doute qu’elle a marqué l’esprit d’une génération de Canadiens. Son analyse, soutient Macfarlane dans son billet intitulé « The Raccoons », rendrait non seulement possible une meilleure compréhension de la dynamique écologique des années 1980, mais permettrait également d’aborder des questions telles que l’influence de cette forme d’art populaire sur son audience ou dans la construction des opinions et des approches liées aux enjeux environnementaux.

Connaissez-vous Sam Steele? Dans un court billet intitulé « Reviving the Canadian Hero », l’historien Lauren Wheeler n’hésite pas à qualifier l’homme de « Forest Gump de l’histoire canadienne ». Figure importante de son époque et emblème de la Gendarmerie royale du Canada, Steele a en effet pris part à de nombreux épisodes marquants de l’histoire canadienne des 19e et 20e siècles : les raids fenians de 1866-1871; les rébellions de la Rivière rouge et du Nord-Ouest de 1870 et de 1885 (Louis Riel); la formation de la North-West Mounted Police en 1873; la construction du chemin de fer du Canadien-Pacifique; la ruée vers l’or du Klondike; la seconde guerre des Boers; la Première Guerre mondiale; l’épidémie de la grippe espagnole; la grève générale de Winnipeg; etc. Bien qu’impressionnant, ce parcours a toutefois semblé être rapidement évacué de la mémoire collective. Pour Lauren Wheeler, il est primordial de s’intéresser à l’histoire de cette figure importante qui a traversé le premier cinquantenaire de l’histoire canadienne, et c’est d’ailleurs dans cette logique qu’est mise en œuvre une exposition à la fois physique et digitale (Sam Steele Exhibition) par l’Université d’Alberta.

Au-delà des recettes, que peut bien contenir un livre de cuisine? Assurément plusieurs renseignements sur ses propriétaires, répond l’historien Ian Mosby. Dans son billet intitulé « Speak, Recipe : Reading Cookbooks as Life Stories », ce dernier soutient qu’un livre de cuisine peut représenter une source intéressante pour en apprendre davantage sur la culture culinaire, sur les pratiques de consommation et sur un certain mode de vie. Les pages aux coins pliés ou usés, les appréciations personnelles ajoutées aux recettes, les annotations diverses concernant des ajustements aux quantités ou aux techniques employées, etc., sont autant d’informations permettant de reconstituer une petite partie de l’identité et des habitudes d’un individu ou d’une famille. En outre, c’est en quelque sorte un plaidoyer que lance Mosby en faveur de ce type bien particulier de source qu’il ne faut ni banaliser, ni négliger. Son apport, dans le cadre d’une histoire culturelle, doit au contraire être davantage reconnu et valorisé.

L’histoire culturelle, comme le démontrent ces trois billets, peut amener les praticiens de l’histoire sur plusieurs terrains. Les « outils » de recherche, parfois non conventionnels, peuvent certes porter à sourire dû à la nostalgie qu’ils évoquent. Mais leur apport demeure indéniable et de nombreux travaux restent à faire afin de poursuivre l’enrichissement de champ historiographique.