HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

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Chronique éditoriale 2. De l’importance d’une histoire engagée et accessible

Par Mathieu Arsenault, membre du comité éditorial

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Extreme growing environment. Musée Gardiner (Toronto), par Neil et Carolyn Turnbull, 2015. Crédit : Mathieu Arsenault 2017

HistoireEngagee.ca souhaite profiter de la rentrée pour offrir sa seconde rubrique éditoriale. L’éditorial a pour but d’offrir des repères aux lectrices et aux lecteurs; l’éditorialiste, quant à lui, informe sur l’état des publications, sur les liens de celles-ci avec l’actualité, puis en propose une synthèse. Afin d’adapter cette formule au format d’HistoireEngagee.ca, nous souhaitons offrir des éditoriaux récapitulatifs qui seront publiés à trois occasions durant l’année.

En amorçant cet éditorial ponctuant la fin de la période des vacances estivales, force est d’admettre que l’été ne fut pas de tout repos et que l’actualité récente annonce un automne tout aussi mouvementé. Pourtant la belle saison devait donner le coup de départ d’une année de festivités et de célébrations sous l’enseigne – entre autres choses – de Canada150 et du 375e anniversaire de Montréal. Certains souligneront assurément un succès tous azimuts, adoptant avec assurance la rhétorique à la mode qui n’a pas peur de l’enflure verbale lorsqu’il est question de célébrer un autre tremendous success. Dans les deniers mois plus que jamais, le travail de notre équipe éditoriale et de nos généreux collaborateurs, ainsi que l’intérêt grandissant de nos lecteurs, ont démontré l’importance de l’histoire engagée au quotidien. Arrimant le passé avec les enjeux de notre temps, HistoireEngagee.ca contribue plus que jamais à renforcer l’esprit critique ; que ce soit face aux appels à célébrer dans une insouciante béatitude, ou devant les incitations à se camper dans des positions aussi tranchées que démagogiques. Le grand nombre de publications des derniers mois en est la preuve et témoigne d’un rejet envers le nouveau relativisme vulgairement présenté comme des « faits alternatifs ». Retour sur nos plus récentes publications.

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Entretien avec Marcel Martel

Par Caroline Robert, Amélie Grenier et Martin Robert, du Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS)

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Monsieur Marcel Martel, professeur au département d’histoire de l’Université York à Toronto, était de passage à l’UQÀM les 4 et 5 mai derniers à l’occasion du colloque Vices et criminalité dans l’histoire du Québec et du Canada, organisé par le Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS). Dans le cadre de cet événement, une table ronde réunissant les professeurs Ollivier Hubert et Donald Fyson s’est tenue autour du livre de M. Martel Une brève histoire du vice au Canada depuis 1500, paru aux Presses de l’Université Laval (traduction française de Canada the Good : A Short History of Vice since 1500 paru chez Wilfrid Laurier University Press en 2014). Parmi les autres publications du professeur Martel, on trouve Not This Time : Canadians, Public Policy and the Marijuana Question, 1961-1975 (University of Toronto Press, 2006) et Le Canada français et la Confédération : fondements et bilan critique (Presses de l’Université Laval, 2016), coécrit avec Jean-François Caron[1].


Caroline Robert : De quelle façon en êtes-vous venu à vous intéresser à l’histoire du vice du Canada?

Marcel Martel : Mon intérêt pour la problématique du vice s’explique d’abord par ma volonté de développer un nouveau cours au premier cycle. Il s’agissait d’adopter une approche comparative qui tienne compte non seulement du Canada, mais aussi des États-Unis et du Mexique. La dimension comparative montre que les phénomènes étudiés ne sont pas spécifiques au Canada, mais en même temps, elle permet de faire ressortir les spécificités de la société canadienne. On peut évidemment penser à la coexistence de deux communautés linguistiques, celle d’expression française et celle d’expression anglaise. Mais, il y a également le facteur religieux, puisque pendant de nombreux siècles, les chrétiens dominaient la société canadienne, toutefois ils n’étaient pas tous d’accord sur la manière de criminaliser les comportements considérés comme des « vices ».

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The Great White Hype : Conor McGregor et la notion de race dans l’histoire de la boxe

Par Angie Wong, doctorante en humanités à l’Université York, et Travis Hay, doctorant en histoire à l’Université York[1]

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Conor McGregor et Floyd Mayweather lors de leur conférence de presse à Toronto, le 12 juillet 2017. Crédit : Showtime.

Le 12 juillet 2017, le centre-ville de Toronto était envahi par un océan de drapeaux irlandais et d’hommes blancs bien animés[2]. Plus de 16 000 partisans s’étaient déplacés pour être témoins d’un arrêt de la tournée mondiale de conférences de presse organisée pour promouvoir le combat qui doit opposer le champion invaincu Floyd Mayweather Jr. (souvent considéré comme le meilleur boxeur de l’histoire), un Afro-Américain, et le pratiquant d’arts martiaux mixtes Conor McGregor, un Caucasien. Peu de temps après le début de la conférence de presse, la foule – majoritairement en faveur de McGregor – s’est mise à invectiver et à huer Mayweather, en le gratifiant d’insultes et autres provocations. Appréciant et encourageant même la scène, McGregor a fait de son mieux pour tenter d’humilier son opposant, allant jusqu’à crier « dance for me, boy », pendant que la foule chantait « Olé »[3]. Lorsqu’est venu le tour de Mayweather de s’adresser au public, sa parole a été submergée par le public qui scandait à répétition « Pay your taxes! » (une référence à ses potentiels troubles financiers)[4]. Malgré le fait qu’il n’ait pas semblé trop ébranlé par la foule de Toronto, Mayweather a visiblement échoué dans sa tentative de se rallier le support du public canadien, et ce, malgré le port d’une casquette et d’un chandail incorporant le drapeau canadien à son logo.

En tant que personnes féministes critiques intéressées par la question raciale; en tant qu’amateurs de boxe et d’arts martiaux mixtes également, nous n’avons pu nous empêcher de voir dans la conduite des partisans canadiens de Conor McGregor un parallèle frappant avec les manifestations de soutien à Donald Trump aux États-Unis. Nous avons aussi été troublés de constater comment la soudaine montée en popularité de McGregor s’est inscrite dans le développement d’une trame narrative du « Great White Hope » – un homme blanc, issu des classes ouvrières, qui transpose sa mentalité « boite à lunch » au ring et compense son manque d’athlétisme et de talent naturels par une éthique de travail irréprochable, lui permettant de battre un champion noir et d’ainsi restaurer une certaine fierté à une population blanche qui s’estime en état de crise. En intitulant cet article « The Great White Hype » (ce qui est également le titre d’un film de 1996 se moquant de la situation), nous voulons tenter de démontrer que le succès culturel de McGregor a plus à voir avec la renaissance d’une fierté blanche qu’avec ses prouesses pugilistiques. Pour faire court, cet enjeu s’inscrit dans une trame historique qui, comme en témoigne la conférence de presse de Toronto, demeure d’actualité.

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Les droites extrêmes en Europe : recension

Par Olivier Bérubé-Sasseville, candidat au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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L’ouvrage de Jean-Yves Camus et de Nicolas Lebourg est paru en 2015.

Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, respectivement chercheurs à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques et au Centre d’études politiques de l’Europe latine (CNRS-Université de Montpellier), sont tous les deux liés à l’Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès et au programme European Fascism de l’université George Washington. Ils sont régulièrement invités à commenter l’actualité des droites radicales en France et en Europe. Dans leur plus récent livre, Les droites extrêmes en Europe, paru en novembre 2015, ils nous proposent un portrait exhaustif de la galaxie de tendances des droites radicales européennes.

La première section de l’ouvrage intitulée « Comment naissent les extrêmes droites », propose, par un détour obligatoire à l’histoire politique française, un retour à la fois historique et théorique sur l’avènement de l’extrême-droite et permet d’en exposer les diverses manifestations de la fin du XIXe siècle à 1945. Dans cette partie, les auteurs exposent notamment les dynamiques de réaction et de contreréaction, le basculement du nationalisme du camp républicain vers la droite et le développement d’un puissant antisémitisme qui cristallise la tendance. Il existerait, selon les auteurs, plusieurs degrés de radicalité au sein des courants d’extrême droite. Exposant la distinction entre « nationaux » et « nationalistes », ils expliquent que divers mouvements d’intensité idéologique variable se développent dans des dynamiques qui les poussent tantôt vers la collaboration, tantôt vers une logique de compétition.

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Du nouveau à HistoireEngagee.ca!

Le comité éditorial

L’équipe de la revue HistoireEngagee.ca a profité de l’été pour préparer sa rentrée 2017-2018 et développer de nouvelles collaborations qui lui permettront, sans aucun doute, d’offrir aux lectrices et aux lecteurs un contenu approfondi et encore plus diversifié. En ce sens, tant le comité éditorial que l’équipe de collaboratrices et de collaborateurs se sont enrichis de nouveaux membres. Avec leurs expertises respectives et leur vaste expérience en rédaction et en publication, ces « recrues » permettront de relancer et de dynamiser certains de nos dossiers thématiques, entre autres ceux portant sur l’éducation, sur les femmes et sur les afro-Amériques; ils contribueront également à développer de nouveaux projets qui viseront à éclairer, à l’aide d’une perspective historienne, des événements, des enjeux et des questions liés à l’actualité politique et socioculturelle du Québec, du Canada et de la scène internationale. Nous souhaitons ainsi la bienvenue à Catherine Larochelle et à Vanessa Blais-Tremblay, qui ont intégré le comité éditorial, ainsi qu’à Bocar Niang et à Pierre Désiré, qui ont quant à eux rejoint à l’équipe de collaboratrices et de collaborateurs.



Catherine Larochelle termine présentement un doctorat en histoire à l’Université de Montréal. Sa thèse porte sur la construction rhétorique et les usages pédagogiques de l’altérité à l’école québécoise au XIXe siècle. Dans ses recherches, Catherine explore les discours et les idéologies impérialistes, racistes, orientalistes et genrées transmis par le système scolaire québécois aux XIXe et XXe siècles. Ses intérêts de recherche croisent l’histoire de l’enfance et de la jeunesse, l’histoire de l’orientalisme et de l’imaginaire impérial du Québec/Canada, l’histoire coloniale, les représentations des peuples autochtones et l’histoire du missionnariat canadien-français. Elle affectionne particulièrement la théorie, les approches critiques et les innovations méthodologiques.

Vanessa Blais-Tremblay est candidate au doctorat en Musicologie et en Études des Femmes à l’Université McGill, et violoniste dans plusieurs ensembles de musiques populaires. Elle s’intéresse aux questions d’identité, d’historiographie et de genre musical dans la musique canadienne des XXe et XXIe siècles. Vanessa a plusieurs publications à son actif et a présenté ses travaux de recherche dans de multiples conférences internationales et interdisciplinaires ainsi que dans des contextes de « musicologie publique. » Elle est présentement chargée de cours en Histoire de la Musique à l’Université McGill et termine sa dissertation, qui porte sur les rôles que les femmes ont joués durant l’âge d’or du jazz à Montréal (1925-1955).

Bocar Niang est depuis 2014 doctorant en histoire à l’Université de Sherbrooke. Il a assumé ces dernières années des charges de cours en communication organisationnelle à l’Université de Dakar ainsi que sur l’histoire contemporaine africaine à l’UQAM. Passionné d’histoire et de communication, les deux facettes de sa formation universitaire, il s’est spécialisé depuis sa maîtrise dans l’étude des médias. Il s’intéresse en particulier à leur rôle et à leur impact sur la formation et l’évolution des États-nations en Afrique. Cet intérêt pour l’histoire et le rôle des médias se justifie en partie par le profil professionnel de Bocar. Ancien journaliste, il a collaboré à plusieurs publications africaines, françaises et canadiennes. Il travaille également depuis neuf ans dans une entreprise canadienne spécialisée en évaluation et en veille médiatiques.

Pierre Cras est titulaire d’un doctorat de civilisation américaine de l’Université Paris III – Sorbonne Nouvelle avec une double spécialité en études africaines-américaines ainsi qu’en cinéma. Ses recherches portent sur les productions culturelles populaires nord-américaines – comics, films d’animation, lithographies… – et se situent au croisement de l’histoire culturelle, de la civilisation et des études cinématographiques. Le fil conducteur de son travail consiste à envisager les « artefacts culturels » filmiques et plus généralement visuels comme outils de compréhension de l’histoire des sociétés humaines. Ces dernières années, Pierre Cras a tenté d’analyser les processus de création et de diffusion des représentations archétypales, caricaturales et stéréotypées des Noirs.es à travers le médium du film d’animation, puis à souligner l’apport transnational – notamment européen – de l’imagerie présente dans l’imaginaire collectif américain des XIXe et XXe siècles.

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