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Là où le présent rencontre le passé

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Le discours «néo-réactionnaire» : recension

Par Félix L. Deslauriers, candidat à la maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)[1]

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Il y a plus de treize ans, Daniel Lindenberg publiait Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires. Ce pamphlet brossait le tableau d’une constellation émergente du paysage intellectuel français : issus pour la plupart de la gauche, ces écrivains semblaient désormais convertis à la critique de l’égalitarisme associé à l’«esprit» de Mai 68. Cette intervention allait déclencher une vive polémique et cristalliser les termes d’un débat qui n’a pas faibli depuis.

Les auteurs réunis dans Le discours «néo-réactionnaire» s’engagent donc sur un sentier que d’autres ont tenté de baliser avant eux, non sans difficultés et résistances. Conscients qu’il s’agit d’une route semée d’embuches, ils entendent contribuer à un «examen dépassionné» de la nébuleuse intellectuelle «néo-réactionnaire». Leur démarche cherche à s’inscrire davantage dans le registre de l’analyse sociologique que dans celui de l’intervention politique, sans renoncer à une posture critique. Sociologues de la littérature à l’Université de Liège, Pascal Durand et Sarah Sindaco ont rassemblé des spécialistes de différentes disciplines à l’occasion d’un colloque dont sont issus les textes du recueil. C’est entre guillemets qu’ils reprennent l’appellation de Lindenberg, afin de la soumettre à un travail d’objectivation conjuguant études de cas et analyses d’ensemble.

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L’Histoire : champ de bataille de la Pologne contemporaine

Par Marie-Dominique Asselin, candidate au doctorat en histoire à l’Université d’Ottawa

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Manifestation pro Union européenne à Varsovie le 7 mai 2016. Crédit: Marie-Dominique Asselin.

En avril dernier, le porte-parole de la Maison-Blanche s’exprimait sur l’attaque à l’arme chimique imputée au régime de Bachar al-Assad en Syrie. Durant son discours, Sean Spicer a très maladroitement comparé le leader syrien à Adolf Hitler. Selon lui, Hitler n’a pas été aussi cruel qu’al-Assad, car le Führer n’a jamais utilisé d’armes chimiques sur son peuple. Il a renchéri en expliquant que les victimes d’al-Assad, elles, étaient innocentes[1]. Ces propos tenus par Spicer semblent insinuer que les victimes juives d’Adolf Hitler n’étaient pas innocentes et que le Ziklon B utilisé dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau, n’était pas chimique. Au même moment, Marine Le Pen, chef du Front National, refuse d’admettre la responsabilité française lors de la rafle du Vélodrome d’Hiver, en juillet 1942. Selon elle, la France était alors occupée par l’Allemagne et ne peut donc pas être tenue responsable de la déportation des Juifs. Bien que ce type de propos soit choquant, nous en entendons de plus en plus fréquemment dans les discours populistes. Depuis quelques années, nous assistons à une banalisation et à une déformation de l’histoire de l’Holocauste, principalement par des politiciens. Les journaux d’ici et d’ailleurs prennent plaisir à faire les manchettes avec ces gaffes qui montrent les préjugés et l’ignorance de la classe politique occidentale. Malgré tout, en Amérique du Nord et en Europe occidentale, ces propos n’ont que rarement d’effets sur les politiques nationales des pays concernés.

En Pologne, lieu où sont morts la majorité des 6 millions de Juifs assassinés par l’Allemagne nazie, la banalisation de l’Holocauste a pris une ampleur démesurée. Le gouvernement du parti Droit et justice (PiS) mène une véritable politique historique à l’égard de l’Holocauste depuis son élection en octobre 2015. Les institutions polonaises telles que l’Institut de la mémoire nationale (IPN), contrôlées par le parti au pouvoir, dénaturent les faits historiques concernant l’Holocauste. L’objectif de cette politique historique est d’influencer la pensée des Polonais et de façonner une certaine vision de la Pologne. Le PiS souhaite délaisser une vérité historique – soit qu’il y a eu une forme de collaboration des Polonais catholiques durant l’Holocauste – au profit d’un mythe voulant que les Polonais, eux-mêmes victimes du nazisme, aient tout fait ce qui était en leur pouvoir pour sauver les Juifs.

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Confusion des genres et méconnaissance

Par Martin Pâquet et Karine Hébert, président et vice-présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

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La série télévisée Canada: The Story of Us suscite son lot de commentaires dans l’espace public depuis son lancement. Réagissant aux critiques, Chuck Thompson, le directeur des affaires publiques de CBC, s’est excusé en mentionnant que, « [à] titre de diffuseur public du Canada, nous sommes résolus à faire découvrir aux Canadiens leur pays et leur histoire (« history ») et à les aider à tisser des liens. Lorsque nous racontons l’histoire (« history ») d’un pays, il y a inévitablement des citoyens, des historiens et des politiciens qui ont une autre façon de voir les choses, et c’est de toute évidence ce qui se passe avec Canada: The Story of Us ».

Comme historiens, nous aimerions attirer l’attention sur la perspective des concepteurs de cette série. Cette perspective repose à la fois sur une confusion des genres et sur la décision des concepteurs de se priver de l’expertise variée des historiens et de la qualité du rapport au passé qu’ils peuvent offrir. Dès lors, cette perspective ne peut déboucher sur un dialogue fructueux, malgré les souhaits de la CBC.

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Maurice Richard : l’origine d’une passion partisane, 1942-1945

Par Étienne Lapointe, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Monument Maurice Richard. Crédit : Guy Mayer (Flickr).

Résumé

L’émeute du Forum de mars 1955 en réaction à la suspension du joueur vedette du Canadien de Montréal a marqué l’imaginaire collectif des Québécois francophones au point qu’on en a fait un événement illustrant la volonté d’affirmation nationale des Canadiens français. À la faveur de la Révolution tranquille et avec le passage du temps, Maurice Richard est ainsi devenu le symbole de cette affirmation nationale. Le présent article revient au début de la carrière de Richard afin d’illustrer comment, avant d’être un mythe national, il a été un héros sportif. En épluchant la presse sportive, on peut constater que la passion dont il a été l’objet se met en place par le biais du discours journalistique dès les débuts du joueur. Les trois premières saisons de Richard sont ici étudiées à la recherche des traces cette passion partisane.

Mots clés

Maurice Richard; émeute; fans; nationalisme; supporterisme; passion partisane; Canadien de Montréal.

Introduction

En septembre 2016, deux nouvelles ont rappelé que le nom de Maurice Richard ainsi que son souvenir étaient bien vivants au Québec. D’abord, le 8 septembre un article de la Presse canadienne annonçant que le club-école du Club de hockey Canadien désormais basé à Laval, allait porter le nom de « Rocket » a été relayé notamment par le quotidien The Gazette[1]. Quelques jours plus tard, soit le 14 septembre, la députée du Parti libéral du Québec dans la circonscription de Crémazie, Marie Montpetit, a officiellement déposé une demande pour modifier le nom de sa circonscription en faveur du célèbre ailier droit du Canadien de Montréal. Ainsi, le nom de Crémazie, poète nationaliste du 19e siècle, serait remplacé par celui de Maurice Richard[2]. Le changement de nom a été officialisé par le Directeur général des élections du Québec le 2 mars 2017[3]. Notons également que le gouvernement conservateur de Stephen Harper, avait aussi envisagé d’honorer la mémoire de Richard alors qu’on rapportait qu’on pensait baptiser le nouveau pont qui remplacera l’actuel pont Champlain « Maurice-Richard »[4], une idée qui a été rapidement abandonnée en raison des critiques qu’elle a suscitées[5].

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Du Carrick’s à l’art du cirque : et si le cinéma s’accordait avec le devoir de mémoire ? Entrevue avec Viveka Melki, documentariste, réalisatrice et passionnée d’histoire

Par Véronique Dupuis, géographe, étudiante à la maîtrise en histoire à l’UQAR et et collaboratrice pour HistoireEngagee.ca

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On ne doit pas arrêter de raconter l’histoire, car la mémoire file vite.

Viveka Melki

Crédit photo : Sébastien Rabouin.

Recherchiste, réalisatrice et documentariste, Viveka Melki croit vigoureusement que l’histoire doit être dite. Incarnant cet idéal décrit par Henri Lacordaire où « l’histoire est la mémoire du monde », elle fait revivre un passé qui repose dans des boîtes d’archives et des livres trop bien rangés… Passionnée par l’être humain, elle fait revivre les événements et raconte les parcours personnels en sons et en images. Ses projets sont empreints d’une bonne dose d’humanité et d’un devoir de mémoire qu’elle ne pourrait trahir. En chacun de nous réside une histoire, croit-elle, et c’est par cette individualité que se façonne l’histoire globale. Pour cette artiste, travailler l’histoire est plus qu’un choix : c’est une conviction, une nécessité, une vocation. Dans ses documentaires, ses spectacles et ses expositions, Viveka Melki fait revivre des gens, des événements et des époques. Elle prend des avenues encore inexplorées dans le seul but de faire connaître l’histoire, de la rendre accessible et surtout de susciter l’intérêt pour notre passé. Pour la Gambienne d’origine, il importe que l’histoire prime dans nos sociétés où la tendance est à la reléguer aux oubliettes ou à l’escamoter. Avec ses réalisations, elle fait le pari que de plus en plus de gens s’intéresseront à leur propre histoire, mais aussi à celle dite « mondiale ».

Un tel défi n’est pas toujours facile à relever, comme en témoignent les contraintes et les difficultés qui mènent parfois la vie dure à ses projets. Néanmoins, rien n’égale sa conviction que l’histoire doit être omniprésente. Pour cette Canadienne née de parents libanais et brésiliens et qui a vécu plusieurs années en Angleterre, l’histoire est universelle et n’a aucune frontière. Comme si les mailles de chacun de nos récits s’entremêlaient pour former une grande toile commune.

Et si l’histoire devenait prioritaire ? Entrevue avec Viveka Melki.

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