HistoireEngagée

Là où le présent rencontre le passé

Entrevue avec David Niget

Par Cory Verbauwhede, doctorant en histoire à l’UQÀM

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

David Niget est maître de conférences en histoire à l’Université d’Angers, affilié au Centre de recherches historiques de l’Ouest (CNRS, France) et au Centre d’histoire des régulations sociales (UQAM, Québec). Reconnu pour ses travaux sur la rééducation des mineurs au Québec, en France et en Belgique, il place l’agentivité historique de la jeunesse au cœur de ses recherches. Sa réflexion actuelle sur l’observation médico-pédagogique, qui se développe en France, en Belgique et au Québec entre 1945 et 1970, vise à mettre en lumière l’ascension des experts dans la définition et le traitement de la délinquance juvénile, révélant ainsi le double mouvement instauré par ces nouvelles approches : incitation à l’autonomisation des jeunes en tant que citoyens en devenir, d’une part, et subjectivation croissante de ces mêmes jeunes, ciblés par des thérapies nouvelles invasives de leur intimité psychique, de l’autre. Il ne s’agit ainsi pas uniquement de dévoiler les processus de prise en charge mais aussi d’examiner la réaction des jeunes à l’endroit de ceux-ci[1].


Cory Verbauwhede : Parlez-nous de votre parcours.

David Niget : Ma recherche doctorale, sous la direction de Jean-Marie Fecteau, fondateur du Centre d’histoire des régulations sociales dont je suis un chercheur affilié, a porté sur la mise en place du Tribunal pour enfants en France et au Québec. J’ai voulu apporter une perspective non-institutionnelle et non-juridique à une histoire qui demeure très classique dans son ensemble, en centrant mon travail sur les jeunes et leur « expérience sociale ». Je me suis d’abord intéressé à la première période d’existence du tribunal, de sa fondation en 1912 au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, puis un poste de recherche postdoctorale à l’Université catholique de Louvain (UCL) m’a permis d’étendre la période étudiée jusqu’aux années 1950-1960, en me penchant sur le cas, passionnant, de la Belgique.

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Entrevue avec Jean-Philippe Bernard

Par Benoit Marsan, doctorant en histoire à l’UQÀM

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Le colloque "Question sociale et citoyenneté" se tiendra à l'UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Jean-Philippe Bernard est candidat au doctorat en histoire à l’UQÀM sous la direction de Magda Fahrni et la codirection de Karine Hébert. Ses recherches portent sur les programmes de colonisation au Québec pendant la Grande Dépression. Plus spécifiquement, il cherche à retracer l’expérience et le vécu des colons à travers les questions de genre et de citoyenneté par l’entremise des relations avec l’État québécois. Dans le cadre du colloque Question sociale et citoyenneté, il propose une communication intitulée « De désirable à indésirable. Le choix des colons dans le mouvement de colonisation des années trente : le cas de l’Abitibi et du Bas-Saint-Laurent » qui aura lieu dans le cadre d’un panel sur la pauvreté, le chômage et la formation de la classe ouvrière[1].


Benoit Marsan : En quoi la colonisation des espaces québécois au cours de la Grande Dépression s’articule-t-elle avec la question sociale?

Jean-Philippe Bernard : Malheureusement, l’historiographie ne s’est pas vraiment penchée sur cet aspect de la colonisation. Pourtant, juste pour l’Abitibi, c’est plus de 10 000 personnes qui ont été déplacées sous les différents programmes de colonisation durant les années 1930. Beaucoup de gens qui ont donc vécu – ou subi, selon les interprétations – cette aventure et ont ainsi été confrontés à la « question sociale » à travers ce processus. Notamment, cet aspect est central pour les colons dans leurs relations avec l’État ou encore dans la foulée de leurs décisions individuelles ou familiales. Pour faire bref, comme on ne s’est pas encore intéressé outre mesure à cette dimension de la colonisation, il est donc possible de réinterpréter ce phénomène historique à l’aune de la question sociale.

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Appel à contributions pour le dossier thématique « Afro-Amériques : résistances, histoires et mémoires »

Pascal Scallon-Chouinard, Christine Chevalier-Caron, Alexandre Aubé-Côté, Jacqueline Garriss et Thomas Garriss, responsables du dossier

Ce qui est à moi, ces quelques milliers de mortiférés qui tournent en rond dans la calebasse d’une île et ce qui est à moi aussi, l’archipel arqué comme le désir inquiet de se nier, on dirait une anxiété maternelle pour protéger la ténuité plus délicate qui sépare l’une de l’autre Amérique ; et ses flancs qui sécrètent pour l’Europe la bonne liqueur d’un Gulf Stream, et l’un des deux versants d’incandescence entre quoi l’Equateur funambule vers l’Afrique. Et mon île non-clôture, sa claire audace debout à l’arrière de cette polynésie, devant elle, la Guadeloupe fendue en deux de sa raie dorsale et de même misère que nous, Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité et la comique petite queue de la Floride où d’un nègre s’achève la strangulation, et l’Afrique gigantesquement chenillant jusqu’au pied hispanique de l’Europe, sa nudité où la Mort fauche à larges andains.

Et je me dis Bordeaux et Nantes et Liverpool et New York et San Francisco

pas un bout de ce monde qui ne porte mon empreinte digitale

et mon calcanéum sur le dos des gratte-ciel et ma crasse

dans le scintillement des gemmes !

Qui peut se vanter d’avoir mieux que moi ?

Virginie. Tennessee. Géorgie. Alabama

Putréfactions monstrueuses de révoltes

inopérantes,

marais de sang putrides trompettes absurdement bouchées

Terres rouges, terres sanguines, terres consanguines[1].

Frontispice en bois gravé de Franz Masereel pour la première édition du recueil de poésie Pigments de Léon-Gontran Damas (1937).

Frontispice en bois gravé de Franz Masereel pour la première édition du recueil de poésie Pigments de Léon-Gontran Damas (1937).

Ces mots du poète martiniquais et père du mouvement de la Négritude Aimé Césaire, illustrent à leur façon un ancrage historique et culturel commun aux populations noires des Amériques, d’Europe et d’Afrique. Ils sont, dans un certain sens, la résultante de « déchirements identitaires » qui s’inscrivent dans un passé traumatique fortement lié aux traites transatlantiques et à l’esclavage, pratiques qui ont considérablement marqué le destin des sociétés africaines, européennes et américaines à partir du 16e siècle. Cette histoire, comme l’explique l’historien Jean-Pierre LeGlaunec, est pourtant loin d’être terminée. L’esclavagisme, dans les faits, a certes été aboli entre la fin du 18e siècle et la fin du 19e siècle dans la plupart des zones touchées par cette pratique. Il demeure néanmoins bien ancré et perceptible « dans les mémoires, les paysages ou les tissus sociaux, […] les traces de l’ancien système qui a régi le monde moderne pendant près de quatre siècles sont nombreuses dans l’organisation des sociétés américaines », qu’il s’agisse des États-Unis, des Antilles ou de nations latino-américaines telles que le Brésil et Cuba[2]. En outre, bien que ce passé se soit caractérisé par une incroyable brutalité, il témoigne également d’une très grande capacité de résilience de la part des populations touchées, qui s’est illustrée dans des actions de résistance, mais également dans une créativité sans limites qui a marqué de façon durable les milieux culturels et artistiques à l’échelle mondiale.

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Le nationalisme arabe, l’islamisme et l’Occident : entrevue avec Rachad Antonius

Bernard Ducharme, historien et chercheur associé au Groupe de Recherche sur l’Islamophobie et le Fondamentalisme de l’UQÀM

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Le Général Bonaparte et son état-major en Égypte (1867), par Jean-Léon Gérôme.

Dans le cadre des conférences-midi organisées par le Groupe de Recherche sur l’Islamophobie, la Radicalisation et le Fondamentalisme, au sein de la Chaire UNESCO sur les fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique, nous sommes allés écouter M. Rachad Antonius, sociologue à l’UQÀM, dans le cadre d’une conférence intitulée « Radicalisation et islamophobie : le débat est mal parti ». Chercheur au Centre de Recherche en Immigration, Ethnicité et Citoyenneté, Rachad Antonius effectue des recherches tant sur les processus d’intégration des minorités arabes et musulmanes au Canada et au Québec que sur les conflits politiques au Proche-Orient. Attentifs à la dimension historique de son argumentation, nous avons voulu nous entretenir avec lui sur ce thème. Le texte qui suit est le fruit d’un entretien d’une heure, retranscrit à l’écrit, puis révisé par les deux parties pour s’assurer de la précision des énoncés.


Bernard Ducharme : Monsieur Antonius, vous êtes sociologue à l’UQÀM, vous travaillez sur les questions liées à la géopolitique au Moyen-Orient et à l’émergence des mouvements de l’Islam politique. Après vous avoir vu en conférence, je voudrais revenir, pour HistoireEngagee.ca, sur les aspects les plus historiques de votre réflexion. Pour contextualiser votre réflexion, vous dites que les mouvements de gauche devraient développer une réflexion sur une opposition à l’islamisme ?

Rachad Antonius : Cela s’applique surtout aux mouvements de gauche européens ou occidentaux, parce que les mouvements de gauche arabes ont une réflexion très développée là-dessus. : ils n’hésitent pas à condamner. Et à analyser, pas juste à condamner : à analyser et à se positionner. Le problème avec une partie – je dis bien une partie – de la gauche, disons une partie du mouvement progressiste – parce que le mot « gauche », déjà, pose beaucoup de problèmes –, c’est la difficulté à se positionner clairement par rapport à l’islamisme pour deux raisons. La première est une raison vraiment historique : l’islamisme a été une réponse au colonialisme. Il a été une des réponses au colonialisme, devenant du coup une idéologie de résistance. Pas la seule, et en fait, une réponse au colonialisme qui a été aussi encouragée par les puissances coloniales. Ça, c’est un élément. Et l’autre élément, c’est qu’il existe un courant xénophobe, raciste, en Occident, qui est très hostile à tout ce qui se rapporte à l’islam et qui est devenu de plus en plus hostile au fur et à mesure que les mouvements islamistes ont émergé et se sont affirmés. Par conséquent, toute critique de ces mouvements devient récupérable et instrumentalisable par les mouvements de droite. C’est pourquoi une partie de la gauche, ou des mouvements progressistes, est convaincue que toute critique de l’islamisme finit par renforcer ce mouvement islamophobe et contribue à la stigmatisation des musulmans. Donc, ils choisissent non seulement de ne pas le faire, mais aussi d’attaquer vigoureusement ceux qui le font. Voilà les deux points de contextualisation que j’aimerais faire.

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Entrevue avec Yves Denéchère

Par Noémie Charest-Bourdon

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Le colloque « Question sociale et citoyenneté » se tiendra à l’UQÀM du 31 août au 2 septembre 2016. Plus de détails ici.

Yves Denéchère, professeur à l’Université d’Angers et directeur adjoint du Centre de Recherches Historiques de L’Ouest, est un chercheur dont les travaux se situent au croisement entre l’histoire sociale et l’histoire des relations internationales. Depuis quelques années, ses investigations portent sur l’enfance en tant qu’enjeu en période de fin de guerre. Il s’implique également dans le programme de recherche EnJeu[x] de l’Université d’Angers, un programme pluridisciplinaire qui s’intéresse à l’histoire de l’enfance et de la jeunesse. Ce programme, qui s’échelonnera jusqu’en 2019, vise à développer des partenariats internationaux. Dans sa contribution au colloque, il se penchera sur une organisation française, l’Association Jeunesse, qui a agi pendant la guerre d’Algérie pour venir en aide aux enfants dans les rues d’Alger, mais qui avait également comme objectif de ramener ces enfants algériens en France pour en faire des citoyens. Il propose d’analyser les motivations idéologiques et biopolitiques de cette organisation et pour ce faire il met à profit des sources orales.

Les thématiques de la citoyenneté et de la mémoire sont au cœur des intérêts de recherche d’Yves Denéchère depuis le début de sa carrière. Que ce soit à travers le rôle des femmes françaises en relations internationales ou à propos de la circulation d’enfants et de réfugiés politiques suite à différents conflits militaires, ses travaux visent à documenter des dimensions souvent négligées de l’histoire politique et militaire et c’est d’ailleurs ce qui l’a mené à faire converger l’histoire sociale et l’histoire de la politique internationale. En s’intéressant aux guerres du second XXe siècle, il peut documenter ses recherches par des entrevues en plus des sources traditionnelles[1].


Noémie Charest-Bourdon : Décrivez-nous le parcours qui vous a mené à vous intéresser à l’enfance en contexte de guerre.

Yves Denéchère : J’ai commencé par faire de l’histoire très classique des relations internationales, en étudiant l’histoire des rapports entre la France et l’Espagne dans les années 1930. Je suis tombé sur l’histoire d’un homme qui m’a intrigué parce qu’il s’agit d’un des seuls ambassadeurs français à avoir été destitués pendant la guerre d’Espagne. J’en ai fait la biographie. Ce travail m’a mené à m’intéresser aux acteurs et aux personnalités dans les relations internationales. J’ai fait le constat qu’il y avait peu de femmes dans ces arcades diplomatiques et je me suis donc intéressé aux ambassadrices, puis aux femmes dans la construction européenne, là où elles semblaient plus nombreuses.

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