La liberté des un.e.s et le pouvoir des autres. Lettre ouverte à l’administration de l’UQAM

Anne-Marie Buisson, Noémie Charest-Bourdon, Philippe Desmarais, Martin Desmeules, Nancy Gagnon, Amélie Grenier, Catherine Larochelle, Annie Lyonnais, Benoit Marsan, Julien Mauduit, Pascal Motard, Camille Robert, Martin Robert, Cory Verbauwhede, Étudiant.e.s affilié.e.s au Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS)

Nous sommes des étudiant.e.s affilié.e.s au Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS) situé au département d’histoire de l’UQAM. Nous rédigeons cette lettre à plusieurs mains afin de souligner notre attachement aux vertus de l’action collective. C’est la vision de la liberté de celui qui fut le directeur de notre Centre pendant près de vingt ans, l’historien et professeur émérite Jean-Marie Fecteau, décédé avant l’heure à l’automne 2012, qui nous pousse à écrire aujourd’hui.

La liberté que défendait Jean-Marie Fecteau, et dont nous sommes épris.e.s, n’a rien à voir avec le libéralisme qui aspire à nous gouverner sournoisement depuis le 19e siècle, en faisant miroiter l’idéal de l’émancipation, tout en nous enfermant dans la grande lutte du chacun.e pour soi. Elle est à mille lieues de l’individualisme qui a émergé à cette époque et qui se déploie actuellement dans les mesures d’austérité de gouvernements néolibéraux.

Cette liberté n’est pas la fausse liberté du libéralisme, qui laisse pour compte des pans entiers de la population. Elle est aux antipodes de la désolidarisation. Elle tend vers cette autonomie, aussi relative soit-elle, dont font actuellement preuve des personnes courageuses face aux agent.e.s du pouvoir qui les gouvernent. Continuer la lecture

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Des collaborateurs d’HistoireEngagée à l’honneur à l’occasion du Salon international du livre de Québec

Le comité de rédaction

Crédit : Ginny (Flickr).

Crédit : Ginny (Flickr).

La revue HistoireEngagée se réjouit du fait que plusieurs de ses collaborateurs sont finalistes pour le Prix de la Présidence de l’Assemblée nationale et pour les Prix de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant qui seront remis au Salon international du livre de Québec le 9 avril 2015. Ces prix « soulign[ent] la richesse de la littérature politique et le talent des auteurs qui excellent dans ce genre. » Nous souhaitons ici non seulement les présenter pour souligner cet honneur, mais également vous inviter à découvrir (ou redécouvrir) leurs contributions sur HistoireEngagée. En effet, par leurs écrits ou leur engagement, Maurice Demers, Harold Bérubé, Mathieu Lapointe, Olivier Lemieux et Marie-Ève Ouellet ont contribué, au fil des dernières années, aux débats et aux réflexions auxquels notre revue a participé. Continuer la lecture

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Monsieur le ministre, vous n’êtes pas le Père des étudiants-es : lettre ouverte à François Blais

Lettre ouverte

*Les commentaires sont les bienvenus, mais ceux-ci seront modérés afin d’éviter toute attaque personnelle à l’endroit des signataires de cette lettre ou du ministre François Blais. Merci de votre compréhension.

Mardi 31 mars 2015, vous affirmiez que « expulser deux ou trois personnes par jour » des universités « refroidirait les ardeurs de certains » et « ferait réfléchir les autres ». Vous avez ajouté : « on fait ça avec les enfants ».

Monsieur Blais, les étudiants-es ne sont pas vos enfants. Vous n’êtes pas leur « père ». Vous êtes un ministre élu et une contestation sociale ne se gère pas à coup de « punitions » soi-disant pédagogiques. De quelle pédagogie ou de quelle paternité parlez-vous ici, d’ailleurs ?

Ces propos sont indignes d’un ancien professeur, d’un ancien administrateur ayant occupé des postes de responsabilité universitaires, d’un ministre responsable de l’Éducation supérieure et de la recherche. La contestation étudiante actuelle n’est pas le caprice d’une génération trop gâtée qu’il faut punir. Elle est l’expression d’une jeunesse animée par un désir de changement, qui revendique le droit à l’éducation pour le plus grand nombre. Ce droit à l’éducation que vous défendez maintenant pour quelques-uns, avez-vous seulement compris que les étudiants-es et bien des citoyens-nes derrière eux le revendiquent pour toute la société, celle d’aujourd’hui comme celle de demain ? Continuer la lecture

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«On n’a rien volé»… Et nos libertés?

Mathieu Bouchard-Tremblay, Simon Fortin-Dupuis et Michel Thévenin, étudiants à la maîtrise en histoire à l’Université Laval

Au cours des manifestations des 24 et 26 mars derniers à Québec, nous avons constaté des abus de la part des agent-e-s du Service de police de la ville de Québec dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions. Le bilan de ces deux soirées de contestation de l’austérité est de 275 arrestations et de quelques blessés parmi les manifestant-e-s. Parmi les gestes les plus choquants commis au cours de ces deux soirées figurent l’utilisation de chiens policiers contre la foule le 24 et le tir de capsules de gaz à courte distance au niveau du visage d’une citoyenne le 26.

L’usage d’une telle violence dans le cadre de manifestations pacifiques où la principale infraction résidait dans l’absence d’itinéraire prédéfini, n’est-elle pas en contradiction flagrante avec la mission fondamentale des services de police au sein d’un État de droit et d’une société démocratique?

Cette instance de notre système politique, qui doit être apolitique, n’a-t-elle pas pour rôle d’assurer la sécurité des citoyen-ne-s et la jouissance de leurs droits et libertés? Telle que nous la comprenons aujourd’hui au Québec, la démocratie est indissociable de l’expression de nos droits et libertés civiles. Celle-ci rend possible les débats, fondés sur la pluralité des opinions politiques. En stigmatisant, par la force de l’institution policière, des citoyen ne-s qui expriment leurs opinions, les autorités politiques et leurs partisans restreignent l’exercice de la démocratie au sein de la société québécoise. Continuer la lecture

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Le Saint-Laurent : petite chronique d’une grande histoire entre un fleuve et ses pilotes

Véronique Dupuis, Géographe et chargée de projets

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Crédit : Etienne Valois (Flickr).

Crédit : Etienne Valois (Flickr).

De tous les cours d’eau sillonnant la planète, le « fleuve aux grandes eaux » fait partie de ceux qui donnent bien des maux de tête aux marins. Les vieux loups de mer le savent indomptable; les jeunes capitaines le redoutent dès Anticosti. Comme quoi le Saint-Laurent a la très juste réputation d’être un des fleuves les plus difficiles à naviguer au monde. De Samuel de Champlain jusqu’aux actuels pilotes du Saint-Laurent, en passant par Louis Jolliet et Joseph-Elzéar Bernier, tous s’accordent pour dire que si la navigation sur le Saint-Laurent peut parfois être longue, elle n’est jamais tranquille. Avec les milliers de navires aux cargaisons diverses qui empruntent chaque année cette artère commerciale qui pénètre au cœur de l’Amérique du Nord, sans parler des pétroliers qui transitent de plus en plus sur la voie maritime, qu’en est-il des risques encourus? Portrait d’un fleuve capricieux, mais fragile, et de ses indispensables pilotes.

Une navigation lestée de risques

Le chenal laurentien est un axe de développement incontournable en Amérique du Nord par lequel arrive quotidiennement un important flot de marchandises. Si sa beauté et sa grandeur émerveillent, les dangers que le Saint-Laurent réserve aux navigateurs sont multiples et gare à celui qui joue les cartes de l’imprudence et de la hardiesse. Sur ses flots, bien des situations peuvent survenir auxquelles les marins doivent s’adapter rapidement, à défaut de quoi les pires scénarios peuvent se produire. Continuer la lecture

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« Se battre en Flandre. Gaz. Boue. Mémoire » et goupillon. Retour sur le centenaire de la Grande Guerre au Musée Canadien de la Guerre

Mathieu Arsenault, Candidat au doctorat en histoire à l’Université York

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Depuis 2014, l’on ne compte plus les événements entourant le centième anniversaire de la Grande Guerre tellement les commémorations, célébrations, expositions, colloques et conférences en tout genre sont légion, s’immiscent parfois dans les sphères de notre quotidien les plus insoupçonnées. S’il y a en revanche un endroit entre tous où l’on se rend volontiers pour participer à cet engouement entourant l’histoire de la Première Guerre mondiale, c’est bien au Musée canadien de la Guerre à Ottawa. À ce chapitre, le moins que l’on puisse dire est que la programmation de cette Mecque de l’histoire militaire canadienne ne déçoit pas. L’an dernier, les salles d’expositions temporaires du Musée offraient un regard artistique sur le conflit avec l’exposition Témoin. Art Canadien de la Première Guerre mondiale qui présentait une sélection de tableaux tirés de la collection Beaverbrook, mettant côte à côte dans une harmonieuse composition aussi bien le travail de certains maîtres de la peinture canadienne du début du siècle que celui de peintres amateurs enrôlés sous les drapeaux. Simultanément, l’exposition Transformations A. Y. Jackson & Otto Dix. L’art marqué par la Guerre formait un impressionnant corridor rassemblant parmi les plus belles œuvres du peintre canadien du Groupe des Sept et du maître allemand de la Nouvelle Objectivité dans deux séries de compositions paysagères guidant le spectateur à travers une évolution du style et des thèmes, voire même carrément du mouvement pictural. Bien qu’inusitée, la juxtaposition entre le parcours divergent de deux artistes contemporains qui ont vécu un demi-siècle d’histoire politique et artistique torturé par la guerre, une crise économique majeure et deux révolutions allemandes de façon brutalement différente, s’est avérée être une façon originale et lumineuse de démontrer l’impact de la Grande Guerre, non seulement sur la transformation des courants artistiques dominants, mais aussi sur l’ensemble des représentations véhiculées par une certaine élite bourgeoise. Continuer la lecture

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Le salaire au travail ménager. Chronique d’une lutte féministe internationale (1972-1977) : compte rendu

Micheline Dumont, historienne

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TOUPIN, Louise. Le salaire au travail ménager. Chronique d’une lutte féministe internationale (1972-1977). Montréal, Les éditions du remue-ménage, 2014, 451 p.

Les éditions du remue-ménage, 451 p.

Les éditions du remue-ménage ont publié, l’automne dernier, cet ouvrage de Louise Toupin qui aurait dû susciter un grand intérêt. Tout au contraire, un grand silence médiatique a suivi, à l’image de l’absence TOTALE d’intérêt que suscite habituellement le travail ménager lui-même. Cette « revendication » du néo féminisme des années 1970 a disparu de l’écran radar des militantes. C’est pour réactiver cet important dossier que Louise Toupin nous offre cet ouvrage magistral. Commencée il y a vingt ans (1994), cette étude a pu être terminée après des recherches approfondies dans les archives des groupes internationaux, (Italie, États-Unis, Canada, Angleterre, Suisse, Allemagne) et des entrevues avec les principales militantes. Devoir de mémoire. Devoir d’analyse politique. Devoir de pertinence. Devoir de persévérance. Continuer la lecture

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Ayotzinapa : quand la violence de l’État et celle des groupes criminalisés ont les mêmes fins

Javier Buenrostro, Candidat au Doctorat d’Études Politiques à l’EHESS

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Crédits : Mario Acosta Garcia (Flickr)

Crédits : Mario Acosta Garcia (Flickr)

En 2000, le Parti Révolutionnaire Institutionnel (PRI), parti qui a gouverné le Mexique pendant 70 ans, a perdu le pouvoir au profit de la droite, concédant la présidence à Vincente Fox du Parti de l’Action Nationale (PAN). L’alternance démocratique devait mettre fin à un type de régime que l’écrivain Mario Vargas Llosa avait qualifié de « dictature parfaite ». Somme toute, cette transition n’a pas réellement amélioré la vie des gens, ni même celle des institutions, le Mexique conservant certaines caractéristiques d’un État policier. La corruption et l’impunité continuent d’être monnaie courante et le crime organisé n’aspire plus seulement à monopoliser le trafic de la drogue, mais il poursuit désormais l’objectif de prendre le pouvoir local – soit de mettre la main sur les municipalités et leurs ressources financières et s’accaparer la richesse locale à travers l’imposition forcée. Selon Guillermo Trejo, à Michoacán, par exemple, le crime organisé s’est approprié 30 % du budget annuel des travaux publics des municipalités, exigeant que les contrats des œuvres publiques soient attribués à des promoteurs sous son contrôle, et a détourné 20 % des salaires de l’administration locale. L’état de Guerrero, voisin de celui de Michoacán, vit une situation similaire. C’est donc dans un contexte de violence endémique lié à l’infiltration de l’état par les groupes criminalisés qu’ont eu lieu les dramatiques événements  de septembre dernier menant à la disparition de 43 étudiants de la Normale de Ayotzinapa, Guerrero. Continuer la lecture

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Les programmes d’histoire du Québec depuis la Révolution tranquille : une analyse exploratoire

Olivier Lemieux, Université de Sherbrooke

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C’est en 1998 que le ministère de l’Éducation du Québec (MEQ) annonçait la réforme du cours d’histoire du Québec et du Canada adoptant l’étiquette d’Histoire et éducation à la citoyenneté. Cependant, ce n’est que huit ans plus tard, soit le 27 avril 2006, qu’une polémique éclate à ce propos, soulevée par Antoine Robitaille, journaliste du quotidien Le Devoir[1]. À la lumière de nos lectures, le débat s’est articulé autour de deux grands axes : 1) la dialectique entre le discours historique, les visées nationales, les exigences de la société pluraliste et de la conscience citoyenne ; 2) la relation entre l’idéal de culture, l’acquisition de connaissances et le développement de compétences[2]. D’abord, les opposants du programme de 2007 affirment que ce dernier est en rupture avec ses prédécesseurs (les programmes de 1967 et de 1982), puisqu’il se réfère constamment au présent pour éclairer le passé et qu’une histoire visant prioritairement à fournir une éthique citoyenne n’a d’autre choix que d’en aplanir les aspérités[3]. Or, les partisans du programme défendent plutôt que cette rupture est justifiée, car, dans une société pluraliste, il ne faut pas s’attendre à ce qu’un programme officiel, destiné à appeler ses citoyens à vivre ensemble, cultive les tensions[4]. En ce qui concerne le deuxième axe, selon les opposants, cette approche est devenue omniprésente au sein du programme de 2007, ce qui serait une rupture avec les programmes précédents, et aurait pour effet d’occulter les connaissances historiques et l’idéal de culture pour favoriser une vision économicoutilitariste et individualiste[5]. Pour leur part, les partisans croient qu’aucune compétence ne peut être acquise sans connaissances et que la méthode historique est plus facilement développée par cette approche, laquelle s’inscrit d’ailleurs dans les intentions du Rapport Parent[6]. Continuer la lecture

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Infuser le féminisme par l’université : retour sur le colloque « Sexe, amour et pouvoir : il était une fois à l’université »

Adrien Rannaud, candidat au doctorat en études littéraires à l’Université Laval

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L'affiche du colloque, une création de Mireille Laurin Burgess.

L’affiche du colloque, une création de Mireille Laurin Burgess.

C’est en 2012 qu’Yvon Rivard fait paraître Aimer, enseigner, essai qui, selon l’auteur, agit doublement comme traité sur l’enseignement et comme manifeste pour une nouvelle relation professeur-élève. Citant l’écrivain et philosophe Georges Steiner, Rivard écrit dès les premières pages : « Éros et enseignement sont inextricables. Les modulations du désir spirituel et sexuel, de la domination et de la soumission, l’interaction de la jalousie et de la foi, sont d’une complication, d’une délicatesse qui défie l’analyse exacte »[1]. L’auteur pointe à la fois le système basé sur la course aux subventions de recherche qui éloigne le professeur de son métier de transmission du savoir, mais aussi la relation floue, complexe, sublimée et sublimante entre le professeur et l’étudiant. A posteriori, le livre de Rivard, dont on dépasse rapidement les visées parfois moralisatrices, porte les mêmes questionnements que le printemps étudiant. Aimer, enseigner met en lumière le péril de l’institution universitaire par un biais moins commenté, plus tabou, et qui reconduit sur bien des points la réflexion sur les rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Continuer la lecture

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