Préserver ces phares que nous ne savons voir

Véronique Dupuis, géographe et chargée de projet au Site historique maritime de la Pointe-au-Père

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Phare Cap-des-Rosiers, Gaspésie. Crédits : Véronique Dupuis

Phare Cap-des-Rosiers, Gaspésie. Crédits : Véronique Dupuis

Pot à l’Eau-de-vie, Cap-des-Rosiers, Cap-au-Saumon, Cap-de-la-Table, Haut-fond Prince, Île du Grand Caouis, Pointe de la Prairie, Île du Corossol… Au XXe siècle, pas moins de 43 phares étaient en service sur les côtes du golfe et du fleuve Saint-Laurent et de la Baie-des-Chaleurs. De Mingan jusqu’aux portes de Charlevoix, en passant par Anticosti, les Îles-de-la-Madeleine et la rive sud gaspésienne, ces sentinelles ont longtemps été les repères de milliers de navigateurs. Pour plusieurs d’entre eux, ces phares étaient le signe d’un certain salut dans la tempête. À peine quelques décennies après leur déclassement, la survie de ces lieux de mémoire qui subliment nos paysages côtiers est pourtant bien incertaine. Les phares du Québec; chronique d’un patrimoine maritime en péril.

Il était une fois le Saint-Laurent

Que l’on se sente ou non concerné par le fleuve, cette porte d’entrée de l’Amérique du Nord est au cœur du développement historique, démographique et économique du Québec et du Canada. Ensemble géostratégique primordial pour des fins commerciales, logistiques, militaires et de transport, le fleuve Saint-Laurent revêt depuis des siècles une importance capitale. Les Premières Nations ne l’ont-elles pas utilisé pour assurer leur survie, leurs déplacements et l’établissement de leurs liens commerciaux? Vigies, gabiers et capitaines anglais n’ont-ils pas profité de cette voie navigable pour gagner les rives de Québec? Sans oublier qu’il a également porté les espoirs de centaines de milliers d’immigrants arrivant du Vieux Continent à la recherche d’une vie meilleure. Pendant des siècles il fut le gagne-pain d’autant de draveurs, de pêcheurs et de marchands transportant mille et une cargaisons sur les « voitures d’eau » cabotant sur ses rivages. Continuer la lecture

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Le sergent d’armes, gardien de l’autorité parlementaire

Martin Pâquet, Département des sciences historiques de l’Université Laval

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Kevin Vickers

Kevin Vickers

Certains s’étonnent du sang-froid de Kevin Vickers, sergent d’armes à la Chambre des communes, au moment de son entrée en Chambre des communes le 23 octobre dernier. En effet, le sergent d’armes n’a que très peu manifesté son émotion. En fait, en traduisant l’ethos de sa fonction, sa réaction est similaire à celle de René Jalbert à l’Assemblée nationale en mai 1984 : les officiers de police comme les militaires doivent se montrer impassibles en toutes situations. Sa réaction est aussi typique d’une tradition culturelle précise : celle des régimes parlementaires, dont le sergent d’armes est un gardien attitré.

Une fonction ancienne

Fonction qui se développe dans les parlements à partir du Moyen Âge, le sergent d’armes a entre autres comme responsabilité de maintenir l’ordre dans la Chambre ou dans l’Assemblée.

Les premiers sergents d’armes sont apparus sous Philippe Auguste, roi de France, au moment des Croisades. Assurant la protection du souverain, ils portent une masse décorée, à la fois comme arme et comme symbole de l’autorité royale.  L’origine de leur rattachement au Parlement n’est toutefois pas claire. Il semble que, dès 1322, le premier sergent d’armes a une fonction de portier au Parlement anglais. Avec la séparation entre les deux chambres – la Chambre des lords et la Chambre des communes – en 1341, le sergent d’armes demeure le représentant du Roi, un Roi qui n’hésite pas à faire pression sur l’Orateur – le Président de l’une ou l’autre des chambres – pour faire valoir son autorité.  Néanmoins, sa fonction se transforme en 1415, où le sergent d’armes veille désormais à maintenir le privilège parlementaire au cours des sessions et à assister l’Orateur. Une fois la session terminée, le sergent d’armes retourne alors au service du Roi. Continuer la lecture

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Passion et engagement : entrevue avec Louise Bienvenue et Stéphanie Lanthier à propos de leur entretien filmé avec l’historien Jean-Marie Fecteau

Andréanne LeBrun, étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke

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À l’été 2012, Louise Bienvenue, professeure titulaire au département d’histoire de l’Université de Sherbrooke et membre du Centre d’histoire des régulations sociales, et Stéphanie Lanthier, chargée de cours à l’Université de Sherbrooke, documentariste et membre de l’équipe d’HistoireEngagée, tournaient un entretien avec Jean-Marie Fecteau, quelques mois avant qu’il nous quitte. Avec générosité et passion, l’historien y raconte son parcours d’aventurier de l’intellect en tant qu’étudiant, chercheur et professeur. Nous avons demandé à mesdames Bienvenue et Lanthier de faire un retour sur cet entretien filmé, depuis peu disponible en ligne.

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Queen’s Park, 1er mai 2014 ou la trahison des sociaux-démocrates en Ontario

Mathieu Arsenault, Candidat au doctorat en histoire à l’Université York

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Le 1er mai dernier, les Ontariens ont peut-être bien assisté à la première étape d’une révolution conservatrice susceptible de faire basculer la province dans l’austérité au lendemain des élections générales du 12 juin. Retour sur le jour où le Nouveau Parti démocratique s’est aligné sur les Conservateurs pour défaire l’un des budgets les plus progressistes jamais proposé à la législature ontarienne.

Le crépuscule de la décennie libérale?

Au moment de sa dissolution, la 40e législature ontarienne siégeant depuis octobre 2011 était formée par un gouvernement minoritaire libéral bénéficiant de 48 des 107 sièges à l’Assemblée législative de Queen’s Park. Malgré leur troisième position derrière les conservateurs de Tim Hudak (37 sièges), les néo-démocrates dirigés par Andrea Horwath bénéficiaient néanmoins d’une position favorable, dans la mesure où leurs 21 députés suffisaient à leur assurer une confortable balance du pouvoir. L’occasion était belle pour forcer la main au gouvernement libéral minoritaire et l’amener à monnayer sa survie politique au prix d’une gouvernance plus à gauche, plus sociale-démocrate. Les opportunités en ce sens étant d’autant plus grandes que les Libéraux étaient et demeurent loin d’être convaincus de l’issue favorable d’une élection printanière. Il faut dire que l’équipe de Mme Wynne avait de bonnes de raisons de chercher à éviter la tenue d’un scrutin général dans la mesure où les élections complémentaires de février dernier sont loin d’avoir ragaillardit l’ardeur des troupes libérales. Dégringolant en troisième place loin derrière le Parti conservateur, le Parti libéral avait alors perdu le comté de Niagara Falls qu’il occupait depuis une décennie aux mains des néo-démocrates, en plus de perdre près de 10 000 voix dans le comté conservateur de Thornhill. Continuer la lecture

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Le nationalisme camerounais dans les programmes et manuels d’histoire du Cameroun: réalités et enjeux

Étienne Segnou, doctorant en sociologie politique, Université de Douala

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Plus de cinquante ans après l’indépendance et la réunification du Cameroun[1], nous avons voulu savoir la place réservée au nationalisme camerounais dans les programmes et manuels d’histoire du système éducatif camerounais. Les nationalistes camerounais sont ceux qui se sont élevés, au Cameroun, contre toutes les formes de domination coloniale, singulièrement contre les dominations coloniales allemande, puis franco-britannique. L’UPC[2] fut le principal mouvement politique dans lequel ils s’organisèrent pour revendiquer la réunification et l’indépendance du Cameroun ; et cela, pacifiquement d’abord, puis par la logique des armes ensuite[3]. Ce qui enfanta une longue guerre entre la France et les nationalistes de l’UPC. Cette guerre dura seize ans (1955 – 1971)[4] et causa plusieurs centaines de milliers de morts du côté camerounais. Ce conflit fut l’un des plus importants menés par l’armée française sur le continent africain, après celui de l’Algérie. Mais à la différence de la guerre d’Algérie, la guerre d’indépendance du Cameroun est largement méconnue tant par la communauté internationale que par les Français et même les jeunes Camerounais. Cela parce qu’elle fut soigneusement cachée durant son déroulement, et évacuée plus tard de la mémoire collective camerounaise. Comment donc les programmes et manuels d’histoire du Cameroun traitent-ils le passé nationaliste de ce pays ? L’hypothèse du présent travail est la suivante : en raison des enjeux politiques, économiques et socioculturels, le nationalisme camerounais est dévalorisé dans les programmes et manuels d’histoire. Par conséquent, la place qui lui y est accordée ne peut permettre à la jeunesse camerounaise de posséder une connaissance suffisante de ce nationalisme afin d’avoir une plus grande conscience de son identité culturelle. Pour le vérifier, nous avons mené une étude qualitative et quantitative desdits programmes et manuels afin d’analyser le traitement qui y est réservé au passé nationaliste du Cameroun. Ensuite, nous avons étudié l’impact que ce traitement a sur le niveau de connaissance que les jeunes scolaires ont de ce passé. Enfin, nous avons dégagé les enjeux que cache le type de traitement alloué à ce passé dans les outils pédagogiques d’histoire du Cameroun. Continuer la lecture

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