HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé

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Appel de textes pour notre nouvelle rubrique “Chroniques d’archives : sources d’histoires et histoires de sources”

“Que veut dire exactement: disposer de sources innombrables, et comment tirer efficacement de l’oubli des existences qui n’ont jamais été retenues, pas même de leur vivant (si ce n’est éventuellement pour être punies ou admonestées)? Si l’histoire est résurrection intacte du passé, la tâche est impossible; pourtant ce peuplement insistant ressemble à une requête. Devant elle, il se peut qu’on soit seul à la manière de l’individu confronté à la foule; seul et quelque peu fasciné. Parce qu’on pressent à la fois la force du contenu et son impossible déchiffrement, son illusoire restitution.”

Arlette Farge, Le goût de l’archive

Livres rouges. Crédit : Betty B (Flickr).

Dans son célèbre ouvrage Le Goût de l’archive, l’historienne française Arlette Farge raconte les sensations et émotions qui vous saisissent au moment du contact avec les sources. L’histoire s’écrit à partir des archives : manuscrits poussiéreux des centres d’archives, témoignages et réminiscences transmis oralement, brochures et imprimés numérisés, photographies, cartes, registres, manuels, journaux, carnets intimes, cartes postales, etc. Les historien.ne.s passent de longues heures seul.e.s face à leurs sources. Ces moments solitaires sont ponctués de divers états émotionnels : ennui, monotonie, surprise, enthousiasme, parfois même colère ou effroi… Le contact avec les archives provoque aussi des rencontres, oblige des voyages, modifie des parcours de recherche; en somme, les archives sont sources d’histoires avant d’être sources de l’histoire.

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Discuter de réconciliation en classe : les #150actions, un outil utile

Catherine Larochelle, professeure au département d’histoire de l’Université de Montréal et membre du comité éditorial de la revue HistoireEngagée

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Les autrices de la liste, Crystal Fraser (droite) et Sara Komarnisky (gauche)

À l’hiver 2018, j’ai eu la chance d’enseigner le cours HST2444, Autochtones, État et société au Canada à l’Université de Montréal. Tout au long de la session, j’ai intégré aux lectures et aux discussions hebdomadaires différents médias, par exemple les affiches de la série Remember/Resist/Redraw et les courts métrages du Wapikoni mobile. Ces publications multimédias se sont avérées des outils pédagogiques stimulants – et nécessaires j’oserais dire – pour alimenter les conversations avec les étudiant.e.s sur les différents récits possibles de l’histoire canadienne. Vers la fin de la session, les étudiant.e.s devaient lire la liste des 150 actions de réconciliation de Crystal Fraser et Sara Komarnisky. Publiée dans sa version originale sur la plateforme ActiveHistory (et dans sa traduction française sur HistoireEngagée.ca) à l’été 2017, la liste des #150actions proposait aux Canadiens et Canadiennes 150 actions de réconciliation à effectuer pour les 150 derniers jours de l’année du 150e anniversaire du Canada. Ayant remarqué que les appels à l’action issus des travaux de la Commission Vérité et Réconciliation ciblaient surtout les institutions et que les citoyen.ne.s ne se sentaient pas nécessairement concerné.e.s, Crystal Fraser et Sara Komarnisky ont voulu montrer que la réconciliation se pratiquait de multiples façons et à différentes échelles.

Aujourd’hui, j’aimerais revenir sur l’expérience pédagogique que j’ai vécue lorsque nous avons parlé de cette liste en classe et expliquer en quoi elle est un outil extrêmement utile pour discuter de la réconciliation avec les étudiant.e.s – et ce, pas uniquement dans les cours d’histoire(s) autochtone(s).

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De quoi l’Iran est-il le nom?

Par Raphaël Weyland, candidat au doctorat en histoire à l’Université de Montréal

« Dans une inscription accompagnant un bas-relief monumental gravé à même les falaises de Naqsh-e Rostam, le roi Ardachir Ier se déclare ainsi Roi des Rois des Iraniens »

 

La dénomination d’un pays est le résultat d’enjeux et de débats historiques souvent intenses. Un nom désigne en effet les frontières physiques et symboliques d’une communauté, sa manière de se représenter son passé et ses aspirations. Entre tenants d’un nom colonial, appliqué par les conquérants, par une majorité ou par des voisins mal intentionnés, les disputes peuvent être acerbes. Entre Saint-Pétersbourg et Petrograd, Allemagne et Deutschland, Bombay et Mumbaï, les différences ne sont pas que sémantiques. Ainsi en est-il des termes « Iran » et « Perse », objet de querelles politiques depuis l’Antiquité et ramenées à l’avant-plan par une émission de télévision française le 7 avril 2018.

Ce soir-là, l’émission On n’est pas couché recevait Bernard-Henri Lévy. Venu présenter un livre d’analyse géopolitique basé sur un voyage récent au Kurdistan irakien, M. Lévy mit à profit son passage à la télévision publique pour révéler ce qui était apparemment un secret bien gardé : en 1935, un pays du Moyen-Orient que les officines diplomatiques occidentales nommaient jusque-là la Perse avait réclamé, sous la pression du gouvernement nazi, d’être désormais appelé Iran – un terme renvoyant aux Aryens[1]. Non contents d’avoir eu des accointances troubles avec l’Allemagne hitlérienne, le pays et ses élites auraient persévéré dans leur nazisme en conservant ce nom depuis 1935. Survenant dans un contexte de négociations internationales sur le développement nucléaire civil iranien, cette intervention envoyait un message clair : un pays refusant de se dénazifier n’est pas digne de confiance[2].

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L’équipe éditoriale se renouvelle!

L’équipe éditoriale de la revue HistoireEngagée se renouvelle! Nous souhaitons la bienvenue à Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie à l’Université de Montréal.  L’implication de Philippe à HistoireEngagée nous permettra d’approfondir l’interdisplinarité à laquelle la discipline historique participe en plus de faire découvrir à nos lectrices et à nos lecteurs différentes perspectives sur l’historicité des phénomènes qui marquent notre présent.

Crédit photo : Juliette Busch

Philippe Néméh-Nombré s’intéresse, dans le cadre de ses études doctorales en sociologie (Université de Montréal), aux relations, tensions et solidarités entre peuples autochtones et communautés noires au Canada et au Québec, à la lumière de leurs expériences distinctes d’oppression et de dépossession. Ses recherches explorent les perspectives de libération, les imaginations décoloniales et, ce faisant, les différents arrangements entre existences et connaissances principalement à travers diverses formes contemporaines de recouvrements entre expression culturelle et praxis politique comme le hip-hop. Son mémoire de maîtrise, également en sociologie (UQAM), a quant à lui interrogé dans une perspective historique le rapport entre les approches intersectionnelles au Québec, l’antisémitisme et la construction de frontières ethniques au sein de la gauche québécoise. Ces différentes sensibilités déterminent également ses activités militantes et culturelles entre autres axées sur les esthétiques panafricaines et diasporiques en musique comme lieux de pouvoir et de résistance.

Recension de l’exposition Shalom Montréal – Histoires et contributions de la communauté juive

Par Christine Chevalier-Caron, candidate au doctorat à l’Université du Québec à Montréal et assistante de recherche au Groupe de recherche Histoire, femmes, genre et migrations

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L’auteure et un guide du Musée McCord lors de la visite de l’exposition.

Dans l’ouvrage collectif Éducation et judaïsme, publié en 2016, Sivane Hirsch et Marie Mc Andrew nous informent que le programme d’Histoire et éducation à la citoyenneté aborde l’histoire de(s) la communauté(s) juive(s) du Québec en fonction de trois sujets précis, soit le parcours d’Ezekiel Hart, celui du poète Irving Layton, et le cadeau offert par des Juifs.ves britanniques à l’occasion de la fondation de la première synagogue de Montréal. Malgré le fait que je suis consciente de la marginalisation des communautés non-blanches et/ou non-catholiques du récit dominant de l’histoire québécoise, ce constat m’a tout de même surprise et choquée. En conséquence, j’ai tenté de comprendre, en vain, comment était-ce possible qu’il y ait si peu de contenus traitant de l’histoire de(s) la communauté(s) juive(s) dans l’enseignement de l’histoire, et comment pouvons-nous, de surcroit, invisibiliser les importants apports de(s) la communauté(s) juive(s) au développement et à la richesse culturelle de la métropole. Évidemment, rien ne peut expliquer ou légitimer ces occultations. Par contre, cette situation doit nous servir de prétexte pour surmonter ces lacunes dont est porteur le système d’éducation, et nous tourner vers d’autres canaux et lieux de savoir ayant un souci d’inclure dans l’histoire tous ceux et celles qui en ont été des acteurs.rices, mais qui se sont malheureusement retrouvés.es exclus.es du récit dominant.

Le Musée McCord, institution valorisant l’histoire sociale de la ville de Montréal, participe actuellement à remédier à cette situation, tout particulièrement avec la présentation, depuis le 3 mai dernier, de l’exposition Shalom Montréal – Histoires et contributions de la communauté juive. Pour la réalisation de cette exposition, le Musée a fait appel à des sommités en histoire juive, dont : Ira Robinson, Yolande Cohen, Steven Lapidus, et Pierre Anctil. Ces historiens.nes se sont intéressés.es, au fil de leur carrière, à des dimensions différentes de l’histoire juive montréalaise et québécoise; en conséquence, la mise en commun de leurs connaissances a mené à la réalisation d’une exposition captivante, et ne réduisant ni leur(s) histoire(s) à la dimension confessionnelle de leur identité, ni à une image porteuse des stéréotypes dominants. Bien au contraire, cette exposition permet au public de prendre connaissance des grandes lignes de l’histoire juive montréalaise, et de découvrir de nombreuses contributions de membres de(s) la communauté(s) juive(s) montréalaise(s) à la vie culturelle, politique, et sociale de la métropole.

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