HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

« Les écrivains font leurs propres histoires, mais ils ne les font pas de toutes pièces ». La pensée littéraire et politique de deux romans de Ngugi Wa Thiong’o au regard de la tradition socialiste internationale

Par Samuel Provost, étudiant à la maîtrise en études littéraires

Résumé : La pensée littéraire et politique de Ngugi Wa Thiong’o est directement influencée par la tradition socialiste de l’histoire et de la culture. Cet article s’intéresse à l’apport précisément littéraire de cette tradition chez Ngugi. Comment les réflexions sur l’histoire de cette tradition pénètrent au cœur des structures narratives et comment façonnent-elles la langue et la construction d’univers? Nous verrons en quoi la figure d’Amilcar Cabral fait figure de passeur de la tradition marxiste chez Ngugi et comment, contrairement à ce qu’en dise des critiques contemporaines, il n’y a pas de montée récente en globalité chez l’auteur Kenyan, mais bien une continuité d’un engagement internationaliste sur fond de changements historiques.

Mots-clés : socialisme ; littérature africaine ; Amilcar Cabral ; panafricanisme ; Ngugi Wa Thiong’o ; internationalisme ; marxisme ; réalisme socialiste ; Tiers-Monde.

Dans son introduction à l’ouvrage collectif Écrire l’Afrique-Monde, Achille Mbembe et Felwine Sarr énoncent l’urgence de produire et construire une pensée du 21e siècle qui replace l’Afrique dans le destin du monde :

Il n’y aura d’Afrique que créé. Et pour nous, il n’y aura jamais d’autre tâche fondamentale que de rendre pensable, ou de penser cette création. En posant comme point de départ l’entrelacement et la communauté de sort entre l’Afrique et le monde, nous congédions enfin l’illusion d’une séparation toujours déjà donnée et toujours tenue pour évidente entre le signe africain et le temps du monde. C’est aussi une certaine manière de penser que nous voulons congédier — celle qui ; des siècles durant, a tenté de faire croire que l’Afrique : constitue un monde à part, un hors-monde[1].

Si l’importance et l’urgence d’un tel projet sont indéniables, on peut se questionner sur la nouveauté de cette entreprise et sur l’existence de courants intellectuels passés. On admet facilement le panafricanisme[2], le projet politique du tiers-monde[3] et le postcolonialisme dans la préhistoire du courant afromondial ; mais il est plutôt rare d’entendre parler de l’influence des courants socialistes africains et caribéens, précurseurs non négligeables d’une pensée articulant l’Afrique et le monde. Certes, depuis que la poussière des décombres du Mur est tombée, un regain d’intérêt pour les marxismes du Sud, notamment nigérians[4] et haïtiens[5], ainsi que pour les rapports culturels entre le bloc de l’Est et le « tiers-monde[6] » s’observe de plus en plus. Cette recherche est pourtant encore naissante, et à plus forte raison dans le domaine de la fiction littéraire.

Discussion avec Catherine Larochelle dans le cadre du lancement de son livre L’école du racisme*

*Texte originalement publié par le CHRS.

Par Kathleen Villeneuve, étudiante à la maîtrise en histoire (Université de Montréal)

Catherine Larochelle est membre du comité éditorial de la revue Histoire engagée, professeure au département d’histoire de l’UdeM et membre du CHRS. Ses recherches portent sur la façon dont l’impérialisme, le colonialisme, le racisme et l’orientalisme imprègnent les discours, les idéologies et les pratiques culturelles produits et diffusés au Québec aux 19e et 20e siècles. Ses intérêts de recherche recoupent l’histoire de l’enfance et de la jeunesse, l’histoire des représentations et l’histoire du mouvement missionnaire canadien-français. Elle accorde une grande importance à l’imbrication de son travail scientifique et intellectuel et de son engagement social et médiatique.

Le 1er septembre dernier avait lieu le lancement de son livre L’école du racisme : La construction de l’altérité à l’école québécoise (1830-1915), qui a remporté le prix Clio-Québec 2022 de la Société historique du Canada. Pour l’occasion, elle s’est entretenue avec Webster, rappeur et historien spécialiste de l’histoire de la présence afrodescendante et de l’esclavage au Québec et au Canada depuis la Nouvelle-France. L’événement était animé par Brintha Koneshachanda.

Communiqués de guerre, chroniques et publicités : du garde-manger québécois à la Victoire des Alliés

Par Florence Gagnon-Brouillet, candidate au doctorat à l’Université Laval

Figure 1. Swift Canadian Co. Limited, « La viande est du matériel de guerre employez la sagement », La Revue moderne, novembre 1943, p. 27.

Sur le rouet du passé, elle filait en silence des motifs inconnus,

complexes et beaux des blessures qu’il semblait rouvrir.

Mohamed Mbougar Sarr
 

S’il existe un rouet du passé, alors le fuseau est l’archive et les fileuses, les historien.ne.s. Se piquer le doigt sur une source et s’abandonner aux mains de l’histoire ne devrait pas être déprécié, au contraire : c’est un moment de grâce où l’on arrive à sentir, toucher et entendre les horreurs et les splendeurs du passé. Lorsque la réalité souffle un baiser, on revient dociles vers les portes du présent, escortés, selon le territoire visité, par la déception, le soulagement, la frustration, ou l’enthousiasme. Pour moi, ces périples au cœur des archives ont été parfois sources de frustration et de soulagement ; frustration de constater que l’histoire a des préférences ayant pour conséquence des silences archivistiques sur l’histoire des femmes, notamment sur la contribution alimentaire des Canadiennes françaises à l’effort de guerre ; soulagement, toutefois, de me savoir capable de proposer des pistes de réflexion pour relire, à travers le prisme du genre, des épisodes du passé comme la Deuxième Guerre mondiale.

Inviter pour intégrer : l’implication politique des groupes minoritaires en Franco-Amérique

Patrick Lacroix, Université du Maine à Fort Kent

Source : https://digitalcommons.assumption.edu/usjb-photographs/19/

François Legault a touché une corde politique sensible en associant un fort taux d’immigration à la chicane et à la violence. La controverse qu’il a suscité en pleine campagne électorale et les propos d’autres chefs s’inscrivent dans un climat d’inquiétude à l’égard des nouveaux arrivants et de l’avenir du peuple québécois. De telles déclarations nous invitent à repenser l’accueil que nous offrons aux gens d’ailleurs et leur rapport à la sphère politique au Québec.

Si Legault a dit regretter ses propos, il hérite tout de même d’un mouvement qui, à l’époque de l’Action démocratique du Québec, agitait la question des accommodements raisonnables et qui s’est de nouveau penché sur le rapport des groupes minoritaires à la culture dominante. Les lois 21 et 96 touchent directement au vécu québécois de plusieurs nouvelles communautés culturelles. Les gens dont le port d’objets religieux est une expression fondamentale de leur identité sont, à moins d’un « droit acquis », exclues de toute position d’autorité. Puis, après six mois au Québec, les allophones ne pourront communiquer avec le gouvernement qu’en français, peu importe leur niveau de compétence, ce qui pourrait limiter leur accès à des services d’accompagnement. À ces politiques aux effets bien concrets, ajoutons le discours d’exclusion qui amplifie le climat d’insécurité et d’hostilité.  Selon le chroniqueur Mathieu Bock-Côté ainsi que Frédéric Lacroix, dont le livre s’est mérité le Prix de la présidence de l’Assemblée nationale [1], l’immigration est une menace : s’ils ne craignent pas la violence, ces personnalités y perçoivent un déluge à caractère existentiel pour le Québec.

La crainte d’un Autre qui ne peut ou ne veut pas se fondre dans le creuset québécois n’a rien de nouveau. Or, l’immigration ne doit pas nécessairement se traduire par l’effilochage du tissu social. Dans certains milieux, on s’inquiète d’une adaptation culturelle qui semble se faire trop lentement et on a choisi le bâton plutôt que la carotte, refusant d’investir dans des moyens d’accompagnement et de soutien pourtant si prometteurs. En réalité, l’intégration ne dépend pas seulement des nouveaux arrivants : elle requiert aussi une volonté politique dans la société d’accueil. On doit lancer une invitation et créer des espaces porteurs d’échanges fructueux entre majorité et minorité. Heureusement, le monde francophone nord-américain offre lui-même des exemples d’acculturation réussie. L’expérience des familles franco-américaines dans le nord-est des États-Unis peut servir de guide à ce débat de société québécois.

Reconnaissons d’emblée que la vie franco-américaine du siècle dernier peut sembler bien loin du cas québécois; comme toujours, en histoire, l’analogie n’est pas parfaite. Le parcours historique des groupes d’ascendance canadienne-française diffère à plusieurs égards des obstacles rencontrés par les nouveaux arrivants au Québec, particulièrement si ceux-ci ne sont pas d’héritage catholique et francophone ou s’ils ne peuvent pas se fondre dans une société où la blanchité domine. Bref, cette comparaison ne vise aucunement à dresser une équivalence dans l’expérience de divers groupes ou à dissimuler l’aspect racial du débat actuel. L’accent est placé plutôt sur un moyen d’inclusion qui promet de porter fruit pour la société d’accueil ainsi que pour les gens venant d’ailleurs et cherchant à s’intégrer.

Vers une représentation politique des « Francos »

L’épisode de la « grande saignée », qui s’étend des années 1840 à l’entre-deux-guerres, est bien connu; le processus d’intégration chez les Canadiennes et Canadiens français établis aux États-Unis l’est moins. On ne doit pas croire que cette population a vécu dans de petites forteresses étanches à l’abri de toute influence de la société d’accueil—forteresses qui se seraient effondrées soudainement après la Deuxième Guerre mondiale. D’une génération à l’autre, l’influence des institutions religieuses, des syndicats et des divertissements de masse accélèrent l’acculturation des familles franco-américaines. L’intégration civique et culturelle de celles-ci passent aussi par la politique, ce que l’écriture de l’histoire franco-américaine a souvent ignoré[2].

La génération immigrante interprète ses nouvelles conditions de vie et son nouvel environnement à partir de son vécu au nord de la frontière—rien de plus naturel. D’ailleurs, « ils sont bien rares ceux qui sont partis du Canada avec l’intention de ne jamais y retourner », soutient Hugo Dubuque, natif du Québec et l’un des pionniers de l’engagement politique franco-américain[3]. Le sentiment d’aliénation est amplifié par un discours d’intolérance. La population irlandaise craint la menace économique que semblent poser les nouveaux arrivants; les « Yankees » s’inquiètent du danger culturel créé par cette masse de gens qu’on croit inassimilable. Parfois exclu et marginalisé, le groupe canadien-français tend à se replier sur ses institutions ethniques.

Du nouveau au sein du comité d’Histoireengagée.ca

L’équipe éditoriale de la revue Histoireengagée.ca a le plaisir de vous annoncer la venue de deux nouveaux membres au sein de son comité. Nous désirons souhaiter la bienvenue à Samia Dumais et Benoît Gaudreault. Grâce à leurs idées et vivacités d’esprit, leur participation au comité éditorial est plus que prometteuse.

À l’occasion de leur arrivée, nous souhaitons vous les présenter!

Samia Dumais est étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal UQAM). Ses recherches s’articulent autour du militantisme afro-canadien, les initiatives féministes noires en Amérique du Nord et l’expérience des communautés afro-canadiennes au sein du système scolaire et de santé québécois. Samia détient un intérêt particulier pour les enjeux de racialisation, de genre et de mobilité, principalement auprès de diverses communautés culturelles au Canada et à Montréal, ce qui l’amène à travailler comme assistante de recherche pour le groupe Histoire, femmes, genre et migration (UQÀM), pour le projet de recherche « Alternate visions : The politics of motherhood and family among Indigenous, immigrant, racialized and low-income activist women’s groups in Canada, 1960s-1980s » (Queen’s University), ainsi que pour le projet « Santé sexuelle et reproductive des femmes noires : leurs expériences dans le système de santé québécois » (Relais-Femmes).

Benoit Gaudreault est titulaire d’un baccalauréat et d’une maîtrise en histoire, tous deux obtenus à l’Université de Montréal. Dans son mémoire, il étudie les représentations des Premiers Peuples dans les manuels scolaires (1920-1960) et le colonialisme d’occupation (settler colonialism). Outre ces deux champs de recherche, Benoit se passionne également pour l’histoire de l’enfance et des enfants, historiographie qu’il mobilise d’ailleurs dans son mémoire. Toujours en quête de la voix des enfants dans les archives, il cherche à savoir ce que ces acteurs historiques ont eux aussi à dire du monde qui les entoure ! Benoit s’intéresse finalement à la façon dont les récits historiques nationaux sont racontés aux plus jeunes de notre société. (Crédit photo : AbiMeli photo, Caroline Gélinas)

 

Nous profitons de l’occasion pour remercier deux anciens membres, Gustavo Salinas et Mat Michaud, qui ont récemment quitté le comité. Merci à vous deux, et bonne continuation dans vos projets!

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