HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

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Une histoire des femmes et de la musculation*

Par Dr. Conor Heffernan, University College Dublin

“Immersed in a cultural moment in which it may seem that strong women are more celebrated than ever, are women in fitness in fact bursting into weight rooms, packing on plates, cranking out sets, feeling the thrills and benefits of tight skin stretched across bulging, growing muscles?

Or do many women hold back on weights so as to negotiate what might be termed a culturally produced glass ceiling – or upper limit – on their muscular strength?[1]

Shari Dworkin and Michael Messner, 1999.

Dans un article publié en 1999, les sociologues Shari Dworkin et Michal Messner ont jeté la lumière sur un enjeu qui semble aller de soi, mais qui n’est finalement que rarement abordé de front : la nature controversée de la place des femmes dans la musculation et la culture de l’entraînement en salle. Des articles précédemment publiés sur le site web américain BarBend, plus spécifiquement sur l’émergence d’une culture de l’entrainement physique vers la fin du 19e siècle et au début du 20e, ont montré l’attrait grandissant de la musculation pour les hommes. Il s’agit là d’un contraste frappant avec une expérience féminine qui tarde à se matérialiser, particulièrement dans les domaines de la musculation, de l’haltérophilie et du culturisme.

Les premières formes officielles de « strenght sports » féminins arrivent avec la dynamophilie en 1978 alors que les femmes compétitionnent pour la première fois aux World Weighlifting Championships en 1987. Quant aux spectacles de culturisme, quoique les femmes peuvent y participer pour la première fois en 1977, le premier événement strictement féminin « World’s Strongest Woman » n’a vu le jour qu’en 1997.  À la même époque, seul CrossFit annonce des compétitions à la fois masculines et féminines. En raison de la conception que la société se fait du corps des femmes, l’émergence de compétitions féminines a été lente, en dépit des progrès importants accomplis par une quelques pionnières. L’article d’aujourd’hui  cherche donc à retracer un pan de l’histoire de ces athlètes féminines, précurseures dans un sport traditionnellement réservé aux hommes, afin de mieux comprendre la généalogie dans laquelle s’inscrivent les athlètes contemporaines.

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La figure d’Émilie Bordeleau: reflet de la condition des institutrices rurales?

Par Annick Desmarais, étudiante en histoire,  Université du Québec à Montréal

Le roman et la série les Filles de Caleb d’Arlette Cousture ont empreint l’imaginaire collectif d’une image forte d’une institutrice rurale avant-gardiste et passionnée. Mais le personnage d’Émilie Bordeleau est-il représentatif de toutes les institutrices rurales de la fin du 19e et début 20e siècle ? Dans cette capsule audio, Annick Desmarais s’est penchée sur le contexte historique entourant ces institutrices en explorant l’école de rang, leurs conditions de vie et de travail, l’enseignement par les femmes mariées et leur militantisme.

Les maitresses d’école étaient des personnages importants dans leur communauté et leur conduite se devait d’être irréprochable. Elles jouaient plusieurs rôles – directrice, concierge, surveillante, cuisinière et enseignante à une classe d’enfants de la première à la septième année –, sans compter les multiples services pouvant lui être demandés par la communauté. Elles vivaient bien souvent seules à même l’école et le soir, éclairées à la lampe à l’huile, corrigeaient et préparaient les leçons.

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Revisiter la révolte des travailleurs et des travailleuses de Winnipeg

Affiche de David Lester
Essai du Graphic History Collective
Traduction* : Benoit Marsan (révision : Adèle Clapperton-Richard)

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

Au mois d’avril dernier, le collectif a fait paraître la dix-neuvième affiche, réalisée par David Lester. Cette affiche vient souligner le centenaire de la grève générale de Winnipeg de mai et juin 1919, l’une des plus importantes de l’histoire du Canada.


En 1919, 35 000 ouvriers et ouvrières de Winnipeg, au Manitoba, territoire du Traité #1 (1871) et terre natale de la Nation Métisse, ont mené une grève générale de six semaines du 15 mai au 26 juin. Provenant de divers horizons, ils et elles ont arrêté toute production pour réclamer des salaires plus élevés, le droit à la négociation collective et plus de pouvoir pour la classe laborieuse. Cent ans plus tard, la grève générale de Winnipeg demeure l’une des plus grandes et des plus importantes de l’histoire du Canada.

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Le Courrier Le Bon-Pasteur en Haïti : entre histoire nationale et transnationale

Par Laurence Bordeleau, candidate à la maîtrise en histoire, Université Laval

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Les missions à l’étranger sont au cœur de l’œuvre apostolique de nombreuses communautés religieuses féminines québécoises. La communauté des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec, fondée dans les années 1850, compte parmi les congrégations à s’être embarquées pour l’étranger pour venir en aide aux personnes en difficulté. Principalement dévouées à la cause des femmes et des enfants au Québec, leurs œuvres sociales ont pris des formes variées : elles ont entre autres tenu des centres de réhabilitation pour les femmes à leur sortie de prison, des asiles, des orphelinats et des hôpitaux[1]. Dès leurs premières années, les œuvres caritatives se sont doublées d’une dimension éducative qui sera aussi exportée dans leurs missions à l’étranger en Afrique et en Amérique latine. À l’aube des années 1970, les Sœurs du Bon-Pasteur acceptent l’invitation qui leur a été lancée par l’abbé Willy Romulus pour offrir leurs services en Haïti. Ainsi, elles ont dirigé des dispensaires et des écoles dans près d’une dizaine de villes haïtiennes[2].

À l’heure où les appareils numériques et les plateformes médiatiques pour rester « connectés » à distance abondent, on peut se questionner sur les moyens utilisés par les sœurs pour rester en contact avec leur communauté établie un peu partout dans le monde avant cette ère numérique. Comme bien d’autres congrégations missionnaires l’ont fait, l’administration des Sœurs du Bon-Pasteur de Québec désirait garder ses membres au courant de ses activités à l’étranger. En ce sens, les Courriers Le Bon-Pasteur en Haïti représentent un exemple révélateur des stratégies mises en place par les communautés religieuses durant les années 1970 et 1980 pour cimenter le sentiment d’appartenance de ses membres malgré la dispersion, comme l’exprime l’appel suivant : « Que nous soyons au Canada ou des E.-U., d’Afrique, du Brésil ou d’Haïti, nos cœurs vibrent à l’unisson dans une même joie et une même espérance […] [3]».

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La maison d’édition, une source d’histoire transnationale

Par Camille G. Jobin, étudiante à la maîtrise, Université Laval

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Page couverture, du livre «Môman travaille pas, a trop d’ouvrage!», Théâtre des cuisines (1976). Crédit: Les Éditions du Remue-ménage

Dans le cadre d’un travail de séminaire, j’ai cherché les traces d’employées domestiques dans les luttes internationales pour un salaire au travail ménager de 1970-1980 [1]. Bien que je n’aie pas trouvé les pistes espérées, j’ai effectué une découverte tout aussi intéressante. Au fil de mes recherches, j’ai constaté le poids qu’ont eu les publications féministes internationales sur les militantes du Québec. Je me suis ainsi questionnée sur la manière dont ces écrits sont parvenus et ont été diffusés ici. Les maisons d’édition féministes m’ont alors paru occuper une place centrale en tant qu’outil de circulation transnationale des idées. Cette observation a complètement réorienté ma recherche et m’a conduit à m’intéresser aux Éditions du Remue-ménage comme agent de circulation et de diffusion. Comme quoi, il arrive que les sources choisissent pour nous le sujet de la recherche qui les concerne. Cette chronique retrace la réflexion qui m’a mené à considérer le potentiel des archives des Éditions du Remue-ménage pour analyser la circulation transnationale des idées féministes au Québec. 

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