HistoireEngagée.ca

Là où le présent rencontre le passé – ISSN 2562-7716

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Colloque Toujours debouttes! : entrevue avec Camille Robert

Les 21 et 22 novembre se tient à l’UQAM le colloque « Toujours debouttes. Perspectives sur le renouveau féministe au Québec ». HistoireEngagée vous propose une entrevue avec l’une des co-organisatrice de l’événement, Camille Robert, afin de présenter plus en détail les motivations derrière l’organisation de ce colloque ainsi que les différents panels et communications, dont les titres annoncent des réflexions et des critiques tout aussi intéressantes que pertinentes.

Le titre du colloque « Toujours debouttes. Perspectives sur le renouveau féministe au Québec » a quelque chose d’intéressant : il reprend une expression liée à un des mouvements féministes québécois des années 1970 tout en rendant compte d’une volonté de réfléchir à des enjeux plus actuels. Pour le détailler, peux-tu contextualiser l’utilisation du « debouttes » et aussi expliquer un peu ce qui est entendu par « renouveau féministe au Québec ».

« Québécoises deboutte! » a d’abord été un slogan lancé par des militantes du Front de libération des femmes du Québec (FLF) au printemps 1971. Au départ, il référait à l’appartenance québécoise et à l’engagement indépendantiste des militantes du début de la décennie 1970, avec une référence évidente au joual… Il a ensuite été imprimé sur des autocollants, apposés un peu partout à Montréal, et a donné le nom au journal publié par le FLF (novembre 1971), puis par le Centre des femmes (novembre 1972 à mars 1974). Plus récemment, le documentaire audio Debouttes! de Jenny Cartwright ou l’éditorial « Toujours debouttes » de la revue À bâbord! ont permis de faire ressurgir ce slogan.

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La « Grande noirceur » catholique et duplessiste au Québec : entre mémoire et histoire.Note critique sur l’ouvrage L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis d’Alexandre Dumas

Par Jean-Philippe Bernard, étudiant au doctorat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)

L’Église et la politique québécoise, de Taschereau à Duplessis est le second ouvrage publié par l’historien Alexandre Dumas. Tiré de sa thèse de doctorat soutenue en 2016 à l’Université McGill, il paraît dans la prestigieuse série des Études d’histoire du Québec (Studies on the history of Quebec) chez McGill-Queen’s University Press. Soulignons, par ailleurs, que sa publication, en offrant de nouvelles perspectives sur les relations entre la religion et la partisanerie politique dans l’histoire du Québec, s’insère à merveille dans les houleux débats entourant la loi 21 et la question de la laïcité de l’État.

Le titre de l’ouvrage est à cet effet fort bien choisi : ce sont bien les rapports de l’Église à « la » politique dont on parle, et non des rapports de l’Église à l’État ou «au» politique, pris plus largement. L’Église et la politique québécoise explore donc les liens qu’entretiennent l’épiscopat et le clergé avec les députés, les candidats électoraux, les partis politiques, etc., des libéraux de Taschereau aux unionistes de Duplessis. La présence, pourtant importante, des institutions religieuses au sein des différents organes de l’État québécois (santé et services sociaux, éducation, colonisation, agriculture, etc.), de même que leur influence sur l’orientation des politiques, est un aspect qui est peu abordé par l’auteur[1].

Cela étant dit, on s’abstiendra d’insister sur les absences de l’ouvrage pour s’intéresser à ce qu’il contient. À cette fin, plutôt qu’un résumé chapitre par chapitre, j’ai privilégié une recension qui présente et analyse trois des nombreuses thèses soutenues tout au long des dix chapitres du livre. Deux d’entre elles concernent l’Église et ses représentations au sein d’une certaine mémoire collective, alors que la troisième s’intéresse à Maurice Duplessis et à ses relations avec l’institution religieuse.

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Lorsque le Canada a ouvert le feu sur ma Kokum Marianne avec une mitrailleuse Gatling

Affiche par Jerry Thistle, texte par Jesse Thistle et traduction par Florence Prévost-Grégoire

Avant 1870, la vie métisse s’organise autour de la colonie de la Rivière Rouge (CRR), là où se situe aujourd’hui Winnipeg. En 1869, après deux siècles de commerce réciproque entre les Premières Nations, les Métis·ses et les Européen·ne·s, la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) vend la Terre de Rupert au Canada, sans consulter les habitant·e·s autochtones de la région. La Terre de Rupert était un vaste territoire près de la baie d’Hudson et qui avait été arbitrairement cédé à la CBH en 1670 par le roi anglais Charles II. La charte de la CBH expirait en 1869, ce qui explique la vente du territoire au Canada. L’Angleterre en avait assez d’administrer la Terre de Rupert, qui, depuis les années 1860, n’était plus profitable.

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Recension de l’exposition «Déjouer la fatalité : Familles, pauvreté et institutions »

Milan Busic, candidat à la maîtrise en histoire (UQÀM) et auxiliaire de recherche au Centre d’histoire des régulations sociales

Depuis le 11 septembre dernier se tient à l’Écomusée du Fier-Monde l’exposition « Déjouer la fatalité. Familles, pauvreté et institutions[1] ». Née d’une collaboration entre le Centre d’histoire des régulations sociales (CHRS), le Laboratoire d’histoire et de patrimoine de Montréal (LHPM) et l’équipe de l’Écomusée, cette exposition propose une analyse du développement d’un réseau institutionnel visant la prise en charge de diverses formes de marginalités et d’inégalités sociales au sein du quartier Centre-Sud de la mi-XIXe siècle aux années 1930[2]. S’intéressant aux fondements idéologiques de ce « moment institutionnel », de même qu’à ses retombées concrètes sur le patrimoine culturel et architectural de l’ancien quartier ouvrier, le projet offre une analyse historique de la société québécoise faite « à partir de ses marges[3] », et offre ainsi une contribution pertinente « aux débats actuels sur les inégalités sociales, sur le sort que la société réserve aux personnes vulnérables et marginales[4] ».

Survol de l’exposition : développement, critiques et crise d’un système d’« assistance charitable »

L’exposition s’articule autour des institutions mises sur pieds au sein du quartier ouvrier au cours de la période à l’étude : les prisons, les tribunaux et les institutions correctionnelles pour mineurs, l’asile, les hôpitaux charitables, les hospices pour vieillards nécessiteux, les orphelinats ainsi que les refuges pour chômeurs.

À travers les différentes sections de l’exposition, on apprend que la création de ces institutions, qu’elles soient religieuses ou laïques, visaient à maintenir un ordre social que plusieurs contemporains croyaient menacé par les effets pervers de l’urbanisation (densité démographique accrue, criminalité, prostitution, alcoolisme, oisiveté, etc.). Selon plusieurs réformateurs influents du XIXe siècle, la solution au maintien de cet ordre social en péril, garant de la moralité des masses populaires urbaines et nécessaire à l’atteinte des finalités de la société libérale industrielle, résidait en l’institutionnalisation des membres les plus nécessiteux et « déviants » de la société. Or, l’exposition montre que cette « assistance charitable » assurée par diverses congrégations religieuses et, dans une moindre mesure, par l’État, ne peut être considérée comme une véritable tentative d’enrayer la pauvreté et la vulnérabilité sociale. Celle-ci se voulait avant tout une aide de dernier recours fondée sur la notion de mérite de l’indigent, et ne pouvait être accordée qu’en cas de défaillance de l’ancestral système « naturel » d’assistance : la famille. On craignait en effet qu’une aide trop « généreuse » ne cause la paresse et dislocation des cadres familiaux au sein de la population.

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Tuer l’Indien dans l’enfant : les pensionnats autochtones et le rôle de John A. Macdonald

Affiche par Sean Carleton et texte par Crystal Gail Fraser.

Traduction par Laure Henri

On a souvent célébré John A. Macdonald (1815-1891) pour son rôle en tant que l’un des « Pères de la Confédération » au Canada. Élu premier ministre à deux reprises (1867-1873 et 1878-1891), Macdonald a fait face à d’importants obstacles dans son entreprise d’édification du nouveau Dominion du Canada. La création d’une nation était une lourde tâche et Macdonald y a joué un rôle déterminant sur plusieurs plans, que ce soit dans la négociation de l’entrée des nouvelles provinces dans la Confédération, la construction du réseau ferroviaire, la domestication de l’Ouest « sauvage » ou encore l’encadrement de projets d’immigration de très grande envergure. Il est toutefois moins reconnu qu’en tant que premier ministre, Macdonald a également agi à titre de surintendant général des Affaires indiennes. Il a donc participé de manière active à la mise en œuvre d’un système destructeur qui avait pour objectif de « tuer l’Indien dans l’enfant », soit le système de pensionnats indiens. Cette affiche permet de souligner le double rôle joué par Macdonald, qui a été à la fois bâtisseur d’une nation et architecte d’un génocide commis contre les peuples autochtones.

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