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Le système seigneurial? Quel système seigneurial?

Par Allan Greer, professeur au département d’histoire de l’Université Mcgill

Ce texte a d’abord paru en anglais sur le site Borealia, A Group Blog on Early Canadian History

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Plan de la seigneurie de Batiscan, 1725

Des manuels scolaires aux articles encyclopédiques en passant par les publications universitaires, aucun ouvrage concernant la Nouvelle-France n’est complet sans une section à propos du « système seigneurial ». Ce phénomène a supposément modelé la société agraire de cette colonie, la différenciant des autres colonies de peuplement[1]. On dit que ce système, imposé sur le Canada par la France absolutiste, accordait aux seigneurs différents droits et devoirs, contrebalancés par un autre ensemble de droits et devoirs consentis aux censitaires. Même si le système seigneurial a changé au fil du temps, ses caractéristiques principales et sa cohésion interne ont perduré depuis 1627, quand il a été instauré par décret royal, jusqu’à son « abolition » dans les années 1850. On sous-entend aussi que les autres colonies avaient bien leurs propres régimes fonciers, mais que seuls la Nouvelle-France et le Bas-Canada étaient sous la poigne d’un « système ». Le « système seigneurial » s’est avéré être un concept abstrait très résilient, inchangé presque en tout point même après un demi-siècle de recherches — par Louise Dechêne, Sylvie Dépatie, Thomas Wien et d’autres — à propos du fonctionnement réel des seigneuries du début de la colonie dans toute leur diversité et complexité.

Se basant sur l’état actuel de la recherche, mon plus récent livre, Property and Dispossession, se penche sur les régimes fonciers coloniaux de manière comparative. Cet angle d’analyse permet de remettre en question chaque détail de l’image très conventionnelle que l’on entretient par rapport au système seigneurial, en commençant par la notion que le régime agraire de la Nouvelle-France avait quelque chose de « systématique »[2]. J’aimerais ici mettre en lumière, brièvement et de manière quelque peu polémique, les points où mon livre diverge de l’interprétation plus orthodoxe (signalée ci-dessous par l’italique) sur le sujet.

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« Apprécier l’histoire autrement » : Retour sur les Rendez-vous d’histoire de Québec du 10-12 août 2018

Par Gabriel Thériault, candidat à la maîtrise en histoire à l’Université du Québec à Montréal
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Pour leur première édition, les Rendez-vous d’histoire de Québec ont offert au grand public une programmation de conférences diversifiées selon une formule «festival» qui a attiré un grand nombre d’auditeurs et d’auditrices. Le comité organisateur, composé notamment des historiennes Catherine Ferland et Marie-Ève Ouellet, ainsi que du président d’honneur, l’historien Jacques Mathieu, ont choisi trois institutions hôtes du Vieux-Québec comme décor pour l’événement. Ces institutions offrent au public amateur d’histoire une immersion au cœur du passé architectural de Québec[1]. C’est dire que ces établissements se distinguent substantiellement des salles de conférences sans grand caractère dont nous avons trop souvent l’habitude.

La diffusion de l’histoire, et plus précisément l’histoire du quotidien, des usages et des habitudes, fut un des principaux thèmes de ce rendez-vous. Les conférences ont mis de l’avant certains outils de diffusion de l’histoire, des découvertes documentaires récentes et inédites, ainsi que des sujets originaux et très bien synthétisés. Cette programmation chargée comptait au total plus d’une vingtaine de conférences, de visites, de projections et d’expositions. Bien que je n’ai pu assister à toutes les présentations puisque certaines se chevauchaient, j’ai privilégié des communications qui couvrent un large spectre historiographique[2]. La présentation d’un document inédit de Samuel de Champlain, la diversité des sujets abordés ainsi que la table ronde de clôture réunissant les historiens Denis Vaugeois et Jacques Mathieu discutant de l’œuvre de Jacques Lacoursière ont particulièrement retenu mon attention.

Un document inédit

Le comité organisateur des Rendez-vous d’histoire de Québec a remporté son pari : la conférence inaugurale affichait plus que complet et j’ai dû, comme plusieurs personnes et à notre grand désarroi, écouter la présentation de la récente découverte de l’historien Éric Thierry à travers un cadre de porte. Notons que dès la semaine précédant l’événement, les médias s’étaient emballés de la (re)découverte d’un dossier d’exploration manuscrit écrit par Samuel de Champlain. En effet, Thierry explique que le document fut découvert une première fois à la Bibliothèque nationale de France en 1904, avant de tomber dans l’oubli. Les questions que pose Thierry sont à la base de la pratique historienne : est-ce bien Samuel de Champlain qui est l’auteur de ce dossier d’exploration ? Qu’elle est sa pertinence quant aux connaissances géographiques de l’époque ? Quels renseignements offre-t-il sur l’expérience coloniale ?

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La langue des signes québécoise: Langue populaire et enjeux ordinaires

Par Anne-Marie Buisson, membre étudiante du Centre d’histoire des régulations sociales[1]
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Désormais, nous avons cessé de nous laisser modeler. Nous sommes Sourds et avons conscience de cette différence. Nous sommes nous-mêmes. Oui, nous avons cessé de faire semblant d’entendre
– Raymond Dewar[2]

Le 21 août dernier, Québec Solidaire annonçait qu’il s’engageait à reconnaitre le statut officiel des langues signées utilisées au Québec, l’American Sign Language (ASL) et la langue des signes québécoise (LSQ). Pour la première fois au Québec, la reconnaissance des langues des signes est intégrée au programme politique d’un parti qui fait de l’inclusion et de l’accessibilité des enjeux électoraux. Il n’en fallait pas moins pour que le chroniqueur du Journal de Montréal, Richard Martineau, tourne cette annonce en dérision, et ce, en ridiculisant tout simplement l’importance de la reconnaissance de la LSQ sur les réseaux sociaux. Outre l’ignorance crasse et le mépris que Martineau expose sans retenue envers les revendications des groupes minoritaires en général, ce sont surtout les commentaires méprisants des internautes devant un tel projet qui ont retenu notre attention.

Institution des Sourdes-Muettes 3725, rue St-Denis, Montréal, P.Q. (Crédit :Darois et Steben,1943/BANQ-numérique)

Si les langues des signes sont étudiées par les linguistes depuis les années 1960, l’histoire et la culture Sourde[3] sont des objets d’études encore récents. Au Québec, depuis le début des années 1990, elles retiennent l’attention de nombreux sociologues, d’anthropologues et d’historien-ne-s et ont fait l’objet de bon nombre d’ouvrages, de documentaires et même d’expositions. Pourtant, cette communauté est encore invisibilisée et ses revendications restent toujours sans grand écho, et ce, même si les premières associations canadiennes de personnes sourdes[4] ont vu le jour vers la fin du XIXe siècle.­­ L’étude de ces associations reste difficile, notamment à cause de la rareté des sources. Les documents témoignant de leur développement ont été en majeure partie détruits ou perdus. Reste les traces conservées par certaines institutions charitables de l’époque ainsi que les sources orales. De plus en plus en plus exploitées, ces dernières permettent d’intégrer à l’histoire culturelle et institutionnelle des Sourd-e-s du Québec une histoire sociale qui fait ressortir la spécificité de la communauté Sourde québécoise. Le et la Sourd-e deviennent ce faisant des acteurs sociaux qui s’organisent devant les inégalités et les oppressions auxquelles ils et elles font face dans leurs rapports avec les classes dominantes de la société audiocentriste.

La reconnaissance officielle des langues signées est l’une des principales revendications portées par les groupes de personnes sourdes et malentendantes à travers le monde. Au Québec, la reconnaissance officielle de la LSQ est évoquée lors du premier Sommet sur la déficience auditive de 1986 et est au centre des revendications portées par ces associations depuis. Il s’agit d’éliminer les obstacles limitant la participation sociale des gens ayant une déficience auditive, obstacles qui provoquent des situations handicapantes. Directement liée au droit à l’éducation, à l’information et à la liberté d’expression, la reconnaissance officielle de la LSQ s’inscrit également dans la lutte beaucoup plus large de la reconnaissance d’une communauté sourde, spécifiquement québécoise et pleinement citoyenne. La LSQ, qui diffère de l’ASL (langue des signes américaine), de la LSF (langue des signes française) et de la langue française, est une langue à part entière telle que l’ont démontré Colette Dubuisson et Marie Nadeau en 1993[5]. Évidemment, cette reconnaissance de la LSQ vise aussi à faciliter l’accès des personnes sourdes à une éducation bilingue, où l’enseignement du français écrit se fait en langue des signes. Contrairement à l’idée répandue, la langue des signes n’est ni un transfert linéaire de mots d’une langue à un mime ni un « langage de Sourd-Muet ». C’est bel et bien une clé d’accès à la langue française, un outil de communication et un marqueur identitaire.

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Chronique d’archives. De la poudre aux yeux

Par Pascale Gramain, docteure en histoire des sciences, secrétaire générale du Cancéropôle Île-de-France et auditrice de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie (IHEST)

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Joseph Marie François de Lassone par Joseph-Siffrein Duplessis (fin XVIIIe siècle)

Le travail dans les archives remue les poussières et fait émerger les pensées, fondements des actes des personnes du passé. Une des difficultés pour l’historien(ne) est l’impossibilité de recontextualiser exactement ces documents. Ainsi d’une lettre de Joseph-Marie-François de Lassone (1717-1788), premier médecin de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mais aussi de l’épouse de Louis XV Marie Leszczynska. Avec Félix Vicq d’Ayr, il a créé la Société Royale de Médecine, en charge de la veille sanitaire et de l’évaluation des remèdes secrets (ancêtres des préparations pharmaceutiques) sur laquelle je travaillais. La manipulation d’une de ses lettres m’a induite en erreur. Ce souvenir est raconté en faisant intervenir le fantôme de Lassone.

Qui dira la tristesse d’être un fantôme oublié ? Je ne revis qu’épisodiquement, lorsque des gens, que leurs contemporains regardent au mieux avec une sorte de condescendance amusée, lisent mes courriers au hasard de leurs recherches sur la médecine du XVIIIème siècle en France. Premier médecin du roi, ils ne peuvent certes pas m’ignorer. Évidemment, je fais tout ce qui est en moi pour qu’ils s’attardent sur mes lettres, mes réflexions, qu’ils comprennent l’importance de mon rôle en cette fin d’ancien régime. Mais las, si vous saviez qui lit mes courriers…. Ont-ils conscience que lorsque je les rédigeais, ou plutôt les signais, c’est un commis qui les écrivait, un autre commis les portait aussitôt à un valet, qui les faisait porter ou les portait lui-même à son destinataire? On posait alors l’enveloppe sur un présentoir en argent, et mon courrier était annoncé solennellement: « Monsieur, un pli de Monsieur de Lassone », et mon cachet était rompu avec appréhension. Ah, quand je vois ce qu’ils sont devenus deux cent vingt ans plus tard. Pendant longtemps j’étais offusqué, je ne voulais même plus savoir ce qu’il advenait de mes missives. Mais je ne pouvais pas disparaître dans l’au-delà. Il fallait et il faut toujours que je subisse le futur, sans cesse renouvelé. Mon monde s’est écroulé, certes, mais je m’aperçois que la nature humaine perdure, et, finalement, ils ne sont pas différents de nous, ces nouveaux humains.

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Reconnaître l’expertise des historiennes : entrevue avec les cofondatrices de Women Also Know History

Entrevue réalisée par Marilou Tanguay[1], Florence Prévost-Grégoire[2], et Catherine Larochelle[3] avec Emily Prifogle et Karin Wulf, deux des cofondatrices de l’initiative américaine Women Also Know History[4]

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En juin dernier, les historiennes derrière le compte Twitter et le mot-clic #womenalsoknowhistory ont lancé un site web visant à augmenter la diffusion et l’utilisation des expertises et des publications des femmes historiennes. L’initiative, pensée comme une façon de contrer les biais genrés de la discipline historique, s’adresse tout à la fois aux praticien.ne.s de la discipline et aux journalistes qui souhaitent interviewer des expert.e.s dans le domaine. Depuis l’ouverture de leur site web, près de 3000 historiennes se sont créées un profil. Afin d’en apprendre plus sur ce projet encore méconnu au Québec et dans le monde francophone, nous avons interviewé deux des cofondatrices pour qu’elles nous parlent des prémices de leur projet, de ses impacts et de la façon dont elles conçoivent l’apport de cette base de données pour éliminer les biais sexistes dans la pratique et la diffusion de l’histoire.

Marilou, Florence et Catherine : Historiennes québécoises travaillant au Canada et en Europe, nous avons pris connaissance de votre initiative via Twitter il y a quelques mois. Les questions entourant la place des femmes dans le milieu universitaire ont été sources de préoccupations pour nous depuis deux ou trois ans, mais ces derniers mois, nous les avons examinées en profondeur et de façon collective. À la revue HistoireEngagée.ca, nous avons un dossier spécial intitulé « Où sont les femmes », destiné à réfléchir aux liens entre les femmes, la discipline historique et les récits qui en découlent. Le lancement de votre base de données a été un moment crucial pour notre réflexion quant à ces préoccupations. Vous trouverez ci-dessous certaines questions que nous ont inspirées ce lancement et le mouvement qui a suivi.

1. À quel moment et pourquoi avez-vous eu l’idée de cette base de données ? Quelle était votre intention derrière cette initiative ?

Emily Prifogle : L’idée d’une base de données est venue de Women Also Know Stuff, une initiative créée par des femmes en Science politique. Elle nous a inspirées pour créer en 2017 quelque chose d’équivalent pour les femmes historiennes. Depuis le début, l’objectif général du projet est de trouver des façons concrètes de promouvoir et de soutenir le travail des historiennes afin de lutter contre les préjugés sexistes.

Karin Wulf : L’idée est née de l’évidence même de l’existence des préjugés sexistes dans la discipline historique, bien que des progrès aient été réalisés dans ce domaine, les exemples les plus pertinents d’une liste trop longue pour être énumérée étant les auteurs des « meilleurs livres », les conférences plénières, les plans de cours, les tables livres de Barnes & Noble… Bien évidemment, de nombreuses formes de préjugés et d’exclusion existent, mais après avoir constaté le succès de Women Also Know Stuff et parlé avec certaines des membres fondatrices de l’initiative, le moment nous a semblé propice à la création d’une initiative similaire pour la discipline historique.

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