L’intimidation et la discrimination dans l’industrie de la construction

Jacques Rouillard, professeur au département d’histoire de l’Université de Montréal et auteur de plusieurs volumes sur l’histoire du syndicalisme québécois

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Les médias se sont scandalisés à juste titre de témoignages à la Commission Charbonneau qui ont révélé des cas de menaces et d’intimidation de dirigeants syndicaux envers des travailleurs et des employeurs. Le problème n’est pas nouveau : de pareils comportements se sont produits depuis le milieu des années 1960 à cause principalement de rivalités intersyndicales, car chaque groupe syndical cherche à placer en priorité ses membres sur les chantiers importants. Mais pour bien comprendre la source de ces conflits, il faut se référer à la dynamique particulière de cette industrie, au contexte syndical nord-américain, à la rivalité entre plusieurs organisations syndicales et à l’encadrement législatif original du secteur de la construction au Québec.

Il est fondamental pour comprendre les relations de travail dans cette industrie de mettre en relief sa nature mouvante. En effet, contrairement aux autres secteurs industriels pour qui le travail et la production s’effectuent sous un même toit, il n’y a pas de continuité des lieux de travail dans la construction. Les ouvriers changent souvent de chantiers et peuvent travailler pour plusieurs employeurs pendant la même année. Leur emploi est donc de caractère temporaire, irrégulier, soumis aux cycles économiques et aux fluctuations saisonnières. En outre, c’est une industrie où les entrepreneurs occasionnels sont très nombreux, la sous-traitance répandue, les entreprises de petite taille et leur survie souvent précaire. Plus que les autres travailleurs, les ouvriers de la construction vivent dans l’insécurité du lendemain. En 1975, un sondage commandé par la Commission Cliche révélait que pour les travailleurs de la construction, la sécurité d’emploi était le problème le plus important à régler (41,7%), bien avant les rivalités intersyndicales (18,8%). Continuer la lecture

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We Shall Overcome : la lutte contre la ségrégation à Newark, 1950-1967

Jonathan Vallée-Payette, Candidat à la maîtrise en histoire de l’UQAM

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Intervention de la police de Newark lors des émeutes de 1967. Crédis t: Donna Gialanella / The Star-Ledger

Intervention de la police de Newark lors des émeutes de 1967.
Crédis t: Donna Gialanella / The Star-Ledger

Dans la soirée du mardi 28 juillet 1964, une certaine Mme Allen organisa une assemblée de voisinage à son domicile de la rue Hunterdon dans le quartier Clinton Hill de Newark (New Jersey). Bien qu’elle en ait très certainement discuté avec ses voisins, certaines des personnes présentent eurent connaissance de l’assemblée par l’entremise d’un tract distribué par les militants du NCOFE, le Newark Committee on Full Employment. L’assemblée de voisinage portait sur la conversion d’un lot de terrain à l’abandon, au coin des rues Hunterdon et Avon, à un pâté de maisons de celle de Mme Allen. Un croquis du lot en question était reproduit sur le tract avec l’inscription « If we want these lots used for something which will help us, we all must join together[1]».  On suggère la construction d’une aire de jeux pour remplacer le lot vacant. Ce soir-là, les résidents écoutèrent les témoignages de militants rapportant leur rencontre avec l’administration municipale et discutèrent d’autres endroits où pourrait être construite une aire de jeu. Continuer la lecture

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Le modèle français de laïcité n’existe pas, ou les six laïcités françaises

Jean Baubérot, Professeur émérite de la chaire « Histoire et sociologie de la laïcité » à l’Ecole pratique des Hautes Etudes, Paris

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Crédits : Philippe Martin

Crédits : Philippe Martin

Dans le débat actuel au Québec sur le projet d’une « Charte de la laïcité », on  se réfère souvent à un « modèle français de laïcité », soit pour le louer, soit pour le critiquer. En décembre dernier, il en a été question lors de la rencontre au sommet entre Pauline Marois et François Hollande. Mais, le propos est resté très vague. Et dans les études qui précisent un peu ce que serait ce fameux « modèle français », seuls certains aspects de la laïcité française sont pris en compte. D’autres aspects fort importants de la réalité historique et actuelle de la laïcité en France sont ignorés. Ma thèse est donc qu’il n’existe pas un modèle français de laïcité, mais plusieurs modèles divergents ou, plus exactement, plusieurs représentations présentes chez les différents acteurs sociaux, individus et groupes. Les conflits et les tractations entre acteurs  se nouent en référence à ces représentations politico-idéologiques qui constituent autant de «sociétés idéales» au sens d’Emile Durkheim. Le dispositif idéologique, juridique et politique de la laïcité française est marqué par les rapports de force entre les partisans de ces représentations.

Ces différentes représentations ont émergé dans un processus de laïcisation qui s’est effectué dans un conflit frontal avec le catholicisme, religion d’État sous l’Ancien Régime, et régi au XIXe siècle par un Concordat entre le Saint-Siège et l’État français. Il existe alors un régime semi-officiel de « cultes reconnus » où le catholicisme, mais aussi le protestantisme et le judaïsme, voient leur clergé payé par l’État, et doivent se conformer à un certain contrôle de celui-ci. Ce système pluraliste est, cependant, surdéterminé par un conflit politico-religieux, le conflit des « deux France » qui oppose les tenants de la France nouvelle issue de la Révolution, et fondée sur les « valeurs de 1789 », à ceux de la France  traditionnelle, qualifiée de « fille aînée de l’Église (catholique) ».  Ce conflit est une source d’instabilité politique de la France de cette époque. Sous le Second Empire (1852-1870), il met aux prises certains catholiques, refusant les idéaux de la modernité,  suivant en cela le Syllabus, et  les adeptes de la libre-pensée, celle-ci pouvant se définir par le refus de toute religion organisée. Continuer la lecture

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« L’évolution des politiques migratoires américaines et leur impact sur les migrants mexicains », une conférence de Catherine Vézina

Le comité de rédaction

http://www1.american.edu/ted/bracero.htm

http://www1.american.edu/ted/bracero.htm

La présidence de Barack Obama n’a certes pas atténué l’épineuse question de l’immigration illégale aux États-Unis. En fait, The Economist mentionnait récemment dans un article intitulé « America’s deportation machine » que son administration a procédé à l’une des plus grandes expulsions de personnes en temps de paix dans l’histoire du pays. Afin de comprendre les fondements historiques de cette question d’actualité, l’équipe d’HistoireEngagée publie la vidéo de la conférence qu’a donnée Catherine Vézina à l’Université de Sherbrooke le 14 janvier 2014 sur le thème « L’évolution des politiques migratoires américaines et leur impact sur les migrants mexicains ».

Bon visionnement!

Catherine Vézina est professeure en histoire internationale comparée au Centro de Investigación y Docencia Económicas (Mexique).

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Élections et processus de paix en Colombie

Mauricio Correa, candidat au doctorat en histoire à l’Université de Sherbrooke

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Le président colombien Juan Manuel Santos Crédits : Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr

Le président colombien Juan Manuel Santos
Crédits : Fabio Rodrigues Pozzebom/ABr (image adaptée de l’originale)

La Colombie se retrouve, en 2014, en plein processus d’élections présidentielles et législatives. L’actuel président de la République, Juan Manuel Santos, a été élu en 2010. Celui-ci sollicite auprès de ses citoyens un deuxième mandat et les sondages, jusqu’à maintenant, semblent lui donner l’avance. L’importance de cette campagne électorale dépasse toutefois largement l’enjeu de la réélection – ou de la non-réélection – de Santos. Depuis novembre 2010, le gouvernement sortant a entamé un processus de paix avec les Forces armées révolutionnaires de la Colombie (FARC). Cette guérilla confronte le pouvoir étatique depuis le milieu des années soixante.

Ce groupe armé émerge dans le contexte sociopolitique des années soixante afin de confronter le gouvernement par la lutte armée et exiger des transformations d’ordres politique, économique et social. Certes, il faut souligner deux éléments fondamentaux pour comprendre l’émergence de cette organisation. Le premier est lié à la question de la possession et de la distribution de la terre. En effet, durant les années soixante, 54.9 % des terres arables sont aux mains de propriétaires qui ne représentent pourtant que 1.7 % de la population du pays[1]. Cela explique les revendications des FARC en faveur d’une réforme agraire ainsi que l’origine paysanne de la majorité de ses membres. Le deuxième élément important concerne la participation politique. Suite à la chute du général Rojas Pinilla en 1957, la restauration de la démocratie colombienne s’est d’abord planifiée à travers un pacte fondé sur une conception bipartite de la vie politique du pays. Connu sous le nom de Frente Nacional, celui-ci organise l’alternance du pouvoir politique entre les partis libéral et conservateur (partis qui s’étaient jusqu’alors opposés violemment[2]). L’objectif de cette alliance était de mettre fin à la violence entre les deux groupes politiques. Or, cette réconciliation exclut la participation d’autres partis comme le Partido Comunista Colombiano (PCC), et cela n’était pas sans danger. En effet, la violence prendra d’autres formes et couleurs idéologiques, sociales, culturelles et politiques; ce sera la naissance de mouvements des guérillas qui maintiendront la Colombie dans une guerre civile qui persiste encore à ce jour. Continuer la lecture

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