Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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L’archive retrouvée: des sources premières dans l’enseignement de l’histoire

Par Godefroy Desrosiers-Lauzon, chargé de cours à l’UQAM, Université de Montréal, et Université d’Ottawa
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Longtemps, j’ai enseigné l’histoire des États-Unis. Une quarantaine de groupes-cours, au premier cycle, sur plusieurs campus, depuis 2005. Je veux ici témoigner du rôle des documents historiques, c’est à dire des sources premières, dans mon enseignement.

L’enseignement de l’histoire et les manuels

Par la force du nombre, ces groupes-cours ont porté sur plusieurs périodes, plusieurs thèmes, plusieurs approches de l’histoire des États-Unis, de la colonisation au vingtième siècle, de l’histoire politique à l’histoire urbaine. La préparation et la prestation de tous ces cours a exigé le recours à des manuels, ces livres produits pour l’enseignement qui proposent des synthèses de l’histoire d’un état-nation, ou d’un aspect du passé, sur une longue période.

Or les manuels sont des outils limités. Les lecteur.trice.s proches du milieu universitaire le savent: la représentation du passé qu’on trouve dans les manuels d’histoire est critiquée. Je rappellerai ici brièvement quelques aspects de la pédagogie de l’histoire, dans la mesure où ils nous conduisent à valoriser les documents historiques dans l’enseignement.

Du côté étatsunien, la critique la plus lue des manuels d’histoire est probablement celle de James W. Loewen, aujourd’hui professeur émérite à l’Université du Vermont. Dans Lies my Teacher Told Me (1995), il analyse la représentation de l’histoire des États-Unis dans douze manuels destinés aux étudiant.e.s du secondaire. Pour Loewen ces douze manuels présentent un « embarrassing blend of bland optimism, blind nationalism, and plain misinformation[1] ». Un aspect central de sa critique est que les manuels isolent les lecteurs et les lectrices des processus méthodologiques et disciplinaires de la construction du savoir historique, entre autres des sources premières:

Plongée intimiste dans mon rapport à la recherche en archives

Par Vincent Houle, candidat au doctorat en histoire à Université de Montréal/Université Paris I Panthéon Sorbonne

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J’aime penser que chaque historienne, chaque historien apprend un peu plus à se connaître au contact des sources. Se révèle parfois une curiosité insoupçonnée au détour d’un fonds duquel nous n’attendions rien de spécial, parfois un entrain soudain ou, au contraire, une lassitude profonde pour le dépouillement méthodique d’un autre fonds particulièrement volumineux ; se révèlent aussi des traits de caractère non pas de la ou du spécialiste en nous, mais de l’être humain sensible et subjectif. Je propose d’aborder cette Chronique d’archives comme une occasion, pour certaines ou certains qui hésitent à poursuivre leurs études aux cycles supérieurs dans la discipline, de s’immiscer dans mon rapport bien personnel à cette course aux fonds, même si j’illustre un point de vue qui ne prétend en aucun cas à l’originalité. J’ai d’abord et avant tout l’intention d’offrir un discours que je n’ai pas entendu avant de vivre moi-même l’expérience de la recherche en archives, avec ses moments de grâce comme ses périodes lasses. Je souhaite aussi, en fin de réflexion, exposer à celles et ceux qui s’y lanceront sous peu un aperçu de l’« autour », de ce qui se trame en dehors de l’archive elle-même. Pensées, émotions, perceptions, mode de vie, sont des éléments indissociables de la recherche qui demeurent trop rarement explicités.

Chronique d’archives. Regards d’historien, regards d’archiviste

Par Michel Dahan, Université de Montréal
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Mon parcours comme doctorant en histoire est plutôt atypique. Je suis conscient d’être un des rares historiens qui ait eu le privilège de travailler plusieurs années dans le domaine des archives religieuses. Ce milieu est encore aujourd’hui trop méconnu par plusieurs de notre discipline. Pendant plus de cinq ans, mes fonctions d’archiviste m’ont permis d’assister des centaines de chercheurs.es dans leurs recherches et d’être témoin d’approches et de méthodes de travail variées. Au fil de nos discussions, j’ai beaucoup appris du professeur expérimenté comme du doctorant ambitieux. J’ai également pu jeter un autre regard sur la profession d’historien; celui de l’archiviste.

Les Archives Deschâtelets-NDC situées à Richelieu constituent une des collections importantes d’archives religieuses du pays (Crédit photo: Courtoisie des Archives Deschâtelets-NDC)

Cette chronique découle du croisement de ces regards. Elle est l’occasion de vous partager quelques observations notées au carrefour de ces deux professions à la fois si proches et si différentes. Elle se veut également un appel à réfléchir et repenser notre approche de la recherche, particulièrement dans le milieu des archives religieuses. La curiosité intellectuelle est l’une des qualités fondamentales de l’historien.ne, elle qui nous pousse à la recherche et nous incite à poursuivre le dépouillement en quête de nouvelles sources. Mais le rapport étroit entre l’historien.ne et ses sources passe nécessairement par l’archiviste. Le succès de nos recherches historiques requiert une meilleure collaboration entre archivistes et historiens.nes. De ce dialogue bénéficieront nos deux disciplines.

Chronique d’archives : Des fonds à préserver. L’engagement de l’historien.ne pour la sauvegarde du patrimoine archivistique

Par Alexandre Klein, Chercheur postdoctoral, Département des sciences historiques, Université Laval
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La collection Langlois à la bibliothèque du Pavillon Albert-Prévost (photographie Alexandre Klein)

Les historiens et les historiennes s’appuient très souvent sur l’œuvre silencieuse, invisible, mais toujours essentielle, des archivistes et documentalistes pour développer leurs analyses. Leurs dissertations sur le goût de l’archive et l’importance d’entrer en contact physique avec les vieux papiers s’inscrivent dès lors dans un espace bien balisé dont l’un des enjeux principaux est d’avoir accès à la meilleure table de consultation[1]. Pourtant, l’historien.ne ne travaille pas uniquement sur des liasses bien conservées, dans des folios parfaitement triés ou des boîtes clairement identifiées. De nombreuses archives, en particulier privées, sont conservées dans des lieux inattendus, parfois même inappropriés, que ce soit les caves humides d’un hôpital[2], les tiroirs poussiéreux de descendantes[3] ou même les planchers usés d’un vieux château[4]. Dans ce cas, le rôle de l’historien.ne ne peut se limiter à la seule étude des documents et des traces. Il se double d’une nécessaire implication[5], d’un devoir de préservation ou de sauvegarde de ces sources que les événements n’ont pas conduit jusque dans les rayonnages contrôlés d’établissements spécialisés dans la conservation. Mes recherches actuelles sur l’histoire des infirmières psychiatriques au Québec m’ont conduit à faire, une fois encore, ce constat singulier.

Pour analyser l’histoire de l’Institut Albert-Prévost (anciennement Sanatorium Prévost et aujourd’hui le Pavillon Albert-Prévost de l’Hôpital du Sacré-Cœur) et notamment les réalisations de celle qui fut sa première garde-malade, la directrice de son école d’infirmières, et finalement sa propriétaire, Charlotte Tassé (1893-1974)[6], je me suis penché sur des fonds d’archives divers. J’ai bien sûr dépouillé celui, imposant, que la garde-malade a fait déposer, suite à sa morte en 1974, à la BAnQ du Vieux-Montréal[7]. J’ai également parcouru des boîtes d’archives privées et institutionnelles qu’un ancien psychiatre de l’établissement m’avait confiées. J’ai en outre consulté, sur plusieurs décennies, les principaux médias montréalais et différentes revues scientifiques dont La Garde-Malade Canadienne-Française (devenu Les Cahiers du nursing canadien, puis Les cahiers du nursing) que dirigeait Tassé. Mais j’ai aussi eu l’opportunité d’explorer un fonds inédit qui allait rapidement me confronter à cette responsabilité de préservation inhérente au travail de l’historien.ne.

Chronique d’archives. De la poudre aux yeux

Par Pascale Gramain, docteure en histoire des sciences, secrétaire générale du Cancéropôle Île-de-France et auditrice de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie (IHEST)

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Joseph Marie François de Lassone par Joseph-Siffrein Duplessis (fin XVIIIe siècle)

Le travail dans les archives remue les poussières et fait émerger les pensées, fondements des actes des personnes du passé. Une des difficultés pour l’historien(ne) est l’impossibilité de recontextualiser exactement ces documents. Ainsi d’une lettre de Joseph-Marie-François de Lassone (1717-1788), premier médecin de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mais aussi de l’épouse de Louis XV Marie Leszczynska. Avec Félix Vicq d’Ayr, il a créé la Société Royale de Médecine, en charge de la veille sanitaire et de l’évaluation des remèdes secrets (ancêtres des préparations pharmaceutiques) sur laquelle je travaillais. La manipulation d’une de ses lettres m’a induite en erreur. Ce souvenir est raconté en faisant intervenir le fantôme de Lassone.

Qui dira la tristesse d’être un fantôme oublié ? Je ne revis qu’épisodiquement, lorsque des gens, que leurs contemporains regardent au mieux avec une sorte de condescendance amusée, lisent mes courriers au hasard de leurs recherches sur la médecine du XVIIIème siècle en France. Premier médecin du roi, ils ne peuvent certes pas m’ignorer. Évidemment, je fais tout ce qui est en moi pour qu’ils s’attardent sur mes lettres, mes réflexions, qu’ils comprennent l’importance de mon rôle en cette fin d’ancien régime. Mais las, si vous saviez qui lit mes courriers…. Ont-ils conscience que lorsque je les rédigeais, ou plutôt les signais, c’est un commis qui les écrivait, un autre commis les portait aussitôt à un valet, qui les faisait porter ou les portait lui-même à son destinataire? On posait alors l’enveloppe sur un présentoir en argent, et mon courrier était annoncé solennellement: « Monsieur, un pli de Monsieur de Lassone », et mon cachet était rompu avec appréhension. Ah, quand je vois ce qu’ils sont devenus deux cent vingt ans plus tard. Pendant longtemps j’étais offusqué, je ne voulais même plus savoir ce qu’il advenait de mes missives. Mais je ne pouvais pas disparaître dans l’au-delà. Il fallait et il faut toujours que je subisse le futur, sans cesse renouvelé. Mon monde s’est écroulé, certes, mais je m’aperçois que la nature humaine perdure, et, finalement, ils ne sont pas différents de nous, ces nouveaux humains.

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