Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Chronique d’archives : Des fonds à préserver. L’engagement de l’historien.ne pour la sauvegarde du patrimoine archivistique

Par Alexandre Klein, Chercheur postdoctoral, Département des sciences historiques, Université Laval
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La collection Langlois à la bibliothèque du Pavillon Albert-Prévost (photographie Alexandre Klein)

Les historiens et les historiennes s’appuient très souvent sur l’œuvre silencieuse, invisible, mais toujours essentielle, des archivistes et documentalistes pour développer leurs analyses. Leurs dissertations sur le goût de l’archive et l’importance d’entrer en contact physique avec les vieux papiers s’inscrivent dès lors dans un espace bien balisé dont l’un des enjeux principaux est d’avoir accès à la meilleure table de consultation[1]. Pourtant, l’historien.ne ne travaille pas uniquement sur des liasses bien conservées, dans des folios parfaitement triés ou des boîtes clairement identifiées. De nombreuses archives, en particulier privées, sont conservées dans des lieux inattendus, parfois même inappropriés, que ce soit les caves humides d’un hôpital[2], les tiroirs poussiéreux de descendantes[3] ou même les planchers usés d’un vieux château[4]. Dans ce cas, le rôle de l’historien.ne ne peut se limiter à la seule étude des documents et des traces. Il se double d’une nécessaire implication[5], d’un devoir de préservation ou de sauvegarde de ces sources que les événements n’ont pas conduit jusque dans les rayonnages contrôlés d’établissements spécialisés dans la conservation. Mes recherches actuelles sur l’histoire des infirmières psychiatriques au Québec m’ont conduit à faire, une fois encore, ce constat singulier.

Pour analyser l’histoire de l’Institut Albert-Prévost (anciennement Sanatorium Prévost et aujourd’hui le Pavillon Albert-Prévost de l’Hôpital du Sacré-Cœur) et notamment les réalisations de celle qui fut sa première garde-malade, la directrice de son école d’infirmières, et finalement sa propriétaire, Charlotte Tassé (1893-1974)[6], je me suis penché sur des fonds d’archives divers. J’ai bien sûr dépouillé celui, imposant, que la garde-malade a fait déposer, suite à sa morte en 1974, à la BAnQ du Vieux-Montréal[7]. J’ai également parcouru des boîtes d’archives privées et institutionnelles qu’un ancien psychiatre de l’établissement m’avait confiées. J’ai en outre consulté, sur plusieurs décennies, les principaux médias montréalais et différentes revues scientifiques dont La Garde-Malade Canadienne-Française (devenu Les Cahiers du nursing canadien, puis Les cahiers du nursing) que dirigeait Tassé. Mais j’ai aussi eu l’opportunité d’explorer un fonds inédit qui allait rapidement me confronter à cette responsabilité de préservation inhérente au travail de l’historien.ne.

Chronique d’archives. De la poudre aux yeux

Par Pascale Gramain, docteure en histoire des sciences, secrétaire générale du Cancéropôle Île-de-France et auditrice de l’Institut des Hautes Études pour la Science et la Technologie (IHEST)

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Joseph Marie François de Lassone par Joseph-Siffrein Duplessis (fin XVIIIe siècle)

Le travail dans les archives remue les poussières et fait émerger les pensées, fondements des actes des personnes du passé. Une des difficultés pour l’historien(ne) est l’impossibilité de recontextualiser exactement ces documents. Ainsi d’une lettre de Joseph-Marie-François de Lassone (1717-1788), premier médecin de Louis XVI et de Marie-Antoinette, mais aussi de l’épouse de Louis XV Marie Leszczynska. Avec Félix Vicq d’Ayr, il a créé la Société Royale de Médecine, en charge de la veille sanitaire et de l’évaluation des remèdes secrets (ancêtres des préparations pharmaceutiques) sur laquelle je travaillais. La manipulation d’une de ses lettres m’a induite en erreur. Ce souvenir est raconté en faisant intervenir le fantôme de Lassone.

Qui dira la tristesse d’être un fantôme oublié ? Je ne revis qu’épisodiquement, lorsque des gens, que leurs contemporains regardent au mieux avec une sorte de condescendance amusée, lisent mes courriers au hasard de leurs recherches sur la médecine du XVIIIème siècle en France. Premier médecin du roi, ils ne peuvent certes pas m’ignorer. Évidemment, je fais tout ce qui est en moi pour qu’ils s’attardent sur mes lettres, mes réflexions, qu’ils comprennent l’importance de mon rôle en cette fin d’ancien régime. Mais las, si vous saviez qui lit mes courriers…. Ont-ils conscience que lorsque je les rédigeais, ou plutôt les signais, c’est un commis qui les écrivait, un autre commis les portait aussitôt à un valet, qui les faisait porter ou les portait lui-même à son destinataire? On posait alors l’enveloppe sur un présentoir en argent, et mon courrier était annoncé solennellement: « Monsieur, un pli de Monsieur de Lassone », et mon cachet était rompu avec appréhension. Ah, quand je vois ce qu’ils sont devenus deux cent vingt ans plus tard. Pendant longtemps j’étais offusqué, je ne voulais même plus savoir ce qu’il advenait de mes missives. Mais je ne pouvais pas disparaître dans l’au-delà. Il fallait et il faut toujours que je subisse le futur, sans cesse renouvelé. Mon monde s’est écroulé, certes, mais je m’aperçois que la nature humaine perdure, et, finalement, ils ne sont pas différents de nous, ces nouveaux humains.

Chronique d’archives. Le libelle diffamatoire : une source aux potentialités multiples

Par Alexandre Lapalme, doctorant en histoire à l’Université de Montréal

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The Montreal Gazette / Gazette de Montréal, 6 janvier 1791 (édition contenant le libelle étudié)

Le centre de conservation de la BAnQ du Vieux-Montréal est un lieu incontournable pour la chercheuse et le chercheur qui s’intéresse à l’histoire de Montréal. En plus d’abriter la majorité des procès civils intentés depuis 1664 dans la grande région montréalaise[1], le centre contient des archives privées et gouvernementales et plus de 8 millions d’images, photographies, dessins et plans architecturaux. Le tout livre un regard unique sur le passé des Montréalaises et des Montréalais.

Situé sur la rue Viger, l’immeuble nous transporte dans l’architecture typique de la fin du 19e siècle. À l’intérieur, on admire ses immenses poutres blanches, son plancher en verre et son escalier en colimaçon. C’est dans ce lieu emblématique de l’histoire de la métropole que j’ai fait la rencontre d’un type de sources bien particulier : le procès pour libelle diffamatoire.

Lettre de la Société historique du Canada adressée au ministre Fortin au sujet des coupures à la BANQ

Par Adele Perry, présidente de la Société historique du Canada

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Cher ministre Fortin,

Je vous écris au nom de la Société historique du Canada pour faire écho aux préoccupations de l’Institut d’histoire de l’Amérique française [IHAF] concernant les changements au budget de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec [BAnQ]. Vous aurez reçu une lettre de Martin Pâquet et Karine Hébert, président et vice-présidente de l’IHAF, détaillant leurs préoccupations majeures suite au rapport sur les nouvelles contraintes budgétaires à BAnQ, publié dans Le Devoir le 9 juin 2017.

La SHC est un organisme bilingue à but non lucratif qui se consacre à la promotion de l’étude et de la communication de l’histoire au Canada. Avec près d’un millier de membres, nous sommes la plus grande organisation de ce genre et l’une des plus grandes organisations savantes au pays. Le travail de nos membres dépend d’un financement et d’une dotation en personnel adéquats ainsi que du maintien des services d’archives et de bibliothèques, et nous apprenons avec une certaine inquiétude les nouvelles contraintes budgétaires de BAnQ. Le Devoir et la Gazette de Montréal rapportent qu’une lettre ayant fait l’objet d’une fuite indique que BAnQ éliminera 40 postes au cours des six prochains mois. Ce serait la quatrième vague de licenciements à BAnQ au cours de la dernière décennie.

Coupures budgétaires de Bibliothèque et Archives nationales du Québec : lettre ouverte de l’Institut d’Histoire de l’Amérique Française au ministre Fortin

Par Martin Pâquet et Karine Hébert, président et vice-présidente de l’Institut d’histoire de l’Amérique française

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Montréal, 19 juin 2017
À l’attention de M. Luc Fortin,
Ministre de la Culture et des Communications,

M. le Ministre Fortin,

Nous vous écrivons aujourd’hui en réaction à un article paru le 9 juin dans les pages du quotidien Le Devoir, lequel détaille les nouvelles contraintes budgétaires auxquelles est soumis Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Il y est notamment fait mention d’une réduction des budgets alloués à BAnQ qui entraînera l’abolition de nombreux postes, en plus de compromettre des activités de numérisation déjà entamées. À ces mesures de réduction financières s’ajoute une augmentation des frais de système, notamment ceux associés à la location des espaces occupés par l’institution. Un manque à gagner de près de 9% en résulterait. Cette décision inattendue ne manque pas d’étonner. En effet, BAnQ jouit ces dernières années d’une popularité et d’une fréquentation croissante, ce qui justifie à tout le moins le maintien des budgets de fonctionnement, sinon leur bonification.

Pour répondre à ces nouvelles contraintes, la direction de BAnQ a privilégié trois avenues. La première est celle de la réorganisation de son organigramme de direction. Nous ne nous prononcerons pas sur celle-ci. Par contre, comme historiennes et historiens, nous sommes particulièrement préoccupés par les deux autres avenues retenues : abolir 29 postes permanents (dont 4 vacants qui ne seront pas comblés) et suspendre les activités de numérisation. Ces deux dernières mesures auront, il n’y a pas à en douter, un effet direct sur l’accessibilité aux archives québécoises. Il y a raison de s’attendre à ce que ces coupures, à terme, affectent également les autres services de BAnQ, tant les services des salles de consultation et de recherche que le traitement et la numérisation de la collection patrimoniale. Est-il besoin d’ajouter que BAnQ abrite des collections archivistiques et imprimées inestimables, et que leur accessibilité et leur conservation sont des conditions nécessaires à la poursuite de la recherche historique sur le Québec ?

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