Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Communisme

Recension de Poets of the Chinese Revolution

Julien Lehoux[1], Université du Québec à Montréal

Le néophyte qui aimerait s’initier aux études chinoises risque souvent d’être intimidé par la présence importante de la poésie dans les textes de première main. Outre la barrière naturelle de la langue, la poésie chinoise recèle moult subtilités dans sa conception structurelle, en plus de nombreuses références à la longue histoire du pays. Faire l’étude du militantisme chinois devient donc un double défi tandis que les messages politiques se mêlent aux métaphores littéraires et aux référents historiques. Certaines particularités et subtilités du communisme chinois, de ses modestes débuts à l’avènement de son régime, peuvent ainsi être perdues d’une étude historique à l’autre. De fait, la poésie, primée par plusieurs militants de l’époque, a parfois tendance à être mise de côté dans les études sur le sujet. En présentant une série de poèmes traduits, le récent ouvrage anthologique de Gregor Benton, Poets of the Chinese Revolution[1], est ainsi une addition bienvenue dans les études sur le communisme chinois.

Benton est professeur émérite du département d’histoire à l’université de Cardiff. Dans le cadre de Poets of the Chinese Revolution, Benton s’est principalement chargé de la compilation, de la traduction et de la présentation des poèmes. Son collègue, Feng Chongyi, grand spécialiste de l’histoire intellectuelle de la Chine contemporaine, l’accompagne quant à lui dans l’édition de l’ouvrage.

Benton met quatre auteurs de l’avant : le cofondateur du Parti communiste chinois Chen Duxiu, le prisonnier politique Zheng Chaolin, le commandant d’armée Chen Yi et le père de la révolution Mao Zedong. L’intention de Benton est de prendre quatre personnes dont la vie et la carrière ont été définies par l’avancée du communisme, mais dont les trajectoires sont complètement différentes. En faisant une lecture critique de leurs poèmes, rédigés tout au long de leur vie, Benton tente de souligner la pluralité artistique des adhérents du communisme chinois et la juxtaposition de leur vie et de leur idéologie que les poèmes expriment. Poets of the Chinese Revolution veut ainsi démontrer l’importance de la poésie chez les militants chinois et le processus créatif derrière leur écriture. C’est en étudiant ces éléments que nous pouvons découvrir une autre facette de ces auteurs. Nous pourrions cependant blâmer le manque d’auteures dans la sélection de Benton. En effet, des perspectives féminines auraient été bien accueillies dans son recueil. Les poèmes de la prisonnière politique Lin Zhao, par exemple, se seraient bien mêlés et comparés à ceux de Zheng Chaolin. Les textes de la révolutionnaire He Xiangning auraient aussi fait un contraste intéressant avec ceux de Chen Duxiu.

Répression et impunité policières. Quand une situation de crise se répète : du chômeur « polonais » et « communiste » aux « osties de carrés rouges »

Par Benoit Marsan, étudiant à la maîtrise en histoire à l’Université de Sherbrooke et collaborateur pour HistoireEngagee.ca

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Mes recherches de maîtrise portent sur le Parti communiste du Canada et les sans-emploi à Montréal au cours de la Grande Dépression. Alors que je terminais de dépouiller mes sources, au même moment que l’adoption du projet de Loi 78, j’entendais autour de moi plusieurs personnes s’indigner de la situation et commenter le fait que les discours médiatiques, la justification des interventions policières et la couverture des événements dans les médias de masse étaient du jamais vu au Québec. Cependant, suite à la lecture de mes documents d’archives, j’avais une petite impression de déjà vu…


Manifestation étudiante du 22 mars 2012. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Manifestation étudiante du 22 mars 2012. Crédits : Pascal Scallon-Chouinard

Alors que la dépression économique qui sévit depuis 2008 marque l’une des plus sévères crises du capitalisme depuis les années 1930, les mouvements de contestation se multiplient ici comme ailleurs (Occupy, le Printemps Arabe, les Indignés, Idle No More, les grèves générales au Portugal, en Grèce et en Espagne, etc.). La mobilisation étudiante du printemps 2012 marque le plus important mouvement d’opposition aux mesures d’austérité en Amérique du Nord depuis le début de la présente crise. Dans un tel contexte de tension sociale exacerbé, la répression et le profilage se manifestent à plus grande échelle afin de préserver le statu quo. L’idée ici n’est pas d’affirmer que la situation actuelle est une répétition historique de la Grande Dépression. Il est évident que de nombreux éléments contextuels divergent d’une période à l’autre (l’ampleur de la crise sur les institutions, l’interventionnisme étatique, le taux de chômage, le contexte international, la force du mouvement ouvrier international, la montée du fascisme, etc.). Cependant, il est possible d’effectuer certains parallèles. Comme l’affirme l’historien Ian McKay, les périodes de crise économique et sociale changent radicalement la compréhension des rapports sociaux. L’hégémonie libérale est alors remise en question plus largement que par les groupes et mouvements plus ou moins marginaux. C’est dans ce contexte de crise qu’il faut replacer les interventions policières du Printemps Érable et celles des années 1930. La répression sert à maintenir coûte que coûte la « paix sociale » dès lors que les possédants se sentent menacés, et ce, peu importe que cette menace soit réelle ou imaginée.

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