Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : États-Unis Page 1 of 3

Digressions sur la boxe, les fourrures et autres histoires politiques de Wendake

Par Jonathan Lainey, Musée canadien de l’histoire.[1]

Archives Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), fonds CNHW, PH-14-15.

Évocatrices et éloquentes, bien que muettes par leur nature même, les photographies anciennes sont autant des sources de souvenirs que des mines de renseignements de toutes sortes. Un visage, un détail, un décor, un paysage, tout peut être propice à l’interprétation et chaque élément représenté peut contribuer à une meilleure compréhension du passé, pour qui s’attarde à les faire parler. Comme elles sont riches en information, utiliser les photographies comme véritables sources de renseignements plutôt que comme simples agréments visuels d’un texte peut s’avérer fort profitable et tout autant intéressant. Au hasard des découvertes et des trouvailles, qu’elles errent au fond d’un tiroir ou qu’elles soient précieusement conservées dans un placard ou dans un centre d’archives, les photographies peuvent servir à illustrer un propos, à fournir une preuve légitime, ou bien tout simplement à servir de point de départ à une réflexion plus large et digressive.

Georges Lainé, boxeur ?!

Alors que je menais des recherches iconographiques aux archives de Wendake afin de compléter mon mémoire maitrise en histoire à l’Université Laval[2], j’ai aperçu une photographie ancienne qui a immédiatement capté mon attention. Et pour cause ! On y voit deux jeunes boxeurs amateurs s’affronter le temps d’une photographie dans le studio du photographe professionnel Alphonse Boivin de Loretteville. Ceux et celles qui me connaissent savent bien que je suis un mordu de boxe et de sports de combat en général.

Par tous les moyens nécessaires : l’assassinat de Constant Melançon, Acadien louisianais, par Toussaint, son esclave et camarade d’enfance

Par Clint Bruce, professeur adjoint à l’Université Sainte-Anne et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT)*

Le fleuve Mississippi près des terres de l’ancienne sucrerie de C. P. Melançon et Cie, situées sur la rive opposée. Photo de l’auteur.

Résumé

La version la mieux connue de l’histoire des Acadiens présente celle d’une petite nation francophone qui, déportée en masse par le pouvoir britannique en 1755, a beaucoup souffert et résiste encore à son assimilation. Sans que ce récit soit faux, la réalité est loin d’être aussi simple si nous considérons la Louisiane, où de nombreux Acadiens et leurs descendants sont devenus des maîtres esclavagistes. Afin d’élucider cette dimension de l’expérience acadienne en contexte états-unien, nous examinerons un incident survenu en 1858, à la veille de la guerre de Sécession : le meurtre de Constant Melançon, planteur d’ascendance acadienne, aux mains de Toussaint, un esclave créole qui avait grandi avec lui. Nous retracerons la destinée de la famille Melançon sur la « Côte des Acadiens », région sucrière sur le Mississippi, tout en mettant en lumière les pratiques de résistance qui se développent chez les personnes d’origine africaine tenues en esclavage.

Mots-clés

esclavage; Louisiane; Acadiens; résistance; plantations; sucre; presse francophone


L’état de l’esclavage étant purement passif, sa subordination envers son maître, et tout ce qui le représente, n’est susceptible d’aucune modification ni restriction, excepté ce qui peut porter ledit esclave au crime, en sorte qu’il doit à son maître un respect sans bornes et une obéissance absolue.

               – Code noir de Louisiane, 1806

Un temps lourd et chaud pèse sur ce lundi après-midi du mois de juillet. Après le bal du dimanche, divertissement hebdomadaire des esclaves des plantations de la paroisse Saint-Jacques en Louisiane, il faut reprendre les tâches qui s’imposent pendant que la canne à sucre pousse dans les champs : nettoyer les patates douces, cueillir les premiers épis de maïs qui mûrissent, veiller à l’entretien des bâtisses, des chemins et des levées, ces digues vouées à retenir les crues du Mississippi. Des inondations ont d’ailleurs déjà menacé la récolte de plusieurs plantations de la région[1]. De plus en plus sombres, d’épais nuages annoncent l’orage lorsque Toussaint, « nègre créole » âgé de 35 ans et né sur l’habitation des Melançon sur les rives du fleuve, voit surgir Constant. Son maître se met à l’accabler de reproches : il vient de découvrir des marchandises volées, croit-il, du magasin de Félix Melançon, un cousin éloigné. Ce méfait, d’une telle insolence, Toussaint va le payer.

Histoire des Franco-Américains : nouvelle utilité, nouvelle efflorescence?

Par Patrick Lacroix, Ph. D.[1]

Version PDF

Le 20 mars dernier se réunissait à l’Université du Vermont, grâce aux organisateurs David Massell et Richard Watts, la conférence Franconnexions, dédiée aux liens historiques et actuels entre le Québec et la Nouvelle-Angleterre. L’événement aux airs de colloque scientifique a également attiré des figures politiques et des fonctionnaires prêts à valoriser cette relation transnationale et à discuter d’enjeux contemporains. En trois sessions, les participants ont pu saisir l’ampleur démographique, culturelle et économique d’une relation quelques fois centenaire. Si cet échange s’est voulu une célébration d’un même héritage, d’une expérience commune et d’un destin partagé, il a aussi exposé les défis qui attendent les historiens.nes du fait français aux États-Unis.

La première session a introduit le paradoxe historique de la vie franco-américaine. À partir des années 1820, près d’un million de Canadiens.nes français.es se sont établis.es aux États-Unis, constituant un vaste mouvement migratoire que seuls quelques autres groupes ethnoculturels ont surpassé par leurs nombres. Or, malgré le rôle économique important qu’ils et elles ont joué en Nouvelle-Angleterre, ces Canadiens.nes expatriés.es ont été trop facilement oubliés.es des chercheurs.ses ainsi que de la population de cette région. Très rapidement, comme l’a indiqué Susan Pinette (Université du Maine à Orono), l’image de ces Franco-Américains.es devint celle d’une quiet presence, d’une hidden minority, tel que l’attestent deux études des années 1980[2].

Rosie the Riveter et Ronnie the Bren Gun Girl : les racines historiques d’un symbole visuel genré

Par Sarah Van Vugt[1]

Version PDF

Histoire et actualité de « Rosie »

Lorsqu’il est question des symboles nord-américains du féminisme, peu d’entre eux surpassent « Rosie the Riveter » en termes d’omniprésence et de popularité. Bien que les représentations de Rosie remontent à la Deuxième Guerre mondiale, celles-ci demeurent des référents facilement reconnaissables et puissants. Lorsque Rosie est aujourd’hui mentionnée, la plupart des gens pensent à l’affiche « We Can Do It ! » crée par l’artiste J. Howard Miller et accrochée brièvement dans les usines de l’entreprise Westinghouse : une jolie femme en uniforme de travail y était représentée, les manches retroussées, le bras levé et le poing fermé. Il est évident que cette image spécifique de Rosie demeure familière et est constamment réinventée. Il suffit, à titre d’exemple, d’entrer le mot-clic #wecandoit n’importe quel jour sur Instagram, et il est garanti que vous trouverez bon nombre de photographies de personnes personnifiant Rosie, s’habillant comme elle, prenant sa pose emblématique ou portant des accessoires lui étant associés tels que son bandana rouge à pois blancs. Plusieurs produits dérivés ont aussi fait leur apparition au fil du temps, notamment ce baume à lèvre que j’ai récemment reçu en cadeau.

Pour bien comprendre le sens d’images historiques, il est particulièrement important de saisir le contexte dans lequel elles ont été produites : à qui s’adressaient-elles, qui les a réellement vues et qu’ont-elles représenté pour celles et ceux qui les ont consultées. De plus, il faut considérer ce que vous pensez percevoir, quand vous regardez l’image[2]. Dans ce texte, je souhaite analyser un certain nombre d’images historiques avec l’objectif de fournir un contexte valable pour une interprétation moderne de leur symbolique. Une version revisitée de l’affiche « We Can Do It ! », réalisée par Abigail Gray Swartz et intitulée « The March », a récemment servi de couverture à l’édition du 6 février 2017 du New Yorker[3]. On pouvait y voir une Rosie présentée sous les traits d’une femme noire portant un chapeau tricoté en laine rose. Le chapeau est devenu un symbole controversé des récentes marches pour les femmes du 21 janvier 2017. Évoquant le pouvoir collectif des femmes à organiser et à faire le changement de même que l’importance d’une approche intersectionnelle au féminisme, l’image reprenait, à bien des égards, le symbolisme déjà présent dans la version de Miller : expression confiante et déterminée, manches retroussées et poing levé[4]. L’image du New Yorker a également conservé d’autres éléments visuels originels tels que les couleurs, notamment le jaune vibrant et le marine du fond, le bleu de la chemise de Rosie et le rouge de son vernis à ongles.

Imposer les riches

Par Darwin, économiste et blogueur[1]

Version PDF

k10674Alors qu’une grande partie du débat politique actuel tourne autour de la répartition de la richesse, de la justice fiscale et des finances publiques, on ne peut oublier que les débats sur ces thèmes ont une longue histoire. Le livre Taxing the Rich. A History of Fiscal Fairness in the United States and Europe (Imposer les riches. Une histoire de l’équité fiscale aux États-Unis et en Europe) de Kennet Seheve et David Stasavage, revisite les arguments qui ont, par le passé, servi à justifier l’augmentation des impôts des plus riches.

Première partie : Le débat sur la fiscalité

1. Les gouvernements et l’imposition des riches

Les auteurs énoncent dès les premières lignes de ce livre la thèse qu’ils y défendront. On n’impose pas davantage les riches que les pauvres pour combattre les inégalités ou parce qu’un dollar retiré à un riche le pénalise moins qu’un dollar retiré à un pauvre, mais bien pour compenser le fait qu’ils bénéficient d’un meilleur traitement de l’État que les citoyens plus pauvres et, dans une moindre mesure, que les riches contribuent moins aux autres façons de financer l’État, comme aux taxes à la consommation et aux tarifs. Si les arguments de la défense de nos intérêts personnels (il y a plus de pauvres que de riches) et de l’efficacité (taxons où l’argent est) peuvent jouer un certain rôle, la base des arguments les plus porteurs pour taxer davantage les riches demeure l’équité, le fait que l’État doit traiter tous les citoyens également et équitablement.

Page 1 of 3

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :