Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : États-Unis Page 1 of 3

Célébrités en temps de crise

Pierre Lavoie, chercheur postdoctoral en études américaines, Yale University

La pandémie actuelle doit d’abord et avant tout être analysée au regard des milliers de décès qu’elle provoque, des drames qu’elle engendre au sein des familles et des communautés durement touchées par la maladie et par ses conséquences socioéconomiques à travers le monde — le plus souvent parmi les groupes de populations les plus défavorisés et marginalisés[1]. Bien qu’il puisse sembler rassurant de se rallier autour de l’idée que nous soyons tous pris dans le même bateau, la présente situation nous rappelle au contraire les inégalités des conditions et des existences; elle les exacerbe.

Dans ce contexte, la formulation de quelconque instrumentalisation de la crise, même lorsque fondée sur les meilleures intentions — telle gratification de ses effets positifs pour l’environnement, tel appel à profiter de ce moment historique pour refonder nos sociétés, telle apologie du temps suspendu — exige beaucoup de doigté et de sensibilité; et souligne à grands traits le privilège de ceux et celles qui peuvent utiliser ce temps de retrait pour penser, pour se recentrer ou pour se divertir plutôt que pour soigner, pour craindre ou pour souffrir[2]. L’illustration paroxystique de cette dissonance des expériences et des perceptions se trouve peut-être dans les réactions décalées et dans la mise en scène du confinement de nombreuses célébrités issues du milieu du divertissement.

Digressions sur la boxe, les fourrures et autres histoires politiques de Wendake

Par Jonathan Lainey, Musée canadien de l’histoire.[1]

Archives Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), fonds CNHW, PH-14-15.

Évocatrices et éloquentes, bien que muettes par leur nature même, les photographies anciennes sont autant des sources de souvenirs que des mines de renseignements de toutes sortes. Un visage, un détail, un décor, un paysage, tout peut être propice à l’interprétation et chaque élément représenté peut contribuer à une meilleure compréhension du passé, pour qui s’attarde à les faire parler. Comme elles sont riches en information, utiliser les photographies comme véritables sources de renseignements plutôt que comme simples agréments visuels d’un texte peut s’avérer fort profitable et tout autant intéressant. Au hasard des découvertes et des trouvailles, qu’elles errent au fond d’un tiroir ou qu’elles soient précieusement conservées dans un placard ou dans un centre d’archives, les photographies peuvent servir à illustrer un propos, à fournir une preuve légitime, ou bien tout simplement à servir de point de départ à une réflexion plus large et digressive.

Georges Lainé, boxeur ?!

Alors que je menais des recherches iconographiques aux archives de Wendake afin de compléter mon mémoire maitrise en histoire à l’Université Laval[2], j’ai aperçu une photographie ancienne qui a immédiatement capté mon attention. Et pour cause ! On y voit deux jeunes boxeurs amateurs s’affronter le temps d’une photographie dans le studio du photographe professionnel Alphonse Boivin de Loretteville. Ceux et celles qui me connaissent savent bien que je suis un mordu de boxe et de sports de combat en général.

Recension de Contre-histoire des États-Unis de Roxanne Dunbar-Ortiz

Par Godefroy Desrosiers-Lauzon, chargé de cours UQAM, Université de Montréal et Université d’Ottawa

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« Ce livre est une histoire des États-Unis. » Ainsi l’auteure, professeure émérite de l’Université de Californie à Hayward, conclut sa préface, situant son ouvrage comme une révision du grand récit national. Cependant, elle propose plus qu’une nouvelle synthèse : Contre-histoire est une réécriture – agréablement traduite en français d’ailleurs[1] – de l’histoire des États-Unis qui déconstruit (et révolutionne) le récit national, recentre des voix ignorées et marginales, éclaire le présent à la lumière crue des horreurs commises au nom de la nation et de sa construction, de l’empire et de ses moyens, de l’histoire nationale et de sa mythologie.

Il faut dire que ses éditeurs étatsuniens et français ont eux aussi encouragé ce positionnement révisionniste : sur la quatrième de couverture, on peut lire les éloges de Noam Chomsky, Robin D.G. Kelley, Mike Davis et Howard Zinn. L’auteure remercie d’ailleurs elle-même ce dernier, en tant que directeur de collection chez Beacon Press, et reprend pour son propre ouvrage une version du titre d’A People’s History of the United States. Ainsi l’ouvrage est accueilli, et situé délibérément par Dunbar-Ortiz, dans une communauté d’écriture historique centrée sur l’expérience populaire des formes et méthodes du pouvoir, et sur les luttes populaires. Rappelons que trois de ces « doyens » de l’histoire engagée (Chomsky, Davis, Zinn) ont une expérience militante, à l’université et au-dehors, depuis les années 1960. Et que les premiers remerciements de Dunbar-Ortiz sont réservés à trois militants et chercheurs autochtones. Nommons-les car ils en valent la peine : Vine Deloria Jr., sioux Dakota yankton, professeur aux universités de l’Arizona et du Colorado à Boulder, 1933-2005; Jack Forbes, powhatan-renapé et lenape, professeur à l’Université de Californie à Davis, 1934-2011; et Howard Adams, métis de la Saskatchewan, professeur à UC-Davis, 1921-2001.

Par tous les moyens nécessaires : l’assassinat de Constant Melançon, Acadien louisianais, par Toussaint, son esclave et camarade d’enfance

Par Clint Bruce, professeur adjoint à l’Université Sainte-Anne et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en études acadiennes et transnationales (CRÉAcT)*

Le fleuve Mississippi près des terres de l’ancienne sucrerie de C. P. Melançon et Cie, situées sur la rive opposée. Photo de l’auteur.

Résumé

La version la mieux connue de l’histoire des Acadiens présente celle d’une petite nation francophone qui, déportée en masse par le pouvoir britannique en 1755, a beaucoup souffert et résiste encore à son assimilation. Sans que ce récit soit faux, la réalité est loin d’être aussi simple si nous considérons la Louisiane, où de nombreux Acadiens et leurs descendants sont devenus des maîtres esclavagistes. Afin d’élucider cette dimension de l’expérience acadienne en contexte états-unien, nous examinerons un incident survenu en 1858, à la veille de la guerre de Sécession : le meurtre de Constant Melançon, planteur d’ascendance acadienne, aux mains de Toussaint, un esclave créole qui avait grandi avec lui. Nous retracerons la destinée de la famille Melançon sur la « Côte des Acadiens », région sucrière sur le Mississippi, tout en mettant en lumière les pratiques de résistance qui se développent chez les personnes d’origine africaine tenues en esclavage.

Mots-clés

esclavage; Louisiane; Acadiens; résistance; plantations; sucre; presse francophone


L’état de l’esclavage étant purement passif, sa subordination envers son maître, et tout ce qui le représente, n’est susceptible d’aucune modification ni restriction, excepté ce qui peut porter ledit esclave au crime, en sorte qu’il doit à son maître un respect sans bornes et une obéissance absolue.

               – Code noir de Louisiane, 1806

Un temps lourd et chaud pèse sur ce lundi après-midi du mois de juillet. Après le bal du dimanche, divertissement hebdomadaire des esclaves des plantations de la paroisse Saint-Jacques en Louisiane, il faut reprendre les tâches qui s’imposent pendant que la canne à sucre pousse dans les champs : nettoyer les patates douces, cueillir les premiers épis de maïs qui mûrissent, veiller à l’entretien des bâtisses, des chemins et des levées, ces digues vouées à retenir les crues du Mississippi. Des inondations ont d’ailleurs déjà menacé la récolte de plusieurs plantations de la région[1]. De plus en plus sombres, d’épais nuages annoncent l’orage lorsque Toussaint, « nègre créole » âgé de 35 ans et né sur l’habitation des Melançon sur les rives du fleuve, voit surgir Constant. Son maître se met à l’accabler de reproches : il vient de découvrir des marchandises volées, croit-il, du magasin de Félix Melançon, un cousin éloigné. Ce méfait, d’une telle insolence, Toussaint va le payer.

Histoire des Franco-Américains : nouvelle utilité, nouvelle efflorescence?

Par Patrick Lacroix, Ph. D.[1]

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Le 20 mars dernier se réunissait à l’Université du Vermont, grâce aux organisateurs David Massell et Richard Watts, la conférence Franconnexions, dédiée aux liens historiques et actuels entre le Québec et la Nouvelle-Angleterre. L’événement aux airs de colloque scientifique a également attiré des figures politiques et des fonctionnaires prêts à valoriser cette relation transnationale et à discuter d’enjeux contemporains. En trois sessions, les participants ont pu saisir l’ampleur démographique, culturelle et économique d’une relation quelques fois centenaire. Si cet échange s’est voulu une célébration d’un même héritage, d’une expérience commune et d’un destin partagé, il a aussi exposé les défis qui attendent les historiens.nes du fait français aux États-Unis.

La première session a introduit le paradoxe historique de la vie franco-américaine. À partir des années 1820, près d’un million de Canadiens.nes français.es se sont établis.es aux États-Unis, constituant un vaste mouvement migratoire que seuls quelques autres groupes ethnoculturels ont surpassé par leurs nombres. Or, malgré le rôle économique important qu’ils et elles ont joué en Nouvelle-Angleterre, ces Canadiens.nes expatriés.es ont été trop facilement oubliés.es des chercheurs.ses ainsi que de la population de cette région. Très rapidement, comme l’a indiqué Susan Pinette (Université du Maine à Orono), l’image de ces Franco-Américains.es devint celle d’une quiet presence, d’une hidden minority, tel que l’attestent deux études des années 1980[2].

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