Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Un enfant à l’asile, Vie de Paul Taesch (1874-1914) : le livre dont vous êtes l’historien.ne

Par Rafael Lavergne, étudiant à la maîtrise en Histoire à l’Université de Montréal

Un enfant à l’asile, Vie de Paul Taesch (1874-1914) est un ouvrage qui multiplie les voix et regards sur la vie d’une seule personne, Paul Taesch, pour donner une vision complète et complexe de l’histoire de psychiatrie infantile de la fin du XIXe siècle en France. En partant du cas de Paul Taesch, un illustre inconnu, Anatole LeBras désenclave une histoire de la psychiatrie qui souffre d’être trop institutionnelle en faisant intervenir les humains dans son récit de l’internement asilaire. Spécialiste de l’internement dans les asiles d’aliénés dans la seconde moitié du XIXe siècle en France, Le Bras s’intéresse ici à l’histoire de la psychiatrie infantile au travers du parcours d’un enfant qui fut interné. Cette œuvre réussit à se détacher de la figure de l’aliéné comme marginalisé par excellence, cela sans tomber dans un misérabilisme pathétique. Ainsi, il en découle l’écriture d’une histoire de la psychiatrie et de l’enfance marginale qui bourgeonne de nouveauté par le renouvellement historiographique que le livre représente grâce à son côté immanquablement humain. Paul Taesch est un prétexte pour approfondir notre connaissance de la seconde vague d’intérêt de la psychiatrie française pour l’enfance[1] et d’un moyen narratif de revendiquer une nouvelle histoire de la folie qui sera le plus près possible de l’expérience des interné.e.s. Ainsi, par cette biographie à plusieurs voix, Le Bras fait entrer Paul Taesch, ce quidam qui aurait très bien pu rester à jamais inconnu, dans le récit historique, se refusant à le confiner dans son exceptionnalisme pédopsychiatrique.

L’épidémie que tout le monde a oubliée : Le choléra à Naples en 1910-1911 (partie 2)

Émigrants italiens en partance pour les États-Unis, Port de Naples, 1910 –  Touring Club Italiano, opéré par Archivi Alinari

Catherine Tourangeau, Ph. D., McGill University

L’épidémie de 1910-1911

Les plus fins observateurs avaient anticipé les débuts de l’épidémie de choléra de 1910 et 1911 longtemps avant que les premières éclosions soient détectées en Italie. L’épidémie s’était déclarée au Bengale en 1899 et avait emprunté les routes habituelles de transmission au nord comme au sud pour atteindre le Punjab, l’Afghanistan et l’Iran, puis la Russie et la Pologne. Vers 1902, l’épidémie avait également atteint Bombay et Madras et avait suivi les pèlerins du Haj à la Mecque, d’où elle s’était graduellement dispersée au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. La maladie cognait déjà, à ce moment-là, aux portes des empires allemand et austro-hongrois et menaçait les ports méditerranéens.

L’Italie est donc déjà sur un pied d’alerte lorsque, à l’été 1910, on note l’apparition des premiers cas d’infection chez les pêcheurs de haute mer de la région des Pouilles. Le préfet de la province de Bari met alors les autorités nationales en garde contre les conséquences économiques et politiques qui pourraient accompagner un état d’urgence. Il suggère même, pour la première fois, une politique de dissimulation partielle, notamment par l’émission de faux diagnostiques de méningite[1].

Bien que l’épidémie commence dans les Pouilles, c’est Naples qui inquiète le plus les autorités; en plus d’être la ville la plus peuplée de la péninsule, elle est aussi au cœur des échanges intérieurs et extérieurs du pays. Et surtout, c’est par le port de Naples qu’on quitte l’Italie par milliers pour migrer aux États-Unis. Les observateurs notent que si le choléra s’implante à Naples, la péninsule en entier sera bientôt aux prises avec une épidémie – sans parler des risques de transmission à bord des navires[2]. Les coûts sociaux, économiques et politiques pourraient être immenses.

Mais il est déjà trop tard. Dès septembre, le choléra atteint les ports de Naples et de Palerme : à l’automne 1910, la maladie fait quelques centaines de morts dans les deux villes. Elle perd de sa virulence à l’hiver, mais revient en force au printemps, à l’été et à l’automne 1911. En l’espace de quelques mois seulement, l’épidémie atteint les quatre coins du pays. Les autorités municipales et nationales ne restent évidemment pas inactives devant la crise sanitaire. Leur réaction évolue toutefois dans le temps; nous pouvons identifier trois grandes phases dans la gestion de la crise entre l’été 1910 et l’hiver 1911.  

L’épidémie que tout le monde a oubliée : Le choléra à Naples en 1910-1911 (partie 1)

Façades du quartier Santa Lucia de Naples, 1878 – Bayerische Staatsgemäldesammlungen / Sammlung Siegert

Catherine Tourangeau, Ph.D., McGill University

Les années 1910 et 1911 sont riches en excitation en Italie. À l’automne 1911, le gouvernement de Giovanni Giolitti entre en guerre avec l’Empire ottoman pour le contrôle de la Libye, rapproche un peu plus l’Europe du déclenchement de la Première Guerre mondiale. La même année, la péninsule italienne célèbre également le 50e anniversaire de son unification. Une série de célébrations et d’expositions organisées à travers le pays attirent des foules s’élevant parfois à plus d’un million de personnes.

Ces années sont également marquées par une grave crise sanitaire. Absente tant de la mémoire collective que des livres d’histoire, une épidémie de choléra fait pourtant rage dans les rues de Naples et à travers la péninsule italienne. Entre l’été 1910 et les premiers mois de 1912, elle fait peut-être jusqu’à 32 000 victimes au pays. 

Cette amnésie collective fait de l’épidémie de choléra de Naples un cas d’étude intéressant. La disparition quasi totale de la crise sanitaire de la mémoire italienne ne résulte ni d’un manque d’éducation ni d’un traumatisme refoulé, mais plutôt d’une politique de dissimulation et de déni. L’épidémie de choléra de 1910 et 1911 a été sciemment dissimulée par les autorités italiennes avec tant de succès qu’il a fallu attendre le milieu des années 1990 pour que les historiens et les historiennes s’y intéressent. À cet effet, nous devons une dette importante à Frank Snowden, chercheur émérite et professeur d’histoire de la médecine et des sciences à l’Université Yale[1].

Snowden envisageait à l’origine une étude politique sur le mouvement anarcho-syndicaliste du sud de l’Italie à l’aube de la Première Guerre mondiale. Lorsque ses recherches préliminaires ont révélé de nombreux cas de choléra, il a eu la puce à l’oreille et a décidé de creuser un peu plus la question pour réaliser, d’une part, la sévérité épidémique des cas de choléra à Naples en 1910 et 1911 et, d’autre part, le silence quasi complet des sources officielles et de la littérature scientifique[2].

L’histoire de l’épidémie de choléra de Naples et de sa disparition dans les sources vaut la peine d’être racontée aujourd’hui, alors que le monde est aux prises avec un nouvel ennemi invisible; si l’histoire ne nous dit pas précisément ce qu’il faut faire en situation de crise, elle nous indique néanmoins souvent ce qu’il ne faut pas faire.

L’Union européenne face à la COVID-19 : le principe de « solidarité » et l’utilisation des événements historiques

Par Luca Sollai, chargé de cours et doctorant à l’Université de Montréal

La COVID-19 a frappé lourdement les pays de l’Union européenne qui essaient en ce moment de trouver des moyens pour lutter contre les effets de la pandémie. À ce jour, les pays européens n’ont pas été capables de s’entendre sur une solution partagée à l’intérieur de l’U.E et cette situation a ravivé d’anciennes querelles entre le groupe des États du sud de l’Europe, l’Italie, l’Espagne et la France entre autres, et le groupe de pays du nord, avec l’Allemagne et les Pays-Bas en tête.

La COVID-19 a frappé lourdement les pays de l’Union européenne qui essaient en ce moment de trouver des moyens pour lutter contre les effets de la pandémie. À ce jour, les pays européens n’ont pas été capables de s’entendre sur une solution partagée à l’intérieur de l’U.E et cette situation a ravivé d’anciennes querelles[1] entre le groupe des États du sud de l’Europe, l’Italie, l’Espagne et la France entre autres, et le groupe de pays du nord, avec l’Allemagne et les Pays-Bas en tête[2].

C’est dans le cadre de ce débat que le traité de Londres (1953) a été instrumentalisé par certains politiciens des pays du Sud. Suite à ce traité, ratifié après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pays, dont la France et l’Italie, ont considérablement allégé la dette allemande. L’évocation récente de cet évènement historique visait à convaincre l’Allemagne de changer sa position, sous le prétexte d’une solidarité entre les États européens. Ainsi, le refus de l’Allemagne d’entendre la proposition de neuf pays de l’Union qui proposent de mutualiser les dettes de la crise, à travers la création de « Corona bonds », a causé une vague d’indignation, notamment en Italie. Ces critiques ont non seulement traversé les médias sociaux, mais aussi les institutions italiennes.

Effectivement, une contestation de la part des institutions italiennes se manifeste en date du 31 mars 2020 sur les pages du quotidien allemand conservateur Frankfurter Allgemeine Zeitung. En lançant un appel à leurs « chers amis allemands », les présidents des régions de Ligurie et d’Émilie-Romagne en plus de nombreux maires italiens demandent que l’Allemagne offre son soutien à la création de Corona Bond. Selon les auteurs de cet appel, ne pas s’engager dans cette direction menacerait la survie même de l’Union européenne. En critiquant la position des Pays-Bas et en exhortant l’Allemagne à prendre la « bonne décision », les institutions italiennes dénoncent un certain manque d’éthique et de solidarité dans le refus des Corona Bonds. L’argument avancé est le rappel des décisions prises lors du traité de Londres en 1953, où 18 pays, dont la France et l’Italie, ont accepté la réduction de la dette allemande. Ces élus italiens déclarent que « l’Italie est encore aujourd’hui fière et convaincue du bien-fondé de cette décision »[3].

L’utilisation de l’histoire comme outil d’analyse est récurrente dans cette pandémie. Plusieurs références ont été faites à la grippe espagnole, par exemple, pour tenter d’éclaircir la situation actuelle. L’utilisation de pouvoirs spéciaux par les gouvernements pendant cet état de crise a aussi fait l’objet de comparaisons avec le passé. Dans le contexte actuel, la récupération d’un événement historique, comme celui de l’allégement de la dette martiale allemande de 1953, peut apparaître pertinent et approprié, surtout lorsque ça permet de faire voir l’incohérence de certains États, notamment l’Allemagne, face à la crise. En réalité, sous l’utilisation rhétorique, le traité de Londres est évoqué comme solution sans qu’aucun contexte, ni historique ni géopolitique, ne soit précisé : en l’occurrence, les concepts « d’éthique » et de « solidarité » étaient-ils effectivement à la base de la décision sur la dette de guerre allemande en 1953?

En réalité, la question de la dette allemande des années 1950 s’explique par des dynamiques bien plus nuancées et complexes. D’emblée, il convient de s’attarder aux conjonctures historiques qui expliquent la ratification du traité de Londres.

Le contexte historique du traité de Londres

Pour commencer, on ne peut pas évoquer 1953 sans prendre en considération le contexte de la Guerre froide. Cette guerre atypique avait provoqué la division du monde en deux blocs rivaux et avait conditionné l’ensemble des relations internationales[4]. La question de la dette de guerre s’est jouée dans cette réalité dominée par des questions géopolitiques et non pas en raison d’un élan de solidarité ou pour des raisons d’éthique.

Voyons cela plus en détails. Dans le contexte de l’après-guerre, la République fédérale d’Allemagne est devenue le pilier de la stratégie d’endiguement du communisme de l’administration américaine. À la suite de la division de l’Allemagne en deux états, la RFA (sous influence occidentale) et la RDA (sous influence soviétique), les États-Unis sont convaincus de la nécessité d’avoir une Allemagne forte et possiblement réarmée. En effet, « la vitalité et le potentiel économique de l’Allemagne apparaissaient indispensables au renouveau de l’Europe occidentale » [5]. Autrement dit, la défection de l’Allemagne n’a jamais été une option pour les États-Unis, ni pour l’administration Truman (1945-1953), ni pour celle d’Eisenhower (1953-1961).

De plus, les États-Unis veulent éviter que l’Allemagne se retrouve dans la même situation qu’après la Première Guerre mondiale, c’est-à-dire confrontée à des conditions de paix très dures et à de lourdes réparations de guerre comme celles imposées par le traité de Versailles. Ils y voient la cause de l’instabilité économique et politique qui a été favorable à la montée du nazisme.

Les États-Unis agissent donc après la Seconde Guerre mondiale de sorte qu’on observe une considérable réduction de la « Post-war debt » de l’Allemagne. Pour la période entre 1945 et 1952, elle passe de 3,8 billions de dollars à 1,5 billion[6]. Les États-Unis ont à eux seuls assumé environ 85% de la réduction totale de la dette. Ces sommes ont été déboursées selon le principe qu’il fallait appliquer à l’Allemagne les mêmes conditions favorables qu’aux autres pays européens dans le cadre du plan Marshall, qui prévoyait environ 85% en « dons » et 15% en « prêts »[7].

Ensuite, il faut se rappeler qu’en 1953, on a déjà amorcé le processus d’intégration européenne, avec la création de la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier) deux ans plus tôt. Cette organisation a institué la gestion commune de six états européens producteurs de charbon et de d’acier : RFA, France, Italie, Pays-Bas, Belgique et Luxemburg. Cette amorce d’intégration européenne est alors supportée par les États-Unis, qui voit une éventuelle Europe unie, incluant une Allemagne en santé, comme une formidable force d’opposition au communisme.  Cela limiterait les dépenses militaires américaines.

Comme le rappellent Christian Hen et Jacques Léonard, une des priorités américaines à l’époque était de renforcer l’Allemagne de l’Ouest, afin de dresser un rempart contre le bloc de l’Est. Rempart essentiellement économique; le développement de sa production de charbon et d’acier ne doit pas être ralenti par une quelconque opposition française. Selon Jean Monnet, la meilleure solution aura été de « mettre en commun les productions française et allemande en les plaçant sous la direction d’une Haute Autorité, organe supranational composé de membres indépendants » [8].

En 1952, dans leurs efforts conjoints en faveur de l’intégration, les six États fondateurs de la CECA, signent un traité en faveur de la création de la CED (Communauté Européenne de Défense) qui, sous le patronage de l’OTAN, établit la création d’une armée européenne, contenant des forces militaires allemandes[9].

Une interprétation erronée

Un examen rapide du contexte historique et géopolitique du traité de Londres de 1953 démontre bien comment ce pacte n’a pas été conçu comme un acte de solidarité des États européens envers l’Allemagne (RFA) mais qu’il a plutôt été le résultat de dynamiques liées au maintien de l’équilibre d’un monde bipolaire.

Pour éviter tout amalgame ou instrumentalisation, la contextualisation d’un évènement historique est primordiale. La gestion de cette crise s’avère très difficile puisque le processus décisionnel de l’utilisation de ressources financières doit être négocié sur deux niveaux : national et européen. Sans oublier certaines tensions entre les États de l’Union ces dernières années qui se manifestent entre autres par la naissance, ou la plus grande portée, de courants nationalistes et eurosceptiques de gauche ou de droite dans plusieurs États. Or, dans la conjoncture actuelle exceptionnelle, où la population est massivement confinée, où beaucoup perdent leur emploi, etc., chaque État membre de l’Union européenne s’attend à des réponses rapides et efficaces de la part de l’organisation.

L’interprétation erronée d’un évènement historique, comme celui du pacte de Londres, peut engendrer de graves conséquences comme la résurgence des nationalismes. L’instrumentalisation de cet évènement peut animer l’exaspération populaire et aggraver davantage la crise de l’Union européenne. Il est indéniable que les mécanismes politiques, institutionnels et décisionnels de l’Union doivent être revus et possiblement réformés. À l’heure actuelle, l’absence de plan prédéfini pour la gestion de crise le souligne. Mais les modifications structurelles de l’Union européenne ne doivent pas être motivées par l’émotion populaire du moment, ni sous quelconque menace d’une rhétorique nationaliste et populiste.

Dans une situation inédite comme celle d’une pandémie, alors que l’aspect émotif prend souvent le dessus sur le rationnel, nous, les expert.e.s en histoire, devons être prêt.e.s à offrir notre contribution. Cette contribution est plus que jamais essentielle car les prochains mois seront de plus en plus difficiles sur le plan politique et social : les longs confinements, l’augmentation probable des limitations aux libertés individuelles, des gouvernements qui vont étendre leur pouvoir d’intervention, etc. Le cadre inédit de la crise donnera probablement lieu à des polémiques politiques et des contestations sociales. Dans ce contexte, on doit s’attendre à ce que les événements historiques soient de plus en plus évoqués, souvent de manière instrumentale, et propagés sans contrôle par les médias sociaux.

Notre devoir en tant qu’expert.e.s de la matière est d’essayer de recadrer et d’expliquer l’histoire à l’intérieur de son contexte historique, politique et social, pour éviter la diffusion de faux mythes et éviter que l’histoire ne soit qu’un élément de la rhétorique polémique. Soyons vigilant.e.s, car dans un contexte extraordinaire comme le nôtre, toutes les expertises seront utiles pour analyser les faits et contrebalancer l’aspect émotionnel. La bataille sera longue, alors engageons-nous!


[1] Alexandre Massaux, « Europe du Nord contre Europe du Sud, la fracture qui va tout changer », Contrepoints [en ligne], 25 mai 2019, www.contrepoints.org.

[2] Thomas Wieder Isabelle MandraudJean-Pierre Stroobants et Virginie Malingre, « Coronavirus : les divisions de l’Union européenne la placent face à un « danger mortel » », Le Monde, [en ligne], 01 Avril 2020, www.lemonde.fr

[3] Mutualisation des dettes : le virus ne fait pas plier l’Allemagne, Le quotidien [en ligne], 31 mars 2020, www.lequotidien.lu.

[4] Stanislas Jeannesson, « V. Le système de guerre froide », dans Stanislas Jeannesson éd., La guerre froide, Paris, La Découverte, 2014, p. 96.

[5] Nicolas Vaicbourdt, « Les ambitions américaines pour l’Europe », dans Gérard Bossuat,

 et Nicolas Vaicbourdt. Etats-Unis, Europe et Union européenne / The United States, Europe and the European Union. Bern, Suisse. Peter Lang B, 2001, p. 22.

[6] H. J. Dernburg, « Some Basic Aspects of the German Debt Settlement », The Journal of Finance, Vol. 8, No3, (1953), p. 302.

[7] Timothy W. Guinnane, « Financial Vergangenheitsbewältigung: The 1953 London Debt Agreement », Bankhistorisches Archiv. Vol. 40, No 1–2, (2014), p. 87.

[8] Christian Hen et Jacques Léonard. « I. La logique de la Communauté : une intégration économique approfondie », dans Christian Hen éd., L’Union européenne. Paris, La Découverte, 2006, p 13.

[9] Vaicbourdt, Op. cit., p. 36-38. 

« Cette fameuse insertion dont on parle avec tant d’effroi » Une préhistoire du discours anti-vaccin

Par Luba Markovskaia, docteure en littérature française de l’Université McGill

La méfiance vis-à-vis de la vaccination est aussi ancienne que la pratique elle-même, mais le discours anti-vaccin se trouve amplifié aujourd’hui par la caisse de résonance formée par les modes de communications actuels, qui favorisent la montée des théories conspirationnistes et la suspicion à l’égard des autorités scientifiques et médicales. Elle correspond également à une montée du populisme dans le discours politique, notamment aux États-Unis[1], où le mouvement vaccinophobe, en apparence spontané et populaire, est financé par de grandes fortunes individuelles[2]. Ceci comporte des répercussions bien concrètes, comme le retour en force de la rougeole et de certaines maladies mortelles[3]. Selon l’OMS, « la méfiance à l’égard des vaccins » est l’une des dix principales menaces à la santé mondiale en 2019[4]. Un retour sur les origines du discours contre la vaccination révèle que dès l’apparition de la pratique de la variolisation dans l’actuelle Europe, ses détracteurs ont formulé leurs craintes en s’attaquant à ses origines étrangères et en se scandalisant de ce que le procédé provienne d’un savoir féminin. C’est la rhétorique des premiers débats sur l’inoculation qui nous intéressera dans le cadre de cette rubrique, à la lumière du rapport à l’altérité, incarnée par les femmes et les étrangers.

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