Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Lettre à la première ministre de la Pologne pour souligner l’opposition de la Société historique du Canada à la nouvelle loi qui prévoit des sanctions rigoureuses contre les historiens ou tout individu qui se réfèrent aux camps de la mort polonais

Joan Sangster, présidente de la Société historique du Canada[1]

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« The Sleep of Reason » (2011), photographie d’August Brill (Flickr).

Ottawa, le 6 décembre 2016

La Chancellerie de la Première ministre
Première ministre Beata Szydlo
00-583Varsovie
Al. Ujazdowskie 1/3

En août 2016, le cabinet polonais a approuvé une loi qui prévoit des sanctions pénales rigoureuses (allant jusqu’à trois ans d’emprisonnement) pour les historiens ou les membres du public qui se réfèrent aux « camps de la mort polonais » ou aux
« camps de concentration polonais ». La tentative du gouvernement polonais de réglementer la parole et la pensée en criminalisant l’interprétation historique qu’elle considère problématique, viole les principes clés de la liberté académique qui sont des libertés civiles fondamentales dans les pays démocratiques. En tant qu’historiens, nous sommes profondément préoccupés par la possibilité que nos homologues polonais puissent faire face à des représailles découlant de leurs recherches sur l’histoire polonaise durant l’occupation nazie, l’histoire de l’antisémitisme en Pologne et l’expérience juive au moment de l’Holocauste en Pologne.

Imposer les riches

Par Darwin, économiste et blogueur[1]

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k10674Alors qu’une grande partie du débat politique actuel tourne autour de la répartition de la richesse, de la justice fiscale et des finances publiques, on ne peut oublier que les débats sur ces thèmes ont une longue histoire. Le livre Taxing the Rich. A History of Fiscal Fairness in the United States and Europe (Imposer les riches. Une histoire de l’équité fiscale aux États-Unis et en Europe) de Kennet Seheve et David Stasavage, revisite les arguments qui ont, par le passé, servi à justifier l’augmentation des impôts des plus riches.

Première partie : Le débat sur la fiscalité

1. Les gouvernements et l’imposition des riches

Les auteurs énoncent dès les premières lignes de ce livre la thèse qu’ils y défendront. On n’impose pas davantage les riches que les pauvres pour combattre les inégalités ou parce qu’un dollar retiré à un riche le pénalise moins qu’un dollar retiré à un pauvre, mais bien pour compenser le fait qu’ils bénéficient d’un meilleur traitement de l’État que les citoyens plus pauvres et, dans une moindre mesure, que les riches contribuent moins aux autres façons de financer l’État, comme aux taxes à la consommation et aux tarifs. Si les arguments de la défense de nos intérêts personnels (il y a plus de pauvres que de riches) et de l’efficacité (taxons où l’argent est) peuvent jouer un certain rôle, la base des arguments les plus porteurs pour taxer davantage les riches demeure l’équité, le fait que l’État doit traiter tous les citoyens également et équitablement.

L’université comme lieu de recrutement pour l’extrême-droite : l’exemple du Groupe Union Défense à la Faculté Panthéon-Assas de Paris (1968-1988)

Olivier Bérubé-Sasseville, candidat au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Manifestation pour le 25e anniversaire de l’écrasement du soulèvement de Budapest par les soviétiques, 4 novembre 1981.

L’université, terreau fertile du débat, lieu de foisonnement et de bouillonnement d’idées, est certainement l’un des théâtres privilégiés de la formation politique de toute une jeunesse. Dans une France d’après Seconde Guerre mondiale, hantée par la blessure de la collaboration et par le souvenir d’un fascisme dorénavant honni par l’ensemble de la classe politique, se développe paradoxalement un mouvement d’extrême-droite étudiant. Associable au néofascisme par sa volonté révolutionnaire de régénérescence de la communauté nationale, cette tendance se démarque de l’extrême-droite conservatrice nostalgique du passé en se projetant dans le futur pour offrir une modernité alternative et résolument nationaliste. Fondé sous le nom de Groupe Union Droit et immédiatement rebaptisé Groupe Union Défense (GUD), le syndicat étudiant, né des cendres des tentatives néofascistes des années soixante telles qu’Occident et la Fédération des Étudiants Nationalistes (FEN), se fixe comme mission d’organiser une riposte nationaliste aux évènements de Mai 68 et d’en assurer la présence dans les facultés largement dominées par les mouvements étudiants de gauche et d’extrême-gauche. Apparaissant sur la scène politique au lendemain des soulèvements de Mai 68 et concentrant son action à la faculté Panthéon-Assas de l’université Paris II, le GUD survivra aux divisions, aux dissolutions et aux attaques de leurs ennemis politiques pendant plus de deux décennies.

Bien que très marginale par rapport à la présence de l’extrême-gauche dans les facultés parisiennes, la présence du GUD est significative pour deux raisons. D’une part, de par sa concentration en une seule faculté, le groupe réussit à s’affirmer comme force politique incontournable malgré ses maigres effectifs. Par ailleurs, de par l’impressionnant réseau d’alliances qu’il parvient à former avec la galaxie de formations et de partis d’extrême-droite adultes en dehors du contexte universitaire, le mouvement devient un incontournable de la mouvance d’extrême-droite de cette période.  Nous nous attarderons donc à l’importance de la branche jeunesse pour l’extrême-droite française, qui confère au GUD un rôle crucial dans son organisation, puis nous exposerons ce réseau d’alliances entre partis et mouvements dont le GUD constitue un élément central.

« Les textes marquants des relations franco-québécoises (1961-2011) » lu par Louise Beaudoin

Louise Beaudoin, Ministre québécoise des Relations internationales (1998-2003) et actuelle députée du  Parti Québécois dans la circonscription de Rosemont

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Les textes marquants des relations franco-québécoises (1961-2011), sous la direction d’André Dorval et. al.,  est un ouvrage réalisé avec une minutie remarquable, résultant d’une recherche qui me paraît tout à fait rigoureuse. Certes, probablement quelque peu ardu à lire et à comprendre pour le profane — en raison de son exhaustivité et de la complexité du détail qui rend, parfois, la lecture un peu décousue —, le recueil s’impose, en revanche, comme un précieux outil de référence pour l’initié.

La grève et l’autonomie des universités

Par Piroska Nagy, Professeure d’histoire du Moyen Âge à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

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Les débats qui nous occupent jour et nuit depuis plus de 16 semaines, et particulièrement depuis la promulgation de l’odieuse Loi 78 qui fait même descendre, outre les grands-mères à casserole, les juristes en toge dans la rue, laissent de côté quelque chose d’essentiel, une réalité aussi fondamentale qu’historique. De quoi je parle? Arrêtons-nous un petit instant… et essayons, avec Jean Charest et ses ministres successifs de l’Éducation (et du Loisir et du Sport) qui nous y forcent, de concevoir une université sans grève, sans associations étudiantes, sans autonomie, tournant tout rond, telle une machine impeccable, sans la moindre intervention collective des étudiants et des professeurs !

Ce n’est pas moi qui fantasme. C’est bien ce que suggère l’attitude du gouvernement qui a refusé, pendant plus de 11 semaines, de parler aux étudiants en grève ; qui n’a pas hésité à faire (… ou laisser ?) intervenir les policiers sur les campus universitaires ; qui a convoqué une table de négociation composite le 4 mai, dont la Fédération québécoise des professeurs d’université était très curieusement exclue ; qui, même dans les dernières semaines, refuse encore de discuter du fond des questions avec les étudiants souhaitant un gel de la hausse et de convoquer les États généraux de l’Université, réclamés depuis si longtemps, pour réfléchir sur le devenir de l’université au Québec ; qui tente de réduire, par sa Loi 78, les associations d’étudiants à des clubs de rencontre de jeunes ; enfin qui prive par la même loi les professeurs, devenant alors de simples salariés d’entreprise, d’une part essentielle de leur autonomie intellectuelle en classe. Sans même parler de la violence policière et judiciaire, nous pouvons nous rendre à l’évidence : notre gouvernement souhaite orienter, gérer, administrer l’université sans demander leur avis à ceux-là mêmes qui la constituent et sans qui il serait difficile de donner un seul cours, ce qui reste, si je ne m’abuse – et malgré sa récente réorientation vers les activités de recherche, au nom de « l’excellence », du prestige et de la concurrence – la mission fondamentale de l’université.

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