Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

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Une histoire sans les femmes est une histoire désengagée

Par Marie-Hélène Brunet, candidate au doctorat en didactique à l’Université de Montréal

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Résumé

Depuis sa mise en place, le nouveau programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté au secondaire a été la cible de nombreuses critiques touchant essentiellement la question nationale. Certains commentateurs ont même affirmé que de grands événements politiques étaient occultés dans le programme au profit de l’histoire sociale. Nous avons décidé d’aller vérifier ces allégations à l’aide d’une analyse du programme en fonction plus précisément de la présence des femmes. Nous avons porté une attention plus particulière à la progression des apprentissages, un document indiquant les connaissances à maîtriser par les élèves. Les conclusions sont sans appel : les femmes sont pratiquement absentes. Leurs rares apparitions sont détachées de tout contexte et correspondent le plus souvent à des rôles stéréotypés. Loin d’encourager la réflexion sur les enjeux actuels, la progression des apprentissages propose la mémorisation d’une trame historique qui demeure factuelle et centrée sur les événements politiques.

Mots clés

Histoire des femmes?; progression des apprentissages?; enseignement secondaire?; citoyenneté?; débats


Introduction

Depuis sa mise en place, le nouveau programme d’histoire et d’éducation à la citoyenneté au secondaire a été la cible de nombreuses critiques touchant essentiellement la question nationale. Certains commentateurs ont même affirmé que de grands événements politiques étaient occultés dans le programme au profit de l’histoire sociale. Nous avons décidé d’aller vérifier ces allégations à l’aide d’une analyse du programme en fonction plus précisément de la présence des femmes. Nous avons porté une attention plus particulière à la progression des apprentissages, un document indiquant les connaissances à maîtriser par les élèves. Les conclusions sont sans appel : les femmes sont pratiquement absentes. Leurs rares apparitions sont détachées de tout contexte et correspondent le plus souvent à des rôles stéréotypés. Loin d’encourager la réflexion sur les enjeux actuels, la progression des apprentissages propose la mémorisation d’une trame historique qui demeure factuelle et centrée sur les événements politiques.

« Historiennes, deboutte! » : recension du livre de Micheline Dumont « Pas d’histoire, les femmes! Réflexions d’une historienne indignée »

Par Ève-Marie Lampron[1], militante féministe et historienne[2]

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Pas d’histoire, les femmes !, de Micheline Dumont (2013).

Au cours de sa longue et prolifique carrière, Micheline Dumont, pionnière de l’histoire des femmes au Québec, a eu l’occasion de livrer plusieurs réflexions sur sa discipline. En 2001, elle avait notamment publié Découvrir la mémoire des femmes : une historienne face à l’histoire des femmes, ouvrage rassemblant des contributions s’étalant de 1983 à 2000. Mme Dumont récidive aujourd’hui avec Pas d’histoire, les femmes!, titre évocateur à double sens. Ce livre constitue un cohérent mélange de productions nouvelles et de textes écrits ou parus dans divers médias entre 1989 et 2012.

D’entrée de jeu – et à notre grande joie! – Micheline Dumont donne le ton du propos militant de l’ouvrage, en le « dédi[ant] […] aux jeunes historiennes et historiens, pour que la révolution continue ». Dans le contexte de la perpétuation de « l’ordre patriarcal » (p. 129), l’auteure n’hésite pas à affirmer que « nous [les femmes] sommes en marche depuis plus de 150 ans contre l’injustice, l’humiliation et l’exploitation qui continuent de frapper la moitié de l’humanité » (p. 202).

Où sont-elles ?

Par Andrée Lévesque, professeure émérite du département d’histoire de l’Université McGill

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Bédard, Éric, Histoire du Québec pour les nuls

La synthèse historique L’Histoire du Québec pour les nuls, écrite par l’historien Éric Bédard, a été publiée en 2012 dans la collection grand public « Pour les nuls » des Éditions First. Sa publication a suscité divers débat, notamment sur la place qui est accordée à l’histoire des femmes. 

Sur ma page Facebook, j’ai partagé la référence à l’échange entre Micheline Dumont et Éric Bédard dans Le Devoir au sujet de la présence des femmes dans L’Histoire du Québec pour les nuls. Le jour même, mon amie Gratia O’Leary m’a envoyé ce message : « Très désagréable impression de règlement de compte en lisant les deux textes. Comme lecteurs et lectrices nous méritons que vous ayez une polémique d’universitaires, aussi valables l’une que l’autre, de plus haut niveau. » Son commentaire m’a fait réfléchir: si les questions historiographiques ennuient généralement le grand public, il se trouve des gens qui s’intéressent à nos polémiques et nous leur devons des explications.

Ce livre fait partie d’une collection qui, depuis une dizaine d’années, a publié des douzaines d’ouvrages sur des sujets allant du Yoga pour les nuls à la Ve République pour les nuls, dont la lecture, si j’en juge par son site internet, saura vous « faire briller en société ». Cette collection se veut avant tout didactique et accessible à un large lectorat, comme en témoignent certains paragraphes agrémentés d’une icône qui dit : « Le saviez-vous ? », « Anecdote », « Chez nos voisins » pour contextualiser, ou simplement « Portrait » et « Date clé ».  Cette synthèse doit composer avec toutes les contraintes du genre : limite du nombre de mots, absence de référence, style animé et pas trop docte.  L’auteur a bien rencontré ces exigences et on doit admirer le courage de toute personne qui accepte de rédiger une synthèse qui, pour un historien habitué aux monographies, est un ouvrage difficile entre tous. Difficile non seulement pour les contraintes éditoriales, mais parce que toute histoire repose sur des choix, souvent déchirants, toujours politiques.

Le voile, quelques perspectives historiques

Par Osire Glacier[1], Université Bishop

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Source: Alexandre Baron, Flickr

Résumé

En examinant les diverses fonctions que le voile a remplies dans l’histoire des sociétés musulmanes, cet article suggère qu’il y a un écart de sens entre les perceptions du voile par le public et les médias québécois et celles de la diaspora musulmane. Ce survol historique a pour but d’éclairer les débats qui portent actuellement sur le port du voile au Québec en particulier, et en Occident en général.

Mots-Clés

voile; genre; accommodement; multiculturalisme; islam

Introduction

Le port du voile au Québec symbolise en général, aux yeux du public, le statut inférieur des femmes. En effet, à la suite des travaux de la commission de consultation sur les pratiques d’accommodements reliées aux différences culturelles, le rapport Bouchard-Taylor relève que ces pratiques sont perçues comme une menace pour les valeurs d’égalité homme/femme. Ce rapport atteste que de nombreux Québécois ont exprimé leur crainte que la liberté de religion serve à justifier certaines inégalités à l’égard des femmes. Certes, dans la première partie de cet article, l’examen de la fonction qu’a jouée le voile dans les civilisations humaines anciennes et dans l’histoire de l’Islam prémoderne rejoint les perceptions dominantes qui considèrent le voile comme un symbole de la subordination des femmes. Néanmoins, la deuxième partie de cette étude montre qu’il s’agit d’une lecture partielle de ce phénomène, puisque le voile a joué des fonctions diverses au cours des siècles dans les sociétés musulmanes, dont la hiérarchisation des sexes, la légitimation de la domination coloniale, la contestation des injustices sociales, la libération de certaines femmes et l’affirmation identitaire. Par conséquent, cette étude suggère qu’une compréhension adéquate de ce phénomène nécessite une lecture multiple en ce qui a trait au cas du voile.

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