Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Guerre Page 1 of 2

Aux armes Mesdames : prendre la parole pour s’armer

Par Mickaël Lepage, candidat à la maîtrise, Université Laval

Version PDF

Françaises devenues libres : … et nous aussi, nous savons combattre et vaincre… : [estampe] / [Villeneuve?]

La Révolution française entraîne une redéfinition du statut des Français et des Françaises, qui passent de sujets à citoyens. Ce statut est caractérisé par des droits et un certain nombre de devoirs. Toutefois, pour y avoir pleinement accès, une personne doit satisfaire plusieurs conditions que les législateurs s’efforcent de déterminer. Dans le cadre de ces discussions conduites essentiellement par des hommes, les femmes ne sont pas considérées[1]. Elles sont de fait écartées de la citoyenneté, celle-ci devenant un attribut masculin. Bien qu’elles soient exclues sur le plan politique[2], certaines femmes réclament néanmoins le statut de citoyenne et souhaitent détenir les mêmes droits et devoirs que les hommes. Pour ce faire, elles s’expriment à travers l’écriture et participent activement aux évènements marquants de la période révolutionnaire. Que ce soit par la voie individuelle ou collective, certaines s’adressent aux législateurs sur un sujet qui est, de loin, hors de leur sphère traditionnelle, soit celui de la possession d’armes. Ainsi, elles revendiquent le droit de s’armer pour défendre la Patrie en danger. Cette demande se situe à l’opposé de la volonté des législateurs de la période qui, d’une part, n’ont jamais voulu armer les femmes et qui, d’autre part, ne veulent pas les voir s’approprier un symbole de la masculinité. De plus, ces requêtes en faveur du port d’arme sont généralement accompagnées d’une volonté de reconnaissance du statut de citoyenne. Comme Dominique Godineau l’a défendu à plusieurs reprises, les voies vers la citoyenneté ont souvent été multiples sous la Révolution[3].

Dans ce bref article, je présenterai comment, pour certaines femmes, l’accès à la citoyenneté est corollaire du droit de porter les armes. Je m’intéresserai plus particulièrement aux revendications écrites par ces femmes à l’intention des législateurs. J’analyserai la manière dont celles-ci sont élaborées autour de termes centraux et les motivations et aspirations de leurs autrices. Je terminerai en exposant certaines réactions masculines face à ces requêtes.

Le retour de Tom, ou l’aventure héroïque d’une petite fille ? Une écolière canadienne raconte la Première Guerre mondiale

Par Sarah Glassford[1]

Version PDF

Ce texte a d’abord été publié en anglais sur la plateforme ActiveHistory. Nous les remercions de nous laisser le publier en traduction française.

Que pensaient les enfants canadiens de la Première Guerre mondiale ? Nous savons qu’ils s’amusaient avec des jeux et des jouets inspirés par la guerre, qu’ils lisaient des récits d’aventures et se mettaient en scène dans des intrigues centrées sur la guerre, qu’ils étaient mobilisés pour amasser de l’argent pour des causes qui y étaient liées, et que, dans certains cas, ils mentaient sur leur âge dans le but de s’enrôler [2]… Cependant, il est difficile de parler de la guerre dans leurs propres mots, de savoir quelles étaient leurs pensées juvéniles, leurs émotions et l’image qu’ils en avaient. L’étude de Norah Lewis sur les lettres que des enfants envoyaient à cette époque aux périodiques canadiens destinés aux familles propose un exemple rare et précieux[3]. Toutefois, trouver dans les archives des documents non publiés rédigés par des enfants de la Première Guerre mondiale constitue un véritable défi. Les enfants écrivent relativement peu, de tels documents sont donc rares, et quand ils le font, les pages qu’ils noircissent disparaissent le plus souvent après l’enfance. D’ordinaire, peu d’écrits de ce type passent le test de « l’importance historique » et sont conservés dans les archives accessibles au public. Ceux qu’on y retrouve constituent une infime partie de fonds familiaux et sont plus susceptibles d’être découverts par hasard que dans le cadre de recherches intentionnelles.

Le difficile retour du soldat Lapointe

Par Mathieu Arsenault, candidat au doctorat en histoire à York University

Soldat Arthur-Joseph Lapointe Source : Le Québec : Une histoire de famille  Crédit Archives privées de Jean Lapointe

Soldat Arthur-Joseph Lapointe Source : Le Québec : Une histoire de famille Crédit Archives privées de Jean Lapointe

Faisant partie des quelque 35 000 Canadiens français engagés dans le Corps expéditionnaire canadien, Arthur-Joseph Lapointe est parmi les très rares soldats à avoir tenu un journal personnel au quotidien. Témoignant de son service durant la Première Guerre mondiale, ses mémoires publiés dès 1919 sous le titre Souvenirs et impressions de ma vie de soldat offrent une vision de la guerre « à hauteur d’homme »[1]. Originaire de Saint-Ulric, un village près de Matane alors connu sous le nom de Rivière-Blanche, le soldat Lapointe a débuté son aventure le conduisant jusqu’en Angleterre et sur les champs de bataille de France à l’automne 1916. Dans son journal, il partage l’intimité de son expérience à travers un récit qui fait vivre aux lecteurs.trices les émotions qui l’habitent à différents moments de son parcours. À la veille du départ pour l’Europe à l’automne 1916, Lapointe se confie par exemple sur les émotions qui l’envahissent au moment de quitter son frère Alphonse :

La Grande Guerre de Blanche-Olive Lavallée : le travail des infirmières dans les hôpitaux militaires canadiens au temps de la grippe espagnole

Par Véronique Dupuis, Université du Québec à Rimouski

Version PDF

Cet article est tiré d’une série de publications dirigées par Moments Déterminants Canada afin de commémorer les 100 ans de la pandémie de grippe espagnole au Canada.


France, printemps 1918. Les explosions, les batailles et l’horreur perdurent depuis maintenant quatre ans. Des milliers de soldats sont morts, mais encore plus en ressortent meurtris et garderont de sévères traumatismes de cette guerre interminable qui ne devait pourtant durer que quelques mois. Dans les tranchées, les conditions de vie exécrables minent le moral des hommes et rendent difficile l’atteinte de conditions d’hygiène acceptables. C’est dans ce contexte qu’arrive, au mois d’avril, un nouveau joueur au sein du grand champ de bataille qu’est devenue l’Europe. Cet intrus jette rapidement les bases d’un fléau appelé à transcender les frontières et décimer des communautés dans les mois à venir. Tant dans le camp des alliés que chez l’ennemi, la grippe espagnole fait des victimes; sans compter les ravages qu’elle crée dans la population civile. Si au front les troupes sont aux prises avec un nouvel adversaire, la zone arrière en subit inévitablement les contrecoups. Les hôpitaux militaires, déjà débordés par le nombre incessant de soldats blessés arrivant par convois, doivent maintenant accueillir des hommes souffrant d’une maladie virulente et agressive. Le corps médical, surchargé depuis des mois, doit une fois de plus s’ajuster et tenter de faire le maximum pour soigner une population déjà affaiblie, meurtrie et affectée par quatre années de combats. Inévitablement, certains de ces infirmières et médecins contractent eux aussi la maladie. Une centaine d’années plus tard, quelle place la mémoire collective réserve-t-elle au travail de ce personnel soignant qui a dû faire face à la grippe espagnole dans une Europe en guerre où à un certain moment, les échos de l’épidémie résonnent plus fort que ceux des canons?

La guerre est finie!

11 novembre 1918 : « The war is ended official announcement says armistice signed at 5 am and hostilities will cease at 11 am. »[1]

En novembre 1918, les derniers coups des canons se font entendre alors que l’on annonce l’Armistice. Pourtant, si l’heure est à la fête au lendemain de cette déclaration, le soulagement n’est pas complet. Depuis le printemps, la grippe espagnole a emporté dans son sillage 210 000 personnes sur le seul territoire de la France[2]. Civils et militaires sont en proie à cette maladie qui se propage à une vitesse fulgurante. Entre avril et la fin juin, une première vague de cas est signalée. Le mal semble avoir pris racine entre le 10 et le 20 avril dans les tranchées de Villers-sur-Coudun[3], où les soldats vivent dans des conditions extrêmement pénibles. La promiscuité favorisant la propagation du virus, il est facile d’imaginer le terreau fertile qui s’offre alors à lui. La maladie établit ainsi des foyers de tranchée en tranchée, se faufilant dans les zones dites « de l’arrière », pour terminer sa course dans les hôpitaux, les édifices publics et les chaumières. Les alliés ne sont pas épargnés, pas plus que les camps ennemis. Affecté par le climat plus chaud de la période estivale, le virus perd de son élan. Malgré tout, la fulgurante propagation connue au cours des derniers mois n’est qu’un épisode prémonitoire de la seconde vague qui demeure latente.

Les droites extrêmes en Europe : recension

Par Olivier Bérubé-Sasseville, candidat au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM)

Version PDF

Jean-Yves Camus et Nicolas Lebourg, respectivement chercheurs à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques et au Centre d’études politiques de l’Europe latine (CNRS-Université de Montpellier), sont tous les deux liés à l’Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès et au programme European Fascism de l’université George Washington. Ils sont régulièrement invités à commenter l’actualité des droites radicales en France et en Europe. Dans leur plus récent livre, Les droites extrêmes en Europe, paru en novembre 2015, ils nous proposent un portrait exhaustif de la galaxie de tendances des droites radicales européennes.

La première section de l’ouvrage intitulée « Comment naissent les extrêmes droites », propose, par un détour obligatoire à l’histoire politique française, un retour à la fois historique et théorique sur l’avènement de l’extrême-droite et permet d’en exposer les diverses manifestations de la fin du XIXe siècle à 1945. Dans cette partie, les auteurs exposent notamment les dynamiques de réaction et de contreréaction, le basculement du nationalisme du camp républicain vers la droite et le développement d’un puissant antisémitisme qui cristallise la tendance. Il existerait, selon les auteurs, plusieurs degrés de radicalité au sein des courants d’extrême droite. Exposant la distinction entre « nationaux » et « nationalistes », ils expliquent que divers mouvements d’intensité idéologique variable se développent dans des dynamiques qui les poussent tantôt vers la collaboration, tantôt vers une logique de compétition.

Page 1 of 2

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :