Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Haïti

Une place au soleil : recension

Par Lyns-Virginie Belony, candidate au doctorat en histoire à l’Université de Montréal (UdeM)

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L’ouvrage Une place au soleil : Haïti, les Haïtiens et le Québec, publié en français aux éditions Mémoire d’encrier, et écrit par l’historien canadien et professeur adjoint à l’Université de Toronto Sean Mills, constitue un travail conséquent tant il coïncide avec la récente crise politique autour des demandeurs d’asile haïtiens. Historien des mouvements sociaux au Québec, Mills renverse en partie la tendance qui vise à appréhender comment les immigrants.es ont été changés.es par l’expérience de la dispersion et se prête à l’exercice de comprendre l’apport plus spécifique des immigrants.es haïtiens.nes à la société québécoise. S’il existe très peu de doutes quant à la sympathie de l’auteur pour son sujet, Mills réussit tout de même à offrir une analyse convaincante qui ne se limite pas à quelques énumérations décontextualisées sur la présence haïtienne au Québec. Il s’agit, au contraire, d’une histoire croisée entre le Québec et Haïti que nous propose l’auteur, dans laquelle une relation privilégiée entre les deux entités est explorée pour mettre en évidence comment divers débats concernant la langue, la race et la place du Québec dans le monde ont été influencés par cette rencontre.

Une libération rêvée!

Par Maurice Demers, professeur à l’Université de Sherbooke et directeur de la revue HistoireEngagée.ca[1]

Le Marron Inconnu de Saint-Domingue. Crédit : Kristina Just (Flickr).

Le peuple haïtien a lutté tout au long de son existence pour conquérir sa liberté : il y a d’abord eu l’abolition de l’esclavage en 1794, ensuite la déclaration d’indépendance en 1804 (première république noire libre au monde), puis l’opposition à l’impérialisme (français et étatsunien) et l’insurrection contre les dictateurs qui ont marqué son histoire politique. Depuis 1942, des centaines de missionnaires québécois sont allés en Haïti pour évangéliser la population et appuyer l’Église locale, mais aussi pour accompagner le peuple dans sa quête d’émancipation. L’expérience de Sr Marie-Paule Sanfaçon en Haïti, de 1971 à 1990, nous renseigne sur sa rencontre avec le peuple haïtien et sur ce que les missionnaires ont tenté de semer dans ce pays. Nous nous sommes entretenus avec Sr Marie-Paule pour recueillir ses réflexions sur son expérience missionnaire.

Ce qui est d’abord ressorti de notre entretien, c’est tout l’amour que Sr Marie-Paule a pour le peuple haïtien. Elle nous a confié : Le peuple haïtien nous rentre dans la peau, il est très attachant. Après avoir appris le créole, interagi avec les jeunes et côtoyé les Haïtiens et Haïtiennes tant en ville qu’à la campagne, Sr Marie-Paule s’est si bien intégrée à son pays d’adoption qu’elle aurait aimé y passer le reste de ses jours.

Elle a d’abord enseigné la catéchèse, l’anglais, la géométrie et le dessin à l’école normale du Cap-Haïtien. Elle nous explique que le père Yves Bélizaire, curé au Trou-du-Nord, lui a ensuite demandé de travailler à la pastorale paroissiale. Après un bref séjour au Canada, elle accepte l’invitation de Mgr François Gayot qui réclame ses services au Cap-Haïtien pour s’occuper de la catéchèse. Si elle juge sa contribution humblement, Sr Marie-Paule a quand même réussi à toucher, par la formation transmise dans ses cours, des centaines de filles et de garçons haïtiens.

Signification et impact de la Révolution haïtienne sur le monde atlantique

Par Alain Saint-Victor

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Toussaint Louverture.

Toussaint Louverture.

Depuis plus de vingt ans, l’historiographie étasunienne (en particulier) développe une nouvelle approche et une nouvelle compréhension de ce qu’on appelle le «monde atlantique.»  À la fin de la Première Guerre mondiale et durant la période qui suivit la Deuxième Guerre mondiale, des tentatives ont été faites pour définir ce monde comme une nouvelle réalité historique qui servirait de pont entre l’Amérique (États-Unis et Canada) et l’Europe. Ces approches, qui prirent différentes formes (articles de journaux, ouvrages importants), revêtaient une méthodologie imprégnée d’eurocentrisme, ce qui finalement servait d’outils idéologiques dans le contexte de la guerre froide : l’objectif était de souligner les particularités de l’Occident vis-à-vis de l’Est communiste, particularités qui seraient fondées sur des différences insurmontables liées aux traditions gréco-romaines et judéo-chrétiennes. Les historiens Robert Palmer et Jacques Godechot (1947) ont essayé de «théoriser» ces différences, et ont voulu expliquer du même coup l’évolution historique et politique de cette communauté atlantique et ses particularités sociopolitiques dans le monde contemporain.

Reconstruction d’Haïti, (re-)construire l’État

Par Yves-Michel Thomas

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Le marron inconnu, symbole de l'indépendance haïtienne.

Le marron inconnu, symbole de l’indépendance haïtienne.

Résumé

Porter l’interrogation sur les relations entre les élites et les masses ou entre «l’État» et la «Nation» en Haïti permet de mettre en lumière les continuités, au-delà ou en-deçà, du passage de la colonie française de Saint-Domingue à l’État-nation d’Haïti. Ces continuités ont engendré de fortes inégalités sociales et l’exclusion des masses rurales (majoritairement) dans la définition du bien public, de l’espace politique. Cependant, il y a nécessité de pouvoir rétablir la part d’indétermination de l’expérience haïtienne, constitutive de toute expérience historique, et de se défaire d’une vision figée de la réalité contemporaine haïtienne.

Mots-clés

État; Nation; Élites; Masses; Citoyenneté; Haïti

Introduction

Le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti a mis à nu les faiblesses de l’appareil étatique et son incapacité à répondre même minimalement aux attentes de la population en cas d’urgence majeure. En effet, devant le drame des habitants de Port-au-Prince et de Léogâne et l’angoisse de millions d’Haïtiens en Haïti et hors d’Haïti, la direction politique du pays a été absente pendant environ quarante-huit heures; mais les citoyens des zones touchées étaient bien présents pour s’entraider, porter secours à un voisin, un ami, un membre de la famille. Évidemment, les rumeurs évoquant une décapitation totale de l’exécutif de l’État haïtien ont circulé, et lors de sa première apparition – véritable épiphanie – le Président d’alors, en l’occurrence René PRÉVAL, n’a fait qu’avouer son impuissance. Officiellement les pertes humaines s’élèvent à 222 570 morts et les dommages matériels à 7,9 milliards de dollars américains (120 pour cent du PIB en 2009). Comme cela tend à devenir courant en pareille circonstance, le 31 mars 2010 a lieu à New York une conférence internationale sur la reconstruction d’Haïti, au cours de laquelle a été adopté un plan de relèvement qui fait de la refondation institutionnelle pour arriver à un État prestataire de services, un État au service des intérêts fondamentaux de la nation une des priorités. Formulé en ces termes, cela peut laisser penser que les rapports entre l’État et la nation semblent avoir été diagnostiqués comme un problème technostructurel. Avec cet article nous nous proposons de montrer que ces rapports ont été historiquement constitués et politiquement institués au XIXe siècle et qu’ils ne relèvent pas simplement de la défaillance de la technostructure.

Entrevue avec Jhon Picard Byron

Par Valérie Lapointe-Gagnon

Nous avons le privilège de vous présenter des extraits vidéo d’une entrevue réalisée par Valérie Lapointe-Gagnon avec Jhon Picard Byron, enseignant à l’Université d’État d’Haïti et au département de philosophie de l’École normale supérieure (Haïti). Voici les sujets qui ont été traités:

Catastrophes naturelles et rôle de l’État haïtien dans la reconstruction

L’aide internationale et l’État dans la coordination de la reconstruction

Le rôle des Haïtiens dans la reconstruction

La violence autocratique de l’État haïtien à travers l’histoire

Une solution porteuse d’espoir après la catastrophe…

Un réseau universitaire haïtien à reconstruire…

La solidarité québécoise envers Haïti

Conclusion: ce qu’il y a d’inspirant dans l’histoire haïtienne…

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