Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire autochtone Page 2 of 5

Notre terre : 150 ans de colonialisme

Affiche et texte de Lianne Marie Leda Charlie
Traduction de Marie-Laurence Rho

Au mois de janvier 2017, le Graphic History Collective (GHC) a lancé Remember | Resist | Redraw: A Radical History Poster Project, un projet destiné à offrir une perspective artistique et critique aux conversations entourant Canada 150. Le projet a continué en 2018 et 2019, et est toujours en cours aujourd’hui.

Réalisée par Lianne Marie Leda Charlie, l’affiche qui a lancé la série offre un regard critique du colonialisme au Yukon.

Compte rendu de L’anarcho-indigénisme (s.l.d. de F. Dupuis-Déri et B. Pillet)

Cristiane Nascimento Rodrigues (UNASP) et Mélissa Thériault (UQTR)

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Le recueil L’anarcho-indigénisme[1], dirigé par Francis Dupuis-Déri et Benjamin Pillet (qui se décrivent eux-mêmes comme de « sensibilité anarchiste[2] ») rassemble des entretiens réalisés avec six Autochtones ou Métis de provenance et d’orientations diverses. Ce livre-action publié en avril 2019 arrive à point nommé en tant qu’invitation à l’écoute et à la complicité, en pleine Année internationale des langues autochtones de l’UNESCO et quelques semaines avant que ne se profile à l’horizon le risque d’une seconde crise d’Oka. Il permet de découvrir des figures intellectuelles méconnues du grand public et d’initier un lectorat curieux, ce qui complémente la couverture médiatique sur les questions autochtones (couverture qui, malgré une amélioration notable ces dernières années, demeure encore souvent parcellaire). Ainsi, non seulement L’anarcho-indigénisme permet d’en apprendre davantage sur les défis liés aux luttes anticoloniales, mais il est prétexte à la création d’un espace de rencontre encourageant l’écoute et le dialogue[3]. C’est là une façon de contribuer à la suite du monde, à ce que les erreurs de l’histoire soient identifiées, débattues et corrigées lorsque possible : malgré les constats désolants, un énergique optimisme se dégage de l’ensemble de l’ouvrage qui invite tous et toutes à la réflexion, à la mobilisation, à la coopération.

Le recueil s’ouvre par une introduction qui situe les racines des problèmes évoqués dans les entretiens : au panorama historique depuis l’époque de la colonisation européenne s’ajoute une synthèse des divers mouvements sociaux des années 1960 jusqu’à nos jours, où les luttes autochtones ont croisé celles des anarchistes. En complément des entretiens, des notes explicatives succinctes permettent d’orienter un lectorat non familier avec les enjeux nord-américains afin de saisir ce qui est en jeu dans la « reconfiguration des luttes anticoloniales et [les] débats entourant les notions d’appropriation culturelle, de privilège, de colonialisme, d’alliance, de réciprocité et de complicité[4] ».

Digressions sur la boxe, les fourrures et autres histoires politiques de Wendake

Par Jonathan Lainey, Musée canadien de l’histoire.[1]

Archives Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), fonds CNHW, PH-14-15.

Évocatrices et éloquentes, bien que muettes par leur nature même, les photographies anciennes sont autant des sources de souvenirs que des mines de renseignements de toutes sortes. Un visage, un détail, un décor, un paysage, tout peut être propice à l’interprétation et chaque élément représenté peut contribuer à une meilleure compréhension du passé, pour qui s’attarde à les faire parler. Comme elles sont riches en information, utiliser les photographies comme véritables sources de renseignements plutôt que comme simples agréments visuels d’un texte peut s’avérer fort profitable et tout autant intéressant. Au hasard des découvertes et des trouvailles, qu’elles errent au fond d’un tiroir ou qu’elles soient précieusement conservées dans un placard ou dans un centre d’archives, les photographies peuvent servir à illustrer un propos, à fournir une preuve légitime, ou bien tout simplement à servir de point de départ à une réflexion plus large et digressive.

Georges Lainé, boxeur ?!

Alors que je menais des recherches iconographiques aux archives de Wendake afin de compléter mon mémoire maitrise en histoire à l’Université Laval[2], j’ai aperçu une photographie ancienne qui a immédiatement capté mon attention. Et pour cause ! On y voit deux jeunes boxeurs amateurs s’affronter le temps d’une photographie dans le studio du photographe professionnel Alphonse Boivin de Loretteville. Ceux et celles qui me connaissent savent bien que je suis un mordu de boxe et de sports de combat en général.

Chronique d’archives. Entre colonialisme et adaptation : les récits d’infirmières canadiennes et américaines en milieux autochtones (1930-1970)

Par Myriam Lévesque, candidate à la maîtrise en histoire, Université Laval

The nurse, Nan Gallagher, on St. Lawrence Island, (Elinor D. Gregg, «A Federal Nursing Service above the Arctic Circle», The American Journal of Nursing, Vol. 36, No. 2, 1936, p. 131-132)

Les années 1930 marquent, aux États-Unis, la mise en place par le Bureau des Affaires indiennes (BAI) d’un nouveau programme en matière de services médicaux pour les populations autochtones. Largement influencée par la publication du Meriam Report[1], l’administration augmente les services en matière d’assistance médicale, privilégie l’éducation en santé publique et accroît le nombre d’infirmières sur le terrain, en particulier dans les régions excentrées[2]. La réforme est caractérisée par deux objectifs clairs : tout en souhaitant l’amélioration globale de la santé dans les communautés, le BAI souhaite se départir de ses prérogatives envers elles et vise leur assimilation et leur intégration.

Près de deux décennies plus tard, au Canada, ce même rapport influence la réorganisation et l’expansion du « Service de santé des Indiens » (Indian Health Services) au lendemain de la Seconde Guerre mondiale[3]. En misant principalement sur la prévention et l’éducation en santé publique, le Service vise à atteindre les régions éloignées et nordiques auparavant non desservies[4] et s’appuie ainsi essentiellement sur le travail de médecins itinérants et d’un nombre important d’infirmières ambulantes et saisonnières[5]. En ce sens, les infirmières américaines et canadiennes, dans un intervalle de quelques années, occupent une place centrale dans ces stratégies coloniales qui surpassent les frontières, où elles deviennent des représentantes médicales de première ligne auprès des populations locales. Tout en fournissant l’essentiel des soins, elles favorisent néanmoins aussi leur assimilation. Si cette stratégie coloniale change de voie aux États-Unis à partir des années 1950, elle est maintenue au Canada jusqu’à la fin des années 1970.

Des rapports de pouvoir qui dérangent

Par Marie-Hélène Brunet, professeure, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Adèle Clapperton-Richard, candidate à la maîtrise en histoire, UQAM, Widia Larivière, éducatrice aux droits humains et aux droits des peuples autochtones, cofondatrice de la branche québécoise du mouvement Idle NoMore et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie, Université de Montréal

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Nous avons été consterné-e-s à la lecture de l’article « Des retouches qui dérangent », à la une du Devoir du 19 novembre dernier, présentant les réactions de deux historiens, Denys Delâge et Gilles Laporte, sur les corrections apportées aux manuels d’histoire concernant les représentations des Premières Nations.

Les voix mises de l’avant dans l’article

Nous avons aussi trouvé « aberrant » et « absurde » (pour reprendre leurs propres mots) que la parole soit donnée à ces deux seuls historiens, allochtones. Ceci nous semble révéler une dynamique issue de rapports inégaux de pouvoir, leur permettant de se retrouver à la une pour réagir et valoriser leur opinion. Car, outre la brève citation de la sous-ministre Barcelo, l’article ne relaie aucune autre voix. Si les journalistes indiquent d’abord que le Conseil en éducation des Premières Nations « n’a pu être joint » (sans préciser la teneur de ces tentatives), rien n’indique (ni dans l’article ni dans les quelques précisions publiées en complément le lendemain) qu’ils ont tenté d’obtenir l’avis d’historien-e-s ou enseignant-e-s issu-e-s d’une nation autochtone. Trois jours plus tard, le 22 novembre, le Conseil en éducation des Premières Nations (CEPN) et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) ont d’ailleurs réagi en publiant leur propre communiqué dans lequel ils « déplor[ai]ent l’acharnement médiatique qui fait porter aux Premières Nations la responsabilité des changements apportés aux livres d’histoire du Québec » ainsi que « [l] e discours rétrograde et colonial qui [leur] a été servi dans les médias ».

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