Là où le présent rencontre le passé - ISSN 2562-7716

Étiquette : Histoire juive Page 1 of 2

L’antisémitisme et le colonialisme ne sont pas des « mystères » historiques

Collectif de signataires

Mercredi dernier, l’ancien ministre des Affaires culturelles et fondateur des éditions du Septentrion, Denis Vaugeois, était invité à l’émission Plus on est de fous, plus on lit! pour souligner la parution d’entretiens menés avec Stéphane Savard. Formé en histoire et ayant publié plusieurs ouvrages et manuels scolaires, Vaugeois s’est également prononcé sur sa vision de l’histoire québécoise.

À la suite de cette entrevue, plusieurs de ses déclarations ont été invalidées, notamment par des intervenantes et intervenants issus des communautés autochtones ou des milieux de la recherche. En début de semaine, les historiens Jean-François Nadeau et Éric Bédard ont publié des répliques divergentes. Au-delà de la fausseté de certains propos de Denis Vaugeois, notamment concernant les pensionnats autochtones, l’ancien ministre péquiste semble véhiculer une vision édulcorée de l’histoire, dans laquelle le passé est « nettoyé » du colonialisme, de l’antisémitisme et du racisme.

Memories of Absence: How Muslims Remember Jews in Morocco: recension

Par Övgü Ülgen, doctorante en sociologie à l’Université de Montréal

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Issu de dix années de recherche ethnographique et archivistique, le livre Memories of Absence : How Muslims Remember Jews in Morocco, paru en 2013, se concentre sur les perceptions générationnelles des Musulmans, comprenant des Arabes et des Berbères, à l’endroit des Juifs dans une région rurale du sud du Maroc appelée Akka. L’altérité éprouvée par les deux communautés religieuses, induite par l’intrusion du pouvoir étatique marocain et colonial français divisant les communautés, les peuples, détruisant les solidarités existantes, est le cœur de l’ouvrage de Aomar Boum. C’est pourquoi il demeure un sujet d’actualité depuis sa parution en 2013.Professeur agrégé en anthropologie à l’Université de Californie à Los Angeles, il est spécialiste de l’étude des minorités religieuses et ethniques en Afrique du Nord, des relations judéo-musulmanes et de l’antisémitisme. Boum, dans son ouvrage, souligne que l’historiographie marocaine s’est principalement intéressée aux questions de nationalisme et de panislamisme et aux perspectives islamiques des sociétés nord-africaines et remarque que, à l’inverse, la position des Juifs vis-à-vis des Musulmans en tant que minorité religieuse dans la société marocaine a été négligée la plupart du temps[1]. Par conséquent, l’objectif principal de ce livre est de mettre en évidence les histoires censurées, dépréciées et dévalorisées des Juifs ruraux construits par les perceptions des Musulmans et leurs relations complexes avec les Musulmans dans l’arrière-pays marocain méridional[2]. La thèse de l’auteur est la suivante: alors que les membres plus âgés de la communauté musulmane expriment avec nostalgie leurs sentiments d’amitié et de relations intimes avec les Juifs, les plus jeunes, âgés de 20 à 30 ans, les considèrent comme leurs ennemis politiques et sociaux[3]. Ayant publié des articles sur l’histoire et l’anthropologie des relations judéo-musulmanes du 19e siècle à nos jours, sur l’historiographie judéo-marocaine, la Shoah et les migrations de même que sur sa position de chercheur autochtone d’Akka (où il est né et a grandi), tout porte à croire qu’il a les connaissances et l’autorité nécessaires pour écrire ce livre[4].

L’antisémitisme et l’hospitalité canadienne et québécoise

 

Par Christine Chevalier-Caron, candidate au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal et Philippe Néméh-Nombré, doctorant en sociologie à l’Université de Montréal

Suite à l’attentat qui a eu lieu à la synagogue Tree of life de Pittsburgh samedi dernier, et alors que le premier ministre Justin Trudeau s’apprête à présenter les excuses officielles du gouvernement pour son refus d’admettre les réfugiés.es judéo-allemands.es se trouvant à bord du navire Saint-Louis en 1939, de nombreuses discussions sur l’antisémitisme ont émergé dans l’espace public. Exception faite des chroniques du Journal de Montréal où les sentiments antijuifs et l’antisémitisme sont couramment attribués à la gauche antiraciste, divers animateurs.rices, journalistes et commentateurs.rices ont soutenu que le Canada avait traditionnellement été une terre d’accueil pour les communautés juives. Et pour en rajouter, certains d’entre eux et elles ont même été jusqu’à exprimer leur surprise quant au soutien que les Musulmans et Musulmanes ont manifesté à l’égard des populations juives. Considérant nos recherches respectives sur l’histoire juive, l’antisémitisme et la multiplicité des formes d’oppression au Canada et au Québec, nous n’avons pas seulement été surpris.e par la tenue de ces propos inexacts, mais aussi profondément choqués.es par la déresponsabilisation qu’ils traduisent et par les assomptions qui sous-tendent l’étonnement quant à la solidarité exprimée par les communautés musulmanes. Il nous apparait donc essentiel de revenir sur la présentation du Canada comme une terre d’accueil, distorsion significative qui s’inscrit dans une falsification de l’histoire permettant aux Québécois.es et aux Canadiens.nes de banaliser l’antisémitisme propre à la société dans laquelle ils et elles vivent et de s’en déresponsabiliser.

Recension de l’exposition Shalom Montréal – Histoires et contributions de la communauté juive

Par Christine Chevalier-Caron, candidate au doctorat à l’Université du Québec à Montréal et assistante de recherche au Groupe de recherche Histoire, femmes, genre et migrations

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L’auteure et un guide du Musée McCord lors de la visite de l’exposition.

Dans l’ouvrage collectif Éducation et judaïsme, publié en 2016, Sivane Hirsch et Marie Mc Andrew nous informent que le programme d’Histoire et éducation à la citoyenneté aborde l’histoire de(s) la communauté(s) juive(s) du Québec en fonction de trois sujets précis, soit le parcours d’Ezekiel Hart, celui du poète Irving Layton, et le cadeau offert par des Juifs.ves britanniques à l’occasion de la fondation de la première synagogue de Montréal. Malgré le fait que je suis consciente de la marginalisation des communautés non-blanches et/ou non-catholiques du récit dominant de l’histoire québécoise, ce constat m’a tout de même surprise et choquée. En conséquence, j’ai tenté de comprendre, en vain, comment était-ce possible qu’il y ait si peu de contenus traitant de l’histoire de(s) la communauté(s) juive(s) dans l’enseignement de l’histoire, et comment pouvons-nous, de surcroit, invisibiliser les importants apports de(s) la communauté(s) juive(s) au développement et à la richesse culturelle de la métropole. Évidemment, rien ne peut expliquer ou légitimer ces occultations. Par contre, cette situation doit nous servir de prétexte pour surmonter ces lacunes dont est porteur le système d’éducation, et nous tourner vers d’autres canaux et lieux de savoir ayant un souci d’inclure dans l’histoire tous ceux et celles qui en ont été des acteurs.rices, mais qui se sont malheureusement retrouvés.es exclus.es du récit dominant.

Le Musée McCord, institution valorisant l’histoire sociale de la ville de Montréal, participe actuellement à remédier à cette situation, tout particulièrement avec la présentation, depuis le 3 mai dernier, de l’exposition Shalom Montréal – Histoires et contributions de la communauté juive. Pour la réalisation de cette exposition, le Musée a fait appel à des sommités en histoire juive, dont : Ira Robinson, Yolande Cohen, Steven Lapidus, et Pierre Anctil. Ces historiens.nes se sont intéressés.es, au fil de leur carrière, à des dimensions différentes de l’histoire juive montréalaise et québécoise; en conséquence, la mise en commun de leurs connaissances a mené à la réalisation d’une exposition captivante, et ne réduisant ni leur(s) histoire(s) à la dimension confessionnelle de leur identité, ni à une image porteuse des stéréotypes dominants. Bien au contraire, cette exposition permet au public de prendre connaissance des grandes lignes de l’histoire juive montréalaise, et de découvrir de nombreuses contributions de membres de(s) la communauté(s) juive(s) montréalaise(s) à la vie culturelle, politique, et sociale de la métropole.

Fausses nouvelles, altérité et manifestations du racisme

Par Christine Chevalier-Caron, candidate au doctorat en histoire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM)[1]

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Le 12 décembre dernier, TVA Nouvelles diffusait un regrettable reportage de Marie-Pier Cloutier qui allait provoquer un important tollé. La journaliste y affirmait faussement que les dirigeants de deux mosquées voisines de Côte-des-Neiges, autour desquels sont actuellement effectués des travaux, auraient passé un accord avec l’entrepreneur afin que les femmes travaillant sur le chantier en soient exclues le vendredi après-midi, moment lors duquel se tient la grande prière. En réaction à cette « nouvelle », les réponses ont été multiples : certains individus ont vivement et injustement critiqué les responsables de la mosquée, et, plus largement, les Musulmans.es; d’autres ont fait preuve de scepticisme en réclamant des preuves tangibles à la journaliste. En dépit du fait que Marie-Pier Cloutier a soutenu avoir en sa possession une preuve écrite « noir sur blanc », le caractère frauduleux de ses allégations, rapidement dénoncé par les dirigeants des Mosquées concernées, a été rapidement révélé au grand jour, et la « nouvelle » a été classée au rang des Fake News. Une fois la lumière faite sur cette affaire, TVA a finalement retiré ce reportage mensonger de sa plate-forme, et l’a remplacé par un timide message d’excuse dans lequel le média se justifiait en évoquant que les versions des témoins de cet « événement » avaient changé en court de route. Malgré les preuves évidentes de la supercherie du reportage, certaines personnes persistent à y croire : le vendredi 15 décembre, quelques dizaines d’individus.es se sont présentés.es aux abords des mosquées ciblées par le reportage afin de dénoncer une situation dont leur imagination fort probablement imprégnée d’islamophobie n’acceptait pas de reconnaître comme fausse.

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